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Full text of "Essai politique sur l'île de Cuba"

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I .- 



AVERTISSEMENT 



DE L'EDITEUR. 



KoiTVKÀOE que nous offirons au pubUc 
fait partie du Voyage aux Régions 
équinoxiales du Nouveau-Continent. Il 
n'avoît point été composé pour paroître 
séparément; mais le vif intérêt qu'ins- 
pirent les recherches de M. de Humboldt 
sur la richesse territoriale de File de 
Cuba et la population de FArchipel des 
Antilles y comparée à celle des autres ré- 
gions de FAmérique y nous a engagé d'en 
faciliter la connoissance aux lecteurs qui 
ne possèdent pas la Relation historique^ 
Le Supplément renferme dés vues d eco-^ 
nomie politique sur les nouveaux états 
du continent américain ^ particulièrement 



VI 



ATERTISSEMENT. 



sur le Venezuela , une des parties les plus 
riches et les plus fertiles de la République 
de Colombia. On a ajouté la discussion 
des projets relatifs aux communications 
entre l'Océan Atlantique et la Mer du 
Sud j comme aussi des tableaux de la po- 
pulation de l'Amérique considérée sous 
les rapports de la différence des races ^ 
de$ langues et des cultes. 



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Pari$^ en 8^t, 182& 



^09^é y ywtn/%f^ 




ANALYSE RAISONNÊE 



DE 



LA CARTE DE L'Ilil DE CUBA; 



FAR 



A. DE HUMBOLDT. 



La carte qui accompagne l'Essai politique 
sur File de Cuba, fait partie de V Atlas géo^ 
graphique et physique des régions équinoxiales 
du Nouveau^Continent y dont 22 planches ont 
déjà paru. Je me suis proposé^ dans cet Atlas^ 
conmie dans celui du Mexique , de rectifier. la 
Géograpliié de l'intérieur de l'Amérique , d'a- 
près les résultats des observations astrono- 
miques que j'ai faites, et en grande partie 
calculées ' , pendant le cours de mes voyages 

* Voyez les résultats cle ces premiers calculs , dont 
plusieurs copies circulent en Amérique ^ comparés aux 
i^ésultats définitifs de M. Oltmanns , dans le Recueil 
d^obs, astr. et de mesures barom,, Tom. I^ p. xx, que 
î^ai publié, de 1807 à 1811, conjointement avec ce sa- 
luant aussi laborieux que modeste^ 



TIIX . AMALUB 

au nord de Lima et de la Rivière des Ama- 
zones. Une partie des cartes ont été des- 
sinées par moi sur les lieux mêmes , ou 
après mon retour en Europe; d'autres ont 
été , soit terminées d'après mes esquisses , soit 
rédigées d'après l'ensemble des positions que 
j'avois discutées, par les géographes habiles 
qui ont bien voulu prendre part à la publica- 
tion de mes travaux. Dans l'un et l'autre cas, 
les erreurs de l'Atlas de l'Amérique équi- 
noxiale ne doivent être attribuées qu'à moi 
seul. J'ose me flatter qu'en prononçant un 
jugement sur ces essais de perfectionner pro- 
gressivement la Géographie de l'Amérique, 
espagnole, on aura égard aux époques précises 
où chaque carte a été pubUée. On examinera 
si l'auteur a employé l'ensemble des maté- 
riaux qui existoient alors ^ et dont il pouvoit 
avoir connoissance, s'il les a combinés avec 
justesse, s'il en a enrichi le nombre par ses 
propres observations. 

Dans des pajs qui ont été le théâtre de 
grandes opérations géodésiques, le tracé et la 
rédaction d'une carte se réduisent à une opéra- 
tion graphique d'une extrême simphcité : les 
combinaisons cessent lorsque par un réseau de 



DE LA CARTE DE l'itE DE CUBA. IX 

triaogles on a déterminé avec précision les rap- 
ports de distance et de gisement .La Géographie 
de l'Amérique est loin de cet état de perfection 
qui exclut le tâtonnement et le choix pénible 
entre des matériaux d'une valeur très-iné- 
gale. Une grande partie des côtes (dans le nord 
de Cuba, au Choco, dans le Guatimala et 
au MeTdque, depuis Tehuantepec jusqu'à San 
Blas), n'ont point encore été relevées avec 
soin. Dans l'intérieur des terres , quelques 
positions astronomiques éparses peuvent seules 
guider le Géographe. Lorsque ces points, suf- 
fisamment rapprochés , se groupent par sys* 
tèmes et se réunissent par des lignes chronomé- 
triques, la certitude devient plus grande ; mais, 
pour éviter, dans la suite des temps , le danger 
des changemens partiels tentés sur des points 
qui dépendent les uns des autres, il est indis- 
pensable d'exposer, dans l'analjse de chaque 
carte, la nature des élémensqui lui ont servi 
de base. C'est ainsi que, dans les travaux que 
j'ai exécutés dans l'Amérique méridionale, les 
steppes (llanos) de Venezuela, l'Orénoque, le 
Gassiquiare et le Rio Negro forment un seul 
système de positions rattaché parle transport du 
temps à Gumana et à Caracas, dont la position 



X ANALYSE RAISONNlÈE 

se 'fonde sur des observations astronomiques^ 
absolues '. Plus à l'ouest, j'ai lié en un second 
système le Rio Magdalena, le plateau de Bo- 
gota, Popayan, Pasto, Quito, la Rivière des 
Amazones et le Bas-Pérou , depuis les lo* 25' 
degrés de latitude nord jusqu'aux 1 2® 2' de- 
grés de latitude sud. Ce dernier groupe de posi- 
tioas, qui aboutit d'un côté àCarthagène des 
Indes, de l'autre au Callao de Lima, a été 
joint récemment au premier par une ligne 
ckronométrique dirigée de l'ouest à Test. 
MM. Roulin, Rivero et Boussingault ont porté , 
en mars 1824, le temps de Bogota à l'embou- 
chure du Rio Meta , qui se trouve environ 
6' en arc à l'est du village indien de Ca- 
riben; ils ont trouvé la différence du méri- 
dien de cette embouchure avec le méridien 
de Bogota 9 de o** 26^ 7'^, tandis que mes 
observations ^ faites sur un rocher {Piedra tfe 
la Paciencia) qui s'élève au milieu de la Boca 
del Meta, en avril 1800, et à Santa-Fe de Bo- 
gota, en juillet et septembre 1801, donnent 

^ Eclipses de soleil , satellites de Jupiter, distances 
lunaires. 

* Recueil d'obs. astr, , Tom. I , p. 222 ) Tom. II, 
p. 236. 



DR LA CAHTE DE l'iLE DE GOBA. - XI 

pour la différence de longitude o^ 25 ^ 58'^. 
Voilà donc Cumana ou le Delta de l'Orénoque 
lié par une série d'opérations dans l'intérieur 
des terres , aux côtes de la Mer du Sud , près 
du Callào dans le Pérou. 

Je cite cet exemple, qui offre une ligne 
chronamétrique de 64o lieues de longueur, 
et dans laquelle plusieurs points intermédiaires 
se fondent sur des observations absolues, 
pour prouver comment les gouvernemens 
libres de l'Amérique pourroient, par le seul 
emploi de moyens astronomiques , se procu- 
rer, en peu de temps et à peu de frais^ le cane- 
vas des cartes de leur vaste territoire; je le 
cite surtout pour rappeler la nécessité d'une 
Analyse raisonnée des travaux qui ont été ten- 
tés jusqu'ici. On ne sauroit ni perfectionner ce 
qui a été ébauché , en rectifiant les points in- 
termédiaires , ni faire connoître les espaces 
qui ne sont point encore suffisamment remplis 9 
sans mettre les Géographes en état d'appré- 
cier par eux-mêmes le degré de certitude 
qu'on s'est flatté d'atteindre. La publication 
de ces Analyses raisonnées devient surtout in- 
dispensable pour les progrès de la Géographie 
astronomique, lorsque de grands changemens 



XII ANALYSE RAISONNiE 

de position et de configuration ont dû être 
introduits dans des cartes nouvelles et que des 
changemens futurs exposeroient à de graves 
erreurs, si Ton ne connoissoit pas avec prëci- 
3ion la liaison ou dépendance relative d'un 
certain nombre de positions. 

Dans la construction de la carte de l'île de 
Cuba^ je me suis servi des observations astro* 
nomiques des plus habiles navigateurs espa- 
gnols 9 et de celles que j'ai eu occasion de faire 
à l'ouest du port de la Trinidad , au Cap Saint- 
Antoine, à la Havane, entre cette ville et le 
Batabano , et dans les Jardines y Jardinilbs , 
depuis Punta Matahambre jusqu'à la Boca du 
Rio Guaurabo. L'ensemble de mes propres 
observations a été publié dans le plus grand 
détail dans le Rec. d^obs. astr., Tom. II, p. 1 3- 
i47, 567. Sur la carte de Tîle de Cuba, rédigée 
en 18 19^ et publiée en 1820, on trouve placés^ 
vers le sud, le port du Batabano et les Cayos 
Flamenco , Piedras et Diego Ferez, le port de 
Tiînidad et le Cabo-Cruz, dans leurs véritables 
positions; mais la latitude delà côte septentrio- 
nale de l'Ile de Fines % et toute la configuration 
de la côte méridionale de Cuba, depuis le 

* G>inparez Purdj/, Colomb. Nav.^ p. 175. 



DE lA CARTE DE l'iLE D8 CUBA. XIIX 

Gap Saint-Antoine jusqu'à l'extrémité orien- 
tale des Gayos de las doce léguas , y éioient 
aussi fausses que sur les cartes $ d'ailleurs 
bien dignes d'éloges, publiées jusqu'à cette 
époque par le Deposito hiirografico de Ma- 
drid. Ce n'est qu'en i8âi que parurent les 
rectifications importantes de la côte méridio- 
nale de Cuba , faites en 1 793 par le lieutenant 
de vaisseau Don Ventura de Barcaiztegui^ et, 
en 1 804^ par le capitaine de frégateDon José del 
Rio. Dans le second tirage de ma carte de 
nie de Cuba (celui de 1826), ces rectifica- 
tions ont été adoptées entre Punta de la Llana 
et le Çap Saint-Antoine, comme (à Fexception 
de la position de Trinidad) entre la Gabeza del 
Este de los Jardinillos et Gabo de Gru2. La 
partie intermédiaire , depuis long. 83o 3o^ 
jusqu'à 86^ 20^, entre la Laguna de Gortes, 
risla de Pinos et l'Ensenada de Gochinos, est 
copiée d'un croquis que mon savant ami^ 
Don Felipe Bauza, ancien directeur du Dépôt 
hydrographique à Madrid, a bien voulu tra- 
cer pour moi, au mois de mai 1826, pendant 
mon séjour à Londres. En me transmettant 
cette esquisse, l'infatigable compagnon de l'ex«« 
pédition de Malaspina me mande qu'il a com- 



XIV ANALYSE RAISONNES 

biné et réuni mes déterminations avec les re- 
lèvemens de M. del Rio, et qu'il est occupe à 
terminer une grande carte de l'île de Cuba en 
quatre feuilles, pour laquelle il a soumis l'en- 
semble des matériaux qu'il possède à de nou- 
velles discussions. Le nom de M. Bauza est 
garant de l'excellence d'un tel ouvrage. 

L'histoire de la Ge'ographie de l'île de Cuba 
a eu les mêmes phases que la Géographie des 
autres Antilles et des côtes orientales du Nou- 
veau-Continent. On a commencé par placer 
tous les points trop à l'ouest. Christophe Co- 
lomb ^ déduisit de ce qu'il appelle las reglas de 
la Astronqmia^ que le Cap Saint- Antoine se 
trouvoit 75** à l'ouest du méridien de Cadiz. 
Cette erreur de 3® t fut augmentée encore de 
4** dans la mappemonde du célèbre Piloto 
Mayor Pedro de Médina^, publiée en 1676. 

^ Au mois de juin i494*- l'Amiral observa aussi une 
éclipse de lune sur la côte méridionale de Saint-Do- 
mingue, en septemb];e 1494? P^^s d'Adamana (aujour- 
d'hui Isleta de Saona] y un peu à l'ouest de Gabo En- 
gana II trouya la différence arec le méridien de Cadiz 
de 5^ 25^, ce qui donne une erreur de longitude de 
8® 45"' {Herera, Hist. de las Indias occ, Dec. /, p. 56 
et 58. 

* Voyez la traduction françoise par Nicolas de Ni- 



DE LA CARTE DE L ILE DE CUBA. XV 

Le Quarteron de Bartolomè de la Rosa , con- 
servé dans le Dépôt des cartes à Madrid , place 

colaïy géographe du roi Henri II, p. 64. Cette mappe- 
monde donne > lat. de Londres 58^^ différence des mé- 
ridiens du Gap Saint^Antoine et de Temixtitlan (Mexi- 
co), 18®; erreur 4°. La véritable longitude de Mexico, 
telle qu'elle a été reconnue (en 1778) par Yelasquez et 
Gama, et confirmée par Don Dionisio Galiano (en 1 79 1 )> 
et par moi (en i8o3), est 6^ 45' 4^"- Si M. de Navar- 
rete , dont j'honore les talens littéraires et la vaste 
érudition, avoit lu l'Analyse raisonnée de mon Atlas 
de la Nouyelle-Ëspagne {Essatpol.y Tom. I, p. xv), il 
n'auroit point adressé «'à un voyageur étranger » le re- 
proche que Ton trouve consigné dans la Correap. astr. de 
M. de Zach, Tom. XIII,p. 56. Il n'auroit point eu recours 
aux éclipses de lune observées par le jésuite Sanchez en 
i584 9 ^t il se $eroît convaincu qu'en publiant le résul- 
tat de mes observations de satellites, de distances lu- 
naires, d'azimut et de transport de temps > je me suis 
empressé de dire que mon défunt ami. Don Dionisio 
Oaliano , avoit trouvé avant moif pour la longitude de 
Mexico, 6^ 4^^ 49'^ qucnque la carte du Golfe du Mexi** 
que, publiée par le Deposito kidrogmfico de Madrid , en 
^7999 ^ ui^6 note communiquée par M. Espinosa, 
lortf de mon départ pour Gumana^ indiquassent 
6^ Sa' 8". J'ai été même le premier {Rec. â^ohs. astr. , 
Tom. II , p. 496) à publier les observations mexicaines 
de l'expédition de Malaspina. (Pour désigner plus briè- 
vement les méridiens d'après lesquels les longitudes 



H 



XVI ANALYSE RAISOlfMifi 

encore, eqi755,laHavanepar79® i4 'àTouest 
du méridien de Gadiz; erreur de 3^ 9' , quoique 
déjà, en 1729, Cassini' avoit déduit des obser- 
vations d'éclipsé de lune et de satellites de Jupi- 
ter, faites à la Havane par Don Marco Antonio 
de Gamboa, de 1 7 1 5 à 1 7^5, la véritable longi- 
tude de cette capitale avec une erreur moindre 
de 45'^ en temps. M. Oltmanns a discuté^ avec 
beaucoup de sagacité, et calculé de nouveau, 
d'après les tables de Bûrg et deTriesnecker, les 
observations de Gamboa ; il en a tiré le résultat 
moyen de 5^ 38^ 57'-^. La vraie longitude du 
Morro de la Havane est 5^ 38' 49^^» harmo- 
nie bien surprenante dans ce genre d'observa- 
tions. Si le Quarteron de Don Bartolomè de 
la Rosa erre dans les longitudes absolues, et 
place la Havane de nouveau de 3® i trop à 
l'ouest, il offre au contraire, comme observe 
M. Espinosa, les longitudes relatives avec une 
rare précision. Les différences de méridiens 

font comptées dans ce mémoire, je me servirai, dans la 
suite, comme dans les observations thermométriques, de 
simples initiales. Gr., Gz. et P. indiqueront les mé- 
ridiens de Greenwich, Gadiz et Paris.) 

^ Mém* de VJcad. pour 1729^ p. 4i3. 

? Bec. d'obs. ast, Tom. II , p. îio-5 1 . ; . : 



DE LA CART£ DE l'iLE DE CUBA. XVII 

du Morro de la Havane, de Punta de Guanos 
et de Gayo Largo, à l'entrëe du QsLnû de 
JBahama f j sont exactes; mais cette précision 
dans les gisemens, si importante pour les na- 
vires qui veulent éviter, en débouquant, les 
bas -fonds de la Floride et le Placer de los 
Roques (Sait Kejs), se montre même déjà dans 
les anciennes cartes manuscrites du capitaine 
Francisco de Seixas j Lobera ', construites 
en iQq2. 

Don Yicente Doz, deretourdeson voyage en 
Californie, où il avoit observé le passage de Vé- 
nusavecPabbé Ghappe, s'arrêta dans l'iledeCu- 
ba; il fit la longitude de laHavaneSS® 7 ^, erreur 
de plus d'un demi-degré. Une longitude toute 
semblable (85<> 10^) a été adoptée dans le 
célèbre Mapa del Seno Mexicano de Don Jo$e 
de San Martin Suarez^ rédigé en 1787 d'après 
les conseils d'une réunion de pilotes à la 
Havane. Cette carte, qui pendant long-temps 
n'a été que trop répandue, est devenue la 
cause d'un grand nombre de naufrages. 

Depuis les années 1792 et 1796, a com- 
mencé une nouvelle ère pour la Géographie 
de l'île de Guba et de toutes les côtes du 

^ Memarias de loaNaveg. Esp., T. ï, p. g3^ T. II, p. 45-: 
I. b 



•s 



XVIII ÂNALTSS BâISONMÉE 

bassin des Antilles. Les travaux de Barcaizte- 
gui, la Rîgada, Chun^uca, Ferrer, del Rio , 
Cevallos et Robredo se succédèrent en recti- 
fiant le contour des côtes ; et , grâce aux cal- 
culs et aux savantes discussions de MM. Fer- 
rer * et Oltmanns *, la Havane devint un des 
ports de l'Âinérique dont la position astrono- 
mique est le mieux fixe'e. Don Ventura de 
Barcaiztegui a relevé , de 1790 à 1794 5 le lit- 
toral entre Santiago de Cuba et Punta Mater- 
nillos, à l'entrée orientale du Vieux- Canal de 
Bahama. Les travaux de Don José del Rio 
( i8oâ-i8o4) embrassent la côte méridionale 
entre le Cap Saint-Antoine et le Cabo Je 
Cruz« Le peu que nous connoissons ( depuis 
1792) du Fieux- Canal même est dû au zèle 
du Capitan de Correos^ Don Juan Henrique 
de la Rigada ^. Mais dans cette partie, entre 
Punta Matemillos et le port de Matanzas, 

^ Conn. des Temps pour 18 17, p. 3i 8- 337. Tf€m8. 0/ 
the JÎmer.PhiL Soc., Vol. VI, p. 107. 

* Bec. ffobs. astr.y Tom. Il, p. 47-^4 et 81, où se 
trouve VEtat de la Géographie de Vile de Cuba , en 
1809, par M. Oltmanns), p. 8i. 

^ Nueya Garta del Canal de Bahama, i8o5, d'après 
ks obsertaiions de Don Dionisio Galiano dans le Navio 



DE LA CARTE DE l'iJLE DS CUBA. XIX 

comme plus à l'ouest, entre Bahia Honda et 
le Cap Saint -Antoine, il reste encore beau- 
coup à faire par des moyens; astronomiques* 
Les positions en longitude y sont ientièrement 
incertaines, et malheureusement ces incerti- 
tudes s'étepdent sur un espace tie .i55 lieues 
marines de longueiu-. 

Quant à l'intérieur de Fiie de Goba, c'est 
une terra incognita^ à l'exception du triangle 
entre Bahia Honda , M atanzas et le Surgidero 
del Batabano. C'est dans ce triangle que j'ai 
détermiaé astronomiqueraent les positions du 

San Fulgencio (i799)>ile Don Marîano Isasbiriyil^ 
dans la GoletaElisabet (i 798} , de Don Francisco Mon- 
tes dans le Navio Angel (1799)9 et de Don Tomas 
Ugarte dans le Navio San Lorenzo^ 1 794. Les gîsemens 
«t les dllFérences de longitude entre MatanzaS; Gayo de 
Sal (à l'extrémité occidentale du Placer de los Roques), 
Baxo Nicolao, Cayo de Piedras, la Cruz del Padre et 
le M^ano oriental sont de la plus grande impcurtance' 
pour la sûreté de la navigation. J'iai eu aussi en vue, 
surtout pour la première éditiop de ma carte , les an- 
ciens travaux, du Depoaiio de Madrid : Seno Mexicano, 
*799 (corregido en i8o5) ; Carta de una parte de las 
Islas Antillas, 1799 (corregida i8o5) ; Carta de la Isla 
de Santo- Domingo y parte oriental del Canal Viejo dd 
fiahama^ 1.809. 

6* 



ANALYSE AAtSONNÉE 

Fondadero , près de la Villa de San Antonio 
de los Banos, de Rio Blanco, de l'Almirante, 
de Antonio de Beitia , du village de Managua 
et deSan Antonio de Bareto. A l'est des Guines, 
j'ai fait usage, pour tracer Tintérieur de Tîle, 
de deux cro<piis à grands points , rédigés à la 
Havane même, en i8o3et i8o5 : mais ces deux 
croquis ne sont que trop souvent en contra- 
diction entre eux. La forme générale de l'île 
de Cuba dépend de la position précise du Gap 
Saint-Antoine, de la Havane, du Batabano, 
du Cap Cruz et de la Punta Maysi. La Havane 
et le Batabano déterminent le minimum de lar- 
geur de rîle, qui est de 8 i de lieues marines, 
tandis que d'anciennes cartes ( même encqre 
celles du Deposilo^ publiées en 1799), lui don- 
nent 16 lieues. Quelque grandes que soient les 
imperfections de ma carte pour Tintérieur de 
Cuba, elle est du moins la première qui offre 
les contours tracés d'après l'ensemble des po- 
sitions astronomiques dont nous devons la con- 
noissance aux travaux des navigateurs espa- 
gnols. Les noms de toutes les ciudades et villas 
s'y trouvent indiqués, mais sans que l'on puisse 
aucunement garantir la précision de leur dis- 
tance respective. Ces indications sont impor- 



/ 



DE LA CARTE DE l'iLE DE CUBA. XXl 

taates pour ceux qui se livrent à des recherches 
statistiques sur l'inégale répartition de la popu- 
lation. La longueur, la composition et la simili- 
tude des noms (San Felipe y Santiago del Beju- 
cal, Santiago de las Vegas, ou Gompostela, 
San Antonio Abad ou de los Banos) ont causé 
beaucoup de confusion sur les anciennes cartes» 
Ajant indiqué , en général , les sources aux- 
quelles j^ai puisé, îe me bornerai à un petit 
nombre d'indications partielles. 

Havane. — Le chronomètre m'avoit donné> 
par le transport du temps de Nueva-Barcelo- 
na, mais après 26 jours de navigation par une 
mer très-houleuse, pour le Morro de la Ha- 
vane, 5^ 38^ l\o^y en supposant Nueva-Bar- 
celona l^^ 28^ ^9^^'i^* Huit éclipses de satel- 
lites de Jupiter, que fai observées conjointe- 
ment avec Don Dionisio Gahano, et les ob- 
servations beaucoup plus nombreuses de 
M. Robredo , ont offert à M. Oltmanns , pour 
résultat définitif, 5^ 38' 52'>^5, ou 84* 43' 
j'^'jS. De()uis mon retour en Europe, surtout 
de 1806 à 1812 , Don José Joaquin de Ferr 
rer et Don Antonio Robredo ont observé à 
la Havane un plus grand nombre d'occulta- 

f Rec. d'oha. aatr., Tom. II , p. 89. 



XXII ANALYSE RAISONNÉE 

tionsd'ëtoiles^u'on n'en a jusqu'ici pour aucun 
lieu de l'Amérique. Dans un mémoire que 
M. Feri^ a remÎB, sur son passage par Paris 
(ep juin i8i4)^ à M^ Arago, et qui a été publié 
dans la Connoissanee des Temps y pour Pannée 
1817^ Le navigateur espagnol, dont tous les 
amis des sciences ont regretté la perte préma- 
turée y fixa le Morro par 84* 4 ^ ' 44'^ ; mais , 
dan$ umr autM mémoira manuscrit 5 plus récent» 
confié à M. Bauza,'il s'arrête à 84** 4^' jg^^, 
en supposant Cadix de 8^ 37' 45"' à l'ouest de 
Paris. Dans le Recueil d'observations astrono* 
mitjues^ nous avons donné, M. Oltmanns et 
moi, pour la différence des méridiens du 
Morro de la Havapa et de la Vera - Cruz , 
i5*45^52''^ M.Bauza, quiasoumis les positions 
de la Havane, de Vera-Cruz et de Portorico à 
dé nouvelles discussions ', trouve 1 5*45'4o''^,5; 
ce qui diffère de notre résultat de moins 
d'une seconde en temps. Différence méri- 
dienne entre le Morro de la Havane et le Fort 
Royal de la Martinique, dans l'expédition de 
laBayadèrey d'après M. Givry, 2i<^ 21' 26^. 
Bahia- Honda. — Le Potrero de Madrazo, 

* Sobre la situacîon geografica de la Havana, de 
Vera'Cvuzy Puerto-Rico, i8a6 (manuscrR). 



.>» 



DI LA CARTE DE l'iLR DE CUBA. XXIU 

point le plus méridional de la,baie^ est^ d'après 
Ferrer,' par lat. 22* 56' 7^, long, o* 49' «6/^^ 
à l'ouest du Morro de laHa^raoe. M. Bau- 
za» en se fondant sur cette €jï)ser¥atioh,. place 
l'embouchure de la baie, entre le Moriflo ai 
Puntade Pescadores, de 85* 3 1 '11'''^» ençupt 
posant le-Mori'o de la Havane 84^ ^2f ig^'- 

Cabo San jintonio. — Mon chrooon^ètrea 
donnç^à Tattérage ^^ 17' aa'^^ et je place le 
cap de a*" 34^ i5^^ à l!ouest .du Morro de la 
Havane. M. Espinosa^ ààXk^le&Memorias del 
Deposito hidrografico de Madrid , s'itoita^ritt^ 
à 870 8' l{i^^; mjm comme il fdàce le Moihro 
de b Havane un peu plus à l'ouest ^ que moi^ il 
faut s'en tenir aux difTérences des. mëiridieats 
qui résultent, d'après lesMë^BâriflWi de 2? 2^^^- 
Cependant M. Del Rio. ^ avoit trouvé ausii 
78* 39' o'^Cz., 0^87*1^6/ Uït'd^.s ce quij ne 
di0ere de mon résultat. qiie de 57^ en arc. Le 
capitaine Monteath trouve 87* 19' aS'^, mais 

* Conn. des Temps y 1817, p« 3ot-535. 

* Les MemoTtOB placèrent le Moiro:, d'abord 76*» o', 
Cz.; puis comme résultat plus précis 76» 6^ 09'% Cz. 
(Tom. H, p. 67 et 91.) 

^ Résultats des obscnrations originales communiquées 
par M. Bauza, qui fait le Cap Saint-Antoine 87" 17' 22'. 



». f 



XXIV ANALYSE RAISONNiS 

ce résultat paroît dépendre de la longitude de 
Port-Royal à la Jamaïque , que les navigateurs 
anglois ne fixent pas uniformément '. 

Batabano. — Uoriginal espagnol de la carte 
de Don José del Rio=*, offre lat. 22* 42' So''^, 
' long. 84*43'^ ïS'^, M. Espinosa avoit indiqué, 
dans le Tableau des positions, lat. 2 2^ 4^ ^ ^ o^. 
Des opérations géodésiques de M. Le Maur^ 
AL Oltmanns a déduit» lat. 22'' 43' 19'^» long. 
84** 45' 56^. M. Bauza , d'après différentes 
combinaisons» s'arrête à lat. S2''43' 3^^> long. 
84^46' 25''..- 

Tetas de Managua. — Ayant observé, au nord 
et au sud de las Tétas, dans le village de Mana- 
gua , et à San Antonio de Bareto ^ ; je suppo- 
sGfis le Teta oriental 22:^ Sy ' 38. Il est important 
de bien CT^aminer les opérations trigonomé- 
triques de Don Pedro de Silva , qui m'ont été 
communiquées par M. Robredo y et qui sem- 
blent donner une latitude plus boréale ; mais 

^ M. Oltmanns, par le passage de Mercure et des hau- 
teurs lunaires , 79° 5' 3o"-, M. Bauza, 79® 5' 25''; Da 
Mayne et Sabine, par des distances lunaires, 79^ i5' 5(/'. 

' L'édition françoise publiée au Dépôt de la marine 
royale : lat, 22* 44' > long. 84° 42'. 

• BelaU hist, Tom. III, p. 565. 



DE &A CARTE DE l'iLE DE CUBA. XXV 

ces opérations dëpendent des positions abso- 
lues du clocher de Guanabacoa et du Mirador 
del Marques del Real Socorro *. 

Trinidad. J'ai discuté la latitude de cette 
ville pendant mon second séjour à la Havane^, 
et je n'ai point suivi la position de la nou^ 
velle carte espagnole tracée d'après les obser- 
vations de M. Del Rio, qui donnent a i' 4^ ' 40^^. 
Trois étoiles observées dans des circonstances 
qui n'étoient pas également favorables , m'ont 
donné , dans la seule nuit que j'ai pu observer 
à la Trinidad, m' 4^' 20'^. Déjà Gamboa 
et M. de Puységur avaient trouvé , l'un , 
21^ 46^ 35''; l'autre, ai* 47' iS'^ En venant 
des Jardiniltos de l'île de Pinos , j'ai obtenu , 
par le transport du temps de la Havane , pour 
la difierence de longitude du Morro de la Ha- 
vane et du Pueblo de la Trinidad , à la Popa , 
2* 22^. Cette longitude coïncide ^ avec celle 



• I' 



^ Bec. d'obs. aatr., Tom. II, 567. La Teta oriential, 
d'après Ferrer, lat. 22*» 58^ i8",5; long, à Foc. du 
Morro o** a' ^%'\ d'après Del Rio, lat. 32' o'. Garle du 
Dépôt ficançai&, lat. 22"" 1'. 

* Bec, d^obs. astr. , Tom. Il, p. 72. 

^ Mémorial del JDep, (Tom. II, p. 64) : Trînidad, 
Pueblo, long. 82® 23^ 3 1"; mon chronomètre, 82" 2 1 ' 7". 



XXVI ANALYSE RAISONNifi 

de la carte spéciale de M. Del Rio, qui trouve 
82^ 23' 45'^. Le Puerto Casilda est de 3^ So'^ 
plus au sud de la ville » mais dans son méri- 
dien* Del Rio place, d'après ses notes ulanus- 
crites, Boca de Guaurabo (Pointe Sud) par 
lat. 21* /I2' 2^'^, long. 73^ 49' 45'' Cz. 

Cabo de Cruz. — J'ai suivi la position de 
M. Ferrer : lat. 19*47' i6'% Ipng. 4* 38' 39'^ 
à l'est du Morro de la Havane. Del Rio ' : 
lat. 19*49' 27^^, long. »o* 3' 2f\ 

Morro de Santiago de Cuba. — M. Oltmanns, 
en rapportant les observations, de Don Ciriaco 
Gevallos à la position de Portorico , trouve 
78^ 2 1 ' 42'^. M. Bauza adopte, pour le Morro 
de Santiago, 78* 16' 41'^) et pour le Puerto de 
Guantanamo, 77* 35' 36'^, Ma carte place ce 
dernier par 77* 38'. 

JPunta 4e MàysL—YoUk encore une position 
jq^, dépend chronométriquement de celle de 
Portorico. De nouveaux doutes ont été. jetés 
isiir Isi jopgiitude de ce (Jerjiier lien qu'on 
jçi:qy oit fixée avec une, extrême |>récisiop. 

M. de Zach ^ la trouve mêaiie incertaine de 

• ■ ■ ■■• ■ ... ■"'»' • 

; * le coTaiane 9 coteries .ol^6ervati(m^.X)Aigi<iE4^s de 
petoffîcîeF^ qui m'ont ctçcpmmiiniqué^^parîMvR^.H*^- 
^ Correspondance astran,, Tom. XIIT, p. 128. Le 



DE LA GAKtE DE L^Itt; DE CUBA. XXVIT 

5^ à 6' en arc. Les résultats diffèrent de cette 
quantité selon qu'on confond ou qu'on sépare 
des observations d'une valeur très- inégale. 
M. Banza^ en supposant le Morro de Portorico 
59® 60^ 44-^5 Cz. , obtient pour Punta de 
Maysi 76» 26' V. 

IXexcellens chronomètres de Don José 
Lujàndoont donné pour Punta de Matemillos, 
kt. 21*^ 39^ 40'', long. 70' 46^ 2^' à Touest 

Morro de Portorico, résulted'après les calculs de l'occul- 
tation d'AIdebaran du 21 octobre 1795, faits en 18165 
par Don José Sanchez Cerqiiero (aujourd'hui Directpr 
del Observatorio de la Ciudad de San Fernando), par 
68» iy' 1 5'^; d'après M. Ferrer \Conry. des Temps, 1817, 
p. 52;a), par 68* 28' 3"; d'après M. Bauza, par 68« 28' 29"; 
M. de Zach, 09"* 5 1 ' 5'^ Les calculs de la seulq occultation 
d'AIdebaran avoient donné à M. Oltmanns {fiec, d'oha. 
aatr.y Tom. 11, p. i25) 68<» 35' i5"; la moyenne de 
l'occultation des distances lunaires et des détermina- 
tions chronométriques est de 68°^ 32^^ 3o"; maïs M. Olt- 
manns préfère 68° 55' 5o". Portorîcb oscille par consé- 
quent eartre^S" 28' et 68" 34', fet sa' position cart bien 
moins certaine que celle delaHàvane, de Vera-Cruz, de 
Cumana et de Carthagène. C'est en supposant Porto- 
rico 69" 5o' 44'^5 Cz. que M* Bauza trouve par de la- 
borieuses recberches, pour la dîfiFérence de long, du 
Morro de la Havane et de Portorico, 16® 1 2' lô'^S; pour 
la différence de Vera-Cruz et de Portorico, 3o*» o'. 



f 



XXVIII ANALY$E EÂISONNEE 

de Cadiz^ et pour les trois points suivans : Puntji 
de Mangles, 19* 52^ 33'^; Cayo de Moa, - 
21* 17' 10''^; Cayo de Guinchos, i8* 2' 9^^, 
à Test du château de S. Juan de Ulua, que 
nous plaçons par long. 98® 29'. J'ajouterai 
encore, d'après le relevé original des obser- 
vations de Don José del Rio : Boca del Rio 
San Juan % Pointe NO., lat. ai* 48' 18'''', long. 
74^ 3' 5'^ Cz. ; Boca de Xagua, lat. 22^ 1 ' 7^ 
long. 740 18' ; Punta Matahambre , extrémité 
NO., lat. 22« 21' 34'^ long. 76^ 53' 29^^; 
Cayo Flamenco, lat. 22*i'o^,long. 75020^8'^; 
Cajo de Don Cristobal, le plus méridional % 
Pointe Sud, lat. 22^ 5o' S'^, long. 75<> 35' 3o'^; 
Piedras de Diego Perez, lat. 22^ \'^ 39", 
long. 75* 18' i5'^; Cayo de Piedras 3 (pas à con- 
fondre avec un autre Cayo de ce nom, près de 

* Bel. hiaUf Tom. III, p. 478. J'ai donné, p. 584 et 
585 , une liste de tous les mouillages de l'île de Cuba. 

* Certainement pas le même Cayo dont j'ai déter- 
miné approximativement la latitude à 22"* lO^ {ph9, 
aair.f Tom. II, p. 110). 

» J'ai trouvé lat. ai" 56' 4o^^ mais long. i« 8' 44" a 
l'ouest du Batabano. Il ne faut point oublier que les 
longitudes absolues se fondent toutes sur celles du Bata- 
bano, que je place 84* 45' 56"; M. del Rio , 84» 4^ i5": 



I>Ë LA CARTE DE L ILE DE CUBA. XXIX. 

Boca Grande, à Fest du Cayo Breton), laL 

âi<> 67' 39", long. 74« 49' dS'^. 

Le cap SE. de l'isle Aogaik a été trouvé par 
le capitaine Di^ Majne , qui a beaucoup enri^ 
chi la Géographie des Antilles, lat. 23** 29^30^, 
long. 79<> 37' o^ Gr. ou 8i' 47' iS''^ P. 5 mais 
M. Sauza préfère 8 1 ® 45 ' 1 9'^. 

Je suis resté très-incertain sur la véritable 
position de Villa del Principe , où Gamboa 
obsei^va les hauteurs méridiennes de plusieurs 
étoiles, et (le i5 août 1714) une immersion 
du premier satellite de Jupiter. M. Oltmanns 
trouve, pour la latitude qui paroît être très- 
sûre ^ 21"* 26^ 34"^^; mais, en adoptaut la long, 
de 8o* 39^ 3o^, la Villa del Principe coin ci- 
deroit presque avec le méridien de Sabana 
la Mar , près de la Punta de Judas, à Fest du 
point où, d'après les cartes manuscrites qui 
m'ont été envoyées de la Havane, j'ai placé 
Moron. Cette manière de rattacher Villa del 
Principe à la côte septentrionale, me paroît 
très-hasardée dans l'état actuel de la Géogra- 
phie du f^ieux" Canal deBahama. Il est assez 
certain qu'il existe dé grandes erreurs de lon- 
gitude^ à l'ouest de Punta Maternillos; mais 
est-il probable qu'elles atteignent un degré? 



XX^ ANALYSE RAISOMÎKE 

Nous l'ignorons jusqu'ici. MM. Ferrer et 
Luyando ont déjà reconmi une erreur de 28^ 
en arc dans le Gajo de Guinchos. M. Bauza 
me mande que dans la carte manuscrite levée 
par ordre du comte Jaruco (carte qui est très- 
défectueuse pour les distances et la configu- 
ration de la côte) 9 la Villa (aujourd'hui Ciudad) 
de Santa-Maria del Puerto Piîncipe est placée 
S. 36* 0. de la Silla de Cayo Romano , à la 
distance de 54 milles; mais comment ac- 
corder une position si occidentale avec la carte 
manuscrite de Don Francisco Maria Geli, 
dans laquelle la Yilla del Puerto Principe 
est placée à peine o^' 16' à l'ouest de l'em- 
bouchure de Rio Maximo , et en même temps 
dans le méridien < de Cayo Confîtes? J'ai, dans 
la seconde édition de la carte de Cuba, sup- 
primé le nom de Puerto Principe , emprunté 
à la carte de JefTerys. Il est certain cependant 
(et le plan manuscrit de Celi l'indique ) qu'il 
existoit jadis, à l'est de Punta Curiana, entre 
les embouchures du Rio Caunao et de Rio 

^ Le plan très-détaillé de Celi^ levé à la boussole^ figure, 
17 lieues à l'ouest de la Villa del Principe, une Ser^ 
fonia depiedra yman. Des attractions magnétiques peu- 
vent avoir beaucoup altéré les résultats des relèvemens. 



DB LA CARTE DE l'iLE DE CUBA. XXXI 

Jiguei, un lieu habit<^ qu'on appeloit Etnbar^ 
<adero del Principe, 

La Villa de Santo Espiritu se trouve , d'a- 
près de bonnes observations de latitude de 
• Gamboa, par 2i' 67^ 67'^. Une seule éclipse 
de satellite (ait osciller la longitude entre les 
mëridiens de 8i« 4?' et Ss' 9^. 

Le9 Caymans. — J'ai discuté, dans un autre 
endroit < , la position de ces îlots qui errent 
depuis long-temps sur nos cartes hydrogra- 
phiques. Les belles cartes du Deposito de 
Madrid ont assigné, à di£férentes époques , au 
cap NE. du Grand-Gayman ( de 1799 à iSo^), 
«2* 58'; (en 1809), 83* 4o^ (en 1821), de 
nouveau , 82* 69'. Cette dernière position, in- 
diquée dans la carte de Barcaiztegui et de Del 
Rio, est identique avec celle que j'avois cru 
pouvoir déduire de quelques hauteurs de soleil 
prises par un gros temps, à 12 milles de dis- 
tance, lorsque les pilotes disoient se trou- 
ver, d'après les relèvemens de la boussole, 
dans le méridien du centre de l'île. L'horizon 
étoit mauvais et brumeux, cependant les an- 

^ Comparez mon Rec. éCohs. astr., Introd. , p. xliu, 
Tom. II; p. 114^ Beïat. hist.y p. 329. Memoriaa del 
I^epaaito bidrogr., Tom. II, p. 66. 



XXXII 



ANALYSE RAI80NNÉB 



gles horaires s'accordoient assez bien pour ne 
pas laisser un doute de i â^^en temps sur la lon- 
gitude du vaisseau. Peut-on admettre un déran- 
gement considérable dans la marche du chro- 
nomètre de Louis Berthoud , quand , 6 jours 
plus tard y la même montre a donné , ayec 
beaucoup de précision y la longitude du cap 
Saint-Antoine (87* 17^ 22 ''^) ? Il est plus pro- 
bable que je ne me trouvois pas vis-à-vis du 
centre du 6rand-Ca jman , et que le jeu des 
attractions magnétiques a causé de graves 
erreurs dans le relèvement par la boussole. 
Voici d'autres données : Carte de Purdy, d^Br 
près les observations du capitaine livingston 
(1823) , au cap SO. du Grand-Cayman, 83* 62'; 
au cap. NE. 9 83^ 24^. Carte de la côte méri- 
dionale de Cuba, édition du Dépôt françois 
de la marine, publiée en 1824, et rectifiée 
par le capitaine Roussin , qui (conjointement 
avec le savant hydrographe M. Givry) a 
tant perfectionné la géographie du Brésil^ 
cap NO. 83* 46^ (lat. 19* 24^); carte du ca- 
pitaine Du Mayne, cap. NO., 83* 49' ^^^^ 
(lat. 19* 22' 3^0; capSO., 83* 47''^ (lat; 
19* i4' ). C'est cette dernière position qui a 
été adoptée dans la seconde édition delà carte 



DB LA GAaTE DE GOBA. XXXIII 

de File de Cuba. M. Sabine rapporte le lieu de 
ses observations sur Tintensité des forces 
magnétiques ^ à lat 19"* 25^(?) et long. 83<> 

La carte de Del Rio donne, pour la long. NO. 
du Peiit'Cayman {Cayman Chico occidental des 
navigateurs espagnols), 82*25'; mais M. Bauza 
adopte 82* 2' (lat. 19** 440- ^'^i trouvé le 
cap oriental du Cayrfianbrac ( Cayman Chico 
oriental des navigateurs espagnols) y en liant 
ce point chronométriquement^ à Trinidad de 
Cuba, après 36 heures denavigation, 82* 7 '57'^. 
Le transport du temps de Portorico avoit 
donné à M. de Gevallos Si'Sg' 36'''; en sup- 
posant l'Àguadilla 0^ 69' 54'^ à l'ouest du 
Morro de Portorico, et celui-ci avec M. Oit-" 
manns par les 68* 33 ' 80". Tant de doutes sur 
le Grand-Cajman et les deux Petits-Caymans, 
que les navigateurs confondent quelquefois , 
ne seront définitivement levés que lorsqu'un 
même observateur 9 muni de plusieurs chro- 
nomètres, aura examiné successivement les 
trois ilôts et déterminé leurs longueurs et 

^ Pendulum Eapèr.y 1826^ p. 4<>i* 
^ BectPobs. astr., Tom.ll, p. 11a. 



XXXÏV ANALYSE KAMONNÉE 

leufs distàhces respectives ' » en les liant au 
méridien du cap Saint-Antoine. 

C'est en prenant ce même cap pour base 
de toutes les opérations faites sur la côte mé- 
ridionale de Kle de Cuba, qu'on peut exa- 
miner le degré de discordance réèBe qu'of- 
frent les résultats des différens observateurs. 
Le capitaine de frégate Don José del Rio y par 
exemple, ne donné pas, dans les notes manus- 
crites, la longitude du Morro de la Havane; 
mais, en réduisant les Jardinittos au cap Saint- 
Antoine, qu'il ne place que de 5^^^ en arc plus à 
l'est que moi, onreconnott que ce navigateur 
suppose les Cayos généralement de 4', quel- 
quefois même de 6' à 9' plus à Test que moi. 

Différence des méridiens du 
cap Saint-Antoine et du 

Cayo Flamenco S© 18' 52''. Del Rio. 

50 1^ 5&'. Htimboldt. 
Piedras de Diego Perei ... Z^ 11& 4^' • Dd Rio. 

5« lêf 20'^ H. 

Cayo de Piedras Z^ 49^ i^''* ^el Rio. 

3<> 40^ 10", H. 

^ Déjà William Dampier ne jugea que de i5 lieues 
marines Tinteryalle entre le Ca$/man Chico occidental 
et le Cayman Grande* [Voyagea and Descripitom , 
éd. de 1696, Tom. II, Part, i, p. 5o.) 



DE LA C\BTE DE CUBA. XXXV 

PhisàTest, les différences deviennent brus- 
quement plus petites, car nous trouvons la dif- 
férence de longitude du cap Saint-Antoinei et 
de 

Del Rio. Huniboldf. 

Rio San Juaii. ........ 4^» 55' 55". 4» 56' 35". 

BocadeXagua 4® ai' o". 5® a5' o". 

Trinidad * (ville) 4* 55' o". 40 56' i5'<. 

Je doute que le cap Saint-Antoine ait été 
^:'éuni au Cabo de Gruz par une triangulation 
continue; et, dans Femploi des chronomètres, 
l^indertitude des angles horaires pris au-dessus 
de rhorizondela mer, peut se compliquer avec 
celle qui naît de la marche inégale des montres. 
Ce qui me porteroit à croire que l'erreur est 
peut-être moins de mon côté, c'est que l'accord 
est assez grand entre mes longitudes des Jar- 
dinillos et celles qui ont été publiées par 
M. Espinosa. {Voyez l'Introduction de mon 
Rec. dHobt. astr.y Tom. I, p. xlvi.) La diffé- 
rence moyenne n'est que de 12^^ à i5^^ en 
temps. 

* Caria delRio Guauraho levantada, en iSoS^ por 
el capifam de/hegata Don José del Rio. 



c* 



XXXVI ANALYSE RAISONNER DE LA CAUTE DE CtBA. 



NOMS 

DBS LISOX. 


LATITUDE 

BOliAM. 


LONGITUDE 

A l'sST ou BATÂBAIIO. 


S8PIN08A. 


DBL BIO. 


B8PI1I08A. 


HOMBOLOT. 


Gayo Flamenco.. 

Gayo deDooGrii- 
toval 

Piedras de Diego 
Ferez. ... • . 

Gayo de Piedraa. 

Panta Mataham- 
bre 


aa« a'3o' 

aa* la' 4' 

aa» o'4o' 
»i«56'4o' 

aaM8' 5' 


aa« i' o' 

aa« 5'3o' 

aa» l'Sg' 
ai» Bf 39' 

aa«ai'34' 


o«46'ii' 
o'aS'ii' 

0*46' 41' 
!• $'46' 

0* 11' 


00 ia' %i' 

0» a4' 56' 

oo4a'54' 
i« 8' 44' 

o« « 56' 



Quant aux latitudes des Jardinilbs qui ne 
sont pas les mêmes dans les manuscrits de 
M. del Rio et dans le tableau de M. Espinosa, 
je dois rappeler ici que je n'en ai déterminé 
aucune à terre, mais qu'elles ne sont qu'ap- 
proximatives et conclues de hauteurs méri- 
diennes prises antérieurenpient. 

La carte de l'île de Cuba a été rédigée par 
M. Lapie , chef d'escadron au corps royal des 
ingénieui's-géographes de France , qui , par 
d'excellens travaux sur la Grèce et l'Archi- 
pel, s'est acquis récemment de nouveaux Utiles 
à l'estime des géographes. 



XXX vn 



TABLEAU 
&ES POSITIONS GÉOGRAPHIQUES 

DE L'ILE DE CUBA, 

DilKMlINiES PAR DES 0BSB&7ATI0NS ASTROKOMIQUES. 



NOMS 


LATITUDB 


LOBGITDDB 


NOMS 






à l'ouest 


DBS OBSBBVATBUBS, 


DBS LIEUX. 


boréale^ 


de Paris. 


et Bemarqaes. 


Hatahk, fanal, del 








Mono. ••..•••' 


a3« 9' a4',3 


84* 43' 7',5 


Rohredo, Ferrer, Galiano, 
Humboldt (Résultat dé- 
finitif de M. Oltmanns ea 








1808). Ferrer s'arrêta, en 
1817, à84«43'44';pl«M 




- 




tard, par 31 occultations 
d'étoiles, à 84* 4a' 19' 








FCTA ORlBlfTAL DB Ma- 








HAGOA 


aa 58 5 


84 4o 


Le Maur^ Ferrer, Hum- 
boldt. 


Mabacua, village. . 


22 58 48 


84 57 34 


Hnmboldt ; longit. incer- 
taine, lat. sûre à 10' ou 








13' près. 


Sab Ahtobio db Ba> 








IKTO 


aa 56 54 
aa 5i 34 




Hnmboldt. 
Id. 


^10 Blabco 


84*51* ii' 


El Almibabtb. . • . 


aa 57 56 


84 56 7 


Xd. 


Sab Abtobio db Bbi« 








HA . ^ 


aa 53 ^5 


84 39 i5 


Id. 


El Fobdadbbo. . . . 


aa ôi 34 


84 54 3o 


(près de la ville San Anto- 








nio de los Bands), Hum- 
boldt. 


Lm Guinbs 

Ibgbhio db Sbitabo. . 
Sab Abtobio^ »e losi 


aa 5o 37 
»a 53 i5 




Le Maur. 
Jd. 






Bados 

Madboga, Yillage. . 


33 55 5i 
23 55 




Jd, 
Ferrer. 


84 la a3 


Gafbtal db San Ba- 








PABL. 


32 57 16 


84 9 38 


Ferrer. 


Mbsa dbl Mabibl. . 


33 57 a4 


85 30 


Ferrer (la Mediania de 
Gnanajay). 


TOBBBOH DBL MaBIBL. 




85 3 14 
85 57 59 


Ferrer. 


bfATABKAs, yille» . • 


'ii'â âé' 


Vab DB Matabzas. . 


a3 1 55 


84 a 49 


u. 



XXXmi TABLEAU DES POSITIONS GEOGKAPHIQCES 



ii'erret fpoiatlepliiaiDéi 
dional de lu baie de Sab 
Hond.). 



CAyODsUOflCHll 



S5 Si i5 

85 Ai 116 
"? iï fî 



Si 40 So 
S. 5. 7 



19 i? > 
19 67 a 



mboldt. Les latiti 

ns les Jardine» et 

Dillos, QOD oliaerTÉ 

terre, Ht aïs conclu es d'ob 

servitiona faites Lors do 

méiidiendeeCayea. 

Del Itiu, UuDiIioIdt. 

Gauiboa, Fuységur, Hum- 
Ijoldt [kt. GUDteatée). 



77 35 36 ; 
76 33 3a , 
76 3o aS : 



Ctro V»». . 

O DU LODOH. 

Cato Si NT) M 

:o PiiHOPH, vUle. . 
iJnoIsi-iHiTn, -ville 
.ïifltiriLi, capSE. 



77 se Sa 

79 »4 i5 
8u 97 u 

79 Sg Sj 

79 55 43 

80 5 45 

" 16 So , 



16 S4 

57 36 
39 3o 



DE L lU DE CUBA. XXXIX 

Oo s^est borne, dan^ le ta))lc^u des positions 
diel'fle de Cuba, à un très-getit nombre, parmi 
lesquelles les plus importantes ont^été discutées 
claQ3 les pagQs qui précèdent Comme ce^ po- 
sitions dépeiiident presque toutes de la déter-, 
mînatiott précise 4u mendxen de la Hay.ane{ççr 
lui du Morr^j, oa a eu égs^*d aux 25 ^f en dffi^ 
d<Hit M. F^r<er, 4'après un ])Iémoir|e pr^blié exx 
181 4, et aux 4^^^ en arc dopt M. Bai^a (d'après 
Wi Mëmoir/e cbe M. Ferrer rédige peu de temps 
avant sa mori) placent le méridien plus à l'est 
que M. Oltmanns. Si f aii indfq^4 ^^an$ le tar 
Ueau des po3i1dQ()&)|erés^ltat.ancieQdeM.0lt. 
loanns, ee n'^stque pour ço^qryevplus d'b^i> 
monie pour d'autres p^pints ai^ec lea tabl^^qiiuLX 
insérés dans mon RecueU d'observations. ustr(t, 
namiqu^k I)?2çy^leurs.ilniç ç'^ticiquedeidif^.- 
i^nces de. longitudes entre le Morro ,e^^lçs^ 
autres poiokt$(les caps,le$,cayes, etc.) , et pour 
cctustrc^ un d:Q.vitj3 de Z'^ eji tenips se perd entre. 
\^ variantes lectiones. En e^^duantJes éclipses 
du soleil, doat celles^ du 21 février j 8o3 et du 
ifi juin 1806 donnent une Ipngitude.très-occi- 
dentale, et n'ayai\tég^rd qu'aux seules.occul- 
tations (au nombre.de 16 publiées par M. Fer- 
rer jusqu^en i8i4^, je trouve pour le IMLorro 



Xt TABLEAU DES POSITIONS^Gl&OGRÂPHIQUES 

de la Havane 84*4^^ iS^^^^B. De ces 16 occul- 
tations , 10 ne s'écartent pas au-delà de 1^^ en 
temps du résultat moyen. 

On peut croire que les tableaux de positions 
seroient plus utiles aux navigateurs et aux 
géographes, s'ils présentoient, en général, les 
limites extrêmes entre lesquelles , dans l'état 
actuel de nos connoissançes , oscille chaque 
longitude. Hn'est pas aisé de tirer un résultat 
d^observations d'inégale valeur; et, dans ce pro- 
cédé qui exigeroit l'emploi du calcul des pro- 
babilités, les Géographes ne suivent qu'un 
système de tâtonnement. D'un même nombre 
d'occultations d'étoiles , par exemple , qui os- 
cillent autour d'une longitude moyenne de 
5^ à 8*" en temps, on peut tirer des résultats 
très-differens selon qu'on prend la moyenne 
de toutes les observations ou qu'on en exclut 
quelques-unes. Le problême est plus difficile à 
résoudre encore lorsqu'on balance eptre les 
limites des erreurs d'un petit nombre d'occul- 
tations, d'éclipsés de soleil, ou de passages de 
planète, et les limites des erreurs d'un très- 
grand nombre de satellites, da passages dé la 
lune au méridien, ou de distances lunaires. Les 
longitudes extrêmes, entre lesquelles oscille 



DE l'île de cuba. XLI 

chaque lieu, sont à considérer comme les maxi- 
ma et minima moyens des températures de 
l'année. Ces limites doivent rappeler que, d'a- 
près les connoissances acquises dans l'état ac- 
tuel de la Géographie astronomique , il est ex- 
trêmemeat probable qu'un lieu (par exemple 
le port de Garthagène ) n'est situé ni plus à 

l'est que 77® 4?^ ^^^^y ^^ P^"^ ^ l'ouest que 
77*5i ' \W^. Gomme les obserrations dont les 
résultats sont le plus rapprochés des limites 
extrêmes , n'offrent pas un égal degré de cer- 
titude, la longitude qu'aujourd'hui on peut 
regarder comme la plus probable, n'est aucu- 
nement la moyenne des longitudes extrêmes. 
Le tableau suivant offre un essai de réunir 
dans un petit espace, et pour 20 positions fon- 
dées sur l'observation de* phénomènes cé- 
lestes, tout ce qui peut faire juger de la con- 
fiance que mérita le résultat définitif. L'ex- 
pression généralement usitée de longitude 
chronométrique est excessivement vague , si 
l'on ignore quelle position a été adoptée pour 
le lieu du déjpart. J'ai constamment ajouté 
cet élément à la différence des méridiens qui 
a été obtenue par des chronomètres. 



XLII 



TABLEAU DES POSITIONS GEOGRAPHIQUES 



T 



NOMS 



DEB POSITIOHS. 



GcMÀiiÀ (Gasifllo de 
San Antonio). . . . 



LIMITES 

BXTIÊJISS. 



66«29'i5'et 66» 3i'io' 



La Guayka (môle). . 



GaRTHAgIiRB DK8 Ir- 

DE8 (cathédrale). . . 



Havanb (Morro). . . 



REMARQUE». 



69 a3 10 et 69 29 00 



77 47 5oet 77 5i i5 



FuBRTo Rico (Moctq) 



84 4a 19 et 84 43 10 



68 ^7 45 et 68 U 00 



Probablement 66* 3o' o'.— 
EeL de soleil. Sat. Dut. lun. 
(Ecl. de 80L A^ 25' A^. Sat. 
4*» a5' Zf,S, Dîst. luQ. 4^ a5' 
32',5. Différ. mér. cbrono- 
métriqne de G. et St.-Croix* 
de-Ténériffe 3>* 1 1 ' 5a'; d'oi 
long, chron. 4^* a6' 4'* Hom 
boldt, Oltmanns). 

Prob. 69» 2/ o' .^Sat.Ditt. 
lun. ( Sar. 69» 3o', Ferrer 
Oltmanns. Dût. Inn. 69* 18 
Ferrer , mais tables de Bfa- 
son). 

Prob. 77«»5o'.— Posf. di 
Merc, OceuU,Sat,^VMêB.de 
Merc. yy"" 46', Fîdalgo, Ro- 
bredo , Tiscar. Occult. 77* 
47' 54' Fidalfço, Tîscar. Oc- 
cult. 77*» 48' i5' Nogfiera, 
Oltm. Occult. 77» 5i' 45' 
iPerrer. EcL de sol. 77*» 49' 
55'Ti8car,Robredo. Sat. 77* 
5i' iS'Iïpgnera, Oit. Différ. 
mér.chrôn de Cet du Morro 
de UHîWWiçp.6« W i5^; d'où 
long. 77» 48' 4' Humboldt.) 

VUjh\ 84» 4a' isT.^Otaîiift. 
EeL detoL Sat.X^i. Occult. 
84» 4a' 1^' Ferrer, fiobaredo. 
Ecl. du sol. 84» 44' î4' Ro- 
bredo^ Fen«r; mais d'après 
les tables plus récentes. Oit. 
84' 43* 4*. -«st.: 84* 4»' H' 
Humbolflt^ Galiaqo, Robr., 
Ollûi. Dîff. mer.thr^e. du 
M. et de Pupjrhji ico 16 
iCjSBauza.)- ' ' 

Proli..68« yi'^ù'^—Oceult, 
Dut.' lin. ( Occiflt.- d'Alde- 
baran,80U8 des circonstances 
peu favorables , 4** 33' aa', 
Ghurruca , Lalande ; 4"* 33' 
36', Mécbain ; 4* 33' ^'y^^ 



la 



D£ L ILE D£ CUBx\. 



xim 



NOMS 



DIS POSITIOHB. 



••■5F 



LIMITES 

EXTRÊMES. 



REMARQUES. 



Fou-BoTÂii (Martî< 



PoiT Royal (Jamaî- 
îoe) . . . 



63*a5'4o'et 63«28' 6' 



79 3 45 et 79 i5 3o 



Pou WlLLOOG^By 

(Barbade) . . . . 



Ils AjiHiTOMiaiM 
ijkéiii) 



B'o JiNBuo (ile Ua- 
tw) . . . 



6i 55 45 et 6i 67 3o 



5o 58 la et 5i 1 i5 



45 33 33 et 45 36 55 



Triesnecker ; 4^» 34';' ,6 
Wurm; 4»> 33' 38', Ferrer ; 
4^ 34' a2',9 , Oltnianns 
4^33U6', Cerquero; à^H' 
4', Zach. Dist. lun. 68° a4' 
4i' Ferrer, mais par des ta- 
bles plus réc. Oltm. CS» 27' 
45'. Long, chron. par la Ha- 
vane 68» 5o' 3' ; par Vera- 
Cruï, 68« 29', Bauza , Oit 
manns.) 

Prob. 63» 26' o',-- Passage 
de la lune, Saf. Chron, (Pass. 
lun. 63<» 26' 0% Pingre, Oltm. 
Diff. mér. chion. du F. R. et 
du Gap François, 11® 10' 36', 
d'oui ong. cbroo. 63» 27' 34'; 
de F. R. et Falmouth à l'île 
d'Antigua o® 4^' o' ; d'où 
long, chron. 63° 28' 6', Bor 
da). 

Prob. 79», 5' 3o'. — Passage 
de MercAscens, dr, de la lune, 
(Pass. de Merc. 79® 3' 4^', 
Macfarlane, Gandler, Oltm. 
Asc. dr. lun. 79*' 7 ' 1 5', Mac 
farl. Oltm. Long, chron, 79' 
i3' 3o', Sabine; 79» la' 45', 
Du Mayne). 

Prob. 6i<»56'48'.— Occa/f. 
Sat, ( 5 Occult. 4^ 7' 43',7, 
Maskelyne, Ollmanus; 12 
sat. 4^7' 5o'Mask., Oit.). 

Prob. 5io i'i4'.— />â*./«n. 
Chron, (Dist. lun. 5i «i' 17% 
Duperrey. DiflF. mér. chron. 
d'A.et St.-Croix-de-Ten.,32 
27' 48'; d'où long, chron. 5i« 
o' 53', Roussin , (iivry ; d*A. 
et l'île Ratos, 5o 25' 32', Qi- 
rry, Fouque, Lartigue; d'où 
long, chron. 5i® o' 46'). 

Prob. 45» 35' ii',—Sat, (au 
nombre de a85 Im. et £m.). 
Dist, lun, Chron, (70 sat, 4^ 



XLIV TABLEAU DES POSITIONS GÉOGRAPBIQUES 



NOMS 



OKS POSITIONS. 



MORTB-VlDBO, 



LIMITES 

KXTKÊMI8. 



^iLPAKAiso (castillo 
d6l Rosario). . . . 



lOQUlMBO. 



SS-^So'aa'et 58«87'io' 



74 00 oo et 74 1 1 00 



73 S8 00 et 75 47 45 



Ullào ( Fuerlc San 
Felipe.) 



79 35 00 et 79 35 10 



REMARQUES. 



36' 55', Dorta Frem. sat. 
450 36' 4o'. Long, chron.45* 
35' i4', GiTry ; 45» 3a' 33' 
Fouque ; iS* 36' a a', Frej« 
cinet). 
Prob. 58» 34' ao'.— P«f . A 
Mercure* Oeeult. SaU (Pau. 
de Merc. 58» So' aa', Ma- 
lasp. Occolt. 58» 5/ 1 1', Ma 
lasp. Sal, 58«3o'55',Varela. 

Prob —OtemH. BéL 

deioL Sat.Dist. /im.(Occiilk, 
730 Si' i5', Hall, Foster) 
mais d'après Oltm., ^i* n' 
19'. EcL de sol., 74*» 8' iS*, 
Feoillée et Méchain ; 74'' f 
ai', Feoillée et Triesnecker. 
Sat. 74<* 0' a5', Malasp. Mé- 
chain ; 74» i4' i5', Oltm 
Dist. lan., 73« 59', Lartîgae 
Di£Pér. mér. chron. de Y. et 
<;allao, 5^ So' io% Malup.j 
S^ii'iy'y Hall; 5k 5o' 4V, 
Lartigue; d'od long. moy< 
chron., 74» »' 27'. Différ. 
chron. mér. de Y. et Qoiloa, 

o«49'a'.) 

Prob —OecultSêi, 

( a occult., 73* 47' 45', Ma- 
laup.Tiscar; a sat., jt* S8' o*, 
Malasp. Différ. mér. chroo. 
de G. et Yalparaiso, o* 16' 
i6',moy. de Malasp. et Hall; 
de G. et Gallao, mor. da 
l'Atrevida, delà Deicubierta 
et de Basil Hall, 5« 47' lo'; 
d'où , long, chron., 73* 46' 
44"- Bauia préfère ponrVal- 
paraiso, 74'' 3' i8',5;pou 
Goquimbo, 73» 43' 34'.) 

Prob. 79» 34' 3o'. — Pa»- 
tage de mercure, Sat, Dlti, 
lun, (Pass.de Merc., 79*54' 
3o', Hnmb. et Oltm. Sii 

obt. IL 



sat. , 79« 3i' 55' 



DE LILE DZ CUBA. 



XLV 



NOMS 



BI8 P08ITI0VS. 



ATAQuii. (môle de 
hTiUe) 



LIMITES 

BZTRfiMBt. 



8a^i4'oo'et 8aM8'a5' 



{gMnde place) 



Si 4 i5 et 81 6 3o 



*àmAmà (cathédrale). 



(môle). . • 



^1 38 45 et 81 44 Se 



10a 9 3o^ 10a i3 00 



REMARQUES. 



Lîma, OItm. Unsat., jg** 35' 
54'>Mala8p,01tm. Dût. lun., 
79«»29'4i',Lart.;79»34'5', 
Duperrey). 

Prob. Sa* 18' 10*.— Oecutt. 
EeL iun, Chron, {Occnlt, , 8a» 
18' 11', Malasp. OltmaoDS. 
Ed. luo. comparée à 6 obs. 
corresp. 8a** 18' a5% Malasp. 
et OItm. Diff. mér. chron. 
de 6. et du Gallao, a» 43' 
4o', Humboldt ; d'où , long, 
chron., 8a* 18' 10'; de 6. et 
Gallao^ a"» Zg' 5a', Malasp.; 
a» 33' 36', HaU.) 

Prob. Si» 4/ 38'. — 5af. 
Ecl, de Iun, DisU Iun. (Sat., 
5^ a4 17', UUoa, Godin, Oit 
manns. Écl. lan., 5^ a4 19% 
UUoa, OItm. Dîst. lan., 5^ 
a4 a6', Humb. Différ, mér. 
chron. de Q. et de Popayan, 
0^8 ao' 3; d'où long, chron., 
S^2i ai',Hamb.) 

Prob -^Oceult. Sat, 

( a occnlt., Si» 38' 17', Ma- 
lasp. Tiscar; a sat., 8i« 47' 
i5', Malasp. Différ. mér. 
chron., de P. et d'AcapuIco 
ao* 33' 5', Malasp. ; d'où 
long, chron.^ Si^ 36« aS'. 
Plusieurs antres combinai- 
sons chron., par Portobelo 
et Garthagéne des Indes, 
donnent à M. Banza , long. 
8i«»43'33'.) 

Prob. ioa« 9' 33'.— Otfcaft. 
Sat. DUt. Iun. (Occnlt. 6^ 
48' 5o',5. Malasp., Oltm.j 
Sat. 6^ 43' 58', Mal., OItm. 
Bist. Iun., 6^48' 26', Hum- 
boldt. Diff. mér. chron. d'A. 
et de S. Blas, o^ ai' aa', 
Malasp.; 6^ ai' 38', Hall; 
d*où foDg. chron. moy., 6^ 



XliTI TABLEAU DES POSITIONS ctOG^. DK l'iLE DE C 



nous 



DIS rotiTioas. 



\An Blas (Gontada- 
ria) r . 



LIMITES 
■ZTaAMii. 



i07»55'4o'et i07»38'5o' 



REMARQUE 



''■MA Gars (niAlc). • 



98 aS ooet 98 5o i5 



48' 58* ; d'A. et de 

long. cfaîrOD., 6^ 48 
Prob. 107» 55' 48'- 
Sat» D'ut, (un, ( C 
i07« 38' 4a', Hall el 
ansat., i07"34'55', 
et Oltm . ; écLloD. 1 07 
Malasp.Oltm . ;diat.li 
37'a4';HaU;M.Bai 
réte pour Acapolcoà 
4i'; ponrS.Blajy 107 
Prob. 98*» 39' </.- 
SaU Dut, lun. Chn 
cuit., 6* 35' 57', 
OltmaDns. Sat. 6^ ! 
Ferrer et OItm. Op 
kypsom.6i'34'i'Hii 
ane éclpise de soleil 
àTabasco6k33'54', 
Différ. mér. chron» \ 
Morro de Portorioo, 
Baaza ; de Y. et de 
de la HaTane, iS« i 
Montes, Ferrer, Iiaj 
d'où loog. cbron., 
""; de V. et Gap 
çoîs, a5* 5o' 8', Bor< 
rer, Gborraca; d'où 
cbroD., 98» a8 18* 



(En examinant dans ce tableau les limites entre lesquelles oa 
les longitudes , on se fonne une idée assez précise de Tétat 
de nos connoissancés de Géographie astrononomique améri 
L'ensemble des poôtions donne un peu moins de i5' en temp 
retendue moyenne des oscillations; dans la moitié des \aD% 
indiquées , les extrêmes ne s'écartent que de 7%7.) 



ESSAI POLITIQUE 



sua 



L'ILE DE CUBA 



Nota. Tous les reoTois dans les notes, sans indication 
é'ommgey ont rapporta la Relation historique ^ édition in-8«. 



Lj'importance politique de Tîle de Cuba n'est 
pas seulement fondée sur l'étendue de sa sur- 
&ce , qui est de la moitié plus grande que celle 
d'Haïti , sur l'admirable fertilité de son sol, sur 
ses établissemens de marine militaire et sur la 
nature d'une population, composée^ pour 
trois cinquièmes , d'hommes libres : elle s'a- 
grandit encore par les avantages de la position 
géographique de la Havane. La partie septen- 
trionale de la Mer des Antilles , connue sous 
le nom de golfe du Mexique , forme un bassin 
circulaire de plus de 260 lieues de diamètre^ 
une méditerranée à deux issues ^ dont les côtes^ 
I. 1 



h E9SAI POLITIQUE 

depuis la pointe de la Floride jusqu'au cap 
Catoche du Yucatan, appartiennent aujour- 
d'hui exclusivement aux Confédérations des 
Etats-Mexicains et de l'Amérique du Nord, 
L'île de Cuba, ou plutôt son littoral entre le 
cap Saint-Antoine et la ville de Matanzas, 
placée au débouquement du Vieux-Canal, 
ferme le golfe du Mexique, au sud-est, en ne 
laissant au courant océanique , désigné sous le 
nom de Gulf-stream ', d'autres ouvertures que 
vers le sud, un détroit entre le cap Saint-An- 
toine et le cap Catoche ; vers le nord, le Canal de 
Bahama, entre Bahia-Honda et les bas-fonds 
de la Floride. C'est près de l'issue septen- 
trionale, là où se croisent, pour ainsi dire, 
plusieuf-s grandes routes du commerce des 
peuplés, qu'est situé le beau port de la Havane, 
fortifié à la fois par la nature et par de nom- 
breux ouvrages de l'art. Les flottes qui sortent 
de ce port et qui sont en partie construites avec 
le Cedrela et l'Acajou de l'île de Cuba, peu- 
vent combattre à l'entrée de la Méditerranée 
nlexicaine, et ioaenacer les côtes opposées, 
C0mm€ les flottes qui sortent de Cadix peu- 

r 

* Tom. I,p. iii-i4i. 






SUR L*1LK DE CUBA. 3 

vent dominer FOcéan près des Colonnes 
d'Hercule. C'est dans le méridien de la Ha- 
vane que le golfe du Mexique, le Vieux-Canal 
et le Canal de Bahama communiquent en- 
semble. La direction opposée des courans, et 
les agitations de l'atmosphère, très- violentes 
à l'entrée de l'hiver, donnent à ces parages, 
sur la limite extrême de la zone équinoxiale, 
un caractère particuUer. 

L'île de Cuba n'est pas seulement la plus 
grande des Antilles (sa surface différant peu 
de l'Angleterre proprement dite, sans le pays 
de Galles) ; elle offre aussi par sa forme étroite 
et alongée un tel développement de côtes, 
qu'elle est voisine à la fois d'Haïti et de Fa Ja- 
maïque, de la province la plus méridionale 
des Etats-Unis (la Floride), et de la province 
la plus orientale de l^i Confédération mexi- 
caine (le Yucatan). Cette circonstance mérite 
la plus sérieuse attention; car des pays qui 
communiquent par une navigation de lo à \% 
jours, la Jamaïque, Haïti, Cuba et les parties 
méridionales des Etats-Unis (depuis la Loui- 
siane îusqu'en Virginie) renferment près de 
deux milhons huit cent mille Africains. De- 
puis que Santo-Domiago , les Florides et la 



1* 



1i ESSAI rOilTlQUB 

iNouvelle-Espagne ont été séparées de la mé^ 
tixipole, File de Cuba ne tient plus que par 
la communauté du culte ^ du langage et des 
mœurs aux pays qui l'avoisinent , pays qui, 
pendant des siècles^ ont été soumis aux mêmes 
lois. 

La Floride forme le dernier anneau de cette 
longue chaîne de républiques dont l'extré- 
mité septentrionale touche au bassin du Saint- 
Laurent , et qui s'étend de la région des pal- 
miers à celle des hivers les plus rigoureux. 
L'habitant de la Nouvelle-Angleterre regarde 
comme des dangers publics l'augmentation 
croissante de la population noire, la prépon- 
dérance des états à esclaves (slave-siates)^ et 
la prédilection pour la culture des denrées 
coloniales; il fait des vœux pour que le dé- 
troit de la Floride, limite actuelle de la grande 
Confédération américaine , ne soit franchi que 
dans les vues d'un commerce libre , fondé sur 
l'égalité des droits. S'il craint des événemens 
qui fassent passer la Havane sous la domina- 
tion d'une puissance européenne plus redou- 
table que l'Espagne , il n'en désire pas moins 
que les liens politiques , par lesquels la Loui- 
siane, Pensacola et Saint-Âugustin de laFlo- 



SUR L*JLB DB CUBA. 5 

lide ont été unis jadis à Tîle de Cuba ^restent à 
jamais rompus. 

Une extrême stérilité du sol^ le manque 
d'habitans et de culture ont rendu de tout 
temps le voisinage de la Floride d'une foible 
importance pour le commerce de la Havane; 
il n'en est pas de même des côtes du Mexique 
qui, prolongées en demi-cercle , depuis les 
ports ti'ès- fréquentés de Tampico, de Vera- 
Cruz et d'A.lvarado jusqu'au cap Catoche, tou- 
chent presque, par la péninsule de Yucatan, 
à la partie occidentale de File de Cuba. Le 
mouvement commercial entre k Havane et 
le port de Campêcbe est très-actif; il augmente 
malgré le nouvel ordre de choses introduit 
au Mexique, parce que le commerce égale- 
ment illicite avec une côte plus éloignée, celle 
de Cacaras ou de Colombia, n'occupe qu'un 
petit nombre de bâtimens. Dans des temps ^ 
difficiles, les approvisionnemens de viandes 
salées {tajaso)^ nécessaires à la nourriture des 
esclaves % se lire avec moiqs de danger- de 
Buenos- Ayres et des plaines de Merida que de 
celles de Gumana , de Barcelone et de Ç^aracas. 

* Ton». IV, p.. ja ; VL, p^'gB-g^^ 



• { 



6 ESSAI POLITIQUE 

j 

On sait que, pendant des siècles, l'île de Cuba 
et l'archipel des Philippines ont puisé , dans les 
caisses de la Nouvelle-Espagne, les secours 
nécessaires pour l'admiDistration intérieure , 
pour l'entretien des fortifications, des arse- 
naux et des chantiers (situados de attencion 
fnarùimd). La Havane, comme je l'ai exposé 
dans un autre ouvrage ', a été le port militaire 
de la Nouvelle-Espagne, et elle a reçu du 
trésor mexicain, jusqu'en 1 808, annuellement, 
plus de 1,800,000 piastres. A Madrid même, 
on s'étoit habitué, pendant long-temps, à re- 
garder l'île de Cuba et l'archipel des Philip- 
pines comme des dépendances du Mexique , 
situées, à des distances bien inégales, à l'est 
et à l'ouest de la Vera-Cruz et d'Acapulco, 
mais bées à la métropole mexicaine, alors 
colonie elle-même de l'Europe , par tous les 
bens du commerce, de l'assistance mutuelle 
et des plus anciennes affections. L'accroisse- 
mer^t de la richesse intérieure a rendu inutiles 
peu à peu les secours pécuniaires que l'île de 
Cuba avoit coutume de puiser dans le trésor 
du Mexique. Cette île est , de toutes les posses- 

^ Essai politique f Tom* U', p. 824* 



sions de FEspdgne , celle qui a le plus pirospéré ^ 
W port de la Havane , depimis les troubles dp 
Saint- Doqaingue, s'est élevé au rang des pcre*- 
mières places du monde commerçant. Un eon- 
cours heureux de circonstances politiques , 
la modération des officiers de la eouroimey La 
conduite des habitans qui sont spirituels, pru^ 
dans et très-occupes de leurs intérêts, ont 
conservé à la Havane la jouissance non iotecr 
rompue de la liberté des échanges avec les 
nations étrangères. Le revenu des douanes a si 
prodigieusement augmenté, que l'île de Cuba 
peut suffire non seulement à ses propres he^ 
soins , mais que , pendant le cours de la lutte 
entre la métropole et les colonies espagnoles 
du continent, elle a fourni des sommes con- 
sidérables aux débris de l'armée qui avoit 
combMtu dans le Venezuela , à la garnison du 
château de San Juan d'Ulua et à des arme- 
mens maritimes très-dispendieux et le plus sou*^ 
vent inutiles. 

J'ai fait deux séjours dans l'île, l'un de trois 
mois et l'autre d'un mois et demi : j'ai eu 
l'avantage de jouir de la confiance des per- 
sonnes qui, par leurs talens et par leur posi:- 
tion comme administrateurs f. propriétaires ou: 



8 ESSAI POIITIQUB 

négocians, ëtoient à même de me donner des 
renseignemens sur l'accroissement de la pros- 
périté publique. La protection particulière 
dont j'ai été honoré par le ministère d'Es- 
pagne rendoit cette confiance très-légitime r 
j'ose me flatter aussi de l'avoir méritée par 
la modération de mes principes, par une 
conduite circonspecte et par la nature de 
mes paisibles travaux. Depuis trente ans, le 
gouvernement espagnol n'a point entravé^ à 
la Havane même, la publication de docu- 
mens statistiques les plus précieux sur l'état 
du commerce, de l'agriculture coloniale et 
des finances. J'ai compulsé ces documens, et 
les rapports que ]'ai conservés avec l'Amé- 
rique depuis mon retour en Europe m'ont mis 
en état de compléter les matériaux que j'avois 
recueillis sur les lieux. Je n'ai parcouru, con- 
jointement avec M. Bonpiand , que les envi- 
rons de la Havane, la belle vallée des Guines 
et la côte entre le Batabano et le port de la 
Trinidad. Après avoir décrit succinctement 
l'aspect des lieux et les modifications singu- 
lières d'un climat si difierent de celui des 
autres Antilles, j'examinerai la population gé- 
nérale de l'île, son area calculée d'après le 



sua L*1LE DE CUBA. 9 

tracé le plus exact des côtes, les objets du 
commerce et l'état du revenu public. 

L'aspect de la Havane, à l'entrée du port, 
est un des plus rians et des plus pittoresques 
dont on puisse jouir sur le littoral de l'Amé- 
rique éqninoxiale , au nord de l'équateur. Ce 
site, célébré par les voyageurs de toutes les 
nations j n'a pas le luxe de végétation qui orne 
les bords de la rivière de Guayaquil, ni la sau- 
vage majesté des côtes rocheuses de Rio Ja- 
neiro , deux ports de l'hémisphère austral : 
mais la grâce qui, dans nos climats, embellit 
les scènes de la nature cultivée , se mêle ici à 
la majesté des formes végétales , à la vigueur 
organique qui caractérise la zone torride. 
Dans un mélange d'impressions si douces, l'Eu- 
ropéen oublie le danger qui le menace au sein 
des cités populeuses des Âiltilles ; il cherche à 
saisir lès élémens divers d'un vaste paysage, à 
contempler ces châteaux forts qui couronnent 
les rochers à l'est du port , ce bassin intérieur, 
entouré de villages et de fermes, ces palmiers 
qui s'élèvent à une hauteur prodigieuse, cette 
ville à demi cachée par une forêt de mâts et 
la voilure des vaisseaux. En entrant dans le 
port de la Havane on passe entre la forteresse 



10 £6SAI rOUTlQUS 

du M orro (Castilio de los Santos Reyes) et I0 
fortin de San Salvator de la Punta : l'ouver- 
ture n'a que 170 à 200 toises de largeur : elle 
conserve cette, largeur pendant f de mille» 
Sorti du goulet, après avoir laissé au nord le 
beau château de San Carlos de la Cabaha et 
la Ca$a blanca , on parvient dans un bassin en 
forme de trèfle, dont le grand axe, dirigé du 
SSO. au NNE., a 2 i de milles de long. Ce bas* 
sin communique à trois anses , celles de Régla ^ 
de Guaxiavacoa et d'Atarès , dont la dernière 
offre quelques sources d'eau douce. La ville 
de la Havane, entourée de murailles, forme 
un promontoire limité au sud par l'arsenal : 
au nord, par le fortin de la Punta. Au-delà 
des restes de quelques vaisseaux coules et du 
bas^fond de la Luz on ne trouve plus 8 à lo^ 
mais bien encore 5 à 6 brasses d'eau. Les châ- 
teaux de S anto Domingo j de A tarés et de San 
Carlos del Principe défendent la ville vers 
Touêst; ils sont éloignés du mur intérieur, du 
côté de la terre, l'un de 660, l'autre de ia4o 
toises» Le terrain intermédiaire est rempli par 
les faubourgs (arrabales ou barrios extra mwros) 
de l'Horcon , de Jésus Maria , Guadàlupe et 
Seâor de la Salud qui, d'année en année , ré^ 



SUR l'île D£ CUBA. Il 

trécksent davantage le champ de Mars {Campa 
de Marte). Les ^ands édifices de la Havane, 
la cathédrale . la Casa delGovierno, la maison 
du commandant de la marine, l'arsenal, le 
Correo ou hôtel des postes , la factorerie du 
tabac, sont moins remarquables par leur 
beauté que par la solidité de leur construc- 
tion : la plupart des rues sont étroites , et le 
plus grand nombre ne sont point encore pa- 
vées. Comme les pierres viennent de la Vera- 
Gruz, et que leur transport est extrêmement 
coûteux, on avoit eu, peu de temps avant 
mon voyage, Fidée bizarre d'y suppléer eu 
réunissant de grands troncs d'arbres, comme 
on fait en Allemagne et en Russie lorsqu'on 
consti'uit des digues à travers des endroits ma- 
récageux. Ce projet fut bientôt abandonné , et 
les voyageurs récemment arrivés voyoient 
avec surprise les plus beaux troncs de Cahoba 
(d'acajou) enfoncés dans les boues de la Ha- 
vane. A l'époque de mon séjour, peu de villes 
de l'Amérique espagnole offroient, par le 
manque d'une bonne police, un aspect plus 
hideux. On marchoit dans la boue jusqu'aux 
genoux ; la multitude de calèches ou volantes , 
qitt sontl'Mtelage caractéristique de laHavane, 



13 ES&AI FOtrriQUÏ 

lescharreifes chargées de caisses de sucre , les 
porteurs qui coudoyoient les passaiis, rei>- 
doient fâcheuse et humiUante la position d'un 
piéton. L'odeur du taêajo ou de la yiande mal 
séchée empestoit souvent les maisons et les 
rues tortueuses. On assure que la police a re^- 
médië à ces inconvéniens, et qu'elle a fait, , 
dans ces derniers temps, des améliorations 
très-sensibles dans la propreté des rues. Les 
maisons sont plus aérées, et la Calle de .los 
Mercadares offre un bel aspect. Ici, comme 
dans nos villes d'Europe les plus anciennes, 
un plan de rues mal ti^acé ne peut se corrige» 
qu'avec lenteur* 

n y a deux belles promenades, Fune (la^/a* 
mada) entre Thospice de Paula et le théâtre 
dont l'intérieur à été décoré en i8a3 avee 
beaucoup de goût par un artiste italien, M. Pe- 
ruani ; l'autre, entre le Castillo de laPunta et 
la Puerta de la Mur alla. La dernière ^ appelée 
aussi le passeo extra mui^Sy est d'une fraîcheur 
délicieuse : après le coucher du soleil, elle est 
fréquentée par des voitures» Elle a été com- 
mencée par le marquis de la Torre, celui de 
tous les gouverneurs de l'île qui ait donné h 
prenodère et la plus heureuse imipulsioa à 



SUK L^ILE DK CUBA. l3 

i^imélioration de la police et du régime mu-^ 
ifiicipaL DoD Lais de las Casas , dont le nom 
est resté également cher aux habitans de la 
Havane^ et le comte de Santa Clara, ont 
agrandi ces plantations. Près du Campo de 
Marte se trouve le jardin botanique, bien 
digne de fixer l'attention du gouvernement ^ 
et un autre objet, dont Faspect afflige et ré- 
volte à la fois les baraques devant lesquelles 
sont exposés en vente les malheureux esclaves; 
Cest dans la promenade extra muros qu'on a 
placé, depuis mon retour en Europe, une 
statue en marbre du Roi Charles ID.. Ce lieu 
avoit d'abord été destiné à un monument de 
• Christophe Colomb ^ dont on a porté les cen- 
dres , après la cession de la partie espagnole de 
Saint-Domingue , à l'île de Cuba. Les cendres 
de Fernand Cortez ayant été transférées, la 
même année, à Mexico, d'une église à une 
autre , on a vu donner de nouveau la sépul- 
ture, à une même époque, à la fin du dix- 
huitième siècle , aux deux plus grands hommes 
qui ont illustré la conquête de TÂmérique. 

Un palmier des plus majestueux de cette 
tribu, la Palma real, donne au paysage, dans 
les environs de la Havane , un caractère par- 



l4 ESSAI POLITIQUE 

ticulier. C'est YOreodoxa regia de notre des- 
cription des palmiers américains ' : son tronc 
élancé, mais un peu renflé vers le milieu^ 
s'élève à 60 ou 80 pieds de hauteur; sa partie 
supérieure , luisante, d'un vert tendre, et nou- 
vellement formée par le rapprochement et la 
dilatation des pétioles , contraste avec le reste 
qui est blanchâtre et fendillé. C'est comme 
deux colonnes qui se surmontent. La Palma 
real de l'île de Cuba a des feuilles panachées 
qui montent droit vers le ciel, etnesont recour- 
bées que vers la pointe. Le port de ce végétal 
nous rappeloit le palmier Vadgiai qui couvre 
les rochers dans les cataractes de l'Orénoque, 
et balance ces longues flèches au-dessus, d'un 
brouillard d'écume. Ici, comme partout où la 
population se concentre, la végétation dimi- 
nue. Autour de la Havane, dans l'amphi- 
phéâtre de Régla , ces palmiers , qui faisoient 
mes délices, disparoissent d'année en année. 
Les endroits marécageux , que je voyois cou- 
verts de Bambousacées , se cultivent el se des- 
sèchent. La civilisation avance; et l'on assure 

* Nova Gênera et Spec, plant, œqnin. , Tom. I, 
p. 3o5. 



SUR l/lLE DR CUBA. i5 

qu'aujourd'hui la terre, plus dénuée de végé- 
taux , offre à peine quelques traces de sa sau- 
vage abondance. De la Punla à San Lazaro, 
de la Cabaûa à Régla, et de Régla à Âtarès , 
tout est couvert de maisons : celles qui entou- 
rent la baie sont d'une construction légère et 
élégante. On en trace le plan , et on les com- 
mande aux Etats-Unis, comme on commande 
un meuble. Tandis que la fièvre jaune règne 
à la Havane , on se retire dans ces maisons de 
campagne et sur les collines entre Régla et 
Guanavacoa, où l'on jouit d^un air plus pur: 
A la fraîcheur de la nuit , lorsque les bateaux 
traversent la baie et laissent derrière eux, par 
la phosphorescence de l'eau , de longues traî- 
néjes de lumière, ces sites agrestes offrent, aux 
habitans qui fuient le tumulte d'une ville po- 
puleuse , de charmantes et paisibles retraites. 
Pour bien juger les progrès de la culture, les 
voyageurs doivent visiter les petites chacaras 
de maïs et d'autres plantes alimentaires, les 
ananas alignés dans les champs de la Cruz de 
Piedra, et le jardin de l'évêque (Çuinta del 
Obisbo)^ qui est devenu , dans ces derniers 
temps, un endroit délicieux. 

La ville de la Havane proprement dite , en- 



l6 ESSAI POUTIQUE 

tourée de murailles , n'a que 900 toises de long 
et 5oo toises de large, et cependant plus de 
44^000 âmes , dont 26,000 nègres et mulâtres, 
se trouvent entassées dans une enceinte si 
étroite. Une population presque également 
considérable s'est réfiigiée dans les deux grands 
faubourgs de Jésus Maria et de la Salud. Ce 
dernier ne mérite pas tout-à-fait le beau nom 
qu'il porte : la température de l'air y est sans 
doute moins élevée que dans la cité, mais les 
nies auroient pu être plus larges et mieux tra- 
cées. Les ingénieurs espagnols, depuis 3o ans, 
font la guerre aux habitans des. faubourgs ou 
arrabales : ils prouvent au gouvernement que 
les maisons sont trop rapprochées des forth- 
fications , et que l'ennemi pourroit s'y loger 
impunément. On n'a pas le courage de démolir' 
les faubourgs et de chasser une population de 
28,gK)o habitans réunis dans la Salud seule. 
Depuis le grand incendie de 1 802, ce dernier 
quartier a été considérablement agrandi : on 
construisit d'abord des baraques , et peu à peu 
ces baraques devinrent des maisons. Les ha*- 
bitans des arrabales ont présenté plusieurs pro- 
jets au Roi , d'après lesquels on pourroit les 
comprendre dans la ligne des fortications de 



scR l'île de cuba. ly 

la Hayane, et légaliser leur possession qui 
n'est fondée jusqu'ici que sur un consen- 
tement tacite. On voudroit conduire un large 
fossé de la Puente de Chaves, près du Mata- 
dero, à San Lazaro, et faire delà Havane une 
île. La distance est à peu près de 1200 toises, 
et déjà la baie se termine , entre Tarsenal et 
le Castillo de Âtarès, dans un canal naturel, 
bordé de mangliers et de CocoUoba. Par ce 
moyen, la ville auroit, vers l'ouest, du côté 
delà terre , une triple rangée de fortifications ; 
d'abord, extérieurement, les ouvrages d'A- 
tarès et du Principe, placés sur des émi- 
nences,*^puis le fossé projeté, et enfin la mu- 
raille et l'ancien chemin couvert du comte de 
Santa Clara , qui a coûté 700,000 piastres. La 
défense de la Havane, vers l'ouest , est de la 
plus baute importance : aussi long-temps que 
l'on reste maître de la ville proprement dite 
et de la partie méridionale de la baie, le Morro 
et la Cabaha , dont l'un exige 800, l'autre 
2000 défenseurs, sont imprenables, parce 
qu'on peut y porter les vivres de la Havane et 
compléter la garnison lorsqu'elle essuie des 
pertes considérables. Des ingénieurs françois, 
très-instruits, m'ont assuré que Fennemi doit 
I- 2 






li I881I rOUTIQUC 

commencer par prendre la Tille pour bom- 
barder la Cabaha^ qui est une belle forte-^ 
resse y mais dans laquelle la garnison , enfermée 
dans les casemates, ne résisteroit pas long- 
temps à l'insalubrité du climat. Les Ânglois ont 
pris le Morro sans être maîtres de la Havane , 
mais alors la Cabaha et le Fort n<> 4 qui domi- 
nent le Morro n'existoient pas encore. Au sud 
et à Foccident , les Castittos de A tarés y del 
Principe et la batterie de Santa Clara sont les 
ouvrages les plus importans. 



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On a désigné dans ces tableaux, sous le 
nom de pardos (gens de couleur), tons les 
hommes qui ne sont pas marenos^ c'est-à-dire 
de race nègre pure. Les troupes de terre , les 
matelots et soldats de la marine royale, les 
moines, les religieuses et les étrangers non 
domiciliés (transeuntes) ne sont pas compris 
dans le dénombrement de 1810 dont, par er- 
reur, les résultats ont été rapportés dans plu- 
sieurs ouvrages, d'ailleurs très-estimables et 
publiés récemment comme appartenant à 
l'année 1 8 1 7. La garnison de la Havane s'élève 
assez généralement à 6000 hommes, le nombre 
des étrangers à 20,000 ; de sorte que la popu- 
lation totale de la Havane et des 7 arrabales 
dépasse aujourd'hui (en iS^S), à n'en pas 
douter, 1 3o,ooo. Le tableau suivant ofire l'ac- 
croissement de la population de la Havane et 
de ses faubourgs, depuis le dénombrement fait 
en 1791, d'après ies ordres du capitaine gé- 
néral Don Luis de las Casas, jusqu'en 181a. 



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SUft Î.1LE DE CUBA. 29 

Nous venons de voir que la population a 
plus que double en vingt ans , de 1 79 1 à 1810: 
dans ce même intervalle de temps ^ la popula- 
tion de New--York , la cité la plus populeuse 
des Etats-Unis, s'est élevée de 33,2O0 à 
96,400 : elle est aujourd'hui de i4o,ooo; par 
conséquent un peu supérieure à celle de la 
Havane, et presque égale à la population de 
Lyon. La ville de Mexico, qui, en 1820, 
comptoit 170,000 habitans, me paroît con- 
server le premier rang entre les villes du Nou- 
veau-Continent. C'est peut-être un bonheur 
pour les états libres de cette partie du monde 
que l'Amérique ne compte encore que six 
villes : Mexico , New- York , Philadelphie , la 
Havane , Rio Janeiro et Baliia qui atteignent 
la population de 100,000 âmes. À Kio Ja- 
neiro, il y a, sur i35,ooo habitans, io5,ooo 
noirs : à la Havane , les blancs forment | de 
la population entière. On trouve dans cette 
dernière ville cette même prépondérance des 
femmes que Ton remarque dans les villes prin- 
cipales des Etats-Unis et du Mexique *. 

* Les dénombremens de Boston, New-York, Phila- 
delphie, feltimorc, Charleston et New-Orléans don- 
nent, pour le rapport des femmes aux hommes , 109 : 






5o ESSAI POLITIQUE 

La grande accumulation d'étrangers non 
acclimatés dans une ville étroite et populeuse 

loo; à Mexîco, on a trouvé 92^858 femmes et 
76/008 hommes y ce qui donne un rapport plus étrange 
encore^ celui de laa : 100. J'ai déjà traité cet objet 
dans un aujtre endroit {Essai politique 9 Liv* II, 
Ghap. Yu, Tom. I, p. 141) > où j'ai fait remarquer en 
même temps qu'en embrassant sous un même point de 
Tue l'ensemble de population des villages et des cités , 
on trouve qu'au Mexique et aux États-Unis le nombre 
des hommes vivans excède celui des femmes , tandis que 
le rapport inverse a lieu dans toute l'Europe. Le nombre 
des hommes vivans aux États-Unis (dans le pays entier) 
est au nombre des femmes vivantes comme 100 : 97. 
Après avoir rectifié lecensus de 1820^ publié officielle- 
ment^ mais dans lequel les sommes partielles sont peu 
exactes 9 on trouve qu'il existoit dans le vaste territoire 
des États-Unis de la race des blancs 3^993^206 mâles 
et 3,864^017 femelles; totale 7,857,223. Au contraire, 
n y avoit, en 1821 , dans la Grande -Bretagne 9 
79137,014 mâles et 7,254»ôl3 femelles; en 1801^ en 
Portugal, i947^;900 mâles et i,5i2,o3o femelles^ en 
1818, dans le royaume de Naples, 2,432,4^1 mâles 
et 2,574,4^2 femelles; en i8o5, en Suède, i;^9994S7 
mâles et 1,721,160 femelles; en 181 5, à Java, 
2,268,180 mâles et 2,347,090 femelles*. £n Suède, 
le rapport des femmes vivantes aux, honunes paroît 
être 100 : ^; dans le royaume de Naplfss, 100 : 96 ; en 



SUA l'jlb de cuba. 5i 



augmente sap» doute la mortalité ; cependant 
lés eSets de la fièvre jaune se font sentir beau- 
coup moins dans la balance totale entre les 
naissances et les décès qu'on le croit yidgai- 
rement. Lorsque le nombre des nègres im- 
portés n'est J)as très-considérable et que l'ac- 
tryité du commerce n'attire pas à la fois beau- 
coup de marins non acclimatés, soit d'Europe, 
soit des Etats-Unis, les naissances égalent 
pjresque les décès *. Voici des tableaux de cinq 
années pour la cité de la Havane et les fau- 
bourgs {barrich extramurales) : 

France, en Portugal et à Java, loo : 97; en Angle- 
tene et en Prusse, 100 : 9g. Telle est l'influence des 
diverses occupations et des mœurs sur la mortalité des 
hommes ! « 

< Voyez la Guia de Foraeteros de la Ula de Cuba 
para 181 5, p. 245;|iara i8a5, p. 365, almanach sta- 
tistique beaucoup mieux rédigé que la plupart de ceux 
qui paroissent en Europe. On a vacciné, en 181 4, à la 
Harane, 6696 personnes; en 1824^ près de 8100. 



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ESSAI POLITIQDE 



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Ce tableau, qui offre une fluctuation extrême 
à cause de l'accumulation très -inégale des 
étrangers , donne , terme moyen , en évaluant 
la population totale de la Havane et des Êtur- 
bourgs à 1 3o,ooo, le rapport des naissances à la 
population de 1 : 55,5; le rapport des décès à la 
population de 1 : 55,2. D'après les derniers 
travaux très-exacts faits sur la population de 
la France, ces rapports sont, pour la France 
entière, conmie 3i | : 1 et 59 j : 1; pour Pa- 
ris, de 1819a i823,comme 1 : 28 et 1 : 5i,6*: 



itJR l'île de cuba. S5 

Les circonstances, qui modifient Ces elëmens 
numériques dans les grandes Tilles» sont si 
cpmpliquées et d'une nature si variable, qu'on 
ne peut guère juger du nombre des babitans 
par celui des naissances et des décès. En 1 806, 
époque à laquelle la population du Mexico 
étoit peu supérieure à i5o,ooo, le nombre 
des décès et des naissances étoit, dans cette 
ville, de 5 1 66 et de 61 55 , lorsqu'à la Havane, 
sur i30;000 habitanSy ces nombres sont, terme 
moyen, de Sgoo et de 388o. Dans cette der^ 
nière ville, il y a deux hôpitaux dans lesquels 
le nombre des malades est très-considérable , 
l'hôpital général (de Caridad ou de San Fe^ 
lipe y Santiago et l'hôpital militaire de «S'ait 
Ambrosio) >. 

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^ Sur la mortalité moyenne des hôpitaux à la Vera-* 
Croz et à Paris ^ voyez mon Essai politiqiie ^ Tom. 11^ 
p. 777 et 784. 



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54 



ESSAI POUTIQVE 




SUR l'île de cuba.* 35 

Dans Vhâpital général ^ il a péri, année 
moyenne, plus de 24 pour cent; dans rhô- 
pital militaire , à peine 4 pour cent. Il seroit 
injuste d'attribuer cette énorme différence 
aux méthodes curatiyes qu'emploient les reli« 
gieux de San Juan de Dios qui gouvernent le 
premier de ces étabhssemens. Il entre sans 
doute plus de malades attaqués de vomito ou 
de fièvre jaune dans Phôpital de San Âmbro- 
sio, mais la majeure partie des infirmes ont 
des maladies peu graves , même insignifiantes. 
L'hôpital général, au contraire, reçoit les 
vieillards, les incurables, les nègres qui n'ont 
que peu de mois à vivre , et dont les planteurs 
ou maîtres (los amos) veulent se défaire pour 
n'avoir plus besoin de les soigner. On peut 
admettre en général que, par les améliorations 
de la police, on a amélioré aussi l'état sani- 
taire de la Havane : mais les effets de ces chan- 
gemens ne peuvent se manifester avantageu- 
sement que parmi les natifs. Les étrangers qui 
viennent du nord de l'Europe et de l'Amé- 
rique souffrent de l'influence générale du cli- 
mat; ils continueroient d'en soufinr, lors même 
que la propreté des rues seroit aussi soignée 
qu'on pourroit le désirer. L'influence du lit* 

3* 



36 I8SAI FOLIÏIQOB 

toral est telle qu'on Voit des babitans de lUe^' 
Tivant dans l'intérieur, loin des côtes ^ être 
attaques du vamito dèâ qu'ils arrivent à la Ha- 
yane. Les marchés de la Tille sont bien appnn 
Tisionnés. On a évalué avec soin^ en 18 19^ 
le prix des denrées et des comestibles , que 
2000 bêtes de charge portent journellement 
aux marchés de la Havane , et l'on a trouvé 
que la consommation en viandes, maïs, ma»- 
nioc, légumes > eaux-de-vie, lait, œufs, four- 
rage et tabac à f umer, s'élève par an à ^,^So, 000 
piastres. 

Nous employâmes leis mois de décembre , 
de janvier et de février à faire des observa- 
tions dans les environs de la Havane et dans 
les belles plaines des Guines. Nous trouvâmes, 
dans la famille de M. Cuesta , qui formoit alors 
avec M. Santa Maria une des plus grandes 
maisons de commerce de l'Amérique, et 
dans la maison de M. le comte 0-Reillj, les 
soins de la plus noble hospitalité. Nous lo- 
geâmes chez le premier, et nous plaçâmes nos 
collections et nos instrumens dans le vaste 
hôtel du comte O-Reilly, dont les terrasses fa- 
vorisoient surtout les observations astrono- 
miques. La longitude de la Havane étoit , à 
cette époque, incertaine à plus de j de de- 



iCR L*ILE DK CUBA. $7 

gr^ >. M. EspiDosa, le savant directeur du D#« 
JMi'fo hydragraphico de Madrid, s'arrètoit^ 
dans oa tableau de positions qu'il me commu- 
quoit en partant de Madrid, à 5?^ 38' ii'^: 
WP. de Ghurruca faisoit le Morro 5^ Sg' i'^. 
Péus le plaisir de rencontrer à la Havane un 
des plus habiles officiers de la marine espa«- 
gnole , le capitaine de vaisseau Don Dionisio 
&allano, (piiavoit relevé les côtes du détroit 
de Magellan. Nous observâmes ensemble une 
série d'éclipsés de Satellites de Jupiter, dont 
le résultat moyen donnoit 5^ 33' So'^. M. Oit- \ 
manns déduisit, en i.8o5, de l'ensemble àe^ 
observations , que je rapportai , pour le Morro , 
5*^ 38' 5a'^,5=84o 43' 7''^5 à l'occident du 
méridien de Paris. Cette longitude a été con- 
firmée par i5 occultations d'étoiles observées 
de 1809 à 1811, et calculées par M. Ferrer * •. ' 
cet excellent observateur donne, pour ré- 
sultat définitif, 5** 38' So'^g. Quant à Fincli- 
naisoji magnétique^ je la trouvai, par la bous^ 
sole de Borda (déc. 1800), 5t3<^ 22' de l'an- 
cienne division sexagésimale i vingt-deux ans 
plus tard , cette inclinaison n'étoit plus., d'après 
les observations très-précises du capitaine Sa- 

A Hfmboldi, Reo. d'Obs.ask. , Tonei. 11^ p. 53, 8q. 
? Conn. des Temps pour 1817, p. 33o». .1 



38 ESSAI POLITIQUB 

bine , faites dans son mémorable voyage aux 
côtes d^Afiîque , d'Amérique et du Spitzbei^ 
gen^ que Si^ 55^; elle a donc diminué de 
i^ 2'j^. Plus à Fest» mais aussi dans l'hémis- 
phère boréal^ à Paris ^, la diminution avoit 
été, en dix-neuf ans (de 1798 à 1817), de 
I* 11^. Mon aiguille d'inclinaison avoit fait, 
dans le méridien magnétique , à Paris (octobre 
1796), en dix minutes de temps, ^45 oscilla- 
tions ; j'avois vu décroître le nombre des os- 
cillations 9 à mesure que ]e m'approchois de 
l'équateur magnétique. A San Carlos del Rio 
Negro (lat. bor. i* 53' A^^Oy ce nombre ^ n'é- 
toit plus que de âi6. J'a vois entrevu dès-lors 
la diminution de l'intensité des forces magné- 

a 

tiques du pôle à l'équateur. Ma surprise étoit 
d'autant plus grande ^ lorsque des observations 
soiiTcnt répétées me donnoient, pour la Ha- 

^ J'avais trouvé, à Paris, en 179B, conjointement^vee 
le chevalier de Borda^ en changeant plusieurs fois les 
pôles, 69° 5i' : M. Gay-Lussac obtint^ en 1806^ incl. 
69* 12'; M. Arago^ en 1817, incl. 68* ^o' : en i8a4, 
încl. 68* 7'. Toutes ces expériences ont été faîtes av^ 
des instromens de la même construction. 

* Belat. hiaUj Tom. VIII, p. 27, 28, 546 et 347. 
Ces résultats ont besoin d'one correction rekthie «ux 
températures: 



SUR LILE D£ CUBi. Sg 

Taq^, ^46 oscillations, ce qui prQuvoit que 
l'int^isité des forces étoît plus grande daQS 
rh^misphère occidental par â3P 8^ d|^ latjitude^ 
qu'à Paris par 48*^ 5o ' . J'ai déjà ex,poçë ail- 
lairs que les lignes UçdynamiqueiS ne peuvep); 
aucunement se confondre dvec les ligneB £^ 
gâte inclinaison magnétique ^ .ei le capitaine 
Sabine * vient de confirmer, par des observa,- 
tions sans doute plus précises que Jqs miennes^^ 
l'accroissement rapide des forces dans FAiiié- 

^ Sabinsy Accownt o/Exper, t9 détermine the figure 
tfihe earth hyPendulwnEûffperimenta^ 1812$, p. 4^* 
494- L'intensité des forces magnétiques est plus forrUf 
soiis l'équateu^ magnétique, près des côtes occidentales 
d'Afrique^ que près des côtes occidentales 4^ rAmé" 
rique méridionale. J'ai obtenu^ pour le décroissement 
des forces, depuis l'équateur magnétique qui ]^asse entre 
Micuîpampa et Gaxamarca (à peu près par lat. 7^ 1' 
8«d, long. 60® 4o'> haut..i5oo toises) ^ jusqu'à Paris , 
le rapport de 1,0000 : 1,5482. M. Sabine-trouvé le dé- 
çroîssemeait , depuis un point de l'équateur inagné^C[ue, 
près Saint'Tbomas (kt. o** 5'' nord , long. 4*» 24' est, 
hauteur 5 1.), jusqu'à Londres , dans le rapport de 1,0a: 
1,6a. Déjà MM. Biot et Hansteen avoient remarqué , 
en comparant mes expériences d'oscillations à celles 
de M. de Rossel , que, dans le méridien de Sucabaja , 
à l'âe de Java^ la force magnétique étoijt iQoins gri^tidfr 

qu'au Pérou. {Untermchungen uber den MdgnetiemuM 

der Erdey Tb. Jp^^Oé) 



/ 



40 IS8SÂI POLITIQUE 

rique équinoxiale. Cet habile physicien trouTé 
l'intensitë des forces , à la Havane et à Lon- 
dres, dans le rapport de 1,72 : 1,62 (ennom- 
mant 1 la force sous Téquateur magnétique 
près de Tîle Saint-Thomas, dans le golfe de 
Guinée). Telle est la ppsition du pôle magné- 
tique boréal (lat. 60% long. 82^ 20^ ouest) que 
, la distance polaire de la Havane est plus pe- 
tite que les distances polaires de Londres et 
de Paris. J'ai trouvé (le 4 janvier 1801) la dé- 
clinaison magnétique à la Havane, de 6^ 22^ 
i5'^ à Test. Harris la donna de 4® 4^' pour 
1752. Comment admettre qu'elle ne change 
pas à la Jamaïque si elle a subi tant de varia- 
tions à l'île de Cuba ? 

Etendue, division territoriale , ciiMiLT. — 
Comme 111e de Cuba est entourée de bas- 
fonds et de récifs, sur plus de deux tiers de 
sa longueur^ et comme la navigation ne se fait 
qu'au-dehors de ces dangers , la véritable con- 
figuration de l'ile est restée pendant long- 
temps inconnue. On a exagéré surtout sa 
largeur entre la Havane et le port de Batabano^ 
et ce n'est que depuis l'époque où le Deposita 
hidragrafico de Madrid , le plus bel établisse- 
ment de ce genre qu'offre l'Europe, a publié' 
les travaux du capitaine de firégate. Don José 



sua l'île de cuba. 4i 

del Rio, et du lieutenant de Tâisseau, Don 
Ventura de Barcaiztegui, qu'on a pu calculer 
avec quelque précision Varea de l'île de Cuba. 
La forme de Tîle des Pinos et les côtes méri- 
dionales entre Puerto Gasilda et Gabo Qc\xz 
(derrière les Cayos de las doce léguas) ont pris 
un aspect très-différent sur nos cartes. M. de 
Lindeneau * avoit trouvé , d'après les travaux 
que le Deposito avoit publiés jusqu'en 1807, la 
surface de Hic de Cuba, sans les îlots voisins, 
de 2â55 lieues géographiques carrés (de i5 au 
degré), avec les îlots qui l'entourent , de 23i8 
lieues carrées géographiques. Ce dernier ré- 
sultat équivaut à 4102 lieues marines carrées 
(de 20 au degré), M. Ferrer, d'après des maté- 
riaux un peu différens, s'arrêtoit à 3848 lieues 
carrées marines ^. Pour présenter dans cet 
ouvrage le résultat le plus exact qu'on peut 
obtenir dans l'état actuel de nos connoissances 
astronomiques, j'ai engagé M. Bauza, qui 
m'honore de son amitié , et dont le nom est 
illustré par de grands et solides travaux , de 
calculer Varea d'après la carte de l'île de 
Cuba, en 4 feuilles , qu'il va bientôt terminer. 

^ Zach, Monatl Carresp., Dec* 1807; p. 3ia. 
? Notée manuecritee. 



1^2 £âSAl POLITIQUE 

Ce savant géographe a bien voulu céder à ma 
prière j il a trouvé (en juin iSaS) la surface de 
Pile de Cuba, sans Clle des Pinos, de 35âO 
lieues marines carrées , avec cette tle , de 36 1 5. 
Il résulte de ce calcul , qui a été répété deux 
fois , que File de Cuba est de ? plus petite qu'on 
l'avoit cru jusqu'ici; qu'dile est de rh plus 
grande que Haïti ou Saint*Domingue ; que sa 
surÊice atteint celle du Portugal , et , à è près , 
celle de l'Angleterre, sans le pays de Galles; 
que, si tout l'archipel des Antilles présente une 
area grai^^e comme la moitié de l'Espagne , 
l'île de Cuba seule égale presque en surface 
les autres Grandes et Petites Antilles. Sa plus 
grande longueur, depuis le cap Saint-Antoine 
jusqu'à la Pointe Majsi (dans une direction de 
OSO.-ENE. et puis ONO.-ESE.), est de 237 
lieues '; sa plus grande largeur (dans la direc- 
tion N-S.), de la Pointe Maternillo à l'embou- 
chure de la Magdalena , près du Pic Tarquino , 
est de 37 lieues, hà largeur mojenne de l'île, 
sur j de sa longueur, entre la Havane et Puerto 
Principe , est de 1 5 lieues. Dans la partie la 
mieu2]cultivée,entre la Havane (lat. du centre 
de la ville 23« 8^ 35^0 et le Batabano (lat. aa^ 

^ Toujours «n lieues marines de 28^54 toises ou ao au 
degrés si le contraire n'est pas dît expressément» 



SUR h'iLE DE CUBA. 4^ 

45' â4^)> l'isthme n'est que de 8 i lieues 
loannes. Nous Terrons bientôt que cette proxi- '' 
mité des côtes septentrionales et méridionales 
rend le port de Batabano très-important sous 
le rapport du commerce et de la défense mili- 
taire. Parmi toutes les grandes iles du globe j 
c'est celle de Java qui, par sa forme et son 
area (4170 lieues carrées), ressemble le plus à 
lïle de Cuba. Cette dernière offre un pourtour 
de côtes de 5j2o lieues , dont 280 appartien* 
nent au littoral du sud, entre le cap Saint- 
Antoine et la Pointe Maysi. 

Dans le calcul de Varea^ Don Felipe Baûza 
suppose la longitude du cap Saint-Antoine 87^ 
ijf 22/^1 le Morro de la Havane, 84"* 4^ ' ^^^^ î 
le Batabano, 84* 46' ^S'^, et la Punta Majsi 
(en plaçant Porto-Rico, avec Don José Sancbez 
Cèrquero , par 68<> 28^ ^9^0^ 1^^ ^^^ ^^^^* l^^ 
deui: première^ de c^ longitudes sonV^^^"^ 
ou 4^ ^^ temps près, conformes à mes obser«- 
yafions {(Jbs. s^tr.^ Tom. I> p« 9» et plus 
Jbcaut^ p. 316 et ,ai7). Les opérations géo- 
désiques de Don Francisco Le Maur, habile 
ingénieur, qui a commandé récemment au 
château de San Juan d'Ulua, m'avoient donné, 
en les appuyant à la Havane (hôtel du comte 
d'O-Reilly) pour le Batabano, 84*45' 56'^ 



\ 



kU ESSAI POUTIQUS 

M. Ferrer adopte , pour le cap Maysi , 76* 3a' 
25'^, quoiqu'il persiste aussi à placer Porto- 
Rico par 6S^ 28' 5^ (Con. des Temps, 1817, 
p. 323). Je n'insisterai pas ici sur cette longi- 
tude de Porto-Rico qui a déjà fait naître de 
si vives discussions, et pour laquelle trois 
observations correspondantes de l'occultation 
d'Âldebaran (21 oct. 1793) ont donné., à 
M. Oltmanns, 680 35' 43^5, et Fensemble 
des observations d'occultations , de distances 
et de transport du temps, 68" 33' 5o^ (OAf; 
astr., Tom. H, p. 126 et 139). D'anciens 
calculs un peu vagues donnoient à l'île de 
Cuba soit 6764 tegttas planas à légales espaho- 
las (de 5ooo varas ou de 26 1 au degré), égales 
à 906,458 caballerias (de 4^^ vares carrées 
ou 35 acres anglois) d'après le Patriota Amer. y 
»8i2, Tom. Il, p. 292 , et les Docum. sobre 
el trafico de Negros y i8i4,p« i36, soit52,ooo 
milles anglois cjarrés (à S^o^acres ou rr^-r lieues 
marines carrées)- Melish, Geogr», p. 444* 
Morse, New^System of Mod. Geogr., p. 238. 
Pour faire mieux juger le rapport de la puis- 
sance territoriale de l'île de Cuba avec le reste 
de l'archipel des Antilles , j'offre le tableau 
suivant : 



f 



suit L ILE D8 CUBA* 



45 




Llle cle Cuba, dans plus de i dô son éteri'- 
due 9 n'offre que des terrains très-bas. C'est 
un sol couvert de formations secondaires et 
tertiaires , à travers lesquelles ont percé quel- 
ques roches de granite-gneis, de syénile et 
d'euphotide. On ne possède jusqu'à ce jour 
pas plus de notions exactes sur la configuration 
géognostique du pays que sur l'âge relatif et 
la nature des terrains qui le composent. On 
sait seulement que le groupe de montagnes 
le plus élevé se trouve à l'extrémité sud-est 
de l'île, entre CaboCruz, Punla Maysi et 



46 l^SSAI POLITIQUE 

Uolguin. Cette partie montagneuse^ appelée 
la Sierra ou las Montahas dclCobre, située au 
nord-ouest de la ville de Santiago de Cuba, 
paroît avoir plus de 1200 toises ^ d'élévatioii 
absolue. D'après cette supposition, les som- 
mets de la Sierra domineroient et ceux des 
Montagnes Bleues de la Jamaïque, et les pics 
de la Selle et de la Hotte de l-île Saint-Do- 
mingue« La Sierra de Tflrr^wtW <*, cinquante 
milles à l'ouest de la ville de Cuba , appartient 
au même groupe que les Montagnes de Cuivre. 
De l'ESE. à l'ONO., l'île «st parcourue par 
une chaîne de collines qui s^approche, entre 
les méridiens de la Giudad de Puerto Principe 
et de Yilla Clara , de la côte méridionale ; 

^ Les Montafias del Cobre sont-elles yisibles^ comme 
le prétendent quelques pilotes^ des côtes même de la 
Jamaïque, ou, ce qui est plus probable ^ seulement de 
la pente septentrionale des Montagnes Bleues? Dans le 
premiev^ cas^ leur hauteur excéderoît 1600 toises, en 
supposant une réfraction de 77. H est certain que les 
montagnes de la Jamaïque s'aperçoivent du sommet 
des Cnchillas ou Lomas de Tarquino. {PaMota orne- 
ricanOy Tom. Il, p. 282.) 

» Latitude 19* 5a' 67"; long. 79' 11' 45", cPapràs 
M. Ferrer. 



SUR l'île de cuba. 47 

tandis que, plus à l'ouest^ yei^ Alvarez et 
Matanzâs , dans les Sierras de Gavilan , Cama^ 
rioca et de MaruqueSy elles se dirigent vers les 
côtes septentrionales. En allant de Tembou- 
chure du Rio Guaurabo à la Villa de la Trini- 
dad , j'ai vu , au NO., les Lomas de San Juan ^ 
qui forment des aiguilles ou cornes de plus 
de 3oo toises de hauteur ^, et dont les escar- 
pemens sont assez régulièrement dirigés vers 
le sud. Ce groupe calcaire se présente encore 
d'une manière imposante lorsque Ton est à 
l'ancre prèis du Caj'O de Piedras. Les côtes de 
Xagua et de Batabano sont très-basses y et je 
crois qu^en général il n'existe, à l'ouest du 
méridien de Matanzâs, à l'exception du Pan 
de Guaixabon , aucune colline de plus de 200 
toises de hauteur. Dans l'intérieur de l'île , le 
sol, doucement ondulé comme en Angleterre, 
n'est élevé que de 45 à 60 toises au-dessus de 
la surface de l'Océan 5. Les objets les plus 

* Lat. 21* 58^5 long. 8a^ 4o^ 

* Gettfe éyaluation se fonde sar des angles de hau- 
teur que )'ai prb sur mer à des distances connues ap- 
proximatiTement. 

' Le village d'Obajay, situé à i5 milles marines de 



48 ESSAI POUnQUK 

YÎsibles de loin et les plus célèbres parmi les 
. navigateurs sont le Pan de MatanzàB < , cône 
tronqué qui a la forme d'un petit monument ; 
les j^rcos de Canasi qui se présentent entre 
Puerto Escondido et Jaruco comme de petits 
segmens de cercle , la JHesa de Mariel ^, les 
Tetas de Managua ^ et le Pan de Guaioca-^ 

distance de la Havane , S. a5<^ O. ^ à la hauteur absolue 
de 58 toises : la ligne de faite du Bejucal à la Tayema 
delReya; 4^ toises. 

* Haut. 197 tobes. Lat. 23" 1' 55" j long. 84*3^ 56^', 
en supposant le M orro de la Havane , avec M. Oit- 
manns, long. 84* 4^' ^"^ J'ai trouyé^ à la yoile^ les 
Arcos de Canasi éleyés de 1 15 toises. 

^ MilIeudeGuanajay, dans laMesa, làt. âa<^ Sy^ ql^'\ 
long. 85* o' ao"* Torreon del Mariel, 85° V i4". 

' La position astronomique des deux collines calcaires 
appelées les Te tas de Managua et situées E.-O., est 
d'une grande importance pour Tattérage dC/ la Ha- 
yane. J'ai obseryé les latitudes, non au pied de la Teta 
orientale , mais au yillage de Managua et à San An- 
tonio de Barreto , et j'ai lié la Teta oriental ayec ces 
deux endroits. Je trouye la Teta oriental de Managua, 
lat. 22» 58^ 48". M. Ferrer donne aa° 58' 19"; long. 
84° 4^^ ^^'f tandis que le capitaine Don José del Rio 
s'arrête à 84® 3;;^ La longitude de M. Ferrer me paroît 
préférable ^ dans la copie firançoise de la €arte de Rio> 



SUE l'iie db cuba. 49 

ton'. Ce niveau décroissant des formations 
calc^dres de l'île de Cuba vers le nord et vers 
l'ouest 5 indique les liaisons sous-marines des 
mêmes roches avec les terrains également bas 
des îles Bahame, de la Floride et du Yucatan. 
La culture intellectuelle et l'instructioa 
ayant été long-temps restreintes à la Havane 
et aux districts circonvoisins , il ne faut pas 
être surpris de l'ignorance profonde dans 
laquelle on se trouve sur là Géognosie des 
MarUahas del Cobre. Un voyageur, élèvie de 
M. Proust et très-versé dans les sciences, chi- 
miques et minéralogiques, Don Francisco 
Ramirez , m'a dit que la partie ouest de l'île 
est granitique , et qu'il y a reconnu du gneis 
et du schiste primitif Cest probablement de 
ces formations granitiques que sont venues Içs 

on a placé les Tetas 84° 54^! Lés opérations trîgono- 
métriqaes de Don Francisco Le Maur leur assignent 
64^ 3^ 5a'^ M. Silva troqvie di£F. de lat entre le 
Mirador du Marques del Real Socorro^ à la Havane » et 
la Teta orientale de Managua , 8666,85 toises. 

^ Lat aa« 47' 5 1" ; long. 85** 44' 57"; haut. Sgo toises. 
Plus à l'ouest se trouvent^ sur la côte septentrionale, la 
Sierra de los Organos et du Rosaio ; au sud/ celle du 
Rio Pnerco. 

I. 4 



( 5o X^AI POLniQVE 

ftUuyions de $able$ orifères que l'on a exploites 
. avec ardeur < au commencement de la con- 



^ A Cubafutcan y c'est-à-dire dans Tinténear de Vile^ 
• prës de Jagna et de la Trinidad , oà les sables orifëres 
: ont été transportés par les eanx jusque dans le terrain 
.calcaire. (Uannscrits de Don Félix de Arrate » de 1 760» 
et de Don Antonio Lopez^ i8o9r) Martyr d'Anghiera , 
, le plus spirituel des auteurs de la conquête , dit {Dec. III, 
Lib. IX, p. a4 D. et p. 63 D. , éd. i533) : « Cuba est 
ce plus nebe en or que Hbpaniola (Haïti); et, àl'bQure 
« oJi f écris y on a réuni à Cuba 180,000 caslillanos de 
« oro« » Si cette évaluation n'étoit pas exagérée , 
eoinme je suis tris-porté à le croire , elle prouyeroit un 
prpddit d'exploitation et de vols faits aux natifii de 
-36oo marcs d'or. Herera évalue le quinto ielBey, dans 
ji'ile de Cuba , à 6000 pesos , ce qui indiqueroit un pro- 
c|uit annuel de aooo marcs d'or^ à aa carats , et par 
conséquent plus pur que l'or du Cibao de Saint-Do- 
mingue. {J^oyeXy ^ur la valeur des caetellanoa de oro et 
j^ peso eneayado du xvi* siècle, mon Eesai pokf 
Tom. II| p. 648.) En i8o4) toutes les mmes dn Mexi- 
! queprodwoient 7000 marcs d^or; celles duPérou, 34oo. 
Jl est .difficile de distinguer, dans ces calculs imr Por 
envoyé en Espagne par les premiers Conquistedoreê , 
ce qui est dû au lavage et ce qui existolt accumulé de- 
pu^ des siècles entre les mains des indigènes que l'on 
^^nilloità volonté. En supposant dans les deux îles de 
Cuba et de baïti (dans le Cubanacan et le Cibao) le 



8Ca LIU os CUBA. 5i 

quête ^ au plus grand malheur des iadigènes : 
on en trouve encore des traces dans les rivières 

produit du lavage de 3ooo marcs d'or, on trouve une 
quantité trois fois plus petite que l'or fourni annuelle- 
ment (de 1790- i8o5) par la petite province du Ghoco. 
Cette supposition d'une anqienne richesse n'a rien d'in- 
vraisemblable; et si l'on est surpris de la pauvreté des 
lavages d'or tentés de nos jours à Cuba et à Saint-Do- 
mingue, là même o& l'on retiroit jadis 'des quantités 
considérables 9 il faut se rappeler qu'au Brésil aussi le 
produit des lavages d'or est déchu , de 1769 à i8ao, 
de 6600 kilogrammes d'or à moins de SgS. [Relat Jitat, 
Tom* X, p« 5i7 et suiv.)Des pépites d'or d'un poids de 

I 

plusieurs livres, trouvés de nos jours dans la Floride et 
dans les deux Garolines , prouvent la primitive richesse 
de tout le bassin des Antilles , depuis l'ile de Cuba jus- 
qu'aux Monts Apallaches. Il est d'ailleurs tout naturel 
qu'on voie diminuer avec une plus grande rapidité le 
produit des lavages d'or que le produit d'une exploita- 
tion souterraine sur des filons. Sans doute les métaux 
ne renaissent de nos jours pas plus dans les fentes des 
fflons (par sublimation) qu'ils s'accumulent^ dans des 
terrains d'alluvion , par le cours des rivières , là oii les 
plateaux sont plus élevés que le niveau des eaux cou- 
rantes circonvoisines. Mais, dans des roches à. filons 
métallif ères, le mineur ne connoit pas à la fois tout le 
champ à exploiter. Il a la chance SaUmger des travaux, 
de les approfondir et de traverser d'autresyCAm^ aceom- 
pagnans. Les terrains d'alluvion n'ont généralement 

4* 



5â ESSAI POLITIQUE 

d'Holguin et d'Escambray, connues en gënëral 
dans les enTÎrons de Villa-Clara, de Santo 
Espiritu , de Puerto del Principe ^ de Bay amo 
et de la Bahia de Kipé. Peut-être l'abondance 
de cuivre dont parlent les Conquistadores du 
xYi^ siècle ^f à une ëpoque où les Espagnols 
etoîent plus attentif aux productions natu- 
relles de rAmérique que dans les siècles pos- 
térieurs, est-elle due à des formations de 

qu'âne petite épadsseur dans laquelle ils sont orif&res; 
ils .reposent le plus souvent sur des roches entièrement 
stériles. Leur position superficielle et leur uniformité 
de composition facilitent la connoissance de leurs li- 
miteS; et accélèrent^ partout où l'on peut réunir beau- 
coup d'ouvriers 9 et où les eaux de lavage abondent^ 
l'épuisement total du gîte orifère. Je pense que ces 
considérations 9 puisées dans Thistoirede la conquête 
et dans la science de l'art du mineur, peuvent jeter 
quelque jour sur le problème des richesses métalliques 
d'Haïti 9 que l'on agite aujourd'hui. Dans cette ile^ 
comme au Brésil^ il sera plus profitable de tenter des 
exploitations souterraines (sur des filons), dans des ter- 
rains primitifs et intermédiaires^ que de reprendre des 
lavages abandonnés dans des siècles de barbarie^ de ra- 
pine et de carnage. 

^ Hay huen cobre in Cuba (dans la partie orientale 
que l'on vi^iunt alors.) Gamara, Hist. de India, 
Jbh xxvii. 



SUR l'île d£ cuba. 53 

schiste amphibolique, à des thonschiefer de 
transition mêlés de diorite et à ces euphotides 
dont j'ai trouvé les analogues dans les on*m 
tagnes de Guanabacoa? 

La partie centrale et occidentale de l'île 
renferme deux formations de calcaire compacte j 
une de grès argileux et une autre de gypse. Là 
première de ces formations offre (je ne dirà^ 
pas par son gisement ou sa superposition qm 
me sont inconnus , mais par son aspect et sa 
composition) quelque ressemblance avec la 
formation du Jura. Elle est blanche ou d^un 
jaune d'ocre clair, d'une cassure matte , tantôt 
conchoïde, tantôt unie; elle est divisée en 
couches assez minces, présentant quelques 
rognons souvent creux de silex pyronia^ue 
(Rio Ganimar, deux lieues à l'est de M atanzàs) 
et des pétrifications de pecten , de cardites/de 
térébratules et de madrépores *, moins disper- 
sées dans la masse que réunies dans des bancs 
particuliers. Je n'ai pas trouvé de couches 
oolitiquesy mais bien des couches poreuses 
presque huileuses entre le Potrero del Conde 

^ Je n'y al va ni les gryphites , ni les. ammonites d^ 
GiJcaire jurassique, m les nummuUtes et cérites du cal- 
caire grossier. 



' ] 



54 SS^AI POLITIQUE 

de Mopox et le port de Batabano , semblables 
aux couches spongieuses^ qu'ofire le calcaire 
jurassique en Franconie, près de Dondoif, 
Pegnitz et Tumbach. Des strates caTcrneux 
jaunâtres ajant des ca^itës de 3-4 pouces de 

diamètre alternent avec des strates entière- 

■ ■ ■/ • 

ment compactes < et plus pauvres en pétrifi- 
cations. La chaîne de collines qui borde la 
pl^ne des Guines vers le nord, et qui se lie 
aux Lomas de Gamoa et aux Tetas de Managua, 
appartient à cette dernière variété, qui est 
blanc -rougeâtre et presque lithographique j 
comme le calcaire jurassique de Papenheim. 
Les couches compactes et caverneuses reih* 
ferment des nids de fer brun ocracé : peut-être 
la terre rouge (tierra coloradd),û recherchée par 
les planteurs {haciendados) de café, n'est- elle 
due qu'à la décomposition de quelques couches 
superficielles de fer oxidé , mêlé de siUce et 
d'argile , ou à un grèl marneux rougeâtre ^ 

^ C!omxDô |la partie occidentale de l'île manque de 
ravins profonBs, on reconnott cette alternance en voya- 
geant de la Havane à Batabano^ les couches les phis 
profondes (inclinées de 5o^ à 4^^ au JNE.) venant au 
jour à mesure qu'on atance. 

^ Grès et sable ferrugineux *, Ifùfè^aand? 



suB l'île dx ciJBA, 55 : 

saperposé au calcaire. Toute cette fonoation, . 
que je dësignerai sous le o^om de CàUaire dûk , 
Guines, pour la dUtioguer d'une autre. heau- / 
coup plus récente , forme , près de la Trinir 
dad , dans lés lÊûmas de S. Juan , des pics . 
escarpés qui rappellent les montagnes da i 
Calcaire de Caripe dads Icjs: euTirons deOCi^jî 
mana'.EUe renfermeaussi degrandea oayenfe^j^ [ 
près de Matanzas et de J^rucO* J0 n'ai pas. : 
appris qu'on y ait jamais trOuyé desQi^etaieiis ; 
fossiles. Cette fréquence de caverne di|n$ les-"^ 
quelles s'accumulent les eaux. |^Kviale$ et 
disparoissent de petiteS^ rivières ^ ca^Se queU , 
quefois des éboulemens ^. Je crois qii^ l0 gyps^ 
de 111e de Cuba appartient ^ nop a,u.tçrr^^' 
tertiaire, mais au terrain seçopdair^; : . on : 
l'exploite dans plusieurs endroits, à jL'e9SLt^ de^^ 
Matanzas, à San Antonio de los BanQ^iO,^;^!: 
renferme du soufre , et dans Jles Cajrpi^,.¥^s^ j^ 
vis de San Juan de los Remedi/qst; Ujge^faui^i; 

pas confondre avec ce. C^A^afr^ (jura^^^ 
de$ Guinée y tantôt poreux ^,tantotfcainpac^s 



• . . - • 






' Parexemple^k4iûnjsde|i QipaUEisàfs^^ 
cieuné fenae royale. 



• r 



56 ESSAI FOZ.ITIQUE 

une autre formation si récente qu'on peut 
croire qu'elle aûgmeMe «n-core de nos jours. Je 
veux parler de ces agtomérats calcaires que j'ai 
TUS dans les cayes ou. îlots qui bordent la côte 
enfapQ le Batabano et la baie de Xagna^ prin- 
cipalement au sud de la Gienega de Zapata , 
à^yo buenito, Ciayo Flamenco et Cayo de 
Piedras. La sonde prouve que ce sont des 
roohers qui s'élèvent brusquement sur un fond 
de âo à 3o brasâe^. Les uns se trouvent à fleur 
d'^au y d'atitresf surmontent la surface de la 
mer de i ou i de toise. Des fragméns anguleux 
de madrépores et de cellulaires de 2-3 pouces 
cubes s'y trouvent cimentés par des grains de 
sables qûarÈéUîc. Toutes les inégalités de ces 
rochers sont - recouvertes d'un terrain de 
rapport dabs lequel^ à la loupe, nous ne dis- 
tiofguâtnes que lé détritus de coquilles et de 
coraux. Celle formation' tertiaire appartient 
sans doute à-Céfles des côtes de Cuiînanâ, de 
Carthiâgène dèsf'ïndés et de la Grande Terre 
de la Guad'éldtrpè dont j'ai parlé dans mon 
Tableau géognostique de l'Amérique méri- 
dionale ^ C'est la formation des ttes à coraux 

? Foy^jf Tom. X; i^. a5à et saiy.) M.Moreiau de Jonnb 
distingue aussi très-bien dans son Histoire physique des 



suK l'île os cuba. 5-* 

ée la Mer du Sud sur laquelle MM. de Gha- 
nisso et Guaimard ont répandu récemment 
Beaucoup de jour. Lorsque , assis près de la 
Havane , au pied du Gastillo de la Punta , sur 
des bancs de rochers cayemeux ' , et tapissés 

Antilles françaises (Tom. I, p. 1 36, 1 58 et 545) entre la 
Boche à Bavets de la Martinique et d'Haïti^ q|ii est po- 
reose, remplie de térébratulites, d'anomies et autres dé- 
bris de coquilles pélagiques assez analogues au Calcaire 
des Chtines de Itle de Cuba^ et le sédiment calcaire pélagi- 
que qu'à la Guadeloupe on appelle Platine ou J^açonne 
te» Dieu. Dans les Caycs de Pile de Cuba ou Jardinilhs 
del Bjey y de la Reyna, toute la roche à coraux qui s'élëye 
au-dessus de la surface de l'eau m'a paru fragmentaire^ 
c'est-à-dire composée de blocs brisés. Il est probable, 
cependant que, dans la profondeur, elle repose sur des 
masses de polypiers lithophites encore yiyans. 

^ La surface de ces bancs ^ noircie et excayée par les 
f^xAz f offire des ramifications à cboux-fleurs, comme on 
les obserye sur des courans de laves. Le changement 
de coolear produit par les eaux est-il dû an manganèse 
dont on reconnoit la présence par quelques dendrites? 
(Tom. YII; p. 24 et suiy.) La mer, en entrant dans les 
fientes du rocher et dans une cayeme au pied du Cas- 
Ullo del Jtforro, 7 comprime l'air et le fait sortir ayee 
ttn bruit extraordinaire. Ce bruit explique le phéno- 
mène des baaos nmcadores (écueik ronfleurs), si connus 



58 ESSAI POLITIQUE 

à la fois d^ul ves verdoyantes et de polji^ers ' 
en vie, l'on trouve enchâssés dans la textui<e 
de ces bancs d'énormes masses de madrépores 
et d'autres coraux lithophites^ on est tenté 
d'abord d'admettre que toute cette roche cal- . 
caire , qui constitue la majeure partie de l'île 
de Cuba, est due à une opération non inter- 
rompue de la nature, à l'action de forces or- 
ganiques productives et à des destructions 
partielles » à une action qui continue de nos 
jours dans le sein de l'Océan ; mais cette appa- . 
rence de la nouveauté des formations calcaires 
s'évanouit bientôt, lorsqu'on quitte le littoral 
ou que l'on se rappelle la série de rocket à 
coraux que renferment les formations de diffé- 
rens âges, le inuschelkalk , le calcaire du Jura 
et le calcaire grossier <• Ces mêmes rochers 
à coratix du Castillo de la Punta se retrou- 

des naTigatears qui font la trayérsée de la Jamaïque à 
l'emboachure du Bio San Juan de Nicaragua ou à Ttle 
deSan Andrës. 

^ Voyez y sur les accumulations de coraux dans le 
calcaire ^*ossièr de Paris (calcaire à cérites et à num- 
mulites)^ Brongniart, BêBCf. gedl. des env. de Paria ^ 
p. 269. Mumschihî mïïé format del FicentinOyf. i 77- 



SUE LXLB DE CUBA* iyg. 

Vent dans les hautes montagnes de l'intërieur, 

a.ccoixipagnées de pétrifications de coquilles 

bivalves très-différentes de celles qui habitent 

actuellement les côtes des Antilles. Sans vou-» 

loir assigner, avec certitude y dans le tableau 

des formations, une place déterminée au 

Calcaire des Gaines , qui est celui du Gastillo 

de la Punta^ il ne me reste aucun doute sur 

Fancienneté relative de cette roche par rapport 

kVaglamérat calcaire des Cayos, situés au sud 

de Batabano et à l'est de Tile des Pinos. Le 

globe a subi de grandes révolutions entre les 

époques où ces deux terrains se sont formés , 

Fun renfermant les grandes cavernes de Ma- 

tanzas, l'autre augmentant journellement par 

l'aglutination de fragmens de coraux et de 

sables quarzeux. Le dernier de ces terrains 

semble reposer au sud de l'ile de Cuba, tantôt 

sur le calcaire (jurassique) des Guines^ conune 

dans les Jardinillos, tantôt (vers le Gap Gruz) 

immédiatemient sur des roches primitives %; 

Dans les Petites Antilles , les coraux ont même 

recouvert les produits volcaniques* Plusieurs' 



^ J'ai déjà signalé cette indifférence de euperpO' 
sUkmm Ttm.X, p« Soi et saiy. 



60 ESSAI POLITIQUE 

des Cayos de IHe de Cuba renferment de 
Feaù dooce j j'en ai trouvé de la très-bonne 
au milieu du Cayo de Piedras » . Lorsqu'on ré- 
fléchit sur l'extrême petitesse de ces îlots , on 
a de la peine à croire que les mares d'eau 
douce sont de l'eau de pluie non évaporée. 
Prouveroient-elles une communication sous- 
marine du calcaire de là côte avec le calcaire 
qui sert de base aux polypiers lithophites 9 et 
l'eau douce de Cuba seroit-elle soulevée par 
une pression hydrostatique à travers la roche 
à coraux des Cayos, comme elle Test dans la 
baie de Xagua^ ôù^ au milieu de la mer, elle 
forme des sources fréquentées par les la- 
mantins ? 

A l'est de la Havane , les formations secoii- 
daires sont percées d'une manière très-remar-' 
quable par des roches synéitiques et d'eupho- 
tides ^ réunies en groupe. Le fond méridional 

* D'après mes observations : lat. ai** 56^ 4©"; long» 
as* 57' la" {Obs. astr. , Tom. H, p. 1 1 1). 

* On a publié > à la Havane (PaWoto JmericanOy 
181a, Tom. Il, p. ag), une description succincte de ce 
groupe que j'avob rédigée en espagnol, en i8o4t ^^ 
le titre de Noticia mineralogica del Cerro de Ouana^ 
iacoa cùmmunicada alE». Sr Marques de Someruebfs » > 
Capitan Oeneral de la Isla de Cuba, 



SUK l/lLE BB QUBâ. 6i 

de la baie^» de même que la partie septen- 
trionale (les collines du Morro et de la Gabana)^ 
sont de calcaire jurassique; mais sur le bord 
oriental des deux Ensenadas de Régla et de 
Guanabacoa^ tout le terrain est de transition. 
£n allant du nord ait sud » on y voit au jour, 
d'abord près de Marimelena> de la syënite 
composée de beaucoup d'amphibole , en partie 
décomposée 5 de peu de quarz et d'un feld- 
spath blanc-rougeâtre rarement cristallisé. 
Cette, belle syénite, dont les strates sont in- 
clinés au nord-ouest, alternent deu^i; fois avec 
de la serpentine. Les couches de serpentine 
intercalée ont trois toises d'épaissem*» Plus au 
sud , vers Régla et Guanabacoa ^ la sjénite dis- 
paroît, et tout le sol est couvert de serpentine 
qui s'élève en collines de 5o à 4^ toises de 
haut , dirigées de l'est à l'ouest. Cette roche est 
U*ès-fendillée , extérieurement gris-bleuâtre» 
couverte de dendrites de manganèse ^ in- 
térieurement vert de poireau et vert d'as- 
perge^ traversée par de petits filons d'asbeste. 
Elle renferme non du grenat ou de l'amphibole, 
mais du diallage métalloïde disséminé dans 
la masse. La serpentine a la cassure tantôt es- 
quilleuse , tantôt conchoïde. G'étoit la pre*- 



Gâ ESSAI rOUTIQOX 

mière fois que \e trouvai le diallage métalloïde 
sous les tropiques. Plusieurs blocs de serpen- 
tine ont des pôles magnétiques 9 d'autres sont 
d'une texture si homogène et d'un éclat si 
gras que de loin on seroit tenté de les prendre 
pour du pechstein (résinite). Il seix>it à désirer 
. qu'on employât ces belles masses dans les arts 
comme on fait en plusieurs parties de l'Alle- 
magne. Lorsqu'on s'approche de Guanabacoa, 
on trouve la serpentine traversée de filons 
y de iâ-i4 pouces d'épaisseur et remplis de 
quarz fibreux, d'améthyste et de supeibes 
calcédoines mammelonnées et stalactiformes ; 
peut-être 7 rencontrera-t-on aussi un jour de 
la chrysoprase. Au milieu de ces filons parois- 
sent quelques pyrites cuivreuses qu'on dit. 
accompagnées de cuivre gris argentifère. Je 
n'ai. pas trouvé de trace de ce cuivire gris : il 
est probable que c'est le diallage métalloïde 
qui a donné aux Gerros de Guanabacoa la ré- 
putation de richesses en or et en argent qu'ib 
ont depuis des siècles. Le pétrole ! suint e^ 

^ Existe-t-il dans la baie de la Havane quelque antre 
«onrce de pétrole que celle de Guanabacoa , ou doit-on 
admetti;e que la source de betun liquida qui serfit à 



suH l'île de goba. 63 

' âaii^ quelques endroits » des fissures de la ser- 
pentine. Les sources d'eau y sont très-fré- 
^entes» et contiennent un peu d'hydrogène 

Sébastien de Ocampo , en 1 5o8 , au calfatage de ses yais- 
seaux , soit tarie ? C'est cependant cette source qui fix.a 
l'attention d'Ocampo sur le port de la Havane lorsqu'il 
loi donna'le nom de Puerto de Carénas. On assure qu'on 
trouYia aussi , dans la partie orientale de Tile , des sources 
abondantes de pétrole {manantialia de hetun y chapa- 
foie) entre Holguin et Mayari et sur la côte de San- 
tiago de Cuba. Eécemment on a découvert , près de la 
Punta Icacos , un îlot (Siguapa) qui ne montre au jour 
que du bitiùue^ solide terreux. Cette masse rappelle 
l'asphahe de Yalorbe dans le Calcaire du Jura. La for- 
mation de Serpentine de Guanabacoa est-elle répétée 
près de Bahia Honda, dans le Cerro del Eubi? Les col- 
lûs^ de Régla et de Guanabacoa offirent aux botanistes ^ 
an pied de quelques palmiers épars : Jatropba pandu- 
raefolia^ J. integerrima Jacq. y J. fragrans^ Petiveria al- 
liacea^ Pisonia loranthoïdes y Lantana involucrata y B.us- 
seiia sarmentosa , Ehretia havanensis , Cordia globosa , 
Cenvolvulus pinnàtifidus y C. caljcinus ^ Bignouia lepi- 
dota, Lagascea mollis Cav. y Malpigbia cubensis , Triop- 
lerift lucidai ZantboxylumPterota, Myrtus tuberculata, 
Mariscus havanensis, Ândropogon avenaceus Schrad., 
Olyra latifolia^ Chloris cruciata, et un grand nombre 
de Banisteria, dont les fleurs dorées embellissent le 
paysage, {yoyez notre Fhrula Cubœ Insulœ dans les 
V99.yGenera et Spec. , Tom. YH, p. 467.) 



I 



64 SSSAI POUTIQUE 

sulfuré : elles déposent de l'oxide de fer. Lès 
Banos de Bareto sont très-agréables ^ mais 
d'une température qui diffère peu de celle de 
l'atmosphère. La constitution géognostique 
de ce groupe de roches serpentineuses mérité, 
par son isolement même , par ses filons , par 
ses liaisons avec la sjénite et son soulèvement 
à traTcrs des formations coquillères , une at- 
tention particulière. Un feldspath à base de 
soude (feldspath compacte) forme » avec le 
diallage^ l'euphotide et la serpentine; avec 
Thyperstène , Fhypersténite j avec Tamphi- 
bole , la diorite ; ayec le pyroxène , ]jà. dolente 
et le basalte ; avec le grenat ^ Féclogite '• Ces 
cinq roches 9 dispersées sur le globe entier, 
chargées de fer oxidulé et titane , ont proba- 
blement une origine semblable. Dans lès 
euphotides ^ il est aisé de distinguer deux for* 
mations, Tune est dépourvue d'amphibole, 
même lorsqu'elle alterne avec des roches 
amphibohques (Joria en Piémont , Régla dans 
l'île de Cuba), très-riche en serpentine pure, 
en diallage métalloïde, et quelquefois en jaspe 
(Toscane, Saxe); l'autre, fortement chargée 

* Aeuthberg, près Dôlau (Bareuth) ; Saualpe (Styrie). 



SUR l'île be gû^a. 65 

d'amphibole, faisant souvent passage à la 
diorite ' , n'offre pas de jaspe en couches et 
renferme quelquefois de riches filons de cuivre 
(Silésie , Mussinet dans le Piémont, Pyrénées, 
Parapara dans le Venezuela, Copper-Moun- 
tains de l'Amérique septentrionale). C'est cette 
dernière formation d'euphotide qui, par son 
mélangei avec la diorite, se lie elle-même à 
l'hjpersthénite, dans laquelle^ en Elcosse et 
en Norwège, se développent parfois de véri- 
tables couches de serpentine; On n'a pas dé- 
couvert jusqu'ici, dans l'île de Cuba, des 
roches volcaniques d'une époque plus récente, 
par exemple des trachjtes, des dolérites et 
des basaltes. J'ignore même si on les trouve 
dans le reste des Grandes- Antilles, dont la 
constitution géognostique diffère essentielle- 
ment de celle de la série d'îles calcaires et 
volcaniques, qui se prolonge de la Trinité 

* Sur une serpentine qui suit, comme une pénom- 
bre, des filons de grunsteîn (diorite), près du Lac 
Qunie> dans le Pertshire, vùyez Mac Culloch , dans 
Edinb. Jourh. of Science^ 1824* J'f^^y P« 5-i6. Sur un 
âon de serpentine et les altérations qu'il produit , sur 
les rives du Carity, près West-Balloch en Forfarshire, 
toyeir Charles Lyell, /. e. , Vol. III, p. 4^. 
I. ' 5 



66 KSSAl POUTIQDB 

au:i^ îles Yijprge^. |ue^ trwnblemens de ^em^ 
moins fyoestes en général à Cuba qi^'à Porto- 
T^cçi et HaïU> se fpnt le plus sentir cUns It 
partie priientale , eqtrç le cap Maysi , Santiago 
de Cuba et la Gudad de Puertp Principe. C'est 
pçut-étre yevs ces ré^ns que s'étend latéra- 
lement l'action d'une creyasse que Ton croit 
(rayerser la langue de terre granitique entire 
le Port-au-Prince et le cap Tiburon y et sur 
laquelle y en 177^9 des montagnes entières ae 
sont écroulées *. 

La texture caverneuse des formations ç^ 
caires (spboruco) que nous venons de décrire^ 
la grande inclinaison de leurs bancs, le peu 
de largeur de File y la fréquence et le débo^" 
sèment des plaines, la proximité des monta- 
gnes , là où elles forment une chaîne élevée 
sur la côte méridionale, peuvent être consi- 
dérés comme les causes principales du manque 
de rivières, et de la sécheresse qu'éprouve 
surtout la partie occidentale de Cuba. Sous 
ce rapport , Haïti , la Jamaïque et plusieurs 

* Dupuget, dans le Journal des mines, VI, p. 58, 
et Léopold de Bucb, Phys.Beschr. jierCanar. Insein , 
i8!i5,p.4o5. 



[SOR L*ltE DE CUBA. 67 

«les Petkes-Aatilles qui reaferment des pitons ' 
Tolcaniques coarerts de forêts ^ sont phis fa- 
vorisés pair la nature *. Les terrains les plus 
câèiMres |^r leur fertilité sont ceulx: des dKs- 
tviets dq XagOft, de Trinidad , dé Matanzas et 
diL'MsrieL La vallée des Guinesnédoit sa ré- 
pntalion qu'à des arrosemens artificiels (^n-; 
Jûs 4ê tieger). Malgré cette absence de grandes 
rifières et Tinégab^ fécondité du sol,' l'île de 
OtaUàu, par sa surface ondulée, sa verdure 
toujours renaissante et la distribution des 
fonaes végétales, offre, à chaque pas, le 
paysage le plus varié et le plus agréable. Deux 
arbres à grandes feuilles coriaces et lustrées y 
le Ifammea et le Galbphjllum Galaba, cinq 
espèces de palmiers (la Palma real ou Oreo- 
dq^ regia^ le Cocotier commun, Iç Cocos 
Ciispa, la Corypha Miraguama et le C« mari* 
tniui),et de petits arbustes constamment char- 
gés de fleurs ornent les collines et les savanes. 
Le Gecropia peltata marque les endroits hu- 
mides. On seroit tenté Je croire que toute l'ile 
a été dans l'prigine une forêt de palmiers ,, de 

: ^ Uiat. phffê, des^ diUiHea^ Tom. I ^ p. 44, 1 1 8 , 267, 

5* 



68 S88AI POLITIQUE 

citronniers et d'orangers sauvages. Ces der^ 
mers ^ à très-petits fi*uits , sont probablement 
antérieurs à Tarrivée des Européens ^ qui ont 
porte les ugrumi des jardins ; ils excèdent ra- 
rement 10 à i5 pieds de hauteur. Le plus sou- 
vent 9 le citronnier et l'oranger ne sont pas 
mêl&; et^ en défrichant le sol par le moyen 
du fea^ les nouveaux colons distinguent la 
qualité des terrains selon qu'ils sont couverts 
de Fun ou de l'autre de ces agroupemens de 
fiantes sociales; ils préfèrent le sol du naranjal 
à celui qui produit le petit citronnier (limon) . 
Dans un pays où les ateliers de sucre ne sont 
pas encore assez généralement perfectionna 
pour n'employer aucun autre comestible cpie 

^ yopex mon Essai polit y Tom. II ^ p. 4^ S. Les ha- 
bitans les plus éckirés de l'ile rappellent avec raison 
que les orangers cultivés venus d'Asie conservent la 
grandeur et toutes les propriétés de leurs fruits lorsque 
deviennent sauvages. (C'est aussi l'opinion de Mé Gai- 
lesio, Traité du Ciirus^ p. 32.) Les Brésiliens ne dou- 
tent pas que la petite orange amère^ qui porte le nom 
de laranja do terra ^ et que l'on trouve sauvage , loin 
des habitations de l'homme^ ne soit d'origine amérî- 
csLine{Catdcleugh, Travels in South jâtner., Tom. I^ 
p. a5). 



/ 



SUR i*l[LS DX CUBA. 69 

la hagoiêe (canne à sucre sèche), cette des- 
truction progressive (desmonte) des petits bois 
est une véritable calamité. L'aridité du sol 
augmente à mesure qu'on le dépbuille des ar- 
bres qui Im servoient d'abri contre les ardeurs 
du soleit; et dont les feuilles rayonnant le ca- 
lorique contre un ciel toujours serein , cau- 
sent» dans l'air refroidi, une précipitation de 
la vapeur aqueuse. 

Parmi le très-petit nombre de rivières dignes 
d'attention , on peut citer le Rio de Guines , 
qu'en 1798 'on voulut unir au canal de petite 
navigation , qui devoit traverser l'île dans le 
méridien de Batabano ; le Rio Armendâris ou 
Ghorrera » dont les eaux sont conduites à H 
Havane par le Zanja de Antoneli; Rio Gauto , 
au nord de la ville de Bayamo ; le Rio Maximo 
qui naît à Test de Puerto Principe ; le Rio Sa- 
gua Grande , près de Villa Clara ; le Rio de las 
Palmas, qui débouche vis-à-vis Gayo GaUndo ; 
les petites rivières de Jaruco et de Santa-Cruz, 
entre Guanabo et Matanzas , navigables à 
quelques milles de leurs embouchures et fa- 
vorisant l'embarquement des caisses de sucre; 
le Rio San Antonio qui y comme plusieurs au- 
tres » s'engouffre dans des cavernes de la roche 



70 SSSiJ POLITIQUE 

calcaire; le lUo Guaurabo^ à Touest du port 
de Trinidad , et le Rio de Galafre , dans le 
district fertile de Filipinas, qui se jette dans la 
Laguna de Gortez* Les sources les plus abon- 
dantes naissent sur la côte méridionale , où» 
depuis Xagua jusqu'à Punta de SaUna, sur 
une longueur de 4^ lieues 9 le terrain est 
extrêmement marécageux. L'abondance des 
eaux qui s'infiltrent par les fentes de la roche 
stratifiée est telle que , psu* l'efifet d'une pres- 
sion hydrostatique, l'eau douce^ loin des côte^ 
sourdit au milieu des eaux salées. La juridic- 
tion de la Havane n'est pas des plus fertiles ^ et 
le peu de plantations de sucre qui avoisinoient 
la capitale ont fait place à des fermes à bétail 
(potreros) et à des champs de maïs et de four^ 
rages dont les profils sont très-considérables» 
à cause de la consommation de la capitale» 
Les agriculteurs de Tile de Cuba distinguent 
deux sortes de terres souvent mêlées comme 
les cases d'un damier, la terre noire (negra au 
prieta) qui est argileuse et chargée de humus», 
et la terre rouge {bermeja) > plus siliceuse et 
mêlée d'oxide de fer. Quoique généralement 
on préfère la tierra negra comme conservant 
mieux l'humidité , pour la culture de la canne 



SUR l'île de goba. 71 

à sucre 9 et la tierra berme/d à la culture du eà- 
fier» beaucoup de plslntatiôns de sucre soiit 
Cependant étàblieisi sur le sol roage; 

Le cUtnat de ta Bavaûe est ëelui qui corres- 
pond à là limité extrême de la zone torrîde : 
c'est uti cUmdt tropical dans lequel une dis-^ 
tribùtion plus inégale de la cUaleur entre les 
diffîrentes parties de l'année, annonce déjà 
le passage aux climats de la zone tempérée. Cal- 
cutta (lat; 22034.' N.)» Canton (lat. aS^S'N.), 
Macao (lat. 22^ 12' N.), la Havane (lat. âS^^ 
9' N.)» et Rio Janeiro (lat. 22^ 54' S.) sont des 
endroits auxquels leur position , au niveau dé 
l'Océan et près des tropiques du Ganôer et du 
Gapiicome, par conséquent à égale distance 
de l'équateur, donne une grande importance 
pour l'étude de la météorologie. Cette étude 
ne peut avancer que par la détermination de 
certains élémens numériques qui sont la base 
indispensable des lois que l'on cherche à dé- 
couvrir. Gomme l'aspect de la végétation est 
identique vers les bords de la zone torride et 
sous Téquateur, on s'accoutume à confondre 
vaguement les climats des' deux zones côm-' 
prises entre o* et lo', et entré i5® et 23^ de 
latitude* La région des palmiers, des bananes 



^2 ESSAI POLITIQUE 

et des graminées arborescentes s'étend même 
bien au-delà des deux tropi([ues : mais il se*: 
roit dangereux (comme on Ta ùât récemment 
lors delà mort du docteur Oudney, en discu- 
tant l'élévation du sol à laquelle la glace a pu 
se former dans le royaume de Bornou) d'ap- 
pliquer ce que Ton a observé à l'extrémité de 
la zone tropicale à ce qui peut avoir lieu dans 
les plaines voisines de l'équateur. C'est pour, 
rectifier ces erreurs qu'il est important de 
bien faire connoître les températuresmo jennes 
de l'année et des mois, comme les oscilla-; 
lions thermoniétriques en différentes saisons , 
sous le parallèle de la Havane , et de prouver 
par une comparaison exacte avec d'autres 
points également éloignés de l'équateur, par 
exemple avec Rio Janeiro et Macao , que les 
grands abaissemens de température observés 
à l'île de Cuba sont dus à l'irruption et au dé-, 
versement des couches d'air froid qui se por- 
tent des zones tempérées vers les tropiques.du. 
Cancer et du Capricorne. La température 
moyenne de la Havane est , d'après quatre an- 
nées de bonnes observations, 2S^,y (20®,6R.), 
seulement de â"* cent supérieure à celle des 
régions de l'Amérique les plus rapprochées 



SUR l'iu de cuba. ^3 

de Pëquateur >. La proximité de la mer élève 
sur les côtes la température moyenne de 
l'année ; mais dans l'intérieur de l^e , là où 
les Tents du nord pénètrent avec la même 
force 3 et où le sol s'élève à la petite hauteur 
de 4o toises ^ , la température moyenne n'at- 
teint que 2Z^ {i^^y^ R*)? ^^ ^^ surpasse pas 
celles du Caire et de toute la Basse-Egypte* 
Les dîflt^K'Gi^ces entre la température moyenne 
du mois le plus chaud et le mois le plus froid 
s'élèvent, dans l'intérieur de l'ile, à 12^; à la 
Havane, sur les côtes , à 8**; à Cumana, à peine 
à 3^. Les mois les plus chauds, juillet et août, 
atteignent, à l'île de Cuba, 2 8<>,8, peut-être 
même 29^,6 de température moyenne, comme 
sous Téquàteur. Les mois les plus froids 
sont .décembre et janvier : leur ten^pérature 
moyenne est, dans l'intérieur de l'île, 17®; à 

* Temp. moy. de Cumana (lat* lo» 27') a7f>7 cent.* 
On assure que même, dans les Petites «Antilles^ par 
i3« et 160 de latitude , on trouve pour la Guadeloupe 
370,5 ; pour la Martinique, 27^,2; pour la Barbade, 
^""j^. Hist phpa. des Antilka^ Tom. l, p. 186/. 

^ A peine 6 ^ises de plus que la hauteur de Paris 
(premier étage de l'Observatoire royal) au-dessus du. 
niveau de la mer. 



74 SfiSAl POLITIQUE 

la Havane , fi i®, c'est-à-dire 5^ à 8^ aa-dessou9 
dés mêpies mois, soué l'ëqualeur, sliàis eotôre 
S"" au-dessus du mois le plus cbaud à Paris^ 
Quaot ailx températures extrêmes ^ qu'atteint 
le thermomètre centigrade, à l'ombre^ cm 
observe, vers la limite de la zonis tofride^ ce 
qui caractérise les régions les plus rapprocbées 
de l'équateur (entre o^ et i o® de Uu bot. et 
austr.); le thermomètre qui a été vu, à Paris ^ 
à 38^y4 (3o^,7 R,), né monte, à Cumtoai quf'à 
d5^; à la Vera-Cruz, il n'a été, en treize aùSy 
qu'une seule fois à 32^ (26^6 R.) : à laHan 
vatie, M. Ferrer ne l'a vu osciller, en trois ans 
(1810-1812), qu'entre i6<> et 3o«. M. Robredo^ 
dans les notes manuscrites que je possède , cite 
comme une chose remarquable que là tem^ 
pérature, en 1801,. s'est élevée à 34^,4 
(27^,3 R.)j tandis qu'à Paris, d'après les re- 
cherches curieuses de M. Arago , les extrêmes 
de température, entre 36^,7 et 38^ (2ff^j^ei 

^ M. Lachenaie assuir e Avoir vu aàoatet en f 800 lé 
thermomètre centésimal^ à l'ombré (à Sainte-Ro^f 
dans l'ilé de la Guadeloupe)^ à 59^5'; mais on igiidrtf 
si sou instrument étoit exact et libr& d^ effets au 
rajwnnement. A la Martinique, Us extrénfeà sont %^ 
et 35^ 



SUR &'JU DE CUBA. ^5 

5o%'jRJ)^<mté^ atteints quatre foiâ en dix 
ans (de 1795 à i8o3). Le grand rapproche-^ 
nienl dë& dèui éfoqae$ où le soleil passe par 
le zéiâtii des lieux situés vers l'extrémité de 
la Eoae torride^ rend souvent très^intenses le^ 
dhaletirs du littoral de Cuba et de tous les eii* 
dit>its compris entre les parallèles de 220^ et 
â3<> t, uoitis pour des mois entiers que pout 
un groupe de quelques jours. Année corn- 
miine, le thettnomètre ne lùonte pas^ en 
août, atndelà de 280 à 3o^ t j'ai vu qu'on se 
plaignoit d'une excessive chaleur, lorsqu'il s'é- 
le^Toit à 3i* (24%8 R.). L'abaissement de la 
toiqpératiire hivernale à 10® ou 12' est déjà* 
assefc rare $ mais lorsque le vent du nord souffle 
pendant plusieurs semaines et qu'il amène l'air 
froid du Canada ) on voit quelquefois , dans 
Fintérieut* de l'île , dans la plaine et à très-peu 
de distance de la Havane, se former de là, 
gkce pendant la nuit K D'après les observa- 
tions de MM. Wells et Wilson^ on peut ad- 
mettre que le rayôtouement du calorique pro- 



^ Ce froid accidentel avoit déjà frappé les premiers 
voyageurs, ce En Cuba^ dit Gomara, algo so siente el 
fno. )i flïW. de Ind.,/01. XXV IL 



76 £ftSAI POUTIQUB 

duit cet effet, lorsque le thennomêtre se 
soutient encore à 5^ et même à Q9 au-dessus 
du point de la congélation ; mais M. Robredo 
m'a assuré avoir tu le thermomètre à zéro 
même. Cette foimation d'une glace épaisse , 
presque au niveau de la mer, dans un lieu qui 
appartient à la zone torride > frappe d'autant 
plus le physicien, qu'à Caracas (lat. 10* 3 1 ^)t 
et à 477 toises de hauteur, l'atmosphère ne se 
refroidit pas au-dessous de 11^; et que, plus 
près de réquateur, il faut monter à i^oo toises 
de hauteur pour voir se former de la glace '• 
D y a plus encore : entre la Havane et Saint- 
Domingue, entre leBatabano et la Jamaïque, 
il n'y a qu'une différence de 4® ou 5* de lati- 
tude; et à Saint-Domingue, à la Jamaïque, à 
la Martinique et à la Guadeloupe , les minima. 
de température dans les plaines ' sont de 1 8*,5 
à J20®,5. 

^ On n*en voit pas même encore à Quito (t490 t*)» 
situé dans une vallée élroite, où un ciel souvent bro* 
meux diminue la force du rayonnement. 

' L'observation de 18^^ 5 est de M. Hapel Lachenaie. 
M. Le Dru assure aussi n'avoir vu le thermomètre des- 
cendre à Portorico qu'à i8<';7 ; mais il croît qu'il tombe 
de la neige sur les montagnes deLoquillodansla même 
lie! 



SUR LILE DE CUBA. J'J 

n sera intéressant de comparer le climat de 
la Havane avec celui de Macao et de Rio Ja- 
neiro i deux endroits dont l'un est également 
placé près des bords de la zone torride bo»- 
réale, mais sur la côte orientale de l'Asie > et 
l'autre sur une côte orientale d'Amérique , 
vers l'extrémité de la zone torride australe. 
Les températures moyennes de Rio Janeiro 
sont'déduites de 35oo observations faites par 
M. fienito Sanchez Dorta; celles de Macao, de 
I2O0 observations que M. l'abbé Richenet a 
bien voulu me communiquer '• 



Temp« moyenne 
de l'année < 



HlTllIB. 


Macao» 


Rio 
Jaubibo» 


latitude. 
a5° 9' N. 


latitude 


latitude 
220 54^5. 


a5o,7 


23»,3 


230,5 


28<»,8 


280,4 


270,3 


21^,1 


i6%6 


200,0 

1 • 



du mois le plus chaud, 
du mois le plus froid. 



Le cliovat de là Havane, malgré la fréquence 
des vents du nord et du nord-ouest, est plus 



^ Lorsque j'aurai comparé tous les registres de cet 
eccVbiastique respectable et laborieux, les résultats par- 
tiels de Macao ppurront subir quelques légers change^ 
àiens. Vaifez plus haut, Tom. X, p. i52. 



jS ISSAI rOUTIQUS 

chaud que celui de M acao et de Rio Janeiro* 
Le premier de ces deux endroits participe an 
froid qu'à cause de la fréquence des Tenis 
ouest on éprouve en lÛTer sur toutes les coStv 
orientales d'un grand continent La proaci- 
mité de terres d'une extrême laideur , co»- 
yertes de montagnes et de plateaux, rend la 
distribution de la chaleur, entre les difiSsvens 
mois de l'année , plus inhale à Macao et à 
Gaoton que dans une ile côtoyée vers l'ouest 
et vers le nord des eaux chaudes du Gulf- 
stream. Aussi , à Canton et à Macao , les faivem 
sont beaucoup plus froids qu'à la Havane. Les 
températures moyennes de décembre, jan- 
vier, février et ipars ont été, à Canton, en 
1 80 1 , entre 1 5<> et 1 7*,3 cent. ; à Macao , entre 
i6%6 et ^0**, lorsqu'à la Havane elles sont gé- 
néralement entre 21^ et 24%3 : cependant la 
latitude de Macao est de 1 * plus australe que 
celle de la Havane , et cette dernière ville et 
Canton sont, à une minute près, sur le même 
parallèle. Or^ quoique les lignes isothermes 
ou d'égale chaleur ont un sommet concave vers 
le pôle dans le système des climats de CAsie 
orientale comme dans le système des climaU 
de C Amérique orientale ^ le refroidissement, 



SUR l'iLE DE CUBA. 79 

aur le même pacattèle géographique , est ponr- 
taair plus coBsidérable encore ^ du côté de 
l'»e ^ . Pendant neuf ans ( 1 806- 1 8 1 4) , l'abbé 
Bii^enet , qui se seryoit de l'excellent ther- 
momètre à maxima çt à minima de Six, a vu 
desceadr^i cet instrument jusqu^à 3<^,3 et 5^ 
^3âf^ et 4^1^ Fahr.). A Canton , le lliermoniètre 
atteint presque quelquefois le point zêvo; et, 
f»p YéSet du rayonnement, pn y trouve de la 
l^çe $i}rlea terrasses des maisons. Quoique ce 
grand froid ne dure jamais plus d'un seul jour^ 
les négocians anglois qui résident à Canton ai- 
meot à faire du feu de cheminée, de no- 
vead»re à janvier ; tandis qu'à la Havane on 
ne sent pas même la nécessité de se chauffer 
M brU'^^ero. La grêle est fréquente et ^xtrê- 
lienieot grosse sous les climats asiatiques de 
Caoton et de Macao , tandis qu'on l'observe à 

^ Telle est la différence du climat des côtes orien- 
tales et occidentales de l'Ancien - Continent , qu'à 
Canton (l^t* 23® 8'} la température moyenne de l'an- 
née est ^2?y^ y lorsqu'à Sainte-Croix de Ténériffe (laf. 
a8P a8') elle est, d'après MM. de Buch et Escol^, 
de 23^98. Canton y situé sur- une côte orientale , 
participe du climat continental; Ténériffe est une tle 
rapprocliée des cotes occidentales de l'Afrique. 



8o ESSAI POLltlQUS 

peine tous les quinze ans à la Havane^Dan» 
les trois endroits, le thermoinètre se soutient 
quelquefois pour plusieurs heures entre o^ et 
4^ cent, y et cependant (ce qui me paroit bien 
remarquable) on n'y a jamais tu tomber de 
la neige; et, malgré les grands abaissemens 
de la température, le bananier et les palmiers 
offrent; autour de Canton , de Macao et de la 
Havane, une végétation tout aussi belle que 
dans lés plaines les plus rapprochées de l'ëqua- 
teur. 

11 est heureux pour l'étude approfondie de 
la Météorologie que , dans l'état actuel de la 
civilisation, on puisse déjà réunir tant d'élé- 
mens numériques sur le climat des lieux qui 
sont placés presque immédiatement sous les 
4eux tropiques. Gnq des plus grande» villes 
du inonde commerçant, Canton , Macao, Cal- 
cutta , la Havane et Rio Janeiro , se trouvent 
dans cette position. De plus, dans l'hémis- 
phère boréal, Mascate, Syène, Nuevo San* 
tander, Durango et les plus septentrionales 
des îles Sandwich ; dans l'hémisphère australe, 
Bourbon , Ile-de-France et le port de Cbbija^ 
entre Çopiapo et Arica , sont des heux fré- 
quentés par les Européens^ et offrent aux 



SUR l'ius ds cuba. 8i 

physiciens les mêmes avantages de position 
que Rio Janeiro et la Havane. La Glimato- 
lo^e avance lentement, parce que l'on accu- 
mule au hasard des résultats obtenus dans des, 
points du globe où commence à se dévelop- 
per la civilisation humaine. Ces points for- 
ment de petits groupes séparés les uns des 
autres par d'immenses espaces de terrez in^ 
connues aux météorologistes. Pour reconnoitre 
les lois de la nature dans la distribution de la 
chaleur sur le globe, il faut donner aux obser- 
vations une direction conforme aux besoins 
d'une science naissante et savoir quelles don- 
nées numériques sont les plus importantes. 
Nuevo Santander, sur les côtes orientales du 
golfe du Mexique , a probablement une tem- 
pérature moyenne inférieure à celle de l'île 
de Cuba. L'atmosphère doit y participer au 
froid hivernal d'un grand continent qui s'é- 
lai^it vers le nord-ouest. Au contraire, si nous 
quittons le système des climats de l'Amérique 
orientale y si nous franchissons le bassin ou 
plutôt la vallée submergée de l'Atlantique pour 
fixer nos regards sur les col es d'Afrique, nous 
trouvons , dans le système de climats cisatlan 
tiques , sur le httoral occidental de l'ancien con* 
I. 6 



8a £ftAAI POUTIQUX 

tmeût^ les lignes isotliermes relevées^ con* 
Yékes Vers le pôle. Le tropiq[ue du Cancer y 
passé entre Ip cap Bojador et le cap Blanc ^ 
près de Rio do Ouro y sur les bords inhoapi^- 
tâliers du désert de Sahara , et la températurq 
môy^ne de ces lieux doit être bien au-dessuf» 
de celle de la Hayane , par }a doubla raîitoii 
dé leur position sur une edte orientale y et par 
la proximité du désert qui raycmne la ehaletir 
et répand des molécules de sable dans Tat^ 

» 

tnosph^e. 

Nous ayons tu que les grands abaissemens de 
température dans File de Cuba sont de si peu de 
durée^ quié ni les bananiers, ni la canne a suqre, 
ni d'autres productions de la zone torride n'en 
souffrent habituellement. On sait combien las 
plantes qui jouissent d'une grande vigueur 
dV)rganisation résistent facilement à un Ècmi 
passager 9 et que les orangers et bigaradiers de 
la rivière de Gênes survivent à la chiite des 
neiges et à un froid qui ne dépasse pas 6* ùa 
7^ au^'dessous du point de la congélation '; 
Gomme la végétation de Tîle de Cuba offre 
tous les caractères de la végétation des régions 

^ Gatlesio, p. 55. 



SUR L*I£.B DI GUIA. 83 

les plus rftpprochëes de Téquateur^ on est sur- 
pris d'y trouver, dans les plaines mêmes , une 
^ma^ Y^gét^le des climats tempérés et des 
nonlagnes de la partie équatoriale duMexique. 
J'ai souvent fixé, 4&ns d'autres ouvrages^ 
Tattention des botanistes sur ce phénomène 
extraordinaire de la Géographie des plantes. 
Les pins (Pinus ocddentalis) ne se trouvent 
p^ daps les Petites-Antilles ; selon Af . Kobert 
Browû, pas même à 1^ Jamaïque (entre 17^! 
et 18^7 de latitude) , malgré l'élévation du sol 
de cette île dans les Montagnes Bleues. On ne- 
commence à les voir que plus au nord 9 dans 
les montagnes de Saint-Domingue et dans 
t0|ite l'île de Cuba ^ , qui s'étend entre les pa^ 



^ S{. Barataro, le sayant élève du professeur Balbîs^^ 
qoe f ai consulté sur les stations du Pinus occidentalis 
de Saint-DoBOÔngue, m'a assuré qde, près du Cap Sa- 
ttana (Ut. ig® 18^) , il a ru cet arbre dans la plaine, au 
QÛliça des autres végétaux de la région chaude, et 
qy'eii général à Saint-Domingue et à Porto-Bico on ne 
le t^uye que sur des montagnes de moyenne hauteur^ 
etif^OQ sur les plus élevées. Les Pin^ de Cuba et de Ttle 
4es Pinos, au sud du Batabano, sont» au rapport de 
toqi les voyageurs, de véritables pins à cônes imbri- 
qués semblables au Pinus occidentalis Swartz, et non 

6* 



84 SS8AI POLITIQUS 

rallèles de .20^ et aS^. Ils j acquièrent 60 à 
70 pieds de .haut; et, ce qui est bien remar- 

fcomme je Fayôîs soupcotmé pendant qadqae temps) 
des Podoearpos. D'ailleurs^ les premiers Ëspagiiols qui 
▼isitèrent les AntiHes ont quelquefois confondu les 
Pins et les Podocarpus, et un passage d'Herera (De- 
cad. I, p. 5a) prouye indubitablement que les PitèOB 
del Cibao, dont parloit Christophe G>lonib aprës son 
second Toyage, étoient des Conifères à firuit mono- 
carpe , de yrais Podocarpus, « Estas Pinos mujf at^f 
dit Itamiral , que no llevan pinaa (des cônes de pin) ^ 
«m por tal -àrden compuestoa par naturaleza quepwt^' 
eiani aceittmas delAkforqfe de SeviUa, » J'ai déjà frit 
remarquer, en offrant la première description du Ber- 
tholletia, d'après Laet (Tom. VIII, p. 178 et suiT.)> 
combien étoient naïves et caractéristiques les descrip- 
tions des anciens voyageurs qui n'avoient pas la manie 
d'employer des termes techniques dont ils ignoroient la 
Valeur. Les pins des îles de Guanaja et de Rattan (par 
les lê^ ^ de latitude), qui servent à faire des mâts, sonl- 
ils des Podocarpus ou du genre Pinus? (Herera , Dec I^ 
p. i3i; Laet, Orb. nov., p. 54i; Juarros, Hist. de 
Guatemala, Tom. IJ, p. 169; Tuckey^ Maritime Oeth- 
graphy, Tom. lY, p. 294). Nous ignorons si le nom de 
l'ile de Pinos, situé par 8^ 5y' de latitude à^l'est dePor- 
tobelo, se fonde sur une erreur des premiers navigateurs. 
Dans l'Amérique équinoxiale, entre les parallèles de 
o^ et lo^*, je n'ai même pas vu les Podocarpus descendre 
au-dessous de 1 100 toises de hauteur. 



8U& lW dx cuba» ^ &5 

•quable , le Càhoba > (atcajou) et les Pins rér 
pètent à Tile des Pihos, dans la même plaine. 
Vers le sud-est de l'île de Guba^ on trouye 
aussi dés pins sur la pente des Montaghes de 
Omyre là où le sol est aride et sablonneux. 
Le plateau intérieur du Mexique est couvert 
de cette même espèce de Conifère ; du moins 
les échantillons que nous avons rapportes , 
M. Bonpland et moi, d'Âcagpisotla , du Ne- 
vado de Toluca et du Cofre de Perote , ne pa- 
roissent pas différer spécifiquement du Pinus 
occidentalis des Antilles décrit par Swartz. Or, 
ces pins que nous voyons au niveau de l'Océan, 
dans File de Cuba, par 20» et 22^ de latitude, 
et qui appartiennent seulement à la partie mé- 
ridionale de cette île, ne descendent pas sur 
le continent mexicain entre les parallèles de 
17^7 et 19® T au-dessous de 5oo toises de hau- 
teur. Pai même observé que , dans le chemin 
de Perote à Xalapa , dans les montagnes oriei^- 
taies opposées à File de Guba> la Umite des 
pins est 935 toises ; tandis que dans les mon- 
tagnes occidentales, entre Chilpanzingo et 
Acapulco , près de Quasiniquilapa; deux de- 

? Swieteay Mahagouy L^ 



86 xiSAi ^ocmQ€K. . 

gKsplils ftu sud^ aile est dç 5So t«i et peut* 
être sur quelcpies points, mêm0 de 4^ t* Ces 
anomalies de stations sont très-rares sous tk 
zbne torridé, et tiennent; vraisemblablement 
moins à la température ^ qu'à la nature du soL 
Dans le sjstème de&nEÔgrations des plantes^ il 
faut supposer que le Pinus OGcidentaUs.de Cuba 
soit venu du Yucatan avant l'ouYerture du 
canal entre le cap Gatoche et le cap Saint-Anr 
toine^ .et non des Etats-Unis ^ si riehes d'ail- 
leurs en Ck>nifères; car, dans la Jloride, l'es- 
pèce dont nous traçons ici la géograpbîe bo- 
tanique n'a pas été découverte. 

^ Vàyez un tableau qui offre les stations des Q>ni- 
fères. et des Amentacées^ ayec l'indication des tem- 
pératures qu'elles requièrent dans les Nov. Oen. ci 
8pec*, Tom. 11^ p. a6. On ne trouye point encore de 
pins autour des Xalapa sur la pente orientale du jda- 
teaiu mexicain^ i 700 toises de hauteur» quoi^e le Ûuat^ 
nomètre 7 dtescende au-dessous de 1 a^^ cent* 



suB l'île de COBA. 6fJ 

Je consignerai ici le ctétail des observations 
de tempérahiTa faites à HU ds Cuba : 





.796. 


'797- 


1798. 


'7S9- 








F. 


F. 


F. 








JanTier..... 


SS- 


fi!f 


68» 


ei< 


i8' 




Fé»rier 






1î, 




15,5 




Han. 






64 


.9,3 




Anil 


li 












Mai 

JoiD 


■&' 


fii 


g 


»1 


K:s 




Juillet 


SaJi 


80 


8S 


ty 






Août 




H 


Si 








Seplembra. . 


81 


'4 


80 








Octobre.... 


:8 


7-)^ 




'H 




novembre.. 






gi 








Décembre. . 




67Ï 


S9 


16,7 




















7>,a 


7S%a 


74-,» 


7.-4 


ïEi',!) 





Le TÏUage d'Ubajay- est ûttië> coince ^j^a 
été dit plus haut , à 5 lieues fnarines'ida dis- 
tance de la Havane, sur un ^lattfâïr'qui a 58 
toises de hauteur au-dessus cfu niveau (!fô fa 
mer. La moyenne partielle de décembre 1 79S 
a été \8°tS cent. ; c^es de .janvier ^ de 
Csvrier 1800 se sont éiev«es de -1^,8 àt 
t8*,9 (Tlurmomètre de la construction de 
Nairae.) 



88 



ESSAI POllTIQTJS 
Ojbs. bs la Havane. 



,' I 



MOIS. 



1800. 

Th. cent. 



JaDTier. . . . 

Fémer 

Man 

AttiI*. • . • . • 

Mil........ 

Jain. .•• ••. 

JaiUet 

▲•ftt 

Septembre* • 
Octobre. ••• 
Novembre» . 
Décembre* • 

Moyenne.» • 



MOTBllHa 

de 
i8io-i8ia. 



• • . 

ai.i 

aa.7 

a5.5 

3o.o 

3o.3 

aS.S 

a6.i 

26.6 

aa.a 

25.8 



ai*.i 
aa.a 

a4.S 
a6.i 
a8.i 

a8.4 
a8.5 
a8.8 

37.8 

a6.4 
a4.2 
9a. 1 



a5.' 



a5.7 



j 



1 



Ubaiat, intérieur 
de'lltle de Gubii ~ 



Hiviiri , 
cOtei. 



. Péc.«Fév.^.>.' iS«.o cent. ai*.8 

Mars-Mai 9i«7 a6 2 

Juin-Âoftt. ... a8.2 a8.5 

8ept.-NoT.... 23.8 a6. 1 



Cm AirA 9 
lat; 10» 27* 

a6».9 

a8.7 
37.8 
a6.8 



27.6 
a6.a 
a9. 1 

Rome> lat. 4i** 53' t. moy. i5*,8. Mois le plos chand a5«|0 



Temp. moy... aa.9 

Mois le plnsfroid iS^f 

chaud a8.6 



a5.7 

21.1 

98.8 



froid 5*,7 



Ce sont de véritables moyennes déduites des 
maxima etminima de chaque jour; cependant 
les résultats de Don Antonio Robredo , faits 
au village d'Ubajay et à la Havane ( 1 800), sont 



8UK t'iLE DE CUBA. g 

peut-être de quelques dixièmes trop fotts, 
trois observations diurnes (de 7^ du matin, 
de midi et de 1 o^ du soir) ayant été simulta- 
nément employées. Les moyennes de M; Fer- 
rer, auquel nous devons les observations des 
trois années 1810, 1811 et 1812 (Tom. X^ 
pag. 449 ) 9 sont ce que nous avons de plus 
précis sur le climat de la Havane , les ins- 
tmmenç de cette habile navigateur ayant été 
mietix exposés que les instrnmens de M. Ro- 
bredo pendant les dix mois de 1800. Ce der- 
nier observateur remarque lui-même ce que , 
dans son appartement à la Havane ^ le courant 
d*air n'étoit pas assez libre {pieza no muy ven- 
tilada)y tandis que l'exposition à Ubajay étoit 
telle qu'on pouvoît la désirer, un lugar abierto 
d toUos vientoSf pero cubierto contra el sol y la 
lluvia. Dans la dernière moitié du mois de dé- 
cembre 1800, j'ai vu le^thermoiiiètre centi- 
grade presque toujours entre les lo* et i5*. En 
janvier, il baissa, à la Hacienda de! Rio Blanco, 
jusqu'à 7^,5. Ueau a été trouvée quelquefois 
gelée à qnelqueslignes d'épaisseur dans la cam- 
pagne f près de la Havane , à une hauteur de 
5o toises au-dessus da, niveau de l'Océan. 



90 ESSAI POUTIQUK 

Cette observation «l'a été communiquée en 
1801 par une&cdlent observateur, M. Robre* 
do ; elle a été répétée au mois de déeembre 
1812, après que d'impétueux vents du nord 
avoient soufflé presque pendant un mois. 
Gomme en Europe il tombe de la neige lors- 
que dans les plaines la température estde quel- 
ques degrés au-dessus du point de la congé- 
laticm» on doit être doublement surpris qii6| 
nuUe part dans ïlle ^ psas même sur les Lomat 
de San Juan, ou sur les bautes moutagnes de 
la Trinidad ^ on ait vu tomber de la neige^ 
On ne coûnoit^ sur le sommet de ces monta- 
§aes et/de celle» del Côbre » que la getée bbn- 
cbe (e^c^orcift^. On diroit qu'il ftut d'antres 
eoaditioas que <;elles d^un abaissement rs^fûde 
de la température dans les baut^ régions de 
1 air pour produire des chutes de neige et de 
grêlons. Nous avons.^ déjà indiqué plus haut 
que ces derniers ne se voient (T» Vlyp* 34^ 
et suiv., Tom. X, p. 334 ^^ suiv«) jamais à 
Cumana j et si rarement à la Havane ^^j^on ne 
les observe , pendant des e:t|^psîiMU, électcir 
^es et avec des coups de venf daiSi&0*^\ que 
tous tes quiD2^ à vingt ^ns. Sur les côtes de \3k 



/ 

SUR l'île P£ cuba. 91 

Jamaïque^ à Kiûgstpa,^on cite comme un phé- 
Bomène extraordinaire ^ d'ayoir vu baisser le 
thei^omètre^ au lever du soleil, à 20^,^ 
(69* F.). Dans ce]tte île , il faut s'élever, sur les 
Mbotagoes Bleues, à 1 1 5o toises ^ pour le voir 
(ea août) à &%5 : aussi à Gumana^ par les 10? 
de latitude^ je n'ai pas vu le thermomètre aur 
de^ous de âO%& {Voye^ ci-dessus, p. 10 et 
suiv<). Les changemensde température soat 
asse^ brusques à la Havane : en avril 1804 « 
lea variatioûB ëtoient, ea trois heures, à l'om- 
bre, de 3j|%â à 23<',4> par conséquent de g^ 
ceiit., ce qui est très-considérable pour la 
tw» torride ^ et le double changement qu'on 
éfirouve plus au sud, sur la côte de Colombia. 
A InHavane (lat âa<> 8^), onse plaint du froid> 
]64t»que la température descend rapidement 
à %\ ^\ àCumana (lat. lo*" %^')^ lorsqu'elle desr 
cmùH^î^'i^ {y cy.. ei-^ssu5,p* 10 et suiv.).JL'eau 
qui avoit été exposée à une forte évaporoh 
ti#a> et ^ue Ton regardoit comme trèâ-£raiche 
à la Havane , ea avril 1 804^ étoit à a4^^ 
(i^^$R.X tandis que la température moyenne 
dm jour s'élevoit à 29^,3 {Vùyez ei*dessus^ 

^ Edtvanh, Hist o/the Brit Cbhniea, 17^; YoI.I> 
p. i83. 



9^ ESSAI POUnQUE 

p. 1 8). Pendant les trois années d'observatioDS 
de M. Ferrer (i8io-i8iâ), le thermomètre 
n'a jamais été au-desisôus de i6^^4 Qc sto té^ 
-vrier 1 8 1 2), ni au-dessus de 3o^ (le 4 ^oût de 
la même année). Je l'ai tu déjà, en aTril 
(1801),' à Si^â; mais une longue suite d'an- 
nées se passent sans que la température de 
Tatmosphère s'élève une seule fois à 34^ 
(27^^ â R.), extrême que, dans la zone tem- 
pérée, elle dépasse encore de 4* centé^maux 
{Voyez ci-dessus , p. 1 et suiy.). Il seroit très* 
intéressant de réunir de bonnes observations 
sur la chaleur de Tintérieur de la terre ^ à l'ex- 
trémité de la zone tropicale. Je l'ai touvée 
dans des cavernes de roche calcaire, près de 
San Antonio de Beitia et aux sources du Rio 
de la Chorera, entre 22* et 2 3* {Rec, (TObê. 
astr., Tom, I, p. 288 et 289); M. Ferrer Fa 
trouvée , dans un puits de 1 06 pieds de pro- 
fondeurj de 24^,4. Ces observations, qui peut- 
être n'ont pas été faites dans des circonstances 
assez favorables, iiidiqu croient une tempéra- 
ture de la terre au-dessous de la'tempéràtui^e 
moyenne de Tair qui, à la Havane , sur^ les 
côtes, paroitde 25%7; dans Tintérieurde l'île, 
à 4o toises d'élévation , de 23<>. Ce résultat eat 



si;r l ilk de cuba. 95 

peu conforme à ce que l'on observe partout 
sous les zones tempërëe et glaciale. Les cou- 
rans qui> à de grandes profondeurs, portent 
Feau des pôles vers les régions équatoriales , 
diminuent-ils la température de l'intérieur de 
la terre dans des îles de peu de largeur? Nous 
avons déjà traité cette question délicate en 
rapportant les expériences faites dans la ca- 
verne du Guadiaro, près de Caripe. (ReL 

hiêt.j Tom III, p. i44» i45> ^94 ^* ^Ô^O Ce- 
pendant, dans les puits de Kingston et de la 
Basse-Terre de la Guadeloupe, on assure 
avoir vu le thermomètre à 270,7; .28%6 et 
270,2, par conséquent à une température au 
moins égale à la température moyenne de l'air 
dans ces mêmes lieux. 

Les grands abaissemens de température, 
auxquels sont exposés les pays situés à l'ex- 
trémité de la zone torride , sont liés à des os- 
cillations du mercure dans le baromètre que 
Fon n'observe pas dans les régions plus rappro- 
chées de l'équateur. A la Havane, conmie à 
.la Vera-Cruz, la , régularité des variations 
qu'éprouve, à certaines heures, la pression de 
l'atmosphère, est interrompue pendant que les 



gU X88A1 POUTIQOS 

▼ents du nord soufflent avec ^iolenceo Tm, 
observé en général que, lorsque le biro* 
mètre, à Hle de Cuba, se soutenait, pendant 
la brise, à 0^,766 , il baissoit avec le vent sud 
à o"',756, et même au-dessous. Nous aycms 
déjà fait remarquer ailleurs que les moyennes 
barométriques des mois où le baromètre est 
le plus baut (décembre et janvier) différent 
des moyennes des mois où le baromètre est 
le plus bas (août et septembre), de 7 à 8 vaSL* 
limètres , c'est-à-dire presque autant qu'à Paris, 
et 5 à 6 fois plus qu'entre Téquateur et les 
I o^' de latitudes boréale et australe. 

Moyennes de décembre. 0"^76656 par aa®,i cent, de T* 

janvier. • • 0.76809 ai. a 
juillet. • • . o • 76455 a8 . 5 
août 0.76125 aS.B 

Pendant le cours des trois années (1810- 
1812) dans lesquelles M. Ferrer a pris ces 
moyennes ^, les différences extrêmes des jours 
où le mercure s'est élevé ou abaissé lé plus 
dans le baromètre ont excédé 3p millimètres. 
Pour faire entrevoir la marche des oscillations 

* Tom. IX , p, 3oo. 



SDR I.*ILE DB CUBA. gg 

accidentelles dans chaque mois^ j'aiouterai 
ici 9 d'après les notes manuscrites de Don Ai^ 
tonio Robredo , le tableau ' des observations 



MAxncA. 
Janyier.. 5op°,35 
Février.* 5o.58 
ICars.. .. 5o.4i 
Aytil**** 3o.39 

Mai 30.44 

Iqm...* 3o.36 
Jwllet... 3o.38 
Ao&t.... 3o.a6 
Sq^temb. 3o.i8 
Oetobrd. 3o.i6 
Noyemb. 3o.i8 
Décemb. 3o.26 



MIKIMA* 

a9T»,96 

3o.oi 

So.ao 

3o.3a 

3o»38 

3Ô.33 

3o.ia 
39.89 

3o.o4 
50.09 
3o.oa 






MOY£X9KES. iTEBfP. MOT, 



5o»*,a4 
3o.a6 

3o.3a 
3o.35 
30,39 
30.34 
3o,aa 
3o.i6 
3o«ia 
• 3o.o8 
So.ia 
3o.o8 



i5.6 
i5.5 

»9-4 
a^.a 

aa«4 
aa.8 

ai.o 

18.6 

16.5 

12.1 



^ Dans ce tableau^ les moyennes des mois sont les 
viritables moyennes tirées des masfima et minima de 
dba^pe jour. Les estrémei du mois indiquent les hau* 
teors barométriques^ de deux jours çh le baromètre a 
été le pins haut ou le plus bas. Les hauteurs ne sont pas 
réduites à zéro de température, et le niveau de la cu- 
vette |i'a pas été rectifié 9 le tableau ne devant offrir 
que les différences des extrêmes dans chaque mois, et 
non des hauteurs moyennes absolues. 



96 ESSAI POUTIQUS 

de 1 80 1 exprimées en centièmes de pouces 
anglois. 

Les ouragans sont beaucoup plus rares dans 
l'île de Cuba qu'à Saint-Domingue^ à la Ja- 
maïque et dans les Petites-Antilles , situés à 
l'est et au sud-est du Cabo-Cruz : car il ne 
faut pas confondre les coups de vent du nord 
très-violens {los nortes) avec les uracanes qui 
sont le |[)lus souvent du sud-sud-lest' et sud- 
sud-ouest. A l'époque où je visitai l^le de 
Guba^ il n'y avoit pas eu, depuis le mois 
d'août 1794? d'ouragan proprement dit, car 
celui du 2 novembre 1796 étoit assez foible. 
Là saison de ces mouvemens subits et efîrayans 
de l'atmosphère pendant lesquels le vent 
souffle de tous les points de la boussole, et 
qui sont accompagnés souvent d'éclairs et de 
^éle, est, à Cuba, la fin du mois d'août, le 
mois de septembre, et surtout le mois d'oc- 
tobre. A Saint-Domingue et dans les îles Ca- 
raïbes, ce sont les mois de juillet, d'août, de 
septembre et la mi-octobre qui sont rédoutés 
par les navigateurs. La plus grande fréquence 
des ouragans y est au mois d'août , de sorte 
que le phénomène se montre plus tard , à me- 
sure qu'on avance vers l'ouest. En mars, il y 



\ 



SUE l'île os cuba. 9J 

à aussi quelquefois à la Havane des coups de 
veats très-impétueux du sud- est. On ne croit 
plus dans les Antilles à la périodicité régulière 
des ouragans * ; de 1770 à 1795, il y en a eu, 
dans les îles Caraïbes ,17; tandis que, de 1 788 
à i8o{, il n'y en a pas eu un seul à la Marti- 
nique. La même île en comptoit 3 pendant le 
courant de l'année 1642. H est digne d'être 
noté qu'aux deux extrémités de la longue 
chaîne des Antilles (aux extrémités SE. et NO.), 
les ouragans sont plus rares. Les îles de Ta- 
bago et de la Trinité ont l'ayantage de n'en 
jamais éprouver les effets; et à Cuba, les vio- 
lentes ruptures de l'équilibre atmosphérique 
sont très-rares. Lorsqu'elles ont heu, elles 
exercent leurs ravages plus sur mer qu'en dé- 
vastant les habitations , plus suria côte sud et 
sud-est que vers le nord et nord-ouest^. Déjà, 
en 1527^ la fameuse expédition de PamSlo 

^ Voyez la discussion de ce phénomène important 
dans VHiat. phya. des Antilles, Tom. I> p. 5^5 , 55o y 
355,376, 587. 

' Cette différence entre les deux côtes s'observe aussi 
à la Jamaïque. 

I 7 



/ 



SfS 295Ai POliTlQUÈ 

N^trvaez fut en partie détruite dans le port de 
la Trinidad de Cuba. 

Je vais consigner ici, d'après les notes ma- 
nuscrites de M. le capitaine de vaisseau Don 
Tomas de Ugarte, la marche du baromètre 
pendant Touragan du 27 et du 28 août 1794 
qui causa la perte de beaucoup de navires dans 
la baie de la Havane. 



> 20. • • • 

Temp. moyenne 4*« • * 
85»,8 Fahr.) S.... 

mmuit. 
à^âdùt.. ...... 16*»... 

20» ... 
(TèiBp.moy.âS»} midi. . 

4** à é 

minuit. 
37 <oùt^ 16^.. • 

i8. ... 

so.. • • 
(Temp. moy.8i«) aa. é .• 

midi.» 

a. . . • 

4« • • • 

6t. * • 

7« • • • 
o. • . • 

io. ... 

10%. . . 

11.... 

minait. 
aS 906t.. ^^^X-* 



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01 
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3o.oo 
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80 
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79 

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6. • • • 



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9. ••• 

10. • ^. 

11... . 



56 

5o 
Sx 

53 

54r 
•5. 
6 

67 

7? 



78 

79 

82 

83 
84 

«9 
9^ 



minuit» 3o«oi 



L'ouragan a commencé le 27 au matin ; sa 



suit l'île D£ è^Bâ. Q9 

ibrce 9- augmenté à mesure que Ton TOjoit 
baisser le baromètre : il a fini le 28 dans la 
soirée. Nous avons déjà rapporté plus haut que 
U. Ferrer a vu, le 25 octobre 181 o> par tul 
vent (qcieux. du SSO., baisser son baromètx^ 
(]i|uidonnoitpar 26^ cent, de température pour 
k hauteur moyenne de l'année 763'"",7i) jus- 
qu'à 744"">72 l^ar 2/^9 cent* 

jTauroiâ pu citer, parmi les causes de Rabais- 
àètnônt de la température pendant les mois 
d*Inver, le grand nombre de bas-fonds dont 
Plie de Cuba est entourée , et sur lesquels là 
chaleur est diitiinuée dé plusieurs degrés dé 
temjpératuré cetitésimale, soit par lès molé- 
cules d'eau localement refroidies qui vont au 
fond, soit par les courans polaires qui se portent 
Verfe les abîmés de f Océan tropical, soit pair 
lé mélange des eaux du fond et de la surface 
MX aùcoreê des bancs ^ : mais cet abaissemejit 
de température est en partie compensé par 
le fleuve d'eau chaude {gulf-stream) qui longe 
lés tôles du nofd-ôùest, et dont la vitesse 
dindûile souvent par les vents du nord et 

* P'opèz Tom. I, p. 160 j II, p. 7a, 75 et 74; V, 
p. 190 eti^ 1. ' 

7* 



t ÔO ESSAI POIITlQUi; 

du nord-est. La chaîne de bas-fonds qui àc^ 
compagne les contours de l'île > et qui paroît 
sur nos cartes comme une pénômbrç, se 
trouve heureusement interrompue sur plu^ 
sieurs points, et ce sont ces interruptions qui 
offrent au conunerce un libre accès vers la 
côte. Ed général y les parties de l'île les plus 
exemptes de dangers (récifs , bancs de sable ^ 
écueils) sont y au sud-est , entre le C^bo-Cruz 
et la Punta May si (72 lieues i|iarines)jt et, 
au nord-ouest 9 entre Matanzas et Cabaikas 
(28 1.). Dans la partie sud-est, la proximité 
des hautes montagnes primitives rend la côte 
plus accore : c'est là que se trouvent les ports 
de Santiago, de Cuba, de Guantanamo^ de Bai- 
tiqueri et (en tournant la Punta Majsi) de 
Baracoa. Ce dernier port est l'endroit le plus 
anciennement peuplé par les Européens. L'en* 
trée du Vieux-Canal, depuis Punta de Mulas» 
à l'ONO. de Baracoa, jusqu'au nouvel établis- 
sement qui a pris le nom de Puerto de las 
Nuevitasdel Principe, est également libre de 
bancs et de brisans. Les navigateurs y trou- 
vent d'excellens mouillages uu peu à l'est de 
la Punta de Mulas , dans les trois anses de Ta- 
namo , de Cabonico et de Nipe; à Fouest delà 



SUR LILE DE CUBA. rot 

Pùnta de M ulas , dans les ports de Sama , du 
Naranjo , del Padre et de Nuevas Grandes: 
Ptès de ce dernier port, et, ce qui est assez 
remarquable , à peu près dans le même méri- 
dien où commencent, sur la côte mëridionale 
de File, les bas-fonds de Buer^a Esperanza et 
de las doce léguas , prolongés jusqu'à File des 
Pinos, commence la série non interrompue des 
Cayes du Vieux-Canal : elle s'étend, sur une 
longueur de 94 lieues , de Nuevitas à la Punta 
Icacos. Vis-à-vis de Cayo Cruz et de Cayo 
fiomano , le Vieux-Canal est le plus étroit ; sa 
largeur est à peine de 5 à 6 lieues. C'est sur ce 
point aussi que le Grand Banc de Baliama 
prend le plus de développement. Les Cayes les 
plus rapprochées de File de Cuba et les parties 
du Banc qui ne sont pas couvertes d'eau (Long 
Island, Eieuthera) ont, comme Cuba même, 
une forme très-alongée. Une île plus grande 
qu'Haïti se présenteroit à la surface de FOcéan, 
si celle-ci s'abaissoitseuleinent de 20 à 3o pieds. 
La chaîne de récifs et de cayes qui borde, 
vers le sud , la partie navigable du Vieuxr|Ca- 
nal, laisse, entre elle et la côte de l'île de Cuba, 
de petits bassins sans brisans qui communi- 
(|uent avec plusieurs ports à bon mouillage, 



IQH JSiSUl V0L1TIQ13S 

comme ceipx de Guanaja , Moroft et 'f^eme* 
dâos* 

Âpres avoir débouqué par le yidux^GaDa)| 
ou plutôt par te Canal de Saint-lNicolas, entre 
la Cruz del Padre et le banc des Cayes de 
Sely dont les plus basses offrent des sources 
d'eau douce ^9 on trouve de nouveau , depuis 
la Punta de Icacos jusqu'à Cabanas , les côtes 
libres de dangers. Elles offrent , dans cet in- 
tervalle, les mouillages de Matanzas, de 
(Puerto Escondido , de la Havane et du Ma- 
riel. Plus loin, à Touest de Bahia Honda, dont 
la possession pourroit tenter quelque puissance 
maritime ennemie de l'Espagne, recommence 
de nouveau une chaîne de bas-fonds (bajû$ di 
Santa Isa bel y de los Celorados) qui s'étend 
sans interruption jusqu'au Gap Saint-Antoine. 

* Cayos del Agua (lat. aS*» 58% long. S20 36^), sur la 
Placer de los Roques ou del Gayo de Sal. Je place le 
Cayo del Agua un peu plus à l'ouest que fait le. capi- 
taine SteetZy dans les cartes intéressantes qui accom-** 
pagnent Vlnstruetton nautique sur les Passages à Vile 
de Cuba, i8i5, p. 55 , oii l'on lait le Horro de la Ha- 
vane 84<' Z^ et le Pan de Matanzas 85<> 58% tandis que 
M. Ferrer les trouve, par des moyens qui méritent 
toute confiance, 84« 4a' 44'' et 84** 3' la". 



SUR l'ilB OB CUBAf lo5 

Dq ce Gap jusqu'à PunU de Piedras et la Bahia 
d^ Gortez , la côte est presque aceore , et ne 
porte pas la sonde au large ; mais entre Punta 
de Piedras et le Cabo Cruz, presque toute la 
pjM:*tie méridionale de Cuba est entourée de 
bas-fonds dont l'Ile de Pinos n'est qu'une poi^ 
tion non recouverte d'eau , et qui sont connus 
à Touest sous le nom de Jardins ( Jardiner 
y J ardinilbs) } à l'est, sous celui de Cayç 
Breton , Cayo$ de las doce léguas et Baneos de 
Buena Esperanza. Dans tout ce contour mér 
ridional , la côte n'est exempte de dangers que 
depuis l'Anse des Cochinos jusqu'à l'embou-^ 
chure du Rio Guaurabo. Ces parages offrent 
une navigation assez difficile : j'ai eu occasion 
d^j déterminer la position de plusieurs points 
en latitude et en longitude , pendant la tra- 
versée du Batabano à Trinidad de Cuba et à 
Carthagène des Indes, On diroit que la résis- 
tance qu'offrent aux courans les hautes terres 
de llle des Pins et le prolongement extraor- 
dinaire du Cap Cruz ont favorisé à la fois l'acr 
cumulation des sables et le travail des coraux 
saxigène^ qui prospèrent dans les eaux tran- 
quilles et peu profondes. Dans ce développe- 
ment de cotes méridionales de ^[\^ lieues d? 



I04 £SSAI POLITIQHE 

loDg, il n'y a que j dont l'accès soit entière- 
ment libre entre Cayo de Piedras et Cayo 
Blanco, un peu à Test de Puerto GasHda. C'est 
là que se trouvent des mouillages souvent firé- 
quentës par de petites embarcations, tels que 
le Surgiderp del Batabano^ la Bahia de Xagua 
et Puerto Casilda ou Trinidad de Cuba. Au- 
delà de ce dernier port, vers Tembouchure 
du Rio Cauto et le Cabo Cruz (derrière les 
Cayas de doce léguas) , la côte remplie de la- 
gons est peu accessible et presque entièrement 
déserte. 

Voici les notions les plus précises que fai pu 
réunir sur la position des ports de File de Cuba : 

A l'est de Cabo Cruz (laï. ig^l^'j^iG'^jloxï^. 
80® 4' i5'^): Santiago de Cuba (lat. i9«>57' 29'^, 
long. 78^ 18'); Bahia de Guantanamo (latitude 
19054.0? long. 77^ 360 ; Puerto Escondido 
(lat. i9<^54'55'0, long, 'jj' 2^^^); Baitiqueri 
(lat. 20^2^, long. ^^''12'). Au nord-ouest du 
eap Maysi (lat. 20^ iG' 4o''^long- 7^^ 3o' 2^'^): 
Puerto deMata (lat. 20^17^0''', long. 76*43'); 
Baracoa (lat. 20' 20' 50'''', long. 76®5o0; Ma- 
ravi (lat. 20* 24' 11 '^j long. 77M7'); Puerto 
de Navas lat. 20^29' 44'^ \on%. 77O2o0i 



SUR l'île de cuba. io5 

Gajaguaneque (lat. ao^So', long. 76^66'); 
Taco (lat. ao^Si ' ly''^, long. 77" 0'); Jaragua 
(lat. 20*32' 4V%long. 77*^3'); Puerto de Cayo 
Moa (lat. 50*42' 18'^, long. 77* i4'); Yaguane- 
que (lat. 20*42', long. 77® 22'); Gananova 
(lat. 20*4i f 3o'^, long. 77*24') ; Cebollas (lat. 
20*41 ' ^^'^y long. 77* 28'} ; Tanamo (latitude 
20*42' 4i'^ long. 77^*37'); Puertos de Cabo- 
nica y Livisa (lat. 20*42^ 11'^, long. 77*46'); 
Nipe (lat. 20*44'4o'^ long. 77°5i^); Banes 
(lat. 20*52^50''^, long. 78*1^). Au nord-ouest 
de Punta de Mulas (lat. 2i*5^, long. 77*57^): 
Sama (lat. 2i*5^5o'-', long. 78*11'). Z)fln« le 
VieuX'Canal de Bahama : Naranjo (latitude 
21*5' 23'^, long. 78* 19'); Vita(lat. 21*6', long. 
78*25');Bariai (lat. 21* 4' 9"j long. 78*27'); 
Jururu (lat. 2i*3' 3g'^, long. 78* 28') ^ Gibara 
(lat. 21*6' 12^^, long. 78*33'); Puerto delPa- 
dre(lat. 2l*l5'4o'^long. 78*49'); Puerto del 
Malagueta (lat. 21* 16', long. 78^ 58'); Puerto 
del Manati (lat. 21* 23' 44''? long. 79*7') ; 
Puerto de Nuevas Grandes (lat. 21*26' 5o", 
long. 79*1 3'); Puerto de las Nuevitas del 
Principe (lat. 2 1*38' 4o'^, long. 79'' 2') ; Gua- 
naja(lat. 2 1<> 42', long. 80*1 1 ') ; Embarcadero 
del Principe (I. ai*44',long. 80* 23 ')j entre Rio 



1q6 EBSkl rOLITIQUX 

Jiguey et Punta CuriaQa au NNE. du Hato dû 
Guanamacar ; Moron (lat. fi^"* 4' 9 Ion g« 80"" 56 ^ ); 
Puerto de Remédies (lat. 22^ 3â^, loQgitude 
8i*56'j; Puerto de Sierra Morena(lat. ;23*5', 
long. 8â''54^)* ^ l^ ouest et au sud^ouêêtde Ptmta 
Icacos(\dX. 23*10', long. 83* 32'); Matanzas 
(lat. 23*3% long. 83*54'); Puerto Ëscondido 
(lat. 2 3* 8 ', Ion g. 84"* 1 2 ') ; embouchure du Rio 
Sauta Cruz (lat. 23*7', long. 84* i8'); Jaruco 
(lat. 23* gi', long. 84* 25 '); Havane (lat* ii 3* 9', 
long, 84*43) ; Mariel (lat. 23*5' 58^ longitude 
85*2'); Puerto de Cavajuas (lat. 23*3', long. 
85* i3'); Bahia Honda (le bord le plus méri- 
dional de la baie près de Potrero de Madraao, 
lat. 20*56' 7^, long. 85*32' 10").^ l'eHdu 
Cabo Sanjintonio{hi. 2i*5o',long. 87*I7'22"): 
Surgidero del Batabano (lat. 2^4^' lO'^, long, 
84*45' 56^^); Bahia deXagua (lat 22*4'; long. 
820 540 ; ^cs deux ports de la ville de Trinidad 
de Cuba, savoir : Puerto Casilda (latitude 
2 r 45 ' 26^^, long. 82' 2 1 ' 7'^) , et embouchure 
du Rio Guaurabo (lat. 21*45^ 46^? longitude 
82*23' 37"). On trouve beaucoup de lagom 
(Yertientes , Santa Maria , Gurajaja , Yaguabo , 
Junco, etc.); mais pas de ports, pro;^rementditS9 
depuis Trinidad de Cuba jusqu'à Gaiu> Gru% 



SUR l'iLS J>£ cuba. lO'* 

* 



Les positions de 5o ports et mouillages de 
G^^ sont les résultats d'ua travail^ diaprés le- 
quc^l (ea 1826) )'ai CQrrigé la carte de Tile, pu- 
bliée ea 1820. Les latitudes sont, en grande 
p^tie, celles du Portulano de la Jfmerica sep^ 
tenir., constr. en el Dep. hidrografico de Madrid 
1818, mais les longitudes en différent considé- 
rablement. Le Portulano place le Morro de la 
Havane à 84^37' 45^^ ou 5^ en arc trop à l'est. 
(GoosqUez JBauza^ Derotero de las Isla$ Jntil- 
to, 1820, p. 437, etParrfjrC(?/(7m^., iVaw., p.175.) 
J'aipréfëi;^ les positions que JVL Ferrer assigne 
aux Caps Gruz et Majsi , et à la Punta de 
UuUls, et c'est à ces mêmes caps que j'ai rë« 
duit plusieurs points déterminés par Don José 
del lUo et Don Ventura Barcaiztegui. Je me 
fonde sur mes propres observations, en m'éioi* 
goaiiit du premier de ces habiles marins , dans 
U position qu'il assigne à Puerto Gasilda. 
M. Bauza, qui adopte les positions du Batabano 
et de Pun,ta Matahambre de ma carte , préfère 
cependant pour Punta Maysi long. 76^ 26^28'^, 
pairce qu'il place Porto- Rico avec Don José 
Sanchez Gerqueropar 68"* 28^ 29, La réunion 
d'observations assez hétérogènes donne même 
à M. Cerquero 68^26^30'^, tandis que M. de 



« 

108 ESSAI POUTIQUl 

Zach regarde ôS^^Si^o^^ comme un résultat 
plus probable {Corresp. astr.^ Vol. XIII, p. i a5,' 
ia8). M. Oltmanns avoit trouvé» d'après la dis- 
cussion de tous les élémens, la moyenne de 
6S^ 33^ 30''' {Voyez mon Rec. d'Observ. astroruy 
Vol. II, p. 1 39). 

À l'île de Cuba, comme jadis dans toutes les 
possessions de l'Espagne en Amérique , it faut 
distinguer entre les divisions ecclésiastiques 9 
politico-militaires et financières. Nous n'ajou- 
tons pas celles de la biérarchie judiciaire qui 
« ont fait naître tant de confusion parmi les géo* 
graphes » modernes, l'île n'ayant qu une seulfe 
Audiencia qui réside, depuis l'année 1797, à 
Puerto Principe , et qui étend sa juridiction 
depuis Baracoa jusqu'au Gap Saint- Antoine. 
La division en deux évêchés date de l'année 
1788, dans laquelle le pape Pie VI nomma le 
premier évêque de la Havane, L'île de Guba^ 
dépendant jadis, avec la Louisiane et la Flo- 
ride, de l'archevêque de San to Domingo , n*a- 
voit eu, depuis l'époque de sa découverte, 
qu'un seul évêché fondé, en i5i8, dans la 

* Tom. IV, p. 70 et 71. 



suB l'île de cuba* 109 

partie la plus occidentale, à Baracoa, par le 
pape Léon X. La translation de cet évéché à 
Santiago de Cuba eut lieu quatre années plus 
tard; mais le premier évêque, Fray Juan de 
I7bite> n'arriva qu'en 1628. Au commence- 
ment 4u xix'' siècle (en i8o4)) Santiago de 
Cuba a été érigé en archevêché. La linlite 
ecclésiastique ôntre les diocèses de la Havane 
et de Cuba passe dans le méridien de Cay o Ro- 
mano , à peu près par les 8o<> f de longitude 
occidentale de Paris, entre la Villa de Santi 
JEspiritus et la Ciudad de Puerto Principe. Sous 
les rapports du gouvernement politique et 
militaire, Tile est divisée en deux gobiemoi 
dépendant d'un même capitaine général. Le 
gobiemo delà Havane comprend, outre la ca- 
pitale, le district des Quatro Villas (Trinidad, 
aujourd'hui Ciudad; Santo Espiritu , Villa 
Qara et San Juan de los Reinedios), et le 
district de Puerto Principe. Le Capitan gênerai 
y Gtobemador de la Havane nomme dans ce 
dernier endroit un Ueutenant {Teniente Go^ 
bemadar) , de même qu'à Trinidad et à Nueva 
Filipina. La juridiction territoriale du capi- 
taine général s'étend, conmoie juridiction 'de 
unrregidor, à '8 pueblos de Ayuntamiento (les 



1 1 ESSAI POLITIQUE 

ciudades de Matanzas, Jaruco/ San Felipe j 
Santiago , Santa Maiîa del Rosario ; les vUla9 de 
Guanabacoa, Santiago de las Vegas, Guines 
et San Antonio de los Banos). Le gobiemo.de 
Cuba comprend Santiago de Cuba , Baracoa , 
Holguin et Bayamo. Les limites actueUe& des 
gobiernos ne sont donc pas les mêmes que celiëft 
des eTêchés. Le district de Puerto Principe 
avec ses 7 paroisses dëpendoit, par exemple, 
jusqu'en 1 8 1 4, à la fois du gobierno de la Hayane 
et de rarchevéché de Cuba '. Dans les dénom- 
bremens de 1817 et 1820, on trouve Puwto 
Principe réuni avec Baracoa etBajamo,soms la 
Juriêdiccion de Cuba. Il me reste à parler d'one 
troisième division entièrement financière. Par 
la cédule du 25 mars 1812, File a ëtë répartie 
en trois Intendencias ou Provincias^ celles de 
là Havane , de Puerto Principe et de Santiago 
de Cuba, dont les longueurs respectives de 
Test à l'ouest sont à peu près de 90 , 70 et 65 
lieues marines. L'intendant de la Havane con- 
serve les prérogatives d'un Superintende ge* 
neral subdelegado de Real Hacienda de la letit 

^ Dùtumenibe eobre el trafioo de los Negroé, i8i4y 
p. 127^ i5o. 



SUR l'iLB DE CUBA. m 

ée Cuha^ D'après cette divisioQdla Provincia 
de Oaha embrasse Santiago de Guba^ Bara- 
coa, Holguin, Bayamo, Gibara, Matizanillo, 
Jiguani, Cobre et Tiguaros; la Provincia de 
Puerto Principe y la ville de ce nom, Nuevilas, 
Jagua> Santo Espiiitii, San Juan de les Re- 
medios^ Villa de Santa-Glara et Trinidad* 
L'intendance la plus occidentale^ ou Pro- 
wieia de la Hanana^ occupe tout ce qui est 
^tté à l'ouest des Quatro Paillas dont Finten- 
ddf]fl de k capitale â perdu Tadininistration 
financière. Lorsqu'un jour la culture des terres 
sera pkis uniformément avancée ^ la division 
de nie en 5 départemem, de la vuelia de 
abafo{èîi <5ap Saint-Antoine au beau village de 
Oaanajay et au Mariel), ée\à Havane (du Mà- 
rkAk Alvarez), des Quatro Villas (d*Alvarez 
à Moi«on ) , de Puerto Principe (de Moron à 
Bio Ganto) et de Cuba (de Rio Gauto à Punta 
Maysî), paroîtra peat^tré la plus convenable 
et la plus liée aux souvenirs Instoriqnes des 
premiers temps de la conquête. 

Ma carte de Ftle de Guba , quelque impar^ 
faite quelle soit poaf Tintérieur, e^ encore 
la seule sutt laquelle on pui$5e trouver les 
i5 eiudades et 7 villas qui font Pobjet des di- 



1 1 2 ISIIAI POIIÏIQUB * 

visions que je viens de faire connoitre. La ïi^ 
mite entre les deux éYêchés{linea divUoria de 
lûs dos obispadoê de la Havana y de Santiago 
de Cuba) se dirige de l'embouchure de la pe« 
tite rivière de Santa Maria (long. 8o^ 49^)9 
sur la côte méridionale^ par la paroisse de 
San Eugenio de la Palma, par les haeiendaê 
de S. Àna, dos Hermanos, Copey et Cienega, 
vers la Punta de Judas (long. 80^ 46^)9 ^^^ 1^ 
côte septentrionale, vis-à-vis le Cajo Ro- 
manOé Pendant le régime des Cortes 
pagne, on étoit convenu que cette 
ecclésiastique seroit aussi celle des deux De^ 
putaciones provinciales de la Havane et de San- 
tiago. {Guia Comtitucional de la Isla de Cuba, 
182a, p. 79.) Le diocèse de la Havane emr 
brasse 4o, celui de Cuba 22 paroisses. Etablies 
dans un temps où la majeure partie de l'ile 
étoit occupée par des fermes à bétail {haden" 
das de ganado), ces paroquias ont une étendue 
trop vaste et peu adoptées aux besoins de la 
civilisation actuelle. L'évéché de Santiago de 
Cuba renferme les 5 ciudades de Baracoa, 
Cuba, Holguin, Guiza, et Puerto Principe, et 
la Villa de Bayamo. Dans l'évêcbé de San 
Cristobal de la Havana. on compte les 8 aa- 



SUR l'île de cuba. ii5 

dades dé la Havane, Santa Maria del Rosario , 
San Antonio Abad ou de los Banos, San Fe- 
Kpe y Santiago del Bejucal, Matanzas, Jaruco, 
La Paz et Trinidad , et les 6 Villas de Guana*^ 
hacoa , Santiago de las Vegas ou de Gompos- 
tela, Santa Clara, San Juan de los Remedios, 
Santo Espiritu et S. Julian de los Guines. La 
division territoriale la plus usitée et la plus 
populaire , parmi les habitans de la Havane , 
est ceUe de vuelta de arriba et de abajo à Fest 
et à l'ouest du méridien de la Havane. Le 
premier gouverneur de l'île qui prit le titre 
de Capitaine général ( 1 60 1 ) , fut Don Pedro 
Valdes. Avant lui, on comptoit 16 autres gou- 
verneurs dont la série commence par le fa- 
meux Poblador et Conquistador, Diego Valas- 
quez , natif de Cuellar, que l'amiral Colomb 
avoit désigné en 1 5 1 1 . 

Population. -^Nous venons d'examiner l'é- 
tendue, le climat et la constitution géologique 
d'un pajs qui ouvre un vaste champ à la ci- 
vilisation humaine. Pour apprécier le poids 
que, sous l'influence d'une nature si puissante, 
la plus riche des Antilles pourra mettre un 
jour dans la balance politique de l'Amérique 

I. 8 



Il 4 ^^^^< FOLITIQU£ 

insulaire; > nous allons comparer sa populatidQ 
actuelle avec celle que peut nourrir un sol 
de 36oo lieues carrées marines, en grande 
partie vierge , et fécondé par les pluies tropi- 
cales. Trois dénombremens successifs, d'une 
exactitude très*inégale , ont donné en 

1^75 une population de.... 170^863 

179* i 272,140 

1^17 ,.. .i .... i .... . £3o,g8o 

D'après la dernière évaluation » dont les dé^ 
taits seront 0xpo^^ plus bas, il jr âVoit 
â9a,Qâi bUti.c$ , 115,691 libres de couleur 
e% 225^268 çsclav^^ Ces résultalâ se trouvent 
assez conformer au tmvail intéressant que la 
Municipalité delà Havane àvoit' soumis, en 
1811, aux Cortès d'Espagne > et dans léqiroi 
on s'arrêtoit approximativement à 600,000, 
dont j^ 74)000 blancs, U49OOO affranchis et 
212,000 esclaves. En réfléchissant ;sur les 
omissions diverses du dernier dénombrement 
de 1817, sur l'introduction des esclaves (la 
douane delà Havane en a enregistré, dans les 
seules trois années 1818, iSig et 1820^ plus 
de 4i>ooo); et, pur Faccroisseoient des libres 



SUR L*ILB DE CUBA. H 5 

de couleur et des blancs que donne la compa- 
raison des dénombreméns de 1810 et 1817 
dans la partie orientale de l'Se, on trouve 
qu'il y ayoit dans l'île de Cuba, à la fin dtf 1 8â5, 
probablement déjà : 

Libres 4^5,ooo 

blaacs 5a5^ooo 

libres de couleur. i5o^ooo 
Esclaves. 260^000 

Total 716^000 

La population de File de Cuba est par con- 
séquent aujourd'hui très -peu différente de 
celle de toutes les Antflles Aagloises , et elle 
est presque double de celle de la Jamaïque. 
Le rapport des diverses classes d'habitans grou- 
pés d'aprè$ leur origine et l'état de leur liberté 
civile, offre les contrastes les plus frappans 
dans les pajs dans lesquels l'esclavage a jeté 
des racmes très-profondes. Le tableau qui in- 
dique ces rapports peut faire naître les plus 
graves réflexions. 



8 



Il6 EISA! POLIÏEQDE 



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1j8 ISS ai poiitique 

On vok par ce tableau ' que^ claos Vue de 
Cuba, les hommes libres sont in^ de la popula* 
tion entière ^; dans les Antilles An gloises, à 
peine rh* Pans tout l'archipel des Antilles^ 
les hpnmie$ de couleur (nègres et mulâtres, 
libres et esclaves) forment une masse de 
2,36o,ooo ou de -^ de la population totale. Si 
la législation des Antilles et Tétat des gens de 
couleur n'éprouvent pas bientôt des change- 
mens salutaires, si l'on continue à discuter 
sans agir, la préj^ndérance poUtique passera 
entre les mains de ceux qui ont la force du 
travail , la volonté de s'affranchir et le cou- 
rage d'endurer de longues privations. Cette 
cata^ophe sanglante aura Keu comme une 
suite nécessaire des circonstances, et sans que 

^ Ce tableau se ràpjj^rte à la fin de l'année i8a3; il 
n'y a gue la population de Cuba qui est de l'année i8a5. 
Si l'on admet pour Haïti 956,000 ( Foy^it plus haut ^ 
p. i58 et iSg) , au lieu de 820^000, on aura, pour tout 
l'archipel des Antilles, 2,959,000 dont i,3a9|000 9 
ou ^ au lieu de — hommes de couleur libres. 

^ En 1788, les hommes libres formoienti 4ilanf.la 
partie françpise de Saint-Domingue « o^i3 (savoir, les 
blancs, 0^08; les libres de couleur^ e,o5), et les esclAres,. 
0,87. 



SIR l'ilk de cuba. 1 19 

les noirs libres d'Haïti- s^ii mêlent aucune- 
qiiept^ sans qu^ils abandonnent le système 
d'isolement qu'ils ontsijivi jusqu'ici. Qui ose- 
rait prédire Tinfluence qu'es:erceroit une Con^ 
pdération africaine des États libres des Antilles ^ 
pkcée entre Colombia , TAmérique du Nord 
et Guatimala , sur la politique du Nouveau- 
Monde? La crainte de cet événement agit 
sans doute plus puissamment sur les esprits 
que les principes d'humanité et de justice; 
mais^ dans chaque ile^ les blancs croient leur 
pouvoir inébranlable. Toute simultanéité d'ac- 
tion de la part des noirs leur paroît impossible; 
tout changement, toute concession accordée 
à la population ser^île, un signe de lâcheté. 
Rien ne presse : l'hornble catastrophe de 
Saint-Domingue n'a été que l'effet de l'inha- 
bileté des gouvernans. Telles sont les illusions 
qui régnent parmi la grande masse des colons 
aux Antilles , et qui s'opposent également aux 
améliorations de l'état des noirs en Géorgie et 
dans les Carohnes. L'île de Guba^ plus que toute 
autre des Antilles, peut échapper au naufrage 
commun. Cette île compte 43^^000 hommes 
libres et 260,000 esclaves : par des mesures 
humaines et prudentes à la fois , elle pourra 



130 £SSAI POLITIQUE 

préparer rabolition graduelle de l'esclavage* 
N'oublions pas que, depuis l'affranehissemenf 
d'Haïti , il y a déjà dans l'archipel entier des 
Antilles plus d'hommes libres nègres et mulâtres 
que d'esclaves. Les blancs, et surtout les affran- 
chis, dont il est facile de lier la cause à celle 
des blancs , prennent , à l'île de Cuba , un ac- 
iîroissement numérique très-rapide. Les es- 
claves dimjnueroient, depuis 1 820, avec beau- 
coup de rapidité, sans la continuation fraudu- 
leuse de la traite. Si, par les progrès de la ci- 
vilisation humaine et la volonté ferme des 
nouveaux états de l'Amérique libre , ce com- 
merce infâme cesse tout-à-fait , la diminution 
de la population servile deviendra plus con- 
sidérable pendant quelque temps, à cause de 
la disproportion qui existe entre les deux 
sexes, et de l'affranchissement qui continue; 
elle ne cessera que lorsque le rapport entre 
les décès et les naissances des esclaves sera tel 
que même les effets de l'affranchissement se 
trouveront compensés. Les blancs et les affran- 
chis forment déjà près de deux tiers de la po- 
pulation totale de l'île , et leur accroissement 
marque aujourd'hui, dans cette population 
totale , du moins en partie , la diminution de^ 



SUR LILE DK CUBA. 121 

esclaves. Parmi ces derniers, les femmes sont 
aux hommes, en excluant les esclaves mulâ- 
tres, dans les plantations de cannes à sucre, 
à peine dans le rapport de i : 4 > dans toute 
Tîle , comme 1:1,7; ^^"^ ^^^ villes et les fermes 
où les nègres esclaves servent de domestiques 
ou travaillent à la journée pour leur compte 
et pour celui du maître à la fois , comme 1 : 1 ,4? 
même (par exemple à la Havane ») comme 
1 : i,a. Les développemens qui suivent feront 
voir que ces rapports se fondent sur des 
données numériques que l'on peut regarder 
comme des nambres limites du maximum. 

Les pronostics auxquels on se livre trop lé- 
gèrement sur la diminution de la population 
totale de l'île, à Fépoque où la traite sera 

^ 11 me paroit assez probable qu'à la un de 1825 , il 
existoity de la population totale de gens de couleur 
(mulâtres et nègres^ libres et esclayes)^ à peu près 
i6o;000 dans les villes^ et 25o;00o dans les champs. 
En 1811, le Canaulado, dans un écrit présenté aux 
Gortès d'Espagne^ supposoît^ dans les Tilles^ i4i;000 
gens de couleur; dans les champs^ 1 85, 000. Dacu^ 
mentos sobre los Negros , p. 121. Cette grande accumu-* 
lation de mulâtres et de nègres libres et esclayes^ dans 
les Tilles , est un trait caractéristique de l'île de Çuba« 



\22 liSSAl POLITIQUE 

abolie en réalité et non seulement d'après les 
lois, comme depuis i8âO; sur l'impossibilité 
de continuer en grand la culture du suc^e ; 
sur l'époque prochaine où l'industrie agricole 
de Cuba sera restreinte aux plantations de 
café et de tabac et à l'éducation des bestiaux, 
se fondent sur des argumens dont la justesse 
ne 91e paroit pas suffisamment avérée. On ou- 
blie que les sucrenes, dont plusieurs manqiieDt 
de bras y et affoiblissent les nègres par de fré- 
quens travaux de nuit, ne reuferment que i de 
la totalité des esclaves, et que le problême du 
quotient de l'accroissement total de la popula- 
tion dans l'île de Cujba, à l'époque où l'intro- 
duction des noirs d'A&ique cessera en4ière- 
ment, repose sur des étémens teUemen;t com- 
pliqués, sur des compensations d'un effet si 
varié parmi les blancs, les affranchis et les 
esclaves cultivateurs, dans les plantations de 
canne à sucre, de café ou de tabac j parmi les 
çsclavessUttaçhés aux jfernçLes à bétail €,t les ^69- 
claves domestiques ou artisans et jourDaliars 
dans tes villes , qu'on ne doit pas hâter de si 
tristes présages, mais attendre que le gouver- 
nement se soit procuré des données statis- 
tiques positives. Uesprit dans lequel ont été 



SUR l'île de cuba. 125 

faits même les dënombremens les plus anciens^ 
par exemple celui de 1776, par distinction 
d'âge, de sexe, de race et d'état de liberté ci- 
vile, mérite les plus grands éloges. Il n'y a que 
les moyens d'exécution qui ont manqué : on 
a senti que le repos des habitans est vivement 
intéressé à connottre partiellement les occu- 
pations des noirs , leur distribution numérique 
dans les sucreries, les fermes et les villes. Pour 
remédier au mal, pour éviter les dangers pu- 
blics, pour consoler l'infortune dans une race 
qui souffre et qu'on craint plus qu'on ne l'a- 
voue^ il faut sonder la plaie; car il y a dans le 
corps social, dirigé avec intelligence, comme 
dans les corps organiques , des forces répara- 
trixses qu'on >peUt opposer aux maux les plus 
invétérés. 

Pour l'année iSii (époque à laquelle la 
Municipalité et le Tribunal de Commerce de 
la Havane supposoient la population totale de^ 
l'île de Cuba de 600,000 et ceHe de 3^^6,000 
hommes de couleur libres ou esclaves , mu- 
lâtres ou noirs) , la répartition de cette masse 
dans les différentes parties de l'île, dans les 
villes et les campagnes, donna les résultats sui- 



124 ^SSÀI POLITIQUE 

vans, en s'arrêtant non aux quantités abso- 
lues 9 mais aux seuls rapports de chaque nom- 
bre partiel avec le nombre total des gens de 
couleur considéré comme unité. 



DIVISIONS T£BBITOBIiLL£S 


LIBBBS 




Gins II 

de H 


de 


de 


BSCbATBS. 


conleory 
libres 


l'ilb db cuba. 


couleur. 




et 
escUiTef. 


I. Pâbtib ocGiDBirTÂLB (Ju- 
ridiction de la Havane) . 








dans les Villes... 


0,11 


0,1 iX 


o,aaJ 


dans les Champs. 


o,oiX 


0,34 


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II. Partir oribhtalb (Qaa- 
tro Villas, Puerlo-Prin- 
cipe , Cuba). 








dans les Villes.. . 


o,ii 


0,093! 


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dans les Champs. 
Total 




0,11 


o,ioX 


o,aiX 


0,342 


o,65X 


l,oo 



n résulte de ce tableau, bien susceptible 
d'être perfectionné par des recherches ulté- 
rieures , qu'en 1811, presque f des gens de 
couleur résidoient dans la Juridiction de la 
Havane, depuis le cap Saint -Antoine jusqu'à 



SUR l'île DK cuba. 125 

« 

AlTarez; que, dans cette partie , les yilles ren* 
fennoient autant de mulâtres et nègres libres 
que d'esclaves y mais que la population de cow^ 
leur des yilles étoit à celle des champs comme 
a : 3. Au contraire, dans la partie orientale 
de l'île , d'Alvarez à Santiago de Cuba et au 
cap Majsi, les gens de couleur, habitans des 
villes, égaloient presque en nombre ceux qui 
ëtment repartis dans les fermes. Nous verrons 
bientôt que , depuis 1811 jusqu'à la fin de 1 82 5 , 
111e de Cuba a reçu , dans toute l'étendue de 
ses côtes, par des moyens licites et illicites, 
185,000 nègres aûicains , dont la seule douane 
de la Havane a enregistré, de 1811 à 1820, 
près de 116,000. Cette masse nouvellement 
introduite a porté sans doute plus sur les cam- 
pagnes que sur lesfvilles : elle aura altéré les 
rapports que les hommes les plus instruits des 
localités ont cru pouvoir établir, en i8ii, 
entre la partie orientale et la partie occiden- 
tale de l'île , entre les villes et les champs. Les 
nègres esclaves ont beaucoup augmenté dans 
les plantations de l'est; mais l'affreuse certi- 
tude que, malgré l'importation de 1 85,000 n^- 
gro$ bozaleê , la masse des gens de couleur 
libres et esclaves , mulâtres ou nègres n'a pas 



lii^S ESSAI POLITIQUE 

augmenté, de i8i) à i8a5, de plus de 64,000 
ou de i, fait voir que les changeinens qu'é- 
prouvent les rapports de distribution partielle, 
sont restreints entre des limites plus étroites 
qu'on ne seroit tenté de l'admettre d'abord. 

Nous avons vu plus haut qu'en supposant 
7 1 5,000 habitans (ce que je crois le nombre ti^ 
mite du minimum) , la population relative de l'tle 
de Cuba est^ à la fin de l'année i825, de 197 
individus par lieue carrëe marine ; par consé- 
quent presque deux fois plus petite que la po* 
pulation de Saint-Domingue , quatre fois plus 
petite que celle de la Jamaïque. Si Cuba étoit 
aussi bien cultivé que cette dernière île, 00, 
pour mieux dire, si la densité de la population 
étoit la même, Cuba auroit 36i5 x 874 ou 
3, 1 59,000 habitans ^ , c'est-à-dire plus que l'on 

^ En supposant la population de Haïti de 820^000, 
on troute 334 habitans par lieue carrée marine. En 
supposant 936^000^ la population relative est de 582. 
Les auteurs nationaux pensent que l'ile de Cuba peat 
nourrir 7 7 millions d'habitans. (Voyez Meel. de loi 
repr. de Cuba contra la ley de aranceles 1821^ p. 9}* 
Même dans cette hypothèse ^ la population relatiye 
n*égaleroit point encore celle de l'Irlande. Quelques 
géographes anglois donnenl a la Jamaïque 4? <>909('^ 
acres 5 ou 534 !• c» marines. 



SUR l'île de cuba. 127 

en compte aujourd'hui dans toute la répu- 
blique de Colombia ou dans tout Farchipel 
des ÂntiUes. Cependant la Jamaïque a encore 
l,9i4>ooo acres non cultirés. 

Les plus anciens dénombremens officiels 
(padronès y censos) dont j'ai pu avoir connois- 
sance pendant mon séjour à la Havane, sont 
ceux qui ont été faits par ordre du marquis de 
laTorre (en 1774 et 1775), et de Don Luys de 
las Casas ^ (en 1791). On sait que dans l'un et 



^ Ce gouverneur a fondé la Société patriotique y la 
Junta de agricultura y comercio^ une bibliothèque 
publique, le ConsuladOy la Maison des pauvres filles 
{fiasa de heneficiencia de ninas indigentes) , le Jardin 
botanique , une chaire de mathématiques et des écoles 
primaires gi^alùites (escuelas de primeras letras). Il 
essaya d'adoucir les formes barbares de ïa justice cri- 
nûnelle^ et créa le noble emploi d'un de/ensor de po-^, 
ires. L'embellissement de la Havane , l'ouverture du 
chemin des Guines , les constructions de ports et de 
digues, et, ce qui est bien plus important, la protec* 
ticii accordée à des écrits périodiques propres à vivifier 
FlKprît ptiblic , datent de la même époque. Don Luis 
de las Casas y Aragorri, capitaine général de File de 
Cuba (1790-1796), naquit dans l'aldea de Sopuerta, 
en Biscaye. Il combattit avec la plus grande distinction 



lâS ESSAI POLITIQUE 

dans l'autre on a procède avec une négligence 
extrême , et qu'une grande partie de la popu-* 
lation a j^u se soustraire au recensement. Le 
Padron de 1775 , dont l'abbé Ray nal a déjà eu 
connoissance , donna pour résultat : 

Hommes blancs 54^555 

mulâtres libres 10^02 1 

noirs libres &;9^9 

mulâtres esclaves 5,5 18 

noirs esclayes « . ^S^aSG 

99>3o9 

Femmes blanches 40,864 

mulâtresses libres 9^006 

négresses libres. ..•>.«. 5^629 

mulâtresses esclaves. . . . 2^206 

négresses esclaves 1 5^556 

71,061 

Total, 1 70,370 dont la seule Juridiction de 
la Havane renfermoit 75,617. Je n'ai pas eu 

en Portugal, à Pensacola, en Crimée^ devant Alger^ 
à Mahon et à Gibraltar. Il mourut , âgé de 55 ans , au 
Puerto Santa Maria, en juillet 1800. Voyez les préci*' 
de sa vie par Fray Juan Gonzalcs (ciel Orden de Pre-- 
dicadores) et Don Tomas Romay. 



SUR l'île de CUBA. ISQ 

occasion de vérifier ces chiffres sur des pièces 
officielles. Le Padron de 1791 donna, et ce 
nombre est conforme aux registres, 272,141 
habitans^ dont 137,800 dans la Juridiction de 
la Havane , savoir : 44>337 dans la capitale , 
27,71 5 dans les autres ciudades et villas de la 
Juridiction et 65,748 dans la campagne (par^ 
tidos del campo). Les réflexions les plus simples 
font reconnoître ce qu'il y a de contradictoire 
dans les résultats ' de ce travail. La masse de 
157,800 habitans de la Juridiction de la Havane 
y parok composée de 73,000 blancs, 27,600 
libres de couleur, et 57,200 esclaves; de sorte 
que les blancs seroient aux esclaves dans le rap- 
port dei : 0,5 au lieu des rapports dei: o,83 que 
l'on observe depuis long-temps dans la ville et 
dans les champs. Eni8o49 j'ai discuté, conjoint* 
tement avec des personnes qui possédoient une 
grande connoissance des localités , le dénom- 
brement de Don Luys de las Casas. En recher^ 
chant par des comparaisons partielles la valeur 
des quantités omises, il nous a paru que la popu* 
lation de l'île n'a pas dû être, en 1791, au- 

^ Andréas Cavode vita Joe. JuL Pareni Havanen- 
9%8 {Bomœ, 1792)9 p. 10. Quelqaes copies portent 
i5i,i5o au lieu de 137,800. 

I. 9 



] 3o I88ÂI FOUTIQUS 

dessous de 36â,70o. Cette population a été 
augmentée de 1791 à 1804 du nombre de 
nègi^s (bozales) qui s'élevoit^ d'après les 
registres de la douane , pendant cette période, 
à 60,393; des émigrations d'Europe et de 
Saint-Domingue (5ooo); 'enfin de l'excès des 
naissances sur les décès asse2 petit dans un 
pays où T ou -5 de la population entière est 
condamné à virre dans le célibats L'effet de ces 
trois causes d'augmentation , en ne comptant 
qu'une perte annuelle de sept pour cent sur 
IdBnegroB bojtales^ fut évalué à 60,000 j d'où 
il résultoit, approximativement pour i8o4> 
ujk mtnimimt ^ de 43â,o8o. Le dénombrement 

^ D^m t:e nombre de 4^2,0009 je comptoîs, pour 
i8o4: blancs, 2549O00 ; libres de couleur^ 90^0003 es- 
claves^ ioâ|00o. (Le dénombrement de 1817 a donné 
àgOjOoo blancs, ii5;Ooo libres de couleur et aaS^ooo 
enclaves.) J'avoîs évalué la populatîoi) noire esclave 1 
tA Comptant une production de 80 k 100 arrobes de 
sucre par tète de nègre dans les sucreries et 8a esclaves 
pour la population moyenne d'un ^ngefiio. Il y avoit 
alors p}u&de 55o sucreries; et, dans les sept paroisses 
de Guanàfay, Managua 9 Batabano , Guines, Gano^ Bc** 
jucaletGuanabaCoa, on avoit trouvéypar tin dénom- 
b^mieikt eiLàct, dans i83 yngenios, iS,i3o esclayes. 
{Eâppediente , p. i34. Représenta dél Ctmenlaé&de là 



SUR l'île db goba. i3i 

de 1817 offre une population de 572,363, et 
ne doit aussi être considère que comme ua 



Bàbana del 10 Jnlio 17999 mantiscrit;) Le rapport de 
la production du sucre au nom)>re des nègres employés 
dans les sucreries est très«-dilficile à constater : il j a 
des habitations où 3oo nègres produisent à peine 
^yOOQ arrobes de sucre ; dans d'autres^ i5o nègres fa- 
briquent par an près de 37,000 arrobes. Le nombre des 
blancs peut être contrôlé par celui des milicîaa dont 
il j ayoit^ en i8o4> de diacipUnadas 2680, de ruraleB 
91^85 1, malgré l'extrême facilité de se soustraire au 
service et les exemptions sans nombre accordées aux 
Abogadoêy EscrihanoSy MedicoSy BQticarioa^ Nota'* 
riaSf Sacristaneé y Servientes de Igleaia, Jifimstros 
deEscuela, Jtf amorales , Mercadorea et tout ce qui se 
dit noble. Comparez Rejkxiones de u^ Habanero sobre 
la independencia de esta tsla, 1825^ p. 17. En 18 17^ 
on comptoit d'hommes capables de porter les armes ^ en- 
Ire i5 et 6^ ans; i<>dansla classe libre, 7i>o47 blancs; 
17,862 mulâtres libres; 17,246 nègres libres (total 
d'hommes libres 1 06^ 1 55) ; 2^ dans la classe des esdares, 
io,5o6 mulâtres et 75^393 noirs (total des esclaves 
^^>^99; total des libres et des esclaves^ entre i5 et 
60 ans 9 i9a>o54)* En prenant pour base les rapports 
des levées. militaires à la populaiion en France {Peur 
^kety ^IfiUf f p. 245, 247) , on trouve que cette évalua- 
tiQu de 192^054 supposeroit une popul^tiqn plus petite 
fue 600^000. Les cantingenê des trois classes de Uancs, 

9* 



iùû £SSAI POtlTIQUlC 

nombre limite au minimum; il justifie le tésul^ 
tat auquel je me suis arrête en 1804^ et qui a 
été répandu depuis dans beaucoup d'ouvrages 
de statistique. D'après les seuls registres des 
douanes, il a ëté introduit, de i8o4 à 1816^ 
plus de 78^600 nègres. 

Les documens les plus importans que nous 
possédons jusqu'ici sur la population de l'île, 
ont été publiés à l'occasion d'une proposition 
célèbre faite dans l'assemblée desGortès, le aS 
mars 1811, par MM. Alcocer et Ârguelles 
contre la traite en général et contre la perpé- 
tuité de l'esclavage parmi les noirs nés dans 
les colonies. Ces documens précieux accom- 
pagnent, comme pièces justificatives, les re- 
présentations < que Don Francisco de Arango , 

d'aflPranchis et d'esclaves sont comme les nombres 0,3^; 
0;i8; 0^4^; tandis que les populations de ces classes 
^ sont vraisemblablement comme 0,46; 0,18; o,56. 

^ Bepresentacion del 16 de Agosto 181 1, quepor en- 
cargo del AytmtamientOy Consulado y Sociedad po" 
Motica de laHabana, hizo elAl/erez mayorde aqvella 
êiudad, y se eîevà à las Certes par las espressadoê 
euerpos. Cette pièce se trouve imprimée parmi les Ik^ 
eumentos sobre eltrajico y esclavitud de negras , i8i4r 
p 1-86, que j'ai eu occasion de citer pins hadt. Qud* 



SUR l'île de CUBA. loU 

un des hommes d'état les plus éclairés et les 
plus profondément insti^uits de la position de 
sa patrie, fit aux Gortès , au nom de la Muni- 
cipalité , du Consulado et de la Société pa- 
triotique de la Havane. On y rappelle (c qu'il 
n^xiste d'autre recensement général que celui 
qui fut tenté,, en 1791, sous la sage adminis- 
tration de Don Lujs de las Casas, et que depuis 
cette époque on s'est borné à des dénombre- 
mens partiels dans quelques districts les plus 
peuplés. )> Les résultats, publiés en 1 8 1 1 , ne se 
fondent donc que sur ces données incomplètes 
et sur les évaluations approximatives de l'aug- 
mentation de 1791 à 181 1. On a adopté dans 
le tableau suivant la division de l'île en 4 dis- 
tricts, savoir : \^ hi Juridiction de la Havane^ ou 
Partie occidentale , entre le Cap Saint-Antoine 
et Alvarez; 2® la Juridiction des Quatro Villas^ 
avec ses 8 paroisses» situées à l'est d'Alvarez ; 
3° la Juridiccion de Puerto Principe ^ avec 
7 paroisses; 4^ la Juridiccion de Santiago de 
Cuba avec 1 5 paroisses. Les trois derniers dis- 
tricts comprennent la partie orientale de l'île. 

ques résultats généraux dû travail de M* d'Arango 
avoient déjà été publiés^ en 181a, dans le Patrioia 
i^laHabana, Tom. 11^ p. agi. 



I8SAI POUnQOS 



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Le rapport des castes entre elles reslera uû 
probtême politique d'une haute importance 
Jusqu'à l'époque où une sage MgislatioD aura 



8DR t.*XLE DS CUBA* 1 5S 

réussi à calmer des haines invëtérées, en 
aeeordant une plus grande éjgalitë de droits 
aux classes opprimées. En iSt i ^ le nombre des 
blancs suipassoit , dans l'ile de Cuba, de 6d,ooo 
celui des esclayes, tandis qu'il égaloit , ai prèst 
le nombre des gens de couleur libres dL es- 
claves. Les blancs qui étoient à la même époffi^ 
dans les Antilles angloises et françoises, il? de 
la population totale, en fonpoient à Tîle de 
Cuba les rê;* Les libres de couleur s'élevoient 
à rêsy c'est-à-dire au double de ce qu'on en 
trouve à la Jamaïque et à la Martinique. 
Gomme le dénombrement de 1817, modifié 
p3LvlaiDeputacion Provincial, n'adonné encore 
que 115,700 affranchis et 225,3oo esclaves, 
cette comparaison prouve, 1 ® que les afiranchis 
ont été évalués avec peu de précision, soit 
en 181 1, soit en 1817, et ao que la mortaUté 
des nègres est tellement grande que, malgré 
l'introduction de plus de 67,700 nègres afri- 
cains, enregistrés dans les douanes, il n'y avoit, 
eni8i7,quei3,5ooesclavesdeplusqu'eni8ii. 
Les décrets des Cortès (des 3 mars et 26 
juillet i8i3), et la nécessité de connoître la 
population pour réunir les juntas électorales 
de provincia , de partido et de paroquias , enga- 



l36 ESSAI POLITIQUE 

gèrent l'administratioD , en 1817, à substituer 
au& évaluations approximativeSyieniées en 1 81 ly 
un nouveau dénombrement. Je Tais le con-' 
signer ici d'après une note manuscrite, qui* 
m'a été communiquée ofEcièllement par des 
députés américains aux Corth. On n'en a 
imprimé jusqu'ici les résultats que par extraits, 
soit dans les Guias de Forasteros de la Isla de 
Cuba (1822 , p* 4^, et 1826, p. io4)^ soit dans 
la Reclatnacion hecha contra la ley de j4rancelez 
(1821, p. 7.) 





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l3S I8SAI POLITIQUK 

Oû peut être surpris que Féyaluatioii ap- 
proximative, présentée aux Gortès en 1811, 
offre un total qui est supérieur de 28,000 à 
celui du recensement effectif de 1817; mais 
cette contradiction n'est qu'apparente. Le 
dernier recensement a été sans doute moins 
imparfait que celui de 1791» cependant on est 
resté au-dessous de la population existante à 
cause de la crainte qu'inspire partout au 
peuple une opération qu'on a coutume de re-» 
garder comme le funeste précurseur de taxes 
nouvelles. D'ailleurs la Deputacion Provincial y 
en transmettant le dénombrement de 1817 à 
Madrid, a cru y devoir faire deux modifi- 
cations. On a ajouté 1^ les 32,64 1 blancs 
(transeuntesdelcomercioyde los buques entradoê) 
que les affaires de commerce appellent dans 
Vile de Cuba, et qui font partie des équipages 
d'après les livres des capitaines des ports, et 
2* les 25,976 negros bozales qui ont été importés 
dans la seule année de 1 8 1 7; d'où il résulteroit, 
pour 1817, d'après l'opinion de la Deputacion 
Provincial j un total de 630,980 dont 290,021 
blancs, 1 16,691 libres de couleur et 225,261, 
esclaves. C'est par erreur, je pense, que , dans 
les atmanacbs ifiuias) publiés à la Havane et 



8im l'île de cuba. 139 

dans plusieurs tableaux manuscrits qui m'ont 
été envoyés récemment , on donne ce total de 
630^980 comme appartenant, non à la fin de 
1817, mais au commencement de l'année 1 820. 
Les Guioêj par exemple , ajoutent aux 199,29a 
esclaves du censo de 1817 les 25,976, comme 
maumento que se considéra £^^1817^1819. » 
Or, il conste % d'après les registres des douanes, 

* Notes on Mexico ^ p. 217. Dans cet ouvrage, le re- 
censement de 1817 est porté à 671^079 au Heu de 
630^980. Cette diflFérence naît d'une faute de chiffres 
dans les hommes libres de couleur. Le tableau de 
M. Poinsett donne : noirs libres, mâles 28,373; fe- 
melles 26,002 ) mulâtres libres, mâles 70,612 ; femelles 
29,170 : total des libres de couleur, x54,o57. Or le 
censo n'offre, d'après les Guias et d'après mon tableau 
manuscrit, que 115,699, différence de 38,358. En 
sdbstîtuaDt pour les hommes libres 32,i54 à 70,512, 
on trouve un chiffre qui rend le rapport des deux sexes 
moins choquant, et qui le met en harmonie avec lo 
rapport que Ton observe parmi les libres noirs. Com- 
ment aussi, s'il y avolt 70,000 hommes mulâtres libres 
et 28,000 hommes noirs libres dans l'ile de Cuba, 
trouveroit-on , d'après M. Poinsett même, en indi- 
vidus capables de porter les armes, un nombre à peu 
près égal (17,862 et 17,246) de mulâtres et de nègres 
libres? Comment, à la Havane, n'y auroit-il, d'après let 
recensement de 1 8 1 o ( Voy. plus haut, p. 20 1 ), que 970Q 



l4o ESSAI POLITIQUE 

que le nombre des nègres introduits a été 9' 
dans ces 3 années, dé 62,947; savoir: en 1817, 
de 25,851^ en 1818, de 19,902; en 1819, de 
1 7, 1 94. Le judicieux auteur des Lettres sur la 
Havane adressées à M, Croker, premier se- 
crétaire de l'Amirauté , croit la population de 
gens de couleur libres et esclaves 9 en 1820, 
de 570,000; mais41 regarde > l'addition totale 

mulâtres libres des deux sei.^ et 16^600 nëgres et né- 
gresses libres? Les Notes on MeaicOy dont générale- 
ment on ne sauroit trop louer la grande exactitude, 
indigent, pour 1817, dans toute l'île a), 52^3o» es- 
claves mulâtres et 166^ 843 esclaves nègres, dans le 
rapport de 1 : 5 ft), 74^821 femmes esclaves de toutes 
les couleurs et 1 24^324 hommes esclaves dans le rap- 
port 1 : 177. A la Havane^ cependant , où les esclaves 
mulâtres sont bien plus nombreux que dans la cam- 
pagne , leur rapport aux esclaves noirs n'est que de 1 : 
11 ; et dans la juridiction de Filipinas {Memorias de 
la Soc. econoffiica de la Habana, 1819, n^ 5i^ p. 252) ^ 
on a trouvé, en 1819, sur 5634 esclaves, 1049 femmes 
(52 mulâtresses ; 4^7 négresses créoles et 56o négresses 
bozales ou récemment importées), et 2585 hommes 
(91 mulâtres^ 548 nègres créoles et 1946 nègres bo- 
zales). 

* n y a également plusieurs erreurs, de chiflBres dans 
les Lettersfrom the Havanna, p. 16- 1 8 et 36 3 les esclaves 



sCK l'île de cgbà: 141 

de tSâ,64i proposée par la Junia provistonal 
comme trop forte. Il suppose que toute la po- 
pulation blanche n'étoit» en 1820, que de 
â5o,ooo; et il n'admet, comme résultat du 
censo dei 8 1 7, que 238,796 blancs (dont 129,656 
mâles, et 109,140 femelles). Le vrai chiffre 
publié pendant plusieurs années successives 
dans la Guia est 257,380. 

Gomment s'étonner des contradictions par- 
tielles dans les tableaux de la population dressés 
en Amérique, lorsqu'on se rappelle les diffi- 
cultés qu'on a eues à vaincre , au centre de la 
ci^lisation européenne , en Angleterre et en 
France, chaque fois qu^on a entrepris la 
grande opération d'un dénombrement général? 

sont éralués, pour 1817, à 124>324 au lieu de 199,29a; 
pour 18199 à 181,968 ((formant un excès de i43,o5o 
Sur la population blanche. )> Cependant la population 
Uanche étoit déjà alors au-dessus de 290^000. Je la 
crois y en 1825, pour le moins de SaS^ooo, et un fia- 
haneto des plus instruits des localités l'avoit même sup- 
posé, en 1 825 y de 540;000. Sobre la independ^ de Cuba, 
p. 17. Dans quelques parties de l'ile» les tableaux sta- 
tistiques ont été dressés arec un soin extrême, par 
exemple à San Juan de los Remediod et à Filipinas , 
pour Tannée 1819, par Don JoaquinYigil de Quinones 
et Don José de Aguilar. 



I ^% SS8AI POLITIQUS 

On êaii, par exemple, que la population de 
Paris etoit, en 1820, de 7i4)Ooo; on croit ^ 
diaprés le nombre des décès et le rapport 
supposé des naissances à la population totale, 
qu'elle étoit, au commencement du 1 8"* siècle, 
de 53o^ooo« (Rech. stat. sur ta ville de Pari$y 
par le comte de Chabrol, 1823, p. xviii), mais 
on ne connoit pas à i près cette même popu- 
lation à répoque du ministère de M. Necker. 
On sait qu'en Angleterre et dans le pays de 
Galles, la population s'est accrue, de 1801 
à 1 82 1 , de 3, 1 o4,683, et cependant les registres 
des naissances et des décès ne rendent raison 
que d'un accroissement de ^2, 173^^1 6, et il est 
impossible d'attribuçr 931,267 aux seuls ëmi-> 
grations d'Irlande en Angleterre {Statist. Il- 
lustrations on the British Empire 1825, p. xnr 
et xv). Ces exemples ne prouvent pas qu'il 
faut se méfier de tous les calculs d'économie 
politique : ils prouvent qu'on ne doit em- 
ployer des élémens numériques qu'après les 
avoir discutés et après avoir déterminé les li- 
mites des erreurs. On seroit tenté de com- 
parer les différens degrés de probabilité qu'of- 
frent les résultats statistiques dans l'empire 
ottoman, dans l'Amérique espagnole ou por- 



SUR L^lUt DE CUBA. l4S 

ttigaise y en France ou en Prusse ^ à ces posi- 
tions géographiques qui se fondent, ou sur des 
éclipses lunaires, ou sur des distances de la lune 
au soleil 9 ou sur des occultations d'étoiles. 

Pour réduire un dénombrement fait il y a 
Tingt ans à une autre époque donnée, il fait 
connoître le quotient de Faccroissement; or^ 
ce tjfuotient n'est connu que d'après les dénom* 

bremens de 17919 1810 et 1817, ^^^^^ ^^"^ '^ 
partie orientale, qui est la moins populeuse 
de l'ile. Lorsque les comparaisons portent sur 
des masses trop petites, et placées sous Fin- 
fluence de circonstances très*particulières (par 
exemple 9 sur des ports de mer ou sur des can* 
tons où les sucreries se trouvent très-accu-^ 
mutées), elles ne sauroient donner des résul- 
tats numériques propres à être employés pour 
f étendue entière du pays. On croit entrevoir 
en général que le nombre des blancs s'ac* 
croît plus dans les campagnes que dans les 
villes; que les libres de couleur, qui préfèrent 
à l'agriculture l'exercice d'un métier dans les 
villes, augmentent avec plus de rapidité que 
toutes les autres classes , et que les nègres 
esclaves , parmi Jiesquels il n'y a malheureu- 
sement pas le tiers des femmes qu'exige le 



l44 KSS^t POUTIQOB 

nombre des mâles, dimiDuent de plus du tf 
par an. 

Nous avons tu plus haut que , dans la Ha** 
\ane et les faubourgs^ l'accroissement des 
blancs a été, en 20 ans^ de 73 pour cent; 
celui des libres de couleur, de 1 7 1 pour cent. 
Dans la partie orientale , le doublement des 
blancs et des affranchis a eu lieu presque par- 
tout dans le même intervalle. Nous rappelle- 
rons à cette occasion que les libres de coa-> 
leur augmentent en partie par le passage d'une 
caste à une autre, et que l'augmentation des 
esclaves , par l'activité de la traite , y contribue 
puissamment. Les*blancs gagnent aujourd'hui 
très-peu par les émigrations ' d'Europe, des 
Canaries, des Antilles et de la Terre-Ferme : 
ils augmentent par eux-mêmes, car les exem- 
ples d'un blanchtment officiel ou de lettres de 
blflnc accordées par VAudiencia à des Ëunilles 
d'un jaune pâle sont peu nombreux. 

En 1775, on a trouvé, par un démembre- 
ment oificiciel dans la Juridiction de la Ha^ 

^ En i8ig^ par exemple, ils n'amyërent que 1701 
individus^ parmi lesqueb : d'Espagne^ £^i&)Ae France, 
584 ; d'Irlande et d'Angleterre , 201 . Les maladies en* 
lèvent y à -Jr de blancs non acclimates* 



SUR l'île qe cuba. 1 45 

Done , en comprenant sous cette domination 
6 ciudades (la capitale avec les faubourgs, la 
Trinidad , San Felipe y Santiago ; S. Maria del 
Rosario , Jaruco et M atanzas) , 6 villas (Gua- 
nabacoa, Santi Espiritus, Yilla Clara, San 
Antonio , San Juan de los Remédios et San- 
tiago), Qt 3i pueblos : une population de 
171,626; en 1606, avec plus de certitude, 
1177,364 (Patriota amer. Tom. II, p. 3oo). 
L'accroissement en 3i années n'auroit par 
conséquent été que de 0,61 : il paroitroit beau- 
coup plus rapide si l'on pouvoit comparer la 
moitié de cet intervalle. En effet, le Padroa 
de 1817 donne, pour la même étendue de 
pays appelée alors Provincia de la Habana et 
renfermant les Gobiemos dé la capitale, de 
Matanzas et de Trinidad ou àesÇuatro Villas ^ 
une population de 392,377; ce qui prouve» 
pour 1 1 ans, un accroissement de plus de 0,4 1 • 
Il ne Êiut pas oublier qu'en comparant les po- 
pulaticms de la capitale et de la province de 
Cuba dans les années 1791 et 1 8 1 , on obtient 
des résultats d'accroissement un peu trop 
grands, le premier de ces dénombremens ayant 
donné lieu à beaucoup jplus d'omissions que 
le second. Je pense qu'on approche plus de la 



10 ' 



l4G Mikl fOUTIQim 

vérité en comparant^ pour la Province Ae 
Cuba, les cemos plus récens de i8to et 
1817. On trouve alors : en 1810, Uancs, 
35>5i5; libres de couleur, 32,884; esclaves, 
38,834. Total, I07,â3i; et, en 1817 : blancs, 
33,733; libres de couleur, 5o,â3o; esclaves, 
46y5oo. Total, 1 30,4^3. Accroissement en 
6 ans : au-delà de â3,200 ou de 2 1 pour cent, 
car il y a probablement erreur dans le second 
recensement des blancs. Le nombre de ces 
derniers et le nombre des honunes librea en 
général est tellement considérable dans le dis* 
trict des Quatro Villa» , que , dans les 6 par- 
tidot de S. Juan de los Remédies, S. Aguatin, 
S. Aaastasio del Gupej, San Felipe , Santa-Fe| 
et Sagua la Ghica , il javcût^en 1819, sur une 
areà de Sà^Q^ 1 caballerias ^ une population ti>* 
taie de i3;7ââ : donc blancs, 9672; libres de 
CD»lenr, 2010; esclaves, 2,140. Au contraire, 
dans les 10 partîdoi de la Juridiction de Fili* 
pinas, il y avoit, dans la même année, sur une 
population totale de 1 3,026, près de 94oo 
hommes libres; savoir : blancs, 5871 ; libres 
de couleur, 352 1 (dont 2o3 n^^(?« bozaUèlàr 
bres); esclaves, 3634; les af&anchisy étaient 
donc aux blancs := ^ - ^yj* 

Dans aucune partie du monde où règne l'es- 



SUR Vile db cuba. i4^ 

clavage , les afiranchissetneDs ne sont aussi &é- 
quens que dans File de Cuba. La législation 
espagnole ; loin de les empêcher ou de les 
rendre onéreux , comme font les législations 
angloises et françoises , favorisent la liberté. 
Le droit qu'a tout esdave de bmcar amo (de 
changer de maître ), ou de s'afiranchir^ s'il 
peut restituer le prix d'achat, le sentiment 
religieux qui inspire à beaucoup de maîtres 
aisés l'idée de donner par un testament la U^ 
berté a un certain nombre d'esclayes, Thabi* 
tude d'entretenir une multitude de noirs pour 
le service de la maison , les affections qui nai^ 
sent de ce rapprochement avec les blancs , la 
£icilité du giûn pour les ouvriers esclaves qui 
ne paient à leur maître qu'une certaine somme 
parjour pour travailler librement pour eux- 
mêmes , voilà les causes principales qui font 
passer tant d^claves, dans les villes, de l'état 
servile à l'état de libres de couleur. J'aurois 
pu ajouter les chances delà loterie et des jeux 
de hasard si le trop de confiance en ces 
moyens hasardeux n'avoit pas souvent les 
suites les plus funestes. La position des libres 
de couleur est plus heureuse à la Havane que 
chez les nations qui, depuis des âècles, se 



10* 



448 £SSÂI POUTIQUK 

manient d'une culture très-avancée. On n'y 
connoît pas ces lois barbares ^ qui ont été en- 
core invoquées de nos jours, et d'après les- 
quelles les affranchis > incapables de recevoir 
les donations des blancs, peuvent être privés 
de leur liberté et vendus au profit du fisc s'ils 
sont convaincus d'avoir donné asile à des nè- 
gres marrons! 

Gomme la population primitive des Antilles 
a entièrement disparu (les Zambos Caraïbes, 
mélanges d'indigènes et der nègres, ayant été 
transportés, en 1 796 , de l'île Saint-Vincent à 
celle de Ratan), on doit considérer la popula- 
tion actuelle des Antilles (2,85o,ooo) conune 
étant composée de sang européen et africain. 
Les nègres de race pure en forment presque 
les deux tiers : les blancs kj et les races mé- 
langées y. Dans les colonies espagnoles du 

m 

continent on retrouve les descendans des In- 
diens qui disparoissent parmi les mestizds et 
zamboSf mélanges d'Indiens avec les blancs et 
les nègres; cette idée consolante ne se pré- 
sente pas dans l'archipel des Antilles. L'état 

^ Arrêt du Conseil souverain de la Martinique , du 
4 juin 1 720. Ordonnance du 1®' mars 1 766, § 7. 



SUR l'île de cuba. i49 

de la société y étoit tel , au commenceinent 
da xTi* siècle , qu'à de rares exceptions près ^ 
les nouveaux colon's ne se mêlèrent pas plus 
aux indigènes que ne le font aujourd'hui les 
Anglois du Canada. Les Indiens de Cuba ont 
disparu comme les Guanches des Canaries, 
quoiqu'à Guanabacoa et à Ténérifie^ on ait 
y u se renouveler^ il y a 4o ans , des préten* 
lions mensongères dans plusieurs Êimilles qui 
arrachoient de petites pensions au gouverne- 
ment , sous le prétexte d'avoir dans leurs veines 
quelques gouttes de sang indien ou guanche. 
Il n'existe plus aucun moyen de juger de la 
population de Cuba ou d'Haïti du temps de 
Christophe Colomb. Comment admettre , avec 
Vies historiens d'ailleurs très-judicieux , que 
111e de Cuba , lors de sa conquête y en 1 5 1 1 , 
avoit un million d'habitans ^ , et que de ce 
miUion il ne restoit, en 1 5 1 7, que 1 4,ooo I Tout 
ce que l'on trouve de données statistiques 
dans les écrits de l'évêque de Chiapa est rem- 
pli de contradictions ; et s'il est vrai que le bon 
reUgieux dominicain^ Fray Luys Bertrau^ qui 

* Albert Hune, Hiatoriach^philosopldache Darstct- 
Jungdes Negersclavenhandels , 1820^ Tom. I, p. i37- 



l50 ESSAI POUTIQUX 

fut persécuté ' par les encûmenderot y comme 
le sont de nos temps les méthodistes par quel- 
ques planteurs anglois ^ a prédit^ à son retour^ 
que (c les 300,000 Indiens que renferme Hle 
de Cuba pérîroient Tictimes de la cruauté des 
Européens J>, il faudroit, pour le moins 9 en 
conclure que la race indigène étoit loin d^étre 
éteinte entre les années i555 et i56g ^; ce- 
pendant (telle est la confusion parmi les histo- 
riens de ces temps) , selon Oomara ^ , il n'y 
avoit déjà^ dès i553, plus d'Indiens dans l'Ue 
de Cuba. Pour concevoir combien doivent 
être vagues les évaluations faites par les pre^ 
miers voyageurs espagnols à une époque où 
l'on ne connoissoit la population d'aucune 
province de la Péninsule^ on n'a qu'à se rap- 
peler que le nombre des habitans que le ca^ 

^ Voyez de curieuses réyélations dans Juan de Mo" 
rieta , HisL de todos Î08 Santoa de Eapana, Lihro YU, 
p. 174. 

* On ne connoît avec précision que l'époque du re- 
tour (1569) de Fray Luys Bertran à San Lucar. Il Ait 
consacré prêtre en i547. ^' ^*> P« i^7 et 175. (Com- 
parez aussi Patriota, Tom. II, p. 5i.) 

• Hist. de las Indiaa^ fol. xxvit. 



suit L'kl dS CUBA» l5l 

l^taine Gook et d'auU^es navigateurs attri-- 
buoient à Taïti et aux îles Sandwich '^ dans 
un temps où la statistique offiroit déjà les com^ 
paraisons les plus ex.actes, varie de i à 5. On 
conçoit que l'ile de Cuba > environnée de côtes 
poissonneuses , auroit , d'après Timmeose té-^ 
condité de son sol, pu nourrir plusieurs mil- 
lions de ces Indiens, sobres, sans appétit pour 
la chair des animaux, et qui cultivoient le 

^ Sur la diminution rapide de la population dans 
l'archipel des îles Sandwich, depuis le voyage du ca-* 
pitaine Gook , voyez Gilbert Farquhar Maihiêon, 
Narrât of a visit to Brazil^ Peru and the Sandw. 
lalandSf 182$, p. 4^« Nous sayons avec quelque cer- 
titude, par les raj^rts des missionnaires qui ont changé 
la fiioe des choses à Taïti , en profitant des dissentions 
intérieures, que tout l'archipel des îles de la Société 
ne renfennoity en 1818, que 1 3,900 habitans, dont 
8000 & Taïti. Doit-on croire aux 100,000 qu'on suppo^ 
soit dans Taïti seul du temps de GooL ? L'éréque de 
Chiapa n'a pas été plus vague dans les évaluations de 
la population indigène des Antilles que ne le sont des 
écrivains modernes sur la population du groupe des îles 
Sandwich auxquelles ils donnent tantôt 74o><><><> (^Hoê- 
9ei, Hiat. stai. Almanachfur i8a4, P- 3^4)> tantôt 
400,000 {Id.y Stai. Vmrisej i8a4 , Heft 3, p. 90). 
D'après M. de Freycinet, ce grcmpe ne renferme que 
364,000. 



l5â ESSAI POLITIQUE 

maïs ) le manioc et beaucoup d'autres racines 
Qournssantes ; mais si cette accumulation de 
population av oit eu lieu , ne se seroit-elle pas 
manifestée par une civilisation plus ayancée 
que celle qu'annoncent les récits de Colomb ? 
Les peuples de Cuba seroient"*i]s restés au* 
dessous de la culture ' des habitans des Iles 
Lucayes? Quelque activité qu'on veuille sup- 
poser aux causes de destruction , à la tyrannie 
des conquistadores y à la déraison des gouver- 
nanS) aux travaux trop pénibles dans les la- 
vages d'or, à la petite vérole et à la fré- 

^ De menor policia » Gomara , p* zxi. L'éloignement 
assez général que marquent les indigènes de l'Ame* 
rique équinoxiale pour le régime animal et le lait se 
trouve déjà exprimé dans la fameuse bulle du pape 
Alexandre YI^ de i493« << Gertas insulas remotissimas 
et etiam terras firmas invenerunt^ in quibus quaniplu- 
rimae gentes^ pacifiée viventes, nudae incedentes^ nec 
eamibus vescentes, inhabitant^eti ut nuntîi vestri pos- 
snnt opinari^ gentes ipsae credunt unum Deum créa-- 
iorem in cœiis esse, {Car. CoqueL Bull. amp. ColL , 
Tom. III; P. m, p. a54«) Dans ces mêmes Antilles ^ oh. 
le peuple redoutoit l'influence des zetnes 5 petits fér 
tiches de coton {Petr. Martyr. Epist, fol. xlyi)^ le 
monothéisme ( la croyance d'un Grand Esprit super- 
rieur aux zemes) étoit généralement répandu ! 



SUR l'île de cuba. i55 

quence * des suicides , il seroit difficile de con- 
cevoir comment, en 3o ou 4o ans, je ne dirois 



^ Cette manie de se pendre par £3imilles entières 
dans les cabanes et les cavernes , dont parle Garcilasso, 
étoit sans doute Teffet du désespoir : cependant , au 
lien de gémir sur la barbarie du xvi® siècle , on a voulu 
disculper les conquistadores, en attribuant la dispari- 
tion des indigènes à leur goût pour le suicide. Voyez 
Patriota, Tom. Il, p. 5o. Tous les sopbismes de ce 
genre se trouvent réunis dans l'ouvrage qu'a publié 
M. Nuix sur Vhumanité des Espagnols dans la con- 
quête de V Amérique. {Reflexiones imparciales sobre la 
humanidad de los Espanoles contra les pretendidos filo»- 
sofos y politicos , para illustrar las historias deRaynal 
y JRobertsonj escrito en Italiano por el Ahate Don 
Juan Nuiœ, y traducido al casteïlano por Don Pedro 
Varela y Ulloa, del Consejo deS» M., 1782). L'auteur 
qui nomme (p. 1 86) acte religieux et méritoire l'expul- 
sion des Maures sous Pbilippe III ^ termine son ouvrage 
en félicitant (p. 293] les Indiens d'Amérique <c d'être 
tombés entre les mains des Espagnols dont la conduite 
de tout temps a été la plus bumaine et le gouverne* 
ment le plus sage. )> Plusieurs pages de ce livre rappel- 
lent (des rigueurs salutaires des dragonades^n et ce 
passage odieux dans lequel un bomme^ conuM par son 
talent et &e& vertus privées, M. le comte de Maistre 
{Soirées de Saint-Pétersbourg, Tom. II, p. 121), jus- 
tifie Finqubition du Portugal ^ '(parce qu'elle n'a fait 



l54 £0SAI i*OUTIQOI 

pas un million , mais seulement trois ou quatre 
cent mille Indiens, auroient pu disparohre en- 
tièrement. La guerre contre le Cacique Hatue j 
fut très-courte et restreinte à la partie la plus 
orientale de Tile* Peu de plaintes se sont ëla- 
yées contre l'administration des deux premien 
gouverneurs espagnok, Diego Yelâsquez et 
Pedro de Barba. L'oppression des indigènes 
ne date que de Tarrivée du cruel Hemando 
deSoto vers 2 539. En supposant, avec 60- 
mara , que déjà , quinze années plus tard^ sous 
le gouvernement de Diego de Majari^^os 
(1554-1564)9 il n'y avoit plus dlndiens^ on 
doit nécessairement admettre que c'étoient 
des restes très- considérables de cette peu* 
plade qui se sont sauvés sur des pirogues en 
Floride^ crojant/ d'après d'anciennes tradi- 
tions , retourner dans le pays de leurs ancé- 

couler que quelques gouttes d'un sang coupalile. » A 
quels sophismes ne faut-il avcnr recours j lorsqu'on reut 
dé£endre la reirgion^ l'honneur national ou la stabilité 
d^ gouTememens en disculpant tout ce qu'il y a eu 
d'outrageant pour l'humanité dans les actions du clei^é^ 
des peuples et des lois ! C'est en Tain qu'on tenteroit 
de détruire le pouToir le plus solidement établi rar la 
terre, le témoignage de l'histoire. 



SUR LILE DE CUBA. lH 



très. La mortalité des nègres esclaves, observée 
de nos jo^rs dans les Àotilles, peut seule jeter 
quelque jour sur ces nombreuses contradic* 
lions. L'île de Cuba devoit paroître très-peu- 
plée ' à Christophe Colomb et à Yelasquez , 

^ Cqfemb raconte que l'île d'Haïti étolt attaquée 
^pielquefois par une race d'hommes noirs ^ génie negra^ 
qui avoit sa demeure plus au sud ou au sud-ouest. Il 
^ttpéroît les yisiter dans son troisième Toyage, parce 

que ces hommes noûrs possédolent du métal guanin 

• 

dont l'amiral s'étoit procuré quelques morceaux dans 
50B second voyage. Ces morceaux y essayés enEspagne^ 
avoîest été trouvés composés de o,65 d'or, 0,1 4 d'ar^ 
f^t^eto^igde cuiyi*e {Herera ^ Dec, 1, lib. 3, cap. 91 
p. 79). Balboa découvrit en e£Eet cette peuplade noire 
dans l'isthme du Darien. » Ce conquistador, dit Go- 
maac9L{Hi8t. de Ind.ybA. xxnv)^ entra dans la pro- 
wîsoe de Quareca : il wlj trouva pas d'or, mais quel- 
ques nè^es esclaves du seigneur du lieu. Il demanda 
Ji oe seigneur d'où il les avoit reçus ^ on répondit que 
des gens de cette couleur vivoient assez près de là, et 
qpi'on étoit constamment en guerre avec eux. « Ces 
nègres, ajoute Gomara, étoient tout semblables aux 
nègres de Guinée, et l'on n'en a pas vu d'autres en 
^Amérique {fn ïas Indiae yopienso que no se kan viêto 
negras despues.) Ce passage est extrêmement remar- 
quable. On Daisoit des hypothèses au xvi* siècle , comme 
nous en fusons aujourd'hui ; et Petrus Martyr (^Ocean. 



l56 ESSAI POLITIQUE 

si elle Fétoit, par exemple» au degré où les 
Ânglois la trouyèrent en 176a. Les premiers 
voyageurs se laisseot tromper facilement par 
les rassemblemens , que l'apparition de vais- 

Dec. III, lih. i| p. 43) imagina que ces hommes, tus 
par Balboa, les Quarecas, étoient des noirs éthiopiens 
qui (latrocinii causa) infestoient les mers et avoient 
fait naufrage sur les côtes d'Améri^e. Mais les nègres 
du Soudan ne sont guère des pirates, et l'on conçoit 
plus Êicilement que des Esquimaux , dans leurs na- 
celles d'outrés, aient pu yenir en Europe, que des 
Africains au Darien. Les sayans qui croient à un mé- 
lange de Polynésiens avec les Américains, préféreront 
considérer les Quarecas comme de la race des Papoox 
semblables aux negritos des Philippines. Ces migrations 
tropicales , de l'ouest à l'est, de la partie la plus occi- 
dentale de la Polynésie à l'isthme de Darien, offrent de 
grandes difficultés , quoique les yents souillent pendant 
des semaines entières de l'ouest. Ayant tout, il faudroit 
sayoir si les Quarecas étoient vraiment semblables aux 
nègres du Soudan, comme le dit Gomara, ou si ce n'é- 
toit qu'une race d'Indiens très-basanés (à cheveux plajts 
et lisses) qui infestoient de temps en temps (et avant 
1492) les côtes de cette même île Haïti devenue de 
nos jours le domaine des Éthiopiens. Sur le passage des 
Garibes, des îles Lucayes aux Petites-Antilles, sans 
toucher à aucune des Grandes, voyez plus hauj^> 
Tom. IX , p. 35 et 56. 



Sun l/ltÉ DE CIBA. î57 

seaus européens fait naître sur quelques points 
d'une côte. Or, rîlc de Cuba avec les mêmes 
Ciudades et Villas qu'elle possède aujourd'hui^ 
n a voit en 1762 pas au-delà de 200,000 habi- 
tons; et, chez un peuple traité comme esclave, 
exposé à la déraison et à la brutaUté des maî- 
tres , à l'excès du travail , au manque de nour- 
riture et aux ravages de la petite vérole , 4^ 
ans ne suffisent pas pour ne laisser sur la terre 
que le souvenir de ses malheurs. Dans plusieurs 
des Petites -Antilles 9 la population diminue, 
sous la domination angloise , de 5 à 6 pour 
cent par an ; à Cuba, de plus de 8 pour cent; 
mais l'anéantissement de a 00,000 en 4^ ^^s 
suppose une perte annuelle de 26 pour cent, 
perte peu croyable, quoique l'on puisse croire 
que la mortaUté des indigènes de Cuba ait été 
beaucoup plus grande que celle des nègres 
achetés à des prix très-élevés *. 

' ^ Le TiCfaAxeAe&eBclaveB enregistrés a été^ en 1817, 
à la Dominique, de 17^959; à la.Grenade^ de a8,oa4» 
à Sainte-Lucie /de 15,895; h la Trinité, de 2S,Q^i. 
En i8ao, ces mêmes îles ne comptoient plus que 
16,554; ^5,677; i3,o5o et 35,557 esclaves. Les pertes 
ont donc été (d'après Tétat des registres) , en trois ans, 
^c ri} rr > i ®t T7« [Documens manuscrits communi- 



l58 ESSAI POLITIQUE 

En étudiant l'histoire de l'ile, on obsérre 
que le mouvement de la colonisation a été de 
Xest à l'ouest , et qu'ici comme partout dans 
les colonies espagnoles, les lieux qui ont été 
peuplés les premiers, sont aujourd'hui les plus 
déserts. Les premiers étabUssemens des blancs 
se firent en i5iii lorsque, d'après les. ordres 
de Don Diego Colomb , le conquistador et p^ 
blador Yelasquez débarqua au Puerto de Pal«* 
mas, près du Cap Maysi , appelé alors Alfa y 
Oméga y et subjugua le cacique Hatuej qui, 
émigré et fugitif d'Haïti , s'étoit retiré dans la 
partie orientale de l'île de Cuba et j étoit de- 
Tenu le chef d'une confédération de petits 
princes indigènes. On commença à construire 
la ville de Baracoa en i5iâ : plus tard, le 
Puerto Principe, Trinidad, la Villa de Santi 
Espiritus , Santiago ^ de Cuba (i 5 14)9 San Sat- 

qués par les bontés de M. Wilmot, sous -secrétaire 
d'état au département des colonies de la Grande-Bre- 
tagne.) Nous avons yu plus haut qu'avant l'abolitioii de 
la traite, les esclaves de la Jamaïque diminiioient de 
7000 par an. 

^ Patrioia^ Tom. II « p« aSo. Manu^crtU dei Don 
Feliûp de Arrate^ rédigés en i^So, d'après les pièces 
officielles sauvées dans le grand incendie de la Ha-r 



SUR l'jlk de cuba. iSg 

vador de Bayamo et San Gristobal de la Ha- 
Tana. Cette dernière Tille fut d'abord (i5i5) 
fondée sur la côte méridionale de l'île dans le 
Partido des Guines , et transférée ^ 4 ^ns plus 
tard, au Puerto de Carénas » dont la position, 
à l'entrée des deux canaux de Bahama (el Viejo 
y el Nuevo) , parut beaucoup plus Ê^vorable 
au commerce que la côte au sud-ouest du Ba- 
tabano ^. Depuis le xvi* siècle , les progrès de 
la civilisation ont puissanunent influé sur les 
rapports des castes entre elles : ces rapports 
yarient dans les districts qni ne renferment que 
des fermes à bétail et dans ceux dont le sol est 

« • 

TaDe, en i538. Je suis surpris de voir {Guia, i8i5, 
p. 75) que les religieux franciscains de Santiago de 
Cuba font remonter la fondation de leur couvent k 
Tannée i5o5 , la reconnoissance litière des côtes pat 
Sébastien de Ocampo ne datant que de l'année i5oS. 
^ Voyez plus haut, p. a36 et suiv. Bocumentos, 
p. 116. On montre encore, à la Havane, l'arbre sous 
lequel (au Puerto de Carénas) les Espagnols ont célé- 
bré la première messe. L'île appelée aujourd'hui offi- 
ciellement le siempre fiel Isla de Cuba , fut nommée, 
depuis sa découverte, snccessivementJiuema, Feman- 
dhèa, Ma de Santiago et lala del Ave Maria. Ses 
armes datent de l'année i5i6. 



l60 ESSAI POUTIQUB 

défnclié depuis long*temps, dans les ports de 
mer et les villes de Fintérieur , dans les fieux 
où l'on cultive des denrées coloniales et ceux 
qui produisent du maïs, des légumes et des 
fourrages. . 

I. La Juridiction de la Havane éprouve une 
diminution de la population relative des blancs 
dans la capitale et ses alentours, mais non 
dans les villes de l'intérieur et dans toute la 
vuelta de abajo destinée aux plantations de 
tabacs qui emploient des mains libres. En 1791^ 
le recensement de DonLuys de las Casas donna 
à la Juridiction de la Havane 137,800 âmes, 
parmi lesquelles les rapports des blancs y des 
libres de couleur et des esclaves étoient de 
0,53; 0,20; 0,27 ; en 181 1, d'après de nom- 
breuses introductions d'esclaves, on croyoit 
ces rapports comme 0,46; 0,12; 0,42. Dans 
les districts où se trouvent les grandes planta- 
tions de sucre et de café (partidos de grandes 
labranzas)y les blancs forment à peine un tiers 
de la population , et les rapports des castes (en 
prenant cette expression dans le sens du rap- 
port de chaque caste à la population totale) 



SUR l'iLB DE GUBA^ l6l 

oscillent pour les blancs entre o,3o et 0,36; pour 
les libres de couleur, entre o,o3 et 0,06; pour 
les esclaves, entre o,58 et 0,67 ; tandis que, 
dans les districts à culture de tabac de la vueUa 
de abajoy on trouve o,6âj 0,24? O9I49 ^^ dans 
les districts à pâturages (ganaderia)^ même 
ofiG ; 0j20 ; 0, i4- Il résulte de ces données que 
la liberté diminue dans les pays à esclaves 
à mesure que la culture et la civilisation aug- 
mentent. 'Ù 

II. Dans la Juridiction des Quatro Paillas et 
dans celles de Puerto Principe et de Cuba, 
on connoit les progrès de la population ' avec 
plus d'exactitude que dans la partie occiden* 
taie. Les Quatro Paillas ont ressenti ces mêmes 
effets qui naissent de là différence des occu- 
pations des habitans. Dans les districts de 
Santo Espiritu, où les fermes à bétail pros- 
pèrent; à San Juan de los Remedios, où le 
commerce de contrebande avec les Iles Ba- 
hames est très-fréquent, les blancs ont aogr 
mente de 1791 à 181 1. lis ont diminué au con<^ 
traire dans le district éminemment fertile dé 
Trinidad où les plantations de sucre ont pris 
un dévelpppement extraordinaire. À Villa- 
I. 1 1 



iCa ESSAI POLITIQUE 

I 

Clara /ce sonl les libres de couleur qui gagnent 
sur les autres classes. 

IIL Daiis la Juridiccion de Puerto Principe y 
la population totale a presque doublé en âo'àits* 
Elle s'est accrue de 0,89, comme dans les plus 
belles parties des Etats^^lJnis : ceptodant les 
alentours de Puerto Principe rre sont que 
d'immenses plaines où paissent des trôupeaut 
à demi-sauvages. Les propriétaires, dit un voya- 
geur récent % n'y ont d'autre soin que d'en- 
terré);*, dans leuiS çofire* fort l'aient que le tua-* 
JQvdcito«* des hM0$ leur porte et de l'exhuliser 
pourle jeu ëtles pfodès qu'ils se lèguent d'titie 

génération à Fautre*. - 

I • ' • 

, I . ; %■ 

• - * ■ ' / 

I.Y;.. Daés la Juridiction de Cuba j con$idérée 
ditns^soa'eosemble!^!^ rapports entré les trois 
cld^sic»]t ^eu change depuis 20 anti. Lé Par^ 
tîjJô' de^ BayamO se distingue toujours 'par le 
gi:^d' aombre de gefns de couleur )ibre^^^4)> 
qjt» ^'aect^oit d'année en année, comlsie àHol« 
guin etàBaracôai.Dan^ les eïiviroos jié Cnbéiy 
kà plantations de. café prospèrent:/ et offrent 






•/i Jffad^e, sutdHl&de^Ciibay iSaS', jp^Sos. 



SUR l'île de CUBA. l65 

une augmentation d'esclaves très -considé- 
rable ^ 

* Dans le tableau qui a été publié par le secrétaire 
daConsuladoy M. del Yalle Hernandez {Docunientos, 
p. 1499 et Pair. y Tom. H, p. 1%1S), les esclaves de 
Bayamo sont évalués à 16,735 : ce chiffre ne s*accorde 
ni avec la somme totale 47>9^4 y ^^ ^^ec le quotient 
e^a6. Comme il est plus probable que l'erreur typogra- 
phique ait porté sur ua chiffre que sur deux> j'ai sub- 
stitué le nombre des esclaves (1 2^635) que l'on trouve 
à la fois par le quotient et la somme totale. Le tableau 
des quatre districts de la province de Cuba est le résul- 
tat non modifié des déaombremens ; il donne , pour la 
population de la Province de Guba^ io6^53i. Dans le 
tableau général de l'île de Cuha{vayez plus haut, p. 3 1 o), 
les résultats du cenao sont modifiés, soit en les rédui- 
sant à des sommes rondes , soit en les augmentant , 
oomme il est dit tout exprès dans les Docum. , p. 137. 
Les contradictions ne sont par conséquent qu'appa* 
rentes^X'ignore pourquoi on a diminué le seul nombre 
des esclaves de la Juridiction de Cuba dans le tableau 
général^ mais ce changement ne porte que sur un -^ de 
la population servile de la partie orientale de J'île. 
Comme il existe des . variantes lecUones dans tous les 
résultats des dénombremens^ j'ajouterai que d'autres 
Padrones ont donné, en 1810, pour les quatre districts 
de Cuba, 98,780; pour le district (?) de Puerto Prin- 
cipe , 48,o33. {Docum. , p. 137 et i5o.) Un dénombre- 
ment de 1800 a donné aux Quatro Villas 53,267. 

11 * 



64 ESSAI POLITIQDE 

Quatre districts de la frovikoe de Cuba, 




Jusque dans les dernières années du 1 8"^ siè- 
cle , le nombre des esclaves femelles étoit ex- 
trêmement petit dans les plantations de sucre ; 
et , ce^ qui doit bien surprendre , c'est qu'un 
préjugé fondé sur des (c scrupules religieux y^ 
s'opposoit à l'introduction des femmes, dont 
le prix étoit à la Havane généralement un tiers 



SUR l'île de CUBA. l65 

au-dessous du prix des hommes ^ On forçoit 
les esclaves au cëlibat, sous prétexte d'éviter 
le désordre des mœurs ! Il n'y avoit que les Jé- 
suites et les moines Bethlémites qui avoient re- 
noncé à ce funeste préjugé ; eux seuls souf- 
frcHent les négresses dans leurs plantations* Si 
le dénombrement, sans doute ti^ès-imparfait 
de 1775, donnoitdéjà 1 5,562 femmes esclaves 
et 29,366 hommes esclaves , il ne faut pas ou- 
blier que ce dénombrement embrassoit la to«^ 
talité de l'île , et que les sucreries n'occupent 
même aujourd'hui que le quart de la popula- 
tion servile. Depuis Tannée 1 7g5, le Consulado 
de la Havane commença à s'occuper sérieu- 
sement du projet de rendre l'accroissement 
de la population servile plus indépendant des 
variations de la traite. Don Francisco Arango, 
dont les vues ont toujoui^ été pleines de sa- 
gesse , proposa d'imposer une taxe sur les plan- 
tations qui n'avoient pas un tiers de négresses 
parmi leurs esclaves. Il vouloit aussi qu'on 
levât un droit de 6 piastres par chaque nègre 
inti*oduit dans l'île, droit dont les femmes {ne- 
gras bozales seroient exemptes. Quoique ces 

* Documentos, p. 34» 



iGG ESSAI POLITIQUE 

mesures ne fussent pas adoptées, les flw^mfcil^ej 
coloniales se refusant toujours à des moyens 
coërcitifs , le dësir de multiplier les mariages et 
de mieux soigner les enfans des esclayes fut 
éveillé depuis cette époque, et une cédule 
royale (du 22 avril i8o4) recommanda ces 
objets ce à la conscience et à l'humanité des 
colons. » Le dénombrement de 1817 donna , 
d'après M. Poinsett, 6o,322 négresses esclaves 
el 106^521 nègres esclaves. Le rapport des 
femmes noires esclaves aux hommes étoit , en 
1 777, comme 1 : i ,9 ; et , 4^ années plus tard, il 
avoit à peine changé d'une manière sensible^. Il 
étoit^=i : i,j; la petitesse de ce changement 
doit être attribuée à l'énorme quantité de ne" 
gros bozales introduits depuis 1791, l'introduc- 
tion de)s négresses n'ayant été considérable que 
de 1817 à 1820, de sorte que les nègres es- 

^ Dans les Antilles angloîses, sur une population 
d'esclaves de 627,777, ^^ comptoît, en 1823 : mâles, 
508,467; femelles, Sig^Sio : ce qui donne par consé- 
quent un excès des femelles de 5 ^j pour cent. Il n'y 
avoit queTrinldad et Antiguaqui, comme Demerary, 
offroicnt plus de mâles que de femelles parmi les es- 
claves. Mo-^czStat Illuëtr, o/thcBrit, Emp,^ i825, 
p. 54. 



81JR i.'ltE DE CLBA, 167 

claves qui servent dans les vilks sont devenus 
uae plas petite fr&otioa de la masse totale. 
P^uis le partUo de Batabano qui rebfenpoit, 
en 1818, une population de 2078 avec i5ynr 
genios de sucre et 7 cafetales^ il y a voit 21226 
piëgres, et seulement 257 négresses esclaves 
(rapport s:^ 8 : 1). Dans la Juridiction de San 
Juan de los Remedios (qui comptoit, en 1827, 
une population de 13,700 avec 17 sucreries 
et 73 cafetales)^ il y avoit 1200 nègres et 660 
négresses esclaves (rapport = 19 : 1), Dans la 
Juridiction de Filipinas (qui comptoit , en 18 19, 
une population de 1 3,026, il y avoit 2494 ^^' 
grès et 997 négresses esclaves (rapport ^= 
2y4 • 1) ; ^t si , dans toute l'ile de Cuba , les es- 
claves noirs mâles sonl aux femelles =: I97 : 1 9 
ils sont, dans les seules sucreries, à peine == 

4:i. 

La première introduction de nègres dans la 

partie orientale de l'ile eut lieu en i5i2i : elle 
n'excéda pas le nombre de 3oo. Les Espagnols 
étoient alors beaucoupmoins avides d'esclaves 
que les Portugais; car, en i539 , il y avoit à 
Lisbonne * une vente de 1 2,000 nègres, comme 

* Bryan Edward^ Weet. na. y Vol. III, p. 302, 
Voyez aussi plus haut, Tom. I, p. 4^3 et suir. 



l68 ESSAI POLITIQUE 

de nos jours (à rétemelle honte de l'Europe 
chrétienne) on Élit la traite dès Gr^^àConstan* 
tinople et à Smyme. En Espagne, le commerce 
des esclares n'étoit pas libre au xvi* sièèle : 
la cour en accordoit le privilège qui fut acheté, 
pour toute l'Amérique espagnole, en 1 5 86, 
par Gaspar de Peralta ; en i5g5, par Gomez 
Reynel; en 161 5, par Antonio Rodrigue2 de 
Elyas. L'introduction totale n'étoit alors que 
de 35oo nègres par an; et les habitans de Cuba, 
tout adonnés à l'éducation des bestiaux, en 
recevoient à peine. Pendant la guerre de suc- 
cession , les François relâchoient à la Havane 
pour échanger des esclaves contre du tabac. 
Uasiento des Anglois vivifia un peu l'introduc- 
tion de nègres; cependant, en 1763, quoique 
la prise de la Havane et le séjour des étrangers 
eussent fait naître des besoins nouveaux, le 
nombre des esclaves n'atteignit, dans la Juri- 
diction de la Havane, pas encore 26,000; 
dans toute l'île, pas Sa, 000. Le nombre total 
des nègres africains introduits a été probable- 
ment % de 162 1 à 1763, de 60,000 ; leurs des- 
cendans existent parmi les mulâtres libres, 

^ Bocumenios) p. 5g et 1 18. 



SUR l'île: de cuba. 169 

dont la majeure partie habite la partie orien- 
tale de l'île. Depuis l'année 1 763 jusqu'en 1 790, 
où le commerce des nègres ^ut déclaré libre, 
la Havane en a reçu 24,875 (par la Compahia 
de Tabacos 4967, de 1763 à 1 766; par le contrat 
du [marquis de CasaEnrile^ i4,i32, de 1773 
à 1779; par le contrat de Baker et Dawson, 
6786, de 1786 à 1789). Si l'on évalue l'intro- 
duction des esclaves dans la partie orientale 
de l'île pendant ces mêmes 27 années (1 763 à 
1 790) à 6000 , on trouve, depuis la décou- 
verte de l'île de Cuba, ou plutôt depuis iSai 
jusqu'en 1790, un total de 90,875. Nous ver- 
rons bientôt que, par l'activité toujours crois- 
sante de la traite , les 1 5 années qui ont suivi 
celle de 1790 ont fourni plus d'esclaves que 
deux siècles et demi qui ont précédé l'époque 
du commerce libre. Cette activité a redoublé 
surtout, lorsqu'il fut stipulé entre l'Angleterre 
et FEspagne, que la traite seroit prohibée , au 
nord de l'équateur, depuis le 22 novem- 
bre 1817, et qu'elle seroit entièrement abolie 
le 3o mai iSâo. Le roi d^Ëspagne accepta de 
l'Angleterre (la postérité aura un jour de la 
peine à le croire) une somme de 4oo,ooo livres 
sterling, comme compensation des dommages 



170 



ESSAI POUTIQLE 

qui poun^oient résulter de la cessation de ce 
commerce barbare. Yoici le nombre des nè- 
gres afiicains introduits par le seul port de la 
Havane et d'après les registres de la douane : 



1790. 

179ÎI. 

1793- 
1794. 
1795. 

1796. 

»797' 
1798. 

1799- 
1800. 

1801. 

180a. 

i8o5. 

1804. 



• • • • • 



a554 

8498 
85a8 

3777 

4164 
5832 

5711 

4552 

2001 

4919 
4145 
1659 

i3,832 

9671 
89^3 



806. 
807. 
808. 
809. 
810. 
811. 

8l2««« • . 

8i3 

814 

8i5 

816 

817 

818 

819 

820 



• • • 



4395 
2565 

1607 

1162 

6672 

6349 
6081 

4770 

4321 

9111 

17,737 
25,84i 

>9?90î» 

175 194 

4iaa 



i8o5 4999* Total de 3i années 225,574 



Moyenne annuelle dans cet intervalle * de 
temps 7470, et pour les derniers 1 o ans 1 1 ,54^* 
Ce nombre peut être augmenté pour le moins 

' * D'autres notes manuscrites , que je possède, don- 
nent, pour 1817 esclaves 9 23,56o. 



SUR l'île de cuba. 171 

d'un quart, tant à cause du commerce illi- 
cite et des omissions dans les douanes qu'à 
cause de Fintroduction licite par la Trinidad 
et Santiago de Cuba , de sorte que nous trou- 
vons 

pour Tîle entière, de i5ai à 1765. .'. 60,000 

de 1 764 à 1 790 . . . 33,409 

pour la Havane seule, de 1 79 1 à 1 8o5 • . 9 1 )3 1 1 

de i8o6à i8ao. • 131,829 



3i6,449 



augmentation , tant pour le commerce 
illicite que pour la partie orientale de 
l'ile , de 1791 à i8ao 56,ooo 



372,449 



Nous avons vu plus haut que la Jamaïque a 
reçu d'Afrique S dans les mêmes 3oo ans, 
85o,ooo noirs , ou , pour nous arrêter à une 
évaluation plus certaine, en 108 ans (de 1700 
à 1808), près de 677,000 ; et cependant cette 



^ Voye% plus haut, p. i45. J'ajouterai ici que toutes 
les colonies angloises des Antilles, qui n'ont aujourd'hui 
que 700,000 nègres et mulâtres , libres et esclaves, ont 
reçu, en 106 ans (de 1680 à 1786), selon les registres 
des douanes, 2,i3o,ooo nègres des côtes d'Afrique ! 



l'J2 ESSAI POUTIQUE 

île ne possède aujourd'hui pas38o,ooo noirs et 
mulâtres libres et esclaves ! Llle de Cuba offre 
un résultat plus consolant ; elle a 1 3o,ooo libres 
de couleur , tandis que la Jamaïque , sur une 
population totale de moitié moins grande, 
n'en compte que 35,000. L'île de Cuba a reçu 
d'Afrique , 

avant Fannée 1791 g3,5oo 

de 1791 à 1825 pour le moins 5ao,ooo 

413^500 

On n'y trouvoit, en i8â5, à cause du petit 
nombre de négresses introduites parla traite^ 
que 

nègres libres et esclaves 3ao^ooo 

mulâtres 70,000 

— ^— 

hommes de couleur • Sgo^ooo 

Un calcul semblable, fondé sur des élé- 
mens numériques peu différens , a été adressé 
aux Cortès d'Espagne le 20 juillet 1811. On 
a tâché de prouver par ce calcul que l'île de 
Gubaareçu, jusqu'en 1810, moins dé 229,000 
nègres afîicains', et qu'elle les représente , en 

* Selon une note publiée par le Consulado de la Ha- 
vane {Papel periodico y 1801, p. 12), on comptoit k 



SUR l'île de. cuba. 173 

1811, par une population servîle et libre de 
nègres et de mulâtres , qui s'élève à 326,000, 
de sorte qu'il y a un excès de 97,000 sur l'im- 
portation africaine '. Oubliant que les blancs 
ont eu leur part à l'existence de 70,000 mu- 
lâtres^; oubliant l'accroissement naturel qu'au- 

prlx moyen des 1 5,647 ^^g^^ boxalea, introduits de 
1797-1800^ de 575 piastres par tête. D'après le même 
taux, les 307^000 noirs d'Afrique introduits de 1790 à 
i8a3 auroit coûté aux habitans de Vile la somme d6 
1 15, 1 a5,ooo piastres. 

^ Mon calcul termine en i8a5^ et donne 4i3>5oo 
nègres introduits depuis la conquête. Le calcul , transmis 
aux Certes, termine en 1810 , et donne 229,000. {Do*- 
cumentos, p. 119.) DifTérence i84}5oo : or, d'après les 
seuls registres de la douane de la Havane, le nombre 
des negros bozales, introduits dans ce port, a été, de 
181 1 à 1820 9 au-delà de 109,000, qu'il faut augmenter, 
i^ d'après les principes admis par le Conmlado même 
de -^ ou 27,000 pour l'introduction licite dans la partie 
orientale de l'ile ; 2° du produit du commerce illicite 
de 1811 à 1825. 

^ Le travail entrepris par le Conaulado en 181 1, sur 
la répartition probable de 526,000 gens de couleur li- 
bres et esclaves , renferme des matériaux extrêmement 
remarquables , et qu'une très-grande connoissance des 
localités a pu seule fournir à l'administration. Â) Villes : 
Partie occidentale^ dans la Havane, 27,000 libres de 



Ï74 ESSAI POLITIQUE 

roieiit dû avoir tant de milliers de nègres in- 
troduits progressivement , on s'écrie : ce Quelle 
autre nation ou société humaine peut rendre 
un compte *si avantageux des effets de cette 
funeste traite de noirs {desgraciado trafico) 1 » 
Je respecte les sentimens qui ont dicté ces 
lignes. Je répète qu'en comparantl'île de Cuba 
à la Jamaïque, le' résultat de la comparaison 
semble être à l'avantage de la législation es- 
pagnole et des moeurs des habitans de Cuba. 
Ces comparaisons démontrent, dans cette der- 
nière lie, un état de choses plus favorable à la 
conservation physique et à l'affranchissement 
des noirs; mais quel triste spectacle que 
celui de peuples chrétiens et civiUsés qui dis- 
cutent lequel d'entre eux a fait périr, en trois 

couleUr et 28^000 esclaves ; les 7 pueblos de Jlyantor 
miento y iS^ooo; donc dans toute la Juridiction de la 
Havane, 56, 000 libres de couleur et 37,000 esclaves. 
Partie orientale, 36,ooo libres de couleur et 52)000 es- 
claves. Total des villes^ 72,000 libres de couleur et 
69,000 esclaves ou 1415O00. B) Champs : Juridiction de 
la Havane j 6000 libres de couleur et 1 10,000 esclaves. 
Partie orientale , 56,ooo libres de couleur et 35^ooo es- 
claves. Total des cbamps [campos], i85,ooo. Docu* 
wenios sobre los negros, p. 121. 



SUÎl l'itE DE CUBA. I75 

isiècles, le moins d^ Africains en les re'duisant 
à resclâvâge ! Je ne vanterai pas le traitement 
des noirs dans les patiies méridionales des 
États-Unis *, mais dans les souffrances de l'es- 
jifèce humaine il existe des degrés. L'esclave 
qui à utït cabane et une famille est moins 
malheureux que celui qui est parqué comme 
s'il faisoit partie d^ua troupeau. Plus grand 
qu'est le nombre des esclaves établis av^ec kurs 
familles dans des cases qu'ih ctx^ient être leur 
propriété, et plus la multiplication est rapide. 
Aux Etats-Unis on comptoit : 

1790 4^0,000 esclaves. 

i^9V •••• 676,696 

iSpo 894^444 

1810. 1,1^1^564 

1820 1,541,568 



I 



* Sur Fétat comparatif de misère parmi les esclaves 
des, Antilles et des Etats-Unis, voyez Negro-Slavery in 
the U. St. qf America and Jamaica, i8a3, p. 5i. La 
Jamaïque comptoit, en i8a5, esclaves mâles 170,466; 

r 

femelles 171,916: aux Etats-Unis on trouvoit, en 1820, 
esclaves mâles 788,028; femelles 750,100. Ce n'est 
dbhc pas la dispropottiou entre les sexes qui cause le 
manque d'accroissement naturel aux Antilles ! 



1^6 ESSAI POLITIQUE 

L'accroisement annuel ^ des dernières dix 
années a été (sans compter un af&aucbisse- 
ment de 100,000) de 26surmille^ ce qui pro- 
duit un doublement en 27 ans. Or, je dirai 
avec M. Cropper ^, que si les esclaves à la Ja- 
maïque et à Cuba s'étoient multipliés dans le 

^ L'accroissement des nègres esdaves , de 1 790 à 1810 
(de 5 14>668)^ est dû, 1° à Faugmentation nattu^e dans 
les familles; 2^k 5o^ooo nègres importés dans lés 
4 ans (1804 à 1808)^ que la législature: de la Caroline 
du Sud permit malheureusement de nouyeaurinqporta- 
tion par traite; 3® à l'acquisition de la Louisiane où il y 
ay oit alors So^ooo noirs. Les augmentations , qui résul- 
tent des deux dernières causes^ ne portent que sur ^ de 
l'accroissement total, et trouvent leur compensation 
dans la manumission de plus de 100^000 noirs qui dis- 
paroissent, eni8io^ sur les registres. Les esclaves aug- 
mentent un peu moins rapidement (dans la proportion 
exacte de 0,0261 1 à 0,02915) que la totalité de la po- 
pulation des États-Unis ; mais leur accroissement est 
plus rapide que celui des blancs là ou ils forment mie 
partie très-considérable de la population , <iomme dans 
les états méridionaux. [Morse, Jlfod. Oeogr., 1822 ^ 
p. 608.) 

^ Letter addressed to the Liverpool Society, 1 823 > 

p, 18. 



SUR l'île DE CtJBÀ. Ijj 

tnême rapport % ces deux îles auroient, rune 
depuis 1795, l'autre depuis 1800, presque leur 
population actuelle^ sans que 400,000 noirs 
eussent été chargés de fer sur les côtes d'A- 
frique et traînés à Port-Royal et à la Havane. 
La mortalité des nègres est très- différente 
. dans File de Cuba, comme dans toutes les An- 
tilles, selon le gente de culture , selon l'huma- 
nité des maîtres et des ^^ran« , et selon le nom- 
bre des négresses qui peuvent donner des soins 
aux malades. Il y a des plantations dans les- 
quelles il en périt annuellement i5 à 18 pour 
cent. J'ai entendu discuter froidement s'il vaut 
mieux , pour le propriétaire , de jie p^s fati- 
guer à l'excès les esclaves dans le travail, et 
par conséquent de les reniplaçer moins sou- 

• • • * • / » . 

m 

* Le nombre de 4Bo,ooo pour l'année 1770 ne se 
fonde pas sur un dénombrement ^e£fectif : ce n*eât (ju'une 
approximation. M. Albert Galla^ pemse que les Etats- 
Unis qui possédoient; à la fin de i823, une po^lation 
de i^ôôS^ooo esclaves et de aSo^ooo libres de couleur^ 
et par conséquent un total de 1,915,000. pègres ^t mu- 
lâtres > n'ont jamais reçu des côtes d'Afrique plus de 
5oo,ooo noirs, c'est-à-dire i,83o,ooo de moins qu'en 
ont reçus, de 1680 à 1786, les Antilles Angloises, dont 
la population en nègres et mulâtres surpasse à peine 
aujourd'hui le tiers de celle des Etats-Unis. 
I. 12 



1-^8 ESSAI POLITIQUE 

▼(eut, ou d'en tirer en peu d'années tout le 
vpàrti possible , sauf à faire plus fréquemment 
dés achats de negros hozales. Tels sont les rai- 
sonhemens de la cupidité, lorsque Thomme se 
sert de l'homme comme béte de somme I II 
seroit injuste de révoquer en doute que , de- 
ptiis i5 ans, la mortalité des nègres a beau- 
coup diminué dans l'île de Cuba. Plusieurs 
propriétaires se sont occupés, de la manière 
la plus louable, de l'amélioration du régime 
des plantations. La mortalité moye^^nne des 
rtègres récetbmént introduits est encore de 
10 à 12 pour cent'; elle pourroit, d'après 
l'expérience de plusieurs sucreries bien gou- 
vernées, diminuer jusqu'à 6 ou 8 pour cent. 
Cette perte des ne^os bozales difiere beaucoup 
' selon l'époque de leur introduction. La plus 

* On assure qu'à ÏA "W^ttàmt^àe , où il y a 78^060 «s- 
clàyesy îa inorthlité teib^Hmië est de 6o6ô. liés nais- 
sances, parùiï Ids esclaves, ne s'iélèvent encore aniinel- 
tément qu'à lâoo. Sur lèis pertes dans lévite» Antilles 
Angloîsês, ifopéz plus habt, p. 536. Avant l'aboiition 
ié Ta traite ^ la Jamaïque perdoit antauellement 7000 ih« 
dîVîdus ou 2 I pour cent; depuis cette époque^ la clî- 
minution de la population est presque nulle. Reffiew ûf 
the registre latoa hy the Ûom. àfthe Afric. Inst., 1820, 
p. 43. 



SUR l'île DlE cuba, l^Q 

favorable est celle d'octobre en janyier, où 
la saison est saine et où r^bondanpp fleç 9^- 
mens dans les plantations esir trèsrrco^siflei?^- 
ble. Dans les mois très'-chauds, la mortalitfé est 
quelqviefpist ^é\h y pendant la vente y de 4 ppur 
cent, cpmme on Fa ëprouvé en 1802. Ud^c- 
croissementdu noipbredes esclaves femelles^ 
si utiles par les soins qu'elles donnent à leurs 
maris et à leurs compatriotes malades, l'exemp- 
tioa du travail pendant la grossesse , la solli- 
citude pour les enfans, rétablissement des 
nègres par familles 44ns des c^.e$ séparées, 
l'abondance des provisions, la multiplication 
des jours de repos et l'introduction d'un tra- 
vail modéré à tâche , voilà les moyens les 
plus susceptiles de prévenir la destruction des 
noirs. Des perso^^es qui connoisseiït bi^n le 
régime intérieur des plantations pensent que, 
dans l'état actuel des choses, le nombre des 
€isclaves noirs dimiuuerpit annuellement de iz 
^ la traite frauduleuse cessoit entièrement. 
C'est une diminution à peu près égale à celle 
des Petites-Antilles Angloises,siron en excepte 
Sainte-Lucie et Grenade. Dans ces dernières , 
on a été averti par les discussions parlemen- 
taires, l5 années avant l'abdlitioii définitive 



12 * 



^80 £SSAI POLITIQUE 

de la traite : on a eu le temps d'augmenter 
rintroduction des négresses. DansHle de Cuba, 
l'abolition a été plus subite et plus inattendue. 
Dans les écrits officiels publiés à la Havane, 
on a essayé de comparer la population relative 
{le rapport de la population à Yarea de l'Ile) 
avec la population relative des parties les 
moins peuplées de la France et de TËspagne. 
Comme on ignoroit aloi^ la véritable area de 
l'Ile , ces essais n'ont pu 'être exacts. Nous 
avons vu plus haut que l'île entière renferme à 
peu près 200 individus par lieue carrée marine 
(de 20 au degré). C'est i de moins que la pro- 
vince la moins peuplée de l'Espagne, celle de 
Cuenca, quatre fois moins que le département 
le moins peuplé de la France , celui des Hantes- 
Alpes. Les habitans de l'ile de Cuba sont si 
inégalement répartis , qu'on pourroit presque 
regarder comme dépeuplés les f de l'île ». Il y 
a diverses paroisses (Consolacion , Macuriges, 
Hanabana), dans lesquelles on ne trouve, au 
milieu des pâturages; pas 1 5 habitans par lieue 
carrée : au contraire, dans le triangle formé 
par Bahia Honda , Batabano et Matanzas (plus 

^DocumentOB, p. |36. iP^o^, aussi Tom. IX; p. aSi 
et aSy. 



SUR lW de CUBA. ' 161 

exactement entre Batabano , le Pan de Guaixa- 
bon et Guamacaro), on trouve, sur 4io lieues 
carrées ou sur § de Varea totale de Tîle , plus 
de 3oo,ooo habitans, c'est-à-dire f de la popu- 
lation de l'île et plus de ? de sa richesse agri- 
cole et commerciale. Ce triangle n'offre enpore 
que 73â habitans par lieue carrée. Il n'a pas 
tout-à-fait l'étendue de deux départemens de 
grandeur moyenne de la France, et une popu- 
lation relative de la moitié moins considérable ; 
mais il ne faut pas oublier que, même dans ce 
ce petit triangle, entre Guaixabon, Guamacaro 
et Batabano , la partie méridionale est assez 
dépeuplée. Les Paroquias, les plus riches en 
plantations de sucre , sont cblles de Matanzas 
avec Naranjal , ou Cuba mocha et Yumuri ; 
de Rio Blanco del Norte avec Madruga, J[iba- 
coa et Tapastej de Jaruco, Guines et Mana- 
gua avec Rio Blanco del Sur, San Geronimo 
etCanoa; de GuanabacoaavecBajurayabo et 
Sibarimon ; de Batabano avec Guara et Buena- 
ventura; de San Antonio avec Govea; de 
Guanajay avec Bahia Honda et Guajaybon; de 
Gano avec Bauta etGuatao; de Santiago avec 
Hubajay, et de la Trinidad. Les Paroqùias 



ll3^ ESSAI POLITIQCE 

qiû ^ht les)[iliis dépéàpléés^ et qui ne servent 
qtf àFécbnomie pastorale (crtà deganada)^ sbût, 
dans la P^uetta de abajù^ celle de Santa Cru? 
de fôs Pinôs y Guaûacape , Gacaragîc^S , P^al 
dèl Rio, Guarie et Baxa ; dans la Fuettadear^ 
rlba)^ celles de Macuriges, Hanàbând y Guama- 
càrô et Alvarez. Les ttatos^ ou fermes de bétail 
V](ài bcteu'peht des déserts de 1 600 à 1 800 ta- 
bUltërias , dispàroîssent peu à •peu ; et ^ lés létà- 
bfii^éfmëns tentés à Gnàhfaiiaïhô et Nl^'tïts^ 
n'dnft pas eu les succès rapides auxquels on 
crt)yoît avoir droit de s'attendre, d*autres Aà- 
bliiàsetûens , par exemple ceux de la* Juridiction 
'dû Gtianajay ont parfaitement réussi (Expe- 
diénie de Don Ftanc. de Arango, 1 79S, ma- 
iïûiscrit.) 

Nous avons déjà rappelé plus haut cèibbien 
la population de l'île de Cuba est susceptible 
d*àà^enter dans la suite des siècles. Natif 
d'tm pays du nord, qui est bien peu fiivorififé 
J)àr là nature , je rappellerai que la Marche île 
Brandebourg, en grande partie sablohiieùèé, 
nourrît, sous une admiiiistralion favorable 
aux progrès de rindustrie agricole, sur une 
surface trois fois plus petite que l'île de Cuba, 



sua h us DE cueà. i85 

une population presque double. L'extrêine iné- 
galité dans la distribution de la populajtion , le 
manque d'habitans sur une grande partie des 
côtes, et rénorme développement de ces der- 
nières rendent impossible ja défense militajxe 
de l'île entière. On ne peut empêcher ni le 
débarquement de l'enneoû jji le commerpe il- 
lico. La Havane .est sans dou^te une place bien 
défendue^ et qui rivalise, par ses ouvrages, 

avec les places les^ plus importantes de FEu- 
rope ; les Torreones et les fortifications de Co- 
glmar^ Jar uco, Matanzas , Mariel ^'Bahia Honda, 
Batabaao , Xagua et Trinidad peuvent oppo- 
ser une résistance plus ou moins longue , mais 
les deux tiers de 111e sont presque sans défense 
et pourroient à peine en trouver dans le ser- 
vice le plus actif de chaloupes canonnières. 

La culture intellectuelle, presque entière- 
ment restreinte à la classe des blancs, se trouve 
aussi inégalement répartie que la population. 
La grande société de la Havane ressemble, 
par l'aisance et la politesse des manières, à Ja 
société de Cadix et des villes commerçantes 
les plus riches de l'Europe : mais si l'on quitte 
la capitale ou les plantations voisines , habi- 
tées par de riches propriétaires , on est frappé 



i?4 ESSAI poirriQUE 

du contraste qu'offre cet état d'une civiKsa- 
tion partielle et locale d'avec la simplicité de 
mœurs qtiirègne dans les fermes isolées et dans 
les petites villes. LesHavaneros ont été les pre- 
miers , parmi les riches habitans des colonies 
espagnoles^ qui ont visité l'Espagne, la France 
et ritalie. Cest à la Havane qu'on a toujours 
été le mieux instruit de la politique de l'Eu- 
rope et des ressorts qu^on fait jouer dans tes 
cours pour soutenir ou pour renverser un mi^ 
nistère. Cette connoissance des événemens, 
cette prévision des chances futures ont puis- 
samment servi aux habitans de l'île de Cuba à 
se délivrer d'une partie des entraves qui arrê- 
tent le développement de la prospérité co- 
loniale. Dans l'intervalle de temps qui a séparé 
la paix de Versailles et le commencement de 
la révolution de Saint-Domingue , la Havane , 
paroissoit dix fois plus rapprochée de l'Es- 
pagne que le Mexique, Caracas et la Nouvelle- 
Grenade. Quinze années plus tard, à l'époque 
de mon séjour dans les colonies, cette appa- 
rence d'une inégalité de distance avoit déjà 
diminué considérablement; aujourd'hui où 
l'indépendance des colonies continentales, 
l'importation d'une industrie étrangère et les 



SUR l'iLB de GTIBA. l85 

besoins financiers des nouveaux étals ^ ont 
multiplié les liaisons entre l'Europe etFAmé- 
rique^ où les trajets se raccourcissent par le 
perfectionnement de la navigation, où les 
Colombiens , les Mexicains et les habitans du 
Guatimala ' rivalisent à visiter l'Europe , la 
plupart des anciennes colonies espagnoles, 
du moins celles qui sont baignées par l'Océan- 
Atlantique , paroissent également rapprochées 
de notre continent. Tels sont les changemens 
qu'un petit nombre d'années a produits, et 
qui se développent avec une rapidité, toujours 
croissante. Ils sont l'effet des lumières et d'une 
activité long-temps comprimée; ils rendent 
moins frappans les contrastes de mœurs et de 
civilisation que j'avois observés, au commen-* 
cément de ce siècle , à Caracas , à Bogota , à 
Quito , à Lima , à Mexico et à la Havane. Les 
influences des origines basques, catalanes, 
galiciennes et andalouses ^ deviennent de jour 
en jour plus insensibles ; et peut- être déjà, à 

* Lo8 Centra- AmericanoB i comme les nomme la 
Constitution de la République fédérale de Centro-Ame- 
ricft décrétée le 22 novembre 1824* 

? Xom. IV, p. i5o, i5i et i52. 



j86 E8SAI POUTIQUE 

répoque où f ëcris ces lignes, seroit-^'îl peit 
juste de caractériser les nuances diverses de 
la cidture nationale dans les six capitales ^ue 
}e viens de nommer, comme j'ai tenté de le 
faire ailleui^ ^ . 

L'île <le Cuba n'a pas de ces grands et somp- 
tueux étabjissemens dont la fondation date de 
très-loin au Mexique : mais la Havane po«sè4ie 
des institutions que le patriotisme des habitans, 
vivifié par une heureuse rivalité entre les dif- 
ferens centres de la civilisation amérioaine, 
saura agrandir et peifectionner^ lorsque Us 
circonstances politiques et la confiance dans 
la conservation de la tranquillité intérieure le 
permettront. La Société patiuotique de la Ha- 
vane (établie en 1 793) ; celles de Santo £spi- 
litu, de Puerto Principe et de Trinidad qui 
en dépendent; l'Université avec ses ejiaires 
de idéologie > de jurisprudence, de inédwine^ 

* Tom. IV, p. ao6 et 207. 

^ A. la Havane seule, il y avoît, en 1826 , plus de 
5oQ médecins praticiens, chirurgiens et pharmaciens; 
savoir : 61 medîcos, 555 cirujanos latînos y romancistas 
et 100 farmacenticos ! Dans toute l'île, on comptoît, 
dans la même année, 5i2 avocats (dont 198 à la Ha- 
vane) et 94 esçrîbanos. L'apcroissement des avocats seuls 



SUR l'île de cuba. 187 

et de tnathématique , établies depuis 1 7 2 S^ dans 
le eouttent des Padres Predicatores » ; la chaire 
d'économie politique, fondée en 1818; celle 
de Botanique agincole; le Musée et l'Ecole 
d'atiatomie descriptive, due au zèle éclairé 
de Don Âlexandro Ramirez ; la bibliothèque 
publique, l^cole gratuite de dessin et de pein- 
ture , l'Ecole nautique , les Ecoles Lancaste-* 
tiennes et le Jardin botanique sont des insli- 
talions en partie naissantes , en partie vieillies. 
Elles attendent, les unes, des améliorations 
progressives ; les autres , des réformes totales , 
propres à les mettre en harmonie avec l'es- 
jprit dit siècle et les besoins de la Société. 

Agriculture. — Lorsque les Espagnols ont 
commencé à s'établir dans les îles et sur le 

a été tek qu'en 1814, il n'y en avoit encore à la Ha- 
vane que 84, et^ dans toute File, i3o. 

^ Le clergé de File de Cuba n'^est ni nombreux ni 
trës-riche , si l'on en excepte l'évéque de la Havane et 
l'archevêque de Cuba, dont le premier a 1 10,000 pias- 
tres, le second 40,000 piastres de rentes annuelles. Les 
chanoines ont 3ooo piastres. Le nombre des ecclésias- 
tiques n'excède pas, d'après les dénombremens officiels 
que je possède , 1 1 00. 



l88 ESSAI POimQUE 

continent de l'Amérique^ les principaux objets 
de la culture du sol ont d'abord été, conune 
ils le sont encore dans la vieille Europe , les 
plantes qui servent à la nourriture de l'homme. 
Cet état de la vie agricole des peuples , le plus 
naturel et le plus rassurant pour la société, 
s'est conservé jusqu'à nos jours au Mexique, au 
Pérou , dans les régions froides et tempérées 
de Gundinamarca, partout où la domination 
des blancs a embrassé de vastes étendues de 
terrains. Des plantes alimentaires, les bananes» 
le manioc , le maïs , les céréales d'Europe , la 
ponune de terre et le quinoa sont restés, à 
différentes hauteurs au-dessus du niveau de la 
mer, les bases de Tagriculture continentale 
entre les tropiques. L'indigo^ le coton, le cafîer 
et la canne à sucre ne paroissent dans ces ré- 
gions que par groupes intercalés. Pendant deux 
siècles et^demi, Cuba et les autres îles de l'ar- 
chipel des Antilles ont présenté le même as^ 
pect. On cultivoit les mêmes plantes qui 
avoient nourri les indigènes à demi-sauvages j 
on peuploit de nombreux troupeaux de bêtes 
à cornes les vastes savanes des grandes îles. 
A Saint-Domingue , Piedro de Atienza planta 
les premières cannes à sucre vers l'an i5ao.; 



SUR l'île 'de cuba. 189 

t)n y construisit même des pressoirs à cylin- 
dres mus par des roues hydrauliques ' : mais 
File de Cuba participa peu à ces efforts d'une 
industrie naissante ; et , ce qui est très-remar- 
quable, en 1 553, les historiens de la Conquête ^ 
ne parlent encore d'aucune autre exportation 
de sucre que de celle du sucre mexicain pour 
l'Espagne et le Pérou. Loin de verser dans le 
conunerce ce que nous appelons aujourd'hui 
des productions coloniales ^ la Havane, jusque 
dans le xviii** siècle, n'exportoit que des peaux 
et des cuirs. A l'éducation des bestiaux suc- 
cédoit la culture du tabac et la multiplication 
des abeilles dont les premières ruches {colme- 
nares) avoient été apportées des Florides* 
Bientôt la cire et le tabac devinrent des objets 
de commerce plus importans que les cuirs ^ 
mais ils furent remplacés à leur tom* par la 
canne à sucre et le café. La culture de chacune 
de ces productions n'excluoit pas les cultures 
plus anciennes ; et , dans ces différentes phases 
de l'industrie agricole, malgré la tendance 

^ Sar les irapiches ou molinos de agua du xvi* siècle, 
voyez Oviedo, Hist. nat. des Ind, , lib, 4> cap« ^• 

2 Lopez de Gomara Gonquista de Mexico {Medind 
del Campo i555), foL c;pcix. 



IQO ESSAI POLITIQUE 

qu'on observe assez généralement à faire pré- 
dominer les plantations de caiier , les sucre- 
ries ont offert jusqu'à ce jour la plus grande 
valeur de produits annuels. Vexport^Xiou du 
tabac*, du café, du sucre et da la cire, par des 
voies licites et illicites, s'élève à i4 PU 1 5 mil- 
lions de piastres, d'après les pris actuek de ces 
denrées. 

SUCRE. — On a exporté du seul port de la 
Havane, selon les registres de la douane, dans 
les 64 années suivantes : 

de 1760 à 1765, année moyenne, an pins i3,oôo caisses. 

de 1770 à 1778 5o,ooo 

en 1786 63,374 

1787 6i,a45 

1788 $9,93t 

1789 69,125 

^790 77*896 

1791 85,oi4 

1799 73,354 

«795 87,970 

1794 103,619 - 

1795 70,437 

1796 120,374 

1797 118,066 

1798 •• 154,87a 

1799 t •. i65,6oz 

1800.. '.••., ...!;••... 14^,097 

1801.. • •...;...•••..••; j. ... ..# 1 59,841 

1802. .«.•••.•.•••.%(«t»«**.**««*i«f Ao4i4o4 ■ 



SUR l'île de cuba 



*9i 



n i8o3 158,070 

i8o4 193,955 

i8o5 174,544 

1806 i56,5io 

1807 181,272 

1808 125,875 

1809 238,842 

1810 186,672 

de 1811 à 1814» année moyenne 206,487 

en i8i5 2i4>iii 

1816 200,4^7 

1817 217,076 

1818 207,378 

1819..... n i9î>»743 

1820. .i« 215,595 

1821 • • . • 236,669 

1822 261,795 

1823 3oo«2ii 

1824 , année peu fertile ^ .... «.3 945,329 



Ce tableau est le plus étendu qu'on ait pu- 
blié jusqu'à ce jour. Il se fonde sûr un grand 
nombre de pièces manuscrites officielles qui 
m'ont été communiquées , sur V^urora et le 
Pupel periodico de la Hai^ana ; sur le Patripta 
Ametieànoi sur les Guiaè de Forasteros de la 
lèta de Cuba; sur la Sueinta N^tida de la 
situaciân présente de la Havaim, 1800 (manus- 
crit) ; sur la Aeclamadan contra la ley de Aran- 
celes^ 1 82 1 , et sur le Redactor gênerai de Gua- 
temala^ i&â5^ Jti/., p. 25. D'après une notice 



igâ ESSAI POLITIQUE 

moins certaine, on a embarqué, à la Havane, 
selon les registres de la douane , du i«' janvier 
au 5 novembre i825, 183,960 caisses de su- 
cre. Il manque les deux mois de novembre et 
décembre pendant lesquels, en i8a5, on a 
embarqué sur le même port 23,6oo caisses. 

Pour connoitre toute l'exportation du sucre 
de l'île de Cuba, il faut ajouter à l'exporta- 
tion de la Havane, 1® celle des autres ports 
habilités^ surtout de Matanzas, Santiago de 
Cuba, Trinidad, Bar^coa et Mariel; 2^ le pro- 
duit du commerce illicite. Pendant mon séjour 
dans l'île, on n'évaluoit encore l'exportation 
de Trinidad de Cuba qu'à 26,000 caisses. En 
examinant les registres de la douane de Ma- 
tanzas , il faut éviter les doubles emplois • et 
distinguer ' avec soin le sucre directement 
exporté pour l'Europe de celui qui est em- 
barqué pour la Havane. En 1819, la véritable 
exportation transatlantique de Matanzas n'é- 
toit que xs de celle de la Havane; en 1823, je 
la trouve déjà r?; car, d'après deux tableaux 
de la douane , dont l'un offre l'exportation de 
la Havane seule , l'autre celle de la Havane et 

î Letters/fom theHavanna, p, 91, 96. 



.». 



9UB L ILE DB CUBA. IQJ 

Ae Malanzas, le premier porte 5oo,2i i caisses 
^e sucre et 895,924 arrobas de café / le se- 
'CohJ 328,418 caisses de sucre €1979,864 ar- 
robas de café. Selon ces donfiées, on peut 
ajouter aux 235,ooo caisses que présente , 
ipour le seul port de la Havane, la moyenne 
des dernières huit années, pour le moins 
70,000 caisses embarquées dans d^autres 
ports ; de sorte qu^en évaluaTrt la fraiide' des 
^douanes ai, on reçoit, pour l'expoi-talion to- 
tale de l'île , par des voies licites et illicites , 
f^kis de .580,000 caisses (près de 70 millions de 
•kilogrammes) de sucre. Des personnes très- 
ânslruites des localités évaluoient déjà * , en 



"^ Hiëtorîa ndîural y poliiîca àe la laîa de Cuba^ 
|K>r Don Antonio Lopez Gomez, 1794 (manuscrit), 
cap. I, p. 2%. J'ignore svar quel genre ^e recherches se 
fondeit cette évaloatimi d'une consommation de i5,ooo 
a 5Oj000 caisses dans l'île entière, qui tn'a été donnée 
comme un résultat certain^ en 18049 s^ant <][ue j'eusse 
connolssance du manuscrit de M. Lopez Gomez. Peut- 
^tre a-t-on conclu la consommation de l'ile entière 
<le celle de la Havane, qu'on peut contrôler plus faci- 
lement. La quantité de sucre qui s'emploie dans cette 
TÎUe, soit dans la fabrication du chocolat et les confî- 



194 ESSAI POLITIQUE 

1794 9 1^ consommation de la Havane à 
298,000 arrobas ou 18^600 caisses de sucre; 
la consommation de toute File , à 730,000 ar- 
robas, ou 4^>6oo caisses. Si l'on se rappelle 
que la population de File étoit j cette époque ' 
près de 36j2,ooo, dont au plus 200,000 hommes 
libres, et qu'elle est aujourd'hui de 716,000, 
dont 455,000 hommes libres, il Ëiudrmt ad- 
mettre, pour 1825, une consommation totale 
de 88,000 caisses. En nous arrêtant à 60,000, 
qn obtient, pour la production totale des 
plantations de cannes à sucre, pour le moins 
440,000 c^Msses, ou 81 millions de kilog. C'est 
là un nombre limite qui ne diminueroit que 
de Tô? si l'on supposoit de moitié trop forte 
l'évaluation de la consommation intérieure 
en 1794 et 1826. 

Pour mieux juger de la richesse agricole de 
Cuba, nous allons comparer la production de 
celle île, dans des années médiocrement fer- 
tiles, avec la production et l'exportation des 

tures, soit dans les alimens du peuple, est au-delà de 
lout ce qu'on peut s'imaginer en Eurppe même lors- 
qu'on a parcouru l'Espagne méridionale; 

* Voyez plus haut, p. 3o4. 



SUR l'île de cuba. ig5 

sucres daas le reste des Antilles , dans la L^Qui- 
5iane^ au Brésil et dans les Guy fines ^ 

Ile de Cuba^ d'après les évaluations^ dis- 
cutées ci'-dessus : production, pour le m^wis 

^ Dans les évaluations qui suivent, on s'est arrêté 
aux résultats que donnent les registres des douanes, 
sans augmenter les chiffres y conformément à des hypo- 
thèses toujours Tagues sur les effets du commerce illi- 
cite. Dans les réductions des poids on a supposé i çutniul 
on 4 arroboê^^ loo livres espagncJje».:^ 4^^,976 ; 1 ar- 
fote=:r25 livres espagnoles =^i,L^'*;494.> icéffadeazu- 
car de la Havane =r i6.arrobas= i83'"',9o4; 1 cwt== 
lia livres angl.:=5o^*', 796. Cette dernière évaluation 
se fonde sur le travail de M. Kelly qui suppose 4^3 ^^544 
= 1 Kvre avoir du poids. M. Francoeur, en calculant 
d'après le poids d'un pouce cube d'eau distillée^ sous 
les conditions indiquées ddns la nouvelle loi angloîse, 
trouve seulement 45^^93g6 dans la livre avak du 
poids^ ce qui donne 1 cwt= 50^,769, au à ^hs près 
le résultat de la réduction de M. Rifiault dans la se- 
conde édition de la Chimie de Thomson, T. I, p. xyn. 
Pai employé, d'après M. Kelly, 1 cwt= 5o*"',79, mais 
î'ai dû rappeler les doutes qui restent sur un élément 
aussi important. Dans les Priées •Current imprimés à 
la Havane , le quintal espagnol est évalué à 46 kH. : la 
réduction du Hundred-Weight dont on se sert dans le 
commerce, à Paris, est aussi de 50^,792. 

i3* 



*lg6 BSSAI POLITIQUE 

44O)^0O caisses; exportation, par des Toîes 
licites, 3o5,ooo caisses ^ ou 56 millions de 
kilog. ; avec la contrebande , 3 80,000 caisses 
(70 millions de kilog.) ; par conséquent , pres- 
que 7 de moins que l'exportation moyenne de 
la Jamaïque. 

Jamaïque. Production * (c'est-à-dire la con- 
sommation intérieure + l'exportation) en 
4812, d'après une évaluation de M. Golquhoun 
qui paroît un peu forte , de 1 35,59^ hagskeads 
à 14 cwt, ou 96,413,648 kil. Exportation, en 
1722, lorsque l'île n'avoit pas encore 60,000 
esclaves, de 11^008 hdsj en i744> de 35,ooo 
hds; en 1768 (avec 1 66,9 1 4 esclaves), de 
55,761 hds, ou 780,654 cwt ^j en i8a3 (avec 
34^,382 esclaves), de 1,417,758 cwt 3, ou 
72,007,928 kilogrammes. Il résulte de ces 
données que l'exportation de la Jamaïque, 
dans Tannée très-fertile de 1 823 , n'a été que 

fl 

* Colquhoun, Wealth qftheBHt. Emp.,f.5y8. 

* Stewartf View of the présent state ofJumaica, 
1825, p. 17. 

3 Siat, Illustr,, p. 57. Voyez Note A, à Fa fin du 
10° Liv. 



SL& l'île de tl3BÂ. l^J 

Ae Ti [dus grande * que celle de l'île de Cuba 
qui s'éle voit ^ daus la même année, par des 
voies licites, à 370,000 caisses, ou68,o5o,ooo 
kilogrammes. En prenant la moyenne de 1816 
a i8â4, on trouve, d'après des documens que 
je dois à l'obligeance de M» Charles EUis, 
l'exportation de la Jamaïque aux ports de la 
Grande-Bretagne et de l'Irlande de 1,69.7,000 

* 

cwt (81,127,000 kil.). 

Barbados (avec 79,000 esclaves) ; la Gre- 
nade (avec 25,000 escl.); Saint- Vix«ïcent (avec 
24,000 escl.) sont les trois iles qui , parmi les 
Antilles angloises , fournissent le plus de sucre. 
Leur exportation pour la Grande-Bretagne a 
été, en 1812, de 174,218 cwtj2ii,i34 cwt 
et 220,5 1 4 cwt. En 1823, elle étoit de 3i4,63o 
cwt; 247,360 cwt; et 232,577 cwt. Barbados, 
la Grenade et Saint-Vincent exportent par 
conséquent ensemble une quantité de sucre 
qui n'égale pas encore celle que la Guade- 

^ L'exportation des sucres de la Jamaïque aux ports 
de la Grande-Bretagne et de Flrlande, pour 1 8 1 2, a été, 
d'après Golqulioun^ de i,832,2o8 cwt, ou 95,076,166 
iLÎlogrammes : en 1817, pour laGrando-Bretagne seulo,., 
1^717^259 cwU 



ig8 ESSAI POIITIQUE 

loupe et la Martinique envoient annuellement 
eil France. Les trois îles angloises ont i âS^ôca 
esclaves et 4? lieues carrées marines ; les deux 
îles françoises ont 178,000 esclaves et 81 lieues 
carrées. L'île de la Trinidad qui, après Cuba, 
Haïti , la Jamaïque et Portorico , est la plus 
grande des Antilles, a, d'après MM. de Lin- 
denau et Bauza, un area de i33 lieues car- 
rées : cependant elle n'exportoit, en 1823, 
que 186^891 cwt (9,494)^^^ I^l9g0 > produit 
du travail de 23,5oo esclaves. Le progrès de 
la culture de cette île conquise sur les Espa- 
gnols a été tellement rapide , qu'en 1 8 1 2 , la 
production n'étoit encore que de 59,000 cwt. 

Antilles angloises. La culture de la canne 
à sucre a commencé à la Jamaïque , comme 
une branche de industrie coloniale , en 1 675. 
L'exportation de toutes les Antilles angloises, 
pour les ports de la Grande-Bretagne, a été, 
année moyenne , de 1 698 à 1712, de 400,000 
cwt; de 172.7 à 1733, d'un million de cwt; de 
1761 à 1765, de 1,485,377 cwt; de 1791 à 
1795 (avec 460,000 escl.) , de 2,02 1 ,325 cwt; 
dans l'année très-fertile de 1 8 1 2 , de 3, 1 1 2,734 
cwtj en 1823 (avec 627,000 esclaves), de 



SDR l'île de cuba. I99 

3,(>o5,366 cwt'. La moyenne de 1816 à 1824 
a ëté de S^oSS^SyS cwt. La Jamaïque exporte 

^ L'année 1812, selon l'ouyrage de Colquhoun ^ celle 
de 181139 d'après l'ouvrage publié récemment sous le 
titre de Statistical lllustrationa 0/ the British Em- 
pire* J'ai pu me convaincre , par les données partielles , 
que les exportations de 181a et de 1 8^3 appartiennent 
à peu près aux mêmes lies que l'Angleterre possède de- 
puis la paix de Paris. On n'a ajouté, pour 1 825 ^ que les 
îles deTabago et de Sainte-Lucie qui donnent 175^000 
cwt de sucre. Les évaluations antérieures à l'année 1812 
sont de M. Edwards {fP^est-Jnd, , Tom. I , p. 19), et se 
rapportent, à quelques tles près, dont la production 
étoit alors insignifiante > aux mêmes parties des Antilles. 
On peut observer que, depuis 1812 jusqu'à l'époque 
actuelle , l'exportation du sucre, pour l'Angleterre^ n'a 
plus augmenté ; cependant le nombre des esclaves ne 
paroît pas avoir éprouvé de cfaangemens sensibles , si 
toutefois on peut admettre que les omissions dans les 
regiêtrea aient été les même;» en 1812 et en 1825. On 
c<miptoit, dans la première de ces deux années (avec 
Sainte-Lucie, les Bahames et les Bermudes), 634; 100 
esclaves ; dans la seconde année , 65o,8oo. Des recher- 
ches faites avant la publication des Statistical Illustra- 
tions m' avoient donné {Voy, plus haut, p. i45 etsuiv.) 
626^800 esclaves. Je n'ai pas voulu faire usage des ta- 
bleaux publiés pour les années 1807-1822, dans lesquels 
on a compris, sous le nom de sucre des Indes occiden- 



jZOO ESSAI rOLÎTI^r 

aujourdliiii^ dans les ports de la Grande-] 
tagne , plus de la moitié du sucre de toutes les> 
Antilles angloises. Sa population esclave est à 

taIesangIoi5es,rexportàtioii des Antilles éphémërement 
conquises et celles des Guyanes hoUandoises (Deme* 
rarj, Beibice, et, avant la paix de Pari», même Suri- 
nam). Cette confusioQ géographique a fait naître l'idée 
d'un accroissement de production plus grand qu'il ne 
Test réellement. Les* moyennes des exportations de 
1809-1811 et de i8 15^1818, par exemple, ont été 
{JStat Illmt.y p. 56} de 5,570,So3 et 3,540;99S cwt^ 
mais, en décomptant de ces sucres de L'Amérique an-* 
gloise 370,000 cwt pour Demerary et Berbice , il ne 
reste y pour les i5 Antilles qui se trouvent aujourd'hui 
sous la domination de l'AngJeterre,^que 5;,! 85, 000 cwt» 
La seule année 182SL donne, avec les mêmes correc- 
tions, 2,955,7,00 crwif et ce résultat est conforme 
à ^ près à celui que }'ai donné dans le texte pour l'année 
1 823 (5,oo5;566 cwt). M. Edwards y selon la dernière 
édition de son excellent ouvrage sur les Indes occi- 
dentales ,. croit l'exportation moyenne des Antilles an- 
gloises, dans la période de 1^09, à 1811 , de 4,21^^276' 
cwt. Dans celte évaluation, trop forte du tiers j on a 
^ns doute confondu les sucres* des Antilles^ avec ceux 
qui arrivent des Guyaues, du Brésil et de toutes les^ 
autres parties du monde ;. car Yimporiation totale des^ 
sucres dans la Grande-Bretagne n'étoit, de 1.809 à 181 1^ 
^xinée moyenne 5 que de 4;242,468 cwL 



SUR l'île de cuba. 201 

k population totale des Antilles angloises , 
comme i : 1 1^. Exportation des Antilles an- 
gloises pour HHande : i85,ooo cwt» 

Antilles FRANçorsEs* Exportation pour la 
France : /^2 millions de kilogi^ammes. La Gua- 
deloupe a exporté, en 1810, en sucres terrés , 
5,104,878 livres; en sucres bruts, 37,791,300 
livres : la Martinique, 53,067 barriques (à mille 
livres) de suGre,et2,6g9,588 gallons (à 4 pintes 
de Paris) de sirop; d'où résulte , pour les deux 
îles, 95,955,238 livres ». De 1820 à 1823, les 
Antilles francoises ont importé, en France,, 
142,427,968 kilogrammes de sucre brut, et 
19,041,840 kilog. de sucre terré; ensemble 
161,469,808 kilog.,ce qui donne, pour l'année 
moyenne, 40,367,462 kilog. ^. 

Archipel des Antilles, Eh évaluant l'expor- 
tation des Petites-Antilles hollandoises, da- 
noises et suédoises qui n'ont que 61,000 es- 
claves, à 18 millions de kilogrammes, on 
trouve, pour Texpoitation de tout l'Arcliipet 

* Notes officielles, 

* Rodcl,de rEntrrpôt de Pafis, i8ii5, p. i5.t>. 



2021 ESSAI POLITIQUE 

des Antilles 9 en sucres bruts et terres ^ près^ 
de 287 millions de kilog., dont 

i65 millions ou "f^ de^ Antilles angloises (626^800 eâcl.)' 
62 -^ espagnol. (281^400 escl.) 

4a ~~ françoises(i 78^000 esd.) 

'18 tI^ hollandoisesy danmses et 

suédoises (Gi^Soo èsclaTes). 

L'exportation des sucres de Saint-Domingiie 
est presque nulle dans ce moment. Elle ëtoit^ 
en 17889 de 8o,36o,ooo kilog. : on la croyoit, 
en 1 799 y encore de 20 millions. Si elle s'étoit 
conservée telle qu'elle a été à répoqùe de la 
plus grande prospérité de l'île , elle augmen- 
teroit l'exportation totale des sucres dés An- 
tilles de rêu; mais celle de toute l'Amérique, à 
peine de 7*^. Le Brésil , les Guy ânes et Cuba , ^ 
avec leurs 2,626,000 esclaves, fournissent au- 
jourd'hui ensemble presque sSo millions de 
kilogrammes, c'est-à-dire (sans la contre- 
bande) trois fois autant de sucre qu'à Saint- 
Domingue , lors de sa plus grande richesse. 
L'énorme accroissenient qu'ont pris les cul- 
tures depuis 1789 dans le Brésil, à Demerarjr 
et à Cuba, a remplacé ce que Haïti donne de 
moins, et a rendu insensible l'abandon des su- 
creries dans cette république. 



SUR l'île DB CUBA. 205 



Les Guyanes angloise^ hollandoise et Fran- 
çoise. Exportation totale , pour le moins 4o 
millions dekilog. Guyane angloise» moyenne 
de 1816 à 1824» de 557,000 cwt ou 28 mil- 
lions de kilog. En 1823, l'exportation aux 
ports de la Grande-Bretagne a été, à Deme- 
rary et à Ëssequebo (avec 77,370 escl.) , de 
607,870 cwt; à Berbice (avec 23,4oo escl.) 
56,000 cwt; total 33,717,757 kilog. On peut 
admettre , pour la Guyane hollandoise » ou' 
Surinam , de 9 à 1 millions de kilogrammes. 
IjCS exportations de Surinam ont été , en 1823, 
de 15,882,000 liv.; en 1824, de i8,555,ooo; 

^ Un auteur hollandois , M. Van den Bosch , dans un 
ouvrage très -instructif sur les Nederlandsche Bezit" 
tingen in •dzia , •^merika en Jlfrika (1818, Tom. II , 
p. 1 88 , 202 , 204 1 2 1 4) > n'évalue encore , en 1 8 1 4 ^ les 
trois colonies de I>emerary,Essequebo et Berbice avec 
85,44^ esclaves), qu'à une exportation de 52^4o^;^9^ h" 
vres de sucre* Surinam a, d'après le même auteur, à 
peine 60,000 esclaves, et exportoit, en 1801, prë^ de 
20,47^9000 livres de sucre* Cette exportation a peu 
varié depuis : elle est généralement de 17,000 barriques 
(à 55o kilog.). Cciyenne commence à donner 1 million 
de kilog. L'évaluation de la population noire des trois 
Guyanes (t;oyez plus haut, p. 168) est peut-être de ) trop 
forte. 



204 ESSAI roLiTrouB 

en 1825, de 20,266,000. Ces notions ont été 
recueillies par M. Thuret , consul général du 
roi des Pays-Bas à Pans. 

Brésil. L'expoitation de ce vaste pays qui 
compte 1,960,000 esclaves, et où la canne à 
sucre est cultivée dans làCapUania gênerai de 
Rio Grande jusqu'au parallèle * de Porto Âlegre 
(lat. 50"^ 2'), est beaucoup plus considérable 
qu'on ne le croit communément \ Elle a été , 

^ Sur les limites des plantes culllvées dans l'bémb- 
phëre austral , voyez Auguste de Saini-Jïilaire , Aperçu 
d^un Voyage au Brésil y p. 57. Au nord du tropique 
du Cancer, nous trouvons la production en sucre de la 
Louisiane, en 1 8 1 5^ de 1 5 millions de livres ou 7,55o,ooo 
kilogrammes. [Pîtkins 9 p. 249- 

^ Dans l'ouvrage statistique qui a paru sous le titre ^ 
Commerce du dix^neuvième siècle, Tom. ir, p. a38y 
l'exportation du sucre du Brésil en Europe n'est éva- 
luée qu'à 5o,ooo caisses } mais, d'après les registres de 
la douane de Hambourg , ce port seul a reçu, en 1824» 
de sucres Ijrésiliens, 44î^oo caisses; en i825, plus de 
31,900 caisses (à 65o kilog.). L'Angleterre et la Bel- 
gique ont importé, à la même époque, plus de io,eoa 
caisses. M. Auguste de Saint-Ililaire croit que, dans ces^ 
dernières années, l'expwlalion de Baliia ne s'est élevée, 
qu'à 60,000 caisses. P'aprcs des documcns oiBcicl& rafr?» 



SUR L^LE DE CUBA. 2o5 

en t8i6, diaprés des renseignemens très- 
exacts, de 200,000 caisses (à 65o kilog.), ou 
i3o millions de kilogrammes, dont J fut expé- 
dié pour l'Allemagne et la Belgique par Ham- 
bourg, Brème, Trieste, Livourne et Gênes, et 
le reste pour le Portugal, la France et l'An- 
gleterre. Ce dernier pays n'en a reçu, en 1823, 
que 71 ,438 cwt , ou 3,628,535 kilog. Ces su- 
cres ont généralement sur les côtes du Brésil 
un prix très-élevé. La production du sucre 
brésilien a diminué depuis 1816, à cause des 
troubles intérieurs : dans des années de grande 
sécheresse , l'exportation s'est élevée à peine 
à 140,000 caisses. Les personnes qui connois- 
sent particulièrement cette branche du com- 
merce américain pensent que, dès que la 
tranquillité sera entièrement rétablie, l'expor- 
tation du sucre deviendra, année moyenne, 
ée 192,000 caisses, ou 12S millions de kilo- 
-grammes, dont i5o,ooo caisses de sucre terré 
et 42,000 de sucre brut. On croit que Rio Ja- 
neiro fournira 4û,ooo caisses; Bafaia 100,000; 

semblés par M. Adrien Balbî , on trouve l'exportation 
du sucre brésilien pour le Portugal, en 1796, de 
34)^2,000 kilog.; en 1806, de 56,o 18,000 kilog. ; en 
iBi2^ de 4^ millions de kilogrammes» 



206 ESSAI POLITIQUE 

Pernambouc 62,000, sans compter sur des 
années d'une fertilité extraordinaire. 

L'ÂMEAiQUE ÉQUiNOxiALE et la Louisiane ver- 
sent aujourd'hui (tel est le résultat de la dis- 
cussion minutieuse de toutes les données par- 
tielles) dans 1^ commerce de l'Europe et des 
États-Unis ) 46o millions de kilogrampaes de 
sucre ) dont 

287 millions ou ~ des Antilles (i5i47;5ooe8oIaTe8} 

125 -— du Brésil (a^oôo^oooesdlayes) 

40 ~ des Guyanes ( 206,000 esdaTes) 

Nous verrons bientôt que la Grande-^rçta- 
gne seule , avec une population de i494<><>>0^<>9 
consomme plus du tiers des ^60 millions de 
kilogrammes que fournit le Nouveau-Co0ti- 
nent dans des pays où la traite a rassemblé 
3,5i4>ooo malheureux esclaves! La culture 
de la canne- à sucre est aujourd'hui tellement 
répandue dans les différentes parties du globe , 
qu« les causes physiques ou politiques qui sus- 
pendroient ou détruiroient les efforts de l'in- 
dustrie dans une des Gran des- Antilles , ne 
pourroient plus produire le même effet sur le 
prix du sucre , et sur le commerce général de 



sun l'ils de cuba. 207 

TEurope et des Etats-Unis , qu'à l'époque où 
l^s grandes cultures étoient concentrées dans 
un petit espace. Des écrivains espagnols ont 
souvent comparé Tlle de Cuba , pour la ri- 
chesse de ses productions, aux mines de Gua- 
naxuato dans le Mexique. En effet Guana- 
j^u^to, au commencement du xix^ siècle, a 
fourni le quart de tout l'argent mexicain et 
un sixième de tout l'argent américain. L'île de 
Cuba exporte aujourd'hui par des voies li- 
cites i de tout le sucre de l'Archipel des An- 
tilles ; \ de tout le sucre de l'Amérique équi- 
noxiale qui reflue ea Europe et aux Etats- 
Unis. 

On distingue dans l'île de Cuba trois qua- 
Ut4s de sucre., selon le degré de pureté qu'at- 
teint cette matière par le terrage (grados de 
purga). Dans chaque pain ou cône renversé, 
la partie supérieure donne le sucre blanc; la 
partie moyenne , le sucre blond ou quebrado; 
la partie ipférieure ou pointe du cône y le ^tt- 
eurucho. Tous les sucres de Cuba sont par 
conséquent terrés ; on n'y produit qu'une très- 
petite quantité de sucre brut ou de moscoqade 
Xpar corruption azufiflr mascabado). Gomme 
les formes âont de différentes grandeurs, les 



* 



206 ESSAI TOLITK^UE 

pains (panes) diderent aussi de poids. Géné- 
ralement ils pèsent, après le terrage, une «r- 
roéa. Les raffineurs {maestros de azucar) y cib- 
lent que chaque pain de sucre rende | de 
blanc , 9 de quebrado et \ de cucurucho. Le su- 
cre blanc a un prix plus élevé , lorsqu'il se 
Tend seul , que dans la vente appelée de tur^ 
tide , dans laquelle on réunit , dans un lot de 
vente, 5 de sucre blanc et f de quebrado. Dans 
-ce dernier cas , la différence du prix est gé- 
néralement de 4 réaux (reaies dt platà) ; dans 
le premier, elle s'élève à 6 ou 7 réaux. La ré- 
volution de Saint-Domingue , les prohibitions 
dictées par le système continental y l'énorme 
consommation de sucre en Angleterre et aux 
Etals-Unis, les progrès de la culture à Cuba, 
au Brésil , à Demerary, à Bourbon et à Java , 
ont causé de grandes oscillations dans les 
prix. Dans une période de douze années^ ils 
ont été, en 1807, de 3 et 7 réaux «j et, en 
1818, de 24 et 28 réaux, ce qui prouve des 

^ Dans les prix des sucres de la Havane , les deax 
chiffres indiquent toujours le prix des sucres quebrado 
eihlanco par arrùba, La piastre forte a S reales> et vaut, 
droite de poids et de titre ^ 5 fr. t\5 cent. : dans le oom- 
auerice^ elle vaut i5 cent, de moins. 



SUK l'île D£ CUBA. aOQ 

oscillations dans le rapport de i à 5. Dans ce 
même espace de temps , les prix des sucres en 
Angleterre n'ont varié ' que de 33 à 73 shil- 
lings par quintal, c'est-à-dire comme i à 2 ^. 
En ne considérant pas les prix moyens de 
l'année entière^ mais ceux que les sucres de 
la Havane ont eus à Liverpool pendant le 
cours de quelques mois , on trouve aussi des 
oscillations de 3o sh. (en 181 1) à i34 sh. (en 
i8i4)» d'où résulte le rapport de 1 à 41- Les 
prix élevés de 16 et de 20 réaux par arroba 
se sont maintenus, à la Havane y pendant cinq 
ans, de i5io à i8i5, presque sans interrup- 
tion» tandis que, depuis 1822, les prix ont 
baissé d'un tiers, à 10 et i4> et récemment 
(1826) même à 9 et 1 3 réaux. J'entre dans ces 
détails pour donner une idée plus précise du 
produit net d'une sucrerie et des sacrifices 
qu'un propriétaire enclin à se contenter d'un 
profit plus modique peut faire pour améliorer 
l'état de ses esclaves. La culture du sucre est 
encore profitable avec le prix actuel de 24 

* Voyez les tableauiL des prix de 1807 à 1820 dans 
SUd. Illustraticna oftheBrit. Emp. ,^,56, et de 1789 
ài8aa^ daos Tooke onhigh and loto Priées, i824f 
^l^^end. io Part, II, p. 46::55« 

I. l4 ' 



210 £BSAI POLITIQUE 

piastres par caisse de sucre (en prenant la 
mojenne entre le blanco et le qaebrado) ; or 
un propriétaire, dont la sucrerie médiocre- 
ment grande donne 800 caisses, ne vend au- 
jourd'hui sa récolte que pour 19,200 piastres, 
tandis qu'elle lui valoit 9 il y a douze ans (à 
36 piastres par caisse), 28,800 piastres ^. 

Pendant mon séjour dans les plaines de 
Guines, en i8o4, j'ai tâché de réunir quel- 
ques renseignemens précis sur les étémem nu- 
mériqueê de la fabricalion du sucre de canne : 
un grand yngeniOj qui produit 32,ooo à 
40,000 arr. (367^000 à 46o,Oôo kilog.) de su- 
cre, a généralement une étendue de 5o ca- 
ballerias ^, ou 65o hectares, dont la moitié 

^ La mesure agraire, appelée caballeria, a 18 cor- 
deUê (chaque cordel a a4 varoë) ou 43a varoB en carré; 
par conséquent, comme i vara = o"'^835^ d'après Ro- 
driguez> une caballeria a 186,624 vares carrées, ou 
i3o,i 18 mètres carrés^ ou Sa -^ acres anglois. 

' n n'j a, dans toute l'tle de Cuba, que très-peu de 
plantations qui puissent fournir 40,000 arrobas : ce sont 
les yngenioê de Rio Blanco , ou du marquis del Arco , 
de Don Rafaël Ofarril et de DonaFelicia Jaurregui. On 
considère déjà comme de très-grandes sucreries celles 
qui donnent annuellement aooo caisses, ou 3a,oooar* 



SUR LILE DE CUBA. 2II 

(moins de ts de lieue carrée marine) est des- 
tinée à la sucrerie proprement dite {caha^ 
veral) , l'autre moitié aux plantes alimentaires 
et aux pâturages (potrero). Le prix du terrain 
Tarie naturellement d'après la qualité du sol 
et la proximité des ports de la Havane , de 
Matanzas et du Mariel. Dans un rayon de 2S 
lieues autour de la Havane, on peut évaluer 
la caballeria à deux ou trois mille piastres. 
Pour un produit de 3â,ooo arrobas (ou âooo 
caisses de sucre) , il faut que Yyngenio ait pour 
le moins 3oo nègres. Un esclave adulte et ac- 
climaté vaut 4^0 à 5oo piastres; un nègre 
adulte bozal, non acclimaté, 370 à 4oo pias- 
tres. Il est probable qu'un nègre coûte an- 
nuellement 9 en nourriture , vêtement et mé- 
decine , 4^ à^^ piastres, par conséquent avec 
l'intérêt du capital , et en décomptant les 
jours dé féte^ plus de 22 sols par jour. On 

robas (à peu près 568,ooo kilogrammes). Dans les co- 
lonies françoîses, on ne compte généralement que le 
tiers ou le quart des terrains consacrés à la plantation 
des vivres (bananes, ignames^ bâtâtes): dans les colo- 
nies espagnoles , on perd une plus grande surface en 
pâturages. C'est une suite naturelle des anciennes ha- 
bitudes des haciendas de ganado. 

14* 



:2li2 CESSAI POLITIQUE 

donne aux esclaves du tasajo (viande séchée 
au soleil) de Buenos-Ayres et de Caracas j de 
la morue salée (bacatao)^ quand le tasajo est 
trop cher; des légumes (viandas) , comme ca- 
lebasses, munatos, bâtâtes et maïs. Une ar- 
roba de tasajo valoit, en 1804, aux Guines, 
10 à 12 réaux; aujourd'hui (iSâS) elle en 
coûte i4à 16. Dans un yngenio tel que nous 
le supposons ici (avec un produit de Sâ^ooo 
à 4O5OOO arrobas), il faut, i* trois équipages 
à cylindres mis en mouvement par des bœufs 
(îrapiches) ou deux roues hydrauUques ; a* se- 
lon l'ancienne méthode espagnole qui, par 
un feu très-lent, cause une grande consom* 
mation de bois , 1 8 chaudières (piezas) ; selon 
la méthode françoise des réverbères (intro- 
duite , depuis l'année 1 80 1 , par M. BaiUi , de 
Saint-Domingue, sous les auspices de Don Ni- 
colas Calvo), 3 clarificadoras y 3 peilas et 2 
traînes de tacfios (chaque train a 3 piezas)^ en 
tout 12 fondos. On dit vulgairement que 3 ar- 
robas de sucre terré donnent 1 baril de miely 
et que les mélasses suffisent pour l'entretien 
des frais de la plantation : cela est tout au plus 
vrai là où Ton fabrique des eaux-de-vie en 
abondance. Trente-deux mille arrobas dç su- 



SUR l'île de. cuba. 2v3 

cre donnent >5^ooo barils de miel (à 2 ar- 
Tobas) , dont on fkit 5oo pipas de aguardiente 
de cana à 26 piastres. Si^ d'après ces données, 
on vouloit tenter de fornaier un état des frais 
et produits, on trouveroit, pour 1826 : 

"Valeur de 32,ooo arr. de sucre 

(blanco^t quebrado) « à 24 piast. 

la caisse, ou les 16 arrobas.» 4^^000 piastres 
Valeur de 5oo pipas de agtuir'- 

diente ia^5oo 

6o;5oo piastres 

Les frais de Vyngenio seront évalués^ 
par an 9 à 3o,ooo piastres. 

Or, le capital employé consiste en 

Socaballeriasdeterrain, à25oop. i25,ooo piastres 
3oo nègres, à 4^0 piastres.... i35,ooo 

édifices, moulins 80^000 

cuyes, cylindres, bestiaux et l'in- 
ventaire en général i3o,ooo 

470,000 piastres 

Il résulte de ce calcul qu^en établissant au- 
jourd'hui un yngenio capable de fournir 200Q 
caxas par an , un capitaliste retireroit , d'après 
l'ancienne méthode espagnole et avec le prix 
actuel du sucre, 6 «pour cent d'intérêt. Cet 



2l4 ESSAI POLITIQUE 

intérêt n'est point considërable pour un étst^ 
blissement qui n'est pas simplement agricole , 
et dont les frais restent les mêmes , Quoique 
les produits diminuent quelquefois de plus du 
tiers. Il est très-rare qu'un de ces grands ynge* 
nbs puisse faire 32,ooo caisses de sucre pen- 
dant plusieurs années consécutives. Il ne faut 
donc pas être surpris que^ lorsque le prix des 
sucres étoit très^bas dans llle de Cuba (4 ou 
5 piastres le quintal) , on ait préféré la cul* 
ture du riz a celle de la canne. Le profit des 
propriétaires (hacendados) anciennement éta- 
blis consiste, i^ dans la circonstance que les 
frais d'établissement ont été beaucoup moin* 
dres, il j a i20 ou 5o ans, où la caballeria de 
bonnes terres ne coûtoit que 1200 ou 1600 
piastres, au lieu de â5oo à 3ooo piastres j le 
nègre adulte 3oo piastres, au lieu de 4^0 à 
5oo piastres; 2^ dans la compensation des 
prix très-bas et très-élevés du sucre. Ces prix 
sont si différens dans une période de 1 o ans , 
que les intérêts du capital varient de 5 à i5 
pour cent. Dans l'année i8o4, ^^ capital em- 
ployé n'auroit été ^ par exemple, que de 
400,000 piastres; et^ d'après la valeur des su- 
cres et des eaux-de-vie, le produit brut se 



SUR l'île de cuba. 21 5 

seroit élevé àg4iOOO piastres. Or, de 1797 ^ 
1800, le prix d'une caisse de sucre a été, 
valeur moyenne ', quelquefois de 4<> piastres, 
au lieu de 24 piastres que j'ai dû supposer dans 
le calcul pour l'année 182 5. Lorsqu'une su- 
crerie, une grande filature ou une mine se 
trouvent entre les mains de celui qui en a fait 
le premier établissement^ l'évaluation du taux 
d'intérêt que donnent au propriétaire les ca- 
pitaux employés ne doit pas guider ceux qui, 
en achetant de seconde main , balancent les 
avantages que peuvent offrir les différens 
genres d'industrie. 

D'après des calculs que j'ai faits à l'île de Cuba, 
il m'a paru qu'un hectare donne, terme moyen, 
12 mètres cubes de vezou, dont on retire, par 
tes procédés usités jusqu'à ce jour, au plus i o à 
12 pour cent de sucre brut. Au Bengal, il faut, 
d'après M« Bockford, 6, d'après M. fioxburgh, 
5 rs livres de suc ; car -aS décilitres de vezou 
fournissent 45o gr. de sucre brut. Il en résulte 
qu'en considérant le vezou côomie un liquide 
chargé de sel , ce liquide contient , selon la 
fertilité du sol , 1 2 à 1 6 pour cent de sucre 

^ Papel peiiodico de la Hav., 1801, n^ i^i 



2l6 ESSAI POLITIQUE 

cnstallisable. L'érable à sucre (Acer saccha-^ 
rinum) rend, dans de bons terrains aux Etats- 
Unis, 45o grammes de sucre par 18 kilog. de 
sève ou 2 Y pour cent. C'est aussi la quantité 
de sucre que fournit la betterave , en com- 
parant cette quantité au poids entier de la ra- 
cine tubéreuse. On retire de 20,000 kilog. de 
betteraves , cultivées en de bonnes terres , 
5oo kilog. de sucre brut. Comme la canne à 
sucre perd la moitié de son poids lorsqu'on 
en exprime le suc , elle donne , en comparant^ 
non les sucs , mais les racines tubéreuses de 
la Beta vulgaris au chaume du Saccharum offi- 
cinarum , à poids égal de masse végétale, six 
fois plus de sucre brut que la betterave. Selon 
la nature du sol, la quantité de pluie, la dis- 
tribution de la chaleur entre les différentes 
saisons, et la disposition plus ou moins pré- 
coce de la plante à la floraison^ le suc de la 
canne à sucre varie d*ans ses parties consti- 
tuantes. Ce n'est pas seulement , comme le di- 
sent les praticiens ou maestros de azucar^ la 
partie sucrée qui est plus ou moins délayée; 
la différence consiste plutôt dans les rapports 
entre le sucre cristallisable, le sucre incristal - 
lisable (sucre liquide de M. Proust), Faibu- 



( 



SUR l'île de cuba. 217 

mine, la gomme , la fécule verte et Tacicle ma- 
lique. La quantité de sucre cristallisé peut être 
la même ; et cependant , d'après les procèdes 
uniformes que l'on emploie, la quantité de 
cassonade que l'on retire d'un même volume 
de vezou diffère considérablement, à cause 
du rapport variable des autres principes qui 
accompagnent le sucre cristallisable. Celui-ci, 
en se combinant avec quelques-uns de ces 
principes, forme un sjrop qui n'a pas la pro- 
priété de cristalliser et qui reste dans les mé- 
lasses. Une élévation trop grande de la tem- 
pérature semble accélérer et augmenter la 
perte. Ces considérations expliquent pourquoi 
les maestros de azucar se regardent quelque- 
fois, pendant une certaine saison, comme en- 
sorcelés y parce que , avec les mêmes soins , ils 
ne peuvent faire la même quantité de sucre; 
elles expliquent pourquoi du même vezou, en 
modifiant les procédés, par exemple les de- 
grés de chaleur et la rapidité de la cuisson , 
on retire plus ou moins de cassonade. On ne 
sauroit trop le répéter, ce n*est pas de la con- 
struction et de la disposition seules des chau- 
dières et des fourneaux qu'on peut attendre 
de grandes économies dans la fabrication du 
sucre; c'est de l'amélioration des procédés 



2l8 ESSAI POLITIQUE 

chimiques , de la connoissance plus intime des 
modes d'action de la chaux , des substances 
alcalines et du charbon animal , c'est de la dé- 

I 

termination exacte des maxima de tempéra«- 
ture auxquels le vezou doit être successive*- 
ment exposé dans les diverses chaudières. Les 
analyses ingénieuses du sucre, de l'amidon^ de 
la gomme et du ligneux, faites par MM. Gay- 
Lussac etThénardjles travaux entrepris en Eu- 
rope sur les sucres de raisin et de betterave , les 
recherches de MM. Dutrone » Proust , Qarke , 
Higgins, Daniell, Howard, Braconnot et Des- 
rones ont facilité et préparé ces perfection- 
nemens : mais tout reste à faire sur les lieux, 
aux Antilles mêmes. Il est certain qu'on ne 
pourra améliorer l'amalgamation mexicaine en 
grand avant d'avoir examiné , pendant un long 
séjour à Guanaxuato ou à Real del Monte, 
la nature des minerais mis en contact avec le 
mercure , le muriate de soude , le magistral et 
la chaux : de même aussi, pour améUorer les 
procédés techniques dans les sucreries , il fau- 
dra commencer, dans plusieurs yngenios de 
l'île de Cuba , à faire analyser, par un chimiste 
qui connoît l'état actuel de la chimie végé- 
tale, de petites quantités de vezou retiré, en 
différens terrains, et dans différentes saisons 



.«*,* 



SUR l'iLE DE CUBA. 219 

de l'année , soit de la canne à sucre ordinaire 
ou créole^ soit de celle d'Otaïti, soit enfin de 
la canne rouge ou de Guinée. Sans ce travail 
préalable, entrepris par une personne récem- 
ment sortie d'un des laboratoires les plus cé- 
lèbres de l'Europe, et possédant une connois- 
sance solide de la fabrication du sucre de bet- 
terave, on pourra parvenir à quelques perfec-* 
tionnemens partiels; mais la fabrication en- 
tière du sucre de canne restera ce qu'elle est 
aujourdliui , le résultat d'un tâtonnement plus 
ou moins heureux. 

Dans des terrains qui peuvent être arrosés, 
ou dans lesquels des plantes à racines tubé- 
reuses ont précédé la culture de la canne à 
sucre y une caballeria de terre fertile donne, 
au lieu de 1 5oo arrobas , jusqu'à trois ou quatre 
mille arrobas , ce qui fait 2660 à 354o kilog. 
de sucre {blanco et quebrado) par hectare. En 
s'arrêtant à i5oo arr. et en évaluant, d'après 
les prix de la Havane, la caisse de sucre à 24 
piastres , on trouve que le même hectare pro- 
duiroit , en sucre, pour la valeur de 870 fr.; 
en froment, pour la valeur de 288 fr., dans 
la supposition d'une récolte octuple et du prix 
de cent kilog. de froment , à 1 8 fr . J'ai fait re- 



220 ESSAI rOLITIQBE 

marquer ailleurs que , dans cette comparàisoii 
de deux branches de cultures, il ne faut pas 
oublier que celle du sucre exige l'emploi de 
très -grands capitaux , actuellement par exem- 
ple, de 4^0^000 piastres pour une production 
annuelle de 32,ooo arrobas , ou 568,ooo kilo- 
grammes , si cette production se fait dans un 
seul ëtablissement. Au Bengal » dans des terres 
arrosées , un acre (à 4^44 mètres carrés) rend, 
d'après MM. fiockford ' et Roxburgh , â3oo 
kilog. de sucre brut, ce qui fait 5700 kilog. 
par hectare. Si cette fertilité est commune 
à des terrains d'une grande étendue , il ne 
faut pas s'étonner du bas prix du sucre dans 
les Grandes Indes. Le produit d'un hectare. 7 
est le double plus grand que dans les meilleurs 
terrains des Antilles, et le prix de la îournée 
de l'Indien libre est presque trois fois moin- 
dre que le prix de la journée du nègre esclave 
à l'île de Cuba. 

On comptoit qu'à la Jamaïque ^ en 182&, 
une plantation de 5oo acres (ou 167 cabqUerias)^ 
dont 200 acres sont cultivés en cannes à su- 
cre, donnoit, par le travail de 200 esclaves, 

* Ind. Recréât (Calcutta; 181O; p. 75"i, Roxburgh; 
Repertory, Tom. II; p. 425. 



SUR l'île D£ cuba. 22! 

100 bœufs et 5o mulets , 2800 cwt , ou 1 4^,200 
kilog. de sucre, et valoit, avec les esclaves, 
45,000 livres st. D'après cette évaluation de 
M. Stevsrart , 1 hectare donneroit 1 760 kilog, 
de sucre brut ; car telle est k qualité du sucre 
qu'on livre au commerce à la Jamaïque. Nous 
avons vu plus haut qu'en comptant dans une 
grande sucrerie de la Havane 25 caballerias 
ou 325 hectares pour un produit de 3 2, 000 à 
40,000 caisses, on trouve 1 i3o ou i4oo kilog. 
de sucre terré {blanco et quebrado) par hec- 
tare. Ce résultat s'accorde assez bien avec 
celui Ae la Jamaïque, si l'on réfléchit sur les 
pertes qu'éprouve le poids du sucre par le 
ttrrage, en convertissant le sucre brut en 
azucar blanco y quebrado ou sucre terré. A 
Saint-Domingne, on évalue un carreau (à 34o3 
toises carrées «=1 1^ hectare) à 4o, quelque- 
fois même à 60 quintaux : si Ton s'arrête à 
5ooo livres, on trouve encore 1900 kilog. de 
sucre brut par hectare. En supposant , comme 
on doit le faire en parlant du produit de toute 
llle de Guba^ que, dans des terrains d'une 
fertiUté moyenne > la caballeria (à 1 3 hectares) 
donne 1 5oo arrobas de sucre terré (mêlé de 
blanco et de quebrado)^ ou 1 33o kilog. par bec- 



a 22 ESSAI POLITIQUE 

tare, il résulte que 60,872 hectares, ou ig\ 
lieues carrées marines (à peu près un neu- 
vième de l'étendue d'un département de la 
France de moyenne grandeur), suffisent pour 
produire les 43o^ooo caisses de sucre terré, que 
l'île de Cuba fournit pour sa propre consomma- 
tion et pour l'exportation par des voies licites 
et illicites. On est surpris que moins de vingt 
lieues carrées marines peuvent donner. ua 
produit annuel dont la valeur (en comj^ant 
1 caisse^ à la Havane, au taux de 2^ piastres) 
est de plus de 62 millions de fiancs. Pour four* 
nir tout le sucre brut dont 3q millions dé Frw- 
çois ont besoin pour leur consommation^ et 
qui est actuellement de 56 à 60 millious de 
kilogrammes, il ne &udroit/, sous.lés tropir' 

^ M. Barrud compte 67,567 arpens des eaux et fo- 
rêts (1 1 lieues mar. car.) pour i5 millions de kilc^. de 
sucre briit de betterave. {J^oniteur du 22 mars i9ii*) 
Dans la culture des tropiques, j'ai admis 1900 kilog. 
de sucre brut par hectare. Je dois des renseignemens 
très-précis , sur la ^sdirication du sucre de betterave ^ à 
l'amitié et aux obligeantes communications de M. le 
baron De Lessert, mon confrère à FAx^démie des 
Sciences, qui , par ses publications botaniq[ues , ses im- 
menses herbiers et une bibliothèque également riche 



SUR LILE DE CUBA. 220 

ques^ que 9 1 lieues carrées marines cultivées 
CD cannes à sucre ; dans les climats tempérés , 
que 37 7 lieues carrées marines cultivées en 
betteraves ! Un hectare de bon terrain semé 
ou planté en betteraves produit , en France , 
depuis di\ mille jusqu'à trente mille kilo- 
grammes de betteraves. La fertilité moyenne 
est de 20,000 kilog. qui fournissent 2 7 pour 
cent y ou 5oo kilog. de sucre brut. Or^ 100 kil. 
de ce sucre brut donnent 5o kilog. de sucre 
raffiné y 3o kilog. de sucre vergeoise , et 20 kil. 
de moscouade. Un hectare de betteraves pro- 
duit par conséquent 2S0 kilog. de sucre raf-« 
fine. 

Peu de temps avant mon arrivée à la Ha- 
vane y on avoit fait venir d'Allemagne quel- 
ques échantillons de ce sucre de betterave que 
l'on disoit ce menacer l'existence des îles à 
sucre en Amérique.» Les planteurs avoient 
reconnu avec une sorte de frayeur que c'étoit 
une substance entièrement semblable au sucre 
de canne , mais on se flattoit que la cherté de 

en ouvrages de science et d'économie politique , a fii<- 
eilité^ depuis tant d'années, la rédaction des diffé- 
rentes parties de mon Voyage au» Régions éjut-- 
nojifiahs. 



324 ï^SSÀI POLITIQUE 

la main d'œuvre en Europe et la difBculté de 
séparer le sucre cristallisable d'une si grande 
masse de pulpe végétale rendroit l'opération 
en grand peu profitable. La chimie est parve* 
nue y depuis ce temps , à vaincre ces difficultés; 
la France seule a eu^ en 1812^ plus de 200 fa- 
briques de sucre de betterave qui travailloient 
avec un succès très-inégal et produisoient un 
million de kilogrammes de sucre brut^ c^st- 
à*dire un cinquante'huitième de la consomma- 
tion actuelle du sucre en France. Ces 200 fa- 
briques sont aujourd'hui réduites à un nombre 
beaucoup plus petit que dirigées avec intelli- 
geuce, et donnent encore plus d'un demi-mil- 
lion de kilog ^ Les habitans des Antilles ^ très* 

* Quoique le prix actuel du sucre de canne non terré 
soit, dans les ports, de i fr. 5o cent, le kilog., la fa- 
brication du sucre de betterave ofiFre encore de l'avan- 
tage dam de certaines localités , par exemple dans les 
environs d'AiTas. On en établiroit dans beaucoup d'au- 
tres parties de la France , si le prix du sucre des An- 
tilles s'élevoit jusqu'à a francs ou 2 francs a5 cent, le 
kilog., et que le gouvernement ne frappât d'aucun im- 
pôt le sucre de betterave, pour compenser la perte 
que les douanes éprouveroient sur la consommation des 
sucres des colonies. La fabrication du sucre de bette- 
rave est surtout profitable là oii elle se lie au système 



SUR l'île de cuba. 22$ 

instruits des affaires de l'Europe , ne craignent 
plus ni les sucres de betterave, de chiffons, 
de raisin , de châtaigne et de champignon , ni 
le café de Naples , ni des indigos du midi de 
la France. Heureusement Fespbir de voir 
s'adoucir le sort des esclaves aux Antilles ne 
dépend pas du succès de ces petites cultures 
européennes. 

J'ai rappelé plusieurs fois que jusqu'en 1 765 
111e de Cuba ne versoit pas plus de produc- 
tions dans le commerce que ne font aujour- 
d'hui les trois provinces les moins indus- 
trieuses et les plus négligées sous le rapport 
de la culture ^ Veragua , l'isthme de Panama 
et le Darien. Un événement pohtique très- 
malheureux en apparence , la prise de la Ha- 
vane par les Ànglois, réveilla les esprits. La 
ville fut évacuée le 6 juillet 1764, et de cette 
mémorable époque datent Içs premiers efforts 
d'une industrie naissante. La construction de 
nouvelles fortifications d'après un plan gigan- 

général de l'économie rurale , à la bonification du sol 
et à la nourriture des bestiaux : ce n'est pas une cul- 
ture indépendante de circonstances locales , comme la 
culture de la canne à sucre entre les tropiques. 

I i5 



-2^6 K88AI fOUTIQDE 

tesque ' mit soudainement beaucoup d'argent 
en circulation; plus tard la traite^ deyenue 
libre ^i donna des bras aux sucreries*^ Lu 
franchise du cominerce avec tous les ports 
d'Espagne^ et par intenralles même arec les 
neutres , la sage administration de Don Luys 
de Làs Casas ^ l'établissement du Comalado et 
de la Société patriotique, la destruction de la 
colonie fiançoise de Saint-Domingue ^ et l\x- 
haussemait du prix des sucres qui en fut udc 
suite nécessaire , le perfectionnement des ma- 
chines et des fourneaux dû en grande partie 
aux réfugiés du Gap François , les liens plus 
intimes foimés entre les propriétmres des su- 
creries et les négocians de la Havane, les 
grands capitaux de ceux-ci employés dans des 
t^tablissemens agricoles(sucreries6t caféières), 
telles ont été successivement les causes de la 

^ On assure que la seule construction du fortin de la 
Cahafia a coût^ i4 millions de piastres» • 

' Real cedula de 28 de Febraro de 1789. 

-^ A trois reprises , en août 1 791^ en juin 1 79^ , et en 
octobre i8o3. C'est surtout la malheureuse et sangui- 
naire expédition des généraux Leclerc el R<^hambeaa 
qui a acheté la destruction des sucreries de daint-Dor 
mingue* 



SUR LILS as CUBA. 22^ 

prospérité croissante de 111^ de Gaba , niàlgihé 
le cooflil des aatorité^ qui embarrassent la 
marche des aflfaires ». 

Les plus grands changemens qu'ont éprouvés 
les plantations de cannes à sucre et les ateïers 
des sucreries ont eu lieu depuis 1796 jusqu'en 
1800. On commença d'abord à substituer des 
manèges à mulets (trapiches de mutas) aux ma- 
nèges à bœu& (trapickes de bueyes)*^ puis, dans 
les Guines , on*introduisit les roues hydrau- 
ti^nes {trapiches dé agua) , dont les preniîers 
conquistadores avoient déjà fait usage à Saint- 
Dondtingue ; enfin (à Ceibabo), on essaya, aux 
frais du comte de Jaruco y Mopox , l'action 
des pompes à feu (bombas de vapor). De ces 
dernières machines, il y en a aujoud'hui 25 
dans les différentes sucreries de Rie de Cuba. 
La culture de la canne à sucre d'Otaliiti de- 
vint en même temps plus commune. On intro- 
duisit les chaudières de préparation (clarifica" 

^ La complic^tîoa des autoridades y jurisdicciones 
•est telle que y dans le Mémoire sur la sittmtion présente 
de Vite de Cuba, p. ^o, on compte a5 espèces de 
Juzgados civils et ecclésiastiques. Ce morcellement de 
l'autorité suprême explique ce qui a été dit plus haut 
(p. 363 et suiv.) y sur le nombre toujours croissant des 
a?ocats« 

i5* 



228 fiSSAI POUTIQUE 

I 

doras) et des fourneaux à réverbère mieux dis- 
posés. Dans un grand nombre de plantations 
(il faut le dire à l'honneur des propriétaires 
aisés)» on montra une noble sollicitude pour 
la santé des esclaves malades , pour l'intro- 
duction des négresses et pour l'éducation des 
enfans. 

Le nombre des sucreries (yngenios) étoit , 
dans toute l'île , en 1776, de 47^; en 1817, de 
jplus de 780. Parmi les premières , aucune ne 
produisoit la quatrième partie du sucre que 
fabriquent aujourd'hui \es,yngenio8 du second 
rang : ce n'est par conséquent pas le nombre 
seul des sucreries qui puisse donner une idée 
précise des progrès de cette branche de Fin- 
dusUie agricole. Dans la province de la Ha- 
vane ^ on comptoit 

en 1763 70 sucreries 

1796 5o5 

1806 480 

1817 6^5 



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î Pour ne pas altérer les traits caractéristiques de^ 



â30 E86AI POUTIQCE 

On distingue, dans ce tableau, les districts 
(Tiioidad et Santa Qara) qui conserrent en- 
core l'ancienne prédilection pour la vie pas* 
torale et pour rétablissement des jETaf^is desp» 
tinés à l'éducation des bestiaux ; les districts 
à tabac (FilipiDas , Trinidad) ; enfin ceux qui 
abondent le plus en plantations de sucre (Ja- 
ruco, Guanajay, Matanzas et San Antonio 
Abad). Les accroissemens partiels sont très- 
remarquables. En 1796, il n'y avoit dans le 
partidfo de Jaruco et Rio Blanco del Norte, 

l'agriculture des colonies espagnoles , je m'abstiens de 
substitMcr des mots françois aux mots espagnols con- 
sacrés par un long usage. Les Hatos ou Haciendas dr 
cria et les Poireros sont les uns et les autres des fermes 
à bétail ; mais les premiers , dont l'étendue est soureut 
de 2 à 3 lieues de diamètre et qui sont dépouiTu*^ de 
clôture 9 renferment du bétail presque sauvage; ils ne 
demandent que les soins de 5 ou 4 hommes à cheval 
(p^rma» ) qui parcourent le pays pour y découvrir les 
vaches et les jumens qui ont rais bas^ et pour marquer 
les jeunes animaux. Les Potreroa sont des pâturages 
en enclos dont souvent une petite partie est cultivée en 
maïs , en bananes ou en manioc. On y engraisse les ani- 
maux nés dans les Hatos, et l'on s'y occupe secondai- 
rement aussi de la multiplication du bétail {depequefîas 
crias), 

i 



SUR l'île de cuba. 2S 

dans les paitidos des Guines et de MatftQzas^ 
que 73,^ 25 et 27 sucredes : en 1S17» on en 
comptoit i53, 78 et gS. 

y augmentation des dîmes étant, sous toutes 
les zones 9 un des signes les plus certains de 
^accroissement des richesse^ agricoles , nous 
aljpns en consigner ici le progrès pendant 1 5 
ans. L^ dîmes (rentas décimales arrendadas) 
ont été aÛTermées, dans Févêchë de la Havane ^, 
de 4 à 4 ^nSy comme il suit : 

de 1789 à 179a pour 792,386 piastres. 

1795 à 1796 pour i,o44iOo5 

1797 à 1800 pour 1,595^340' 

1801 à 1804 pour 1,864464 ' 

On voit que^ dans la dernière période , la dîme 
s'est élevée, année moyenne, à 2,33o,ooo fr., 
quoique les sucres ne paient qu'une demi- 
dîme ou un vingtième. 

Pour faire connoître , par des exemples de 
quelques années, les rapports que conser- 

^ Documens officiels dans lesquels ou distingue pour 
chaque période le produit de 4^ Paroquias et des Casas 
eofcusadas , c'est à-dire les maisons ou habitations dont 
les dîmes sont rcseryées et destinées à la construction 
des églises et des hôpitaux. 



2^2 ESSAI POLITIQUE 

vent, je ne dis pas la production^ mais le^ 
exportations des eaux-de^vie et des mélasses* 
(miel de purga) avec rexportation des sucres 
terrés, je consignerai ici , d'après les registres 
de la douane de la Havane y le résultat des 
années 181 5- 1834. 





RPAS 


BOCOTU 


0AIS8IS 


iPOQOBS. 


d'e«n-de-Tie. 


de 
mélasse. 


de 
sucre terré. 

• 


i8i5 


3ooo 


i7>874 


2X4,111 


1816 


1860 


26,793 


300^487. 


1817 


• • • • 


30,759 


»i7,076 


1818 


3ai9 


34,990 


207,378 


1819 


aSSo 


3o345 


9^,743 


i8a9i 


4633 


34,604 


261,795 


i8s3 


5780 


3o,i45 


3oo,aii 


1824 


3691 


27,046 


245,329 





D'après la moyenne des derniers cinq ans , 
on trouve qu'à l'exportation de 1 000 caisses 
de sucre terré (183,904 kilog.) correspond 
l'exportation de 1 7 /?«;;fl« d'eau-de-vie de canne 
et i3o bocoyez de mélasse '. 

* Une pipa de aguardiente z= 1 So /îrascoê ou 67 7 gai- 



SUR l'île dk cuba. !l33 

Les frais énormes que causent les grands 
yngenios et de fréquens dérangemens domes- 
tiques , effets du luxe et. du désordre , placent 
trop souvent les propriétaires dans la dépen- 
dance absolue des négocians ^ Les emprunts 
les plus communs sont ceux dans lesquels on 

Ions ; 1 bocoy = 6 bariles. La pipa Saguardiente de 
eafia qui vaut aujourd'hui , à la Havane , ^5 piastres , 
en yaloit ^dei8i5ài8i9, plus de 55. Le bocoy de miel 
de purga yaloit 7 reaies de plata. On admet généra- 
lement que trois pains de sucre donnent un baril de 
miel de purga 9 à a arrobas. Dans le ferrage , on met 
souTenty après la première couche d'argile humectée 
(barro) qui a été foulée par les pieds des animaux sous 
un hangar {piza)^ une autre couche d'ar^le (&ar- 
rillo). En ôtant celle-ci , on laisse le sucre terré encore 
huit jours dans le cône {korma) pour que le foible ré- 
sidu de la mélasse puisse s'écouler entièrement (para 
escurrir y limpiar), 

^ Les contrats entre les négocians capitalistes et les 
hacendados ont laissé aux derniers, surtout à l'époque 
de la construction de tant de nouvelles sucreries y en 
1798, des pertes de 3o à 4o pour cent. Les lois sont 
contraires à tout emprunt qui excède 5 pour cent , mais 
on sait en éviter les effets par des contrats fictifs. {Se^ 
dano , sobre la Decadencia del ramo de Jizucar, 1 8 1 a ^ 
p. 17.) 



2ZU ESSAI P0LITIQ13E 

avance des capitaux à Yhacendado qui fournit 
chaque quintal de café , deux piastres ; char 
que arroba de sucre , deux reaies de plata au- 
dessous du prix courant » à l'époque de la ré- 
colte. C'est ainsi qu'une récolte de mille caisses 
de sucre se vend par anticipation (ou refaccùm) 
avec une perte de 4ooo piastres. La masse des 
affaires et la rareté du numéraire sont si grandes 
à la Havane, que le gouvernement mên^e se 
voit souvent forcé ' d'emprunter de l'argent à 
10 pour cent, et que les particuliers donnent 
; il ou 16 pour cent. Les énormes profits que 
laisse la traite des noirs et qui s'élèvent , à 
l'île de Cuba , dans un seul voyage, quelque- 
fois à 100 et 125 pour cent, ont beaucoup 
contribué à la hausse des intérêts, plusieurs 
spéculateurs ayant emprunté de l'argent à i& 
et 20 pour cent ^ dans le but de vivifier ce lâche 
et abominable commerce. 

Sur des terrains vierges, la première canne 
à sucre , plantée avec soin , donne des récoltes 
pendant 20 à â3 ans; puis il faut la replanter 
tous les trois ans. À l'Hacienda de Matamores^ 



^ Je rûppeUe Vemprestito de la Intendencia de la Ha-- 
vana du 5 novemlirc 1804» 



SUR l'île de cuba. 235 

il existait ) ea i8o4) uq carreau {canaveral) 
exploité depuis 4^ ans, Les terrains les plus 
fertiles pour la production du sucre sont au- 
jourd'hui les environs du Mariel et de Gua«* 
najay. Lia variété de canne à sucre, connue 
sous le nom de Caiia de Qtahiti , que Ton re- 
çonnoît de loin par un yert plus frais, a Tavan^ 
tage de fournir à la fois, sur une même éten- 
due de terrain, i de suc de plus et une bagasse 
plus ligneuse , plus épaisse , et par conséquent 
plus riche en matières combustibles. Les raf- 
fineurs (maestros de azucar) , qui ont tout l'or*- 
gueil des demi-savans , prétendent que le yezau 
(guarapo) de la Caria de Otahiti est plus facile 
à traiter, et qu'il donne du sucre cristallisé 
en ajoutant ' moins de choux ou de potasse 
au vezou. Cette ^anne de ta Mer du Sud pré- 
sente sans doute, après 5 à 6 ans de culture, 
le chaume plus mince ; mais les noeuds res- 
tent toujours plus éloignés les uns des autres 
que dans la Cana creolia ou de la tierra. La 
crainte qu'on avoit conçue d'abord de voir 
Ja première dégénérer peu à peu en canne à 

^ Au moment où l'on ajoute la chaux , le» écumes 
noircissent j le suif et d'autres corps gras Ê)nt aller Pé- 
cume {cacJiasa) au fond et 1a diminuent. 



236 ESSAI POLITIQUE 

sucre ordinaire ^ ne s'est heureusement pas 
réalisée. On plante la canne, à l'île de CuBa, 
dans la saison des pluies de juillet en octobre: 
la récolte se fait de février en mai. 

A mesure que, par des défrichemens trop 
rapides ; lUle est devenue déboisée, les su- 
creries ont commencé à manquer de combus- 
tible. On s'étoit toujours servi d'un peu de 
bagasse (de la canne à sucre dépourvue de son 
suc)» pour vivi6er le feu sous les anciennes 
chaudières (tachas) ; mais ce n'est que depuis' 
l'introduction des fourneaux à réverbère par 
les émigrés de Saint-Domingue qu'on a tenté 
de se passer entièrement du bois, et de ne 
brûler que la bagasse seule. D'après l'ancienne 
construction des fourneaux et des chaudières, 
on brûle une tarea de bois, à 160 pieds cubes, 
pour produire 5 arrobas de sucre , ou , pour 
100 kilog. de sucre brut, il faut 278 pieds 
cubes de bois de citronnier et d'oranger. 
Dans les fourneaux à réverbère de Saint-Do- 

* Sur ces variétés et sur l'histoire de leur întroduc-' 
tion, voyezliorxi. V, p. 102, io3, 1045 218 et 219. Les 
caisses de sucre venant du. Mississipi dans des bâtîmens 
qui en chargent 3ooo, sont de pins et de cyprès. Ea 
i8o4; elles coûtoîcnt i4 ^ iB rcauxla pièce. 



SVR l'île D£ cuba. 25j 

amngue , une charrette de bagasse^ à 49^ pieds 
cubes, produisoit 64o livres de sucre brut, 
ce qui fait lâS pieds cubes de bagasse pour 
loo kilog. de sucre. J'ai tent^, pendant mon 
séjour aux Guines, et surtout à Rio Blanco, 
chez le comte de Mopox , plusieurs nouvelles 
constructions, dans le but de diminuer la 
^épeuwse de combustible, d'environner le foyer 
de substances qui conduisent mal la chaleur, 
et d'obtenir que les esclaves souffrissent moins 
en attisant le feu. Un long séjour dans les sa- 
lines d'Europe, et des travaux de halurgie pra- 
tique auxquels je m'étois adonné d^ns ma pre- 
mière jeunesse, m'avoient fait naître l'idée de 
ces constructions qui ont été imitées avec quel- 
ques succès. Des couvercles de bois, placés sur 
lesclarificadoras , accéléroient lesévaporations 
et me faisoient croire qu'un système de cou- 
vercles et de châssis mobiles munis de contre- 
poids pourroit s'étendre aux autres chaudières. 
Cet objet mérite un nouvel examen; mais il 
£iut évaluer avec soin le volume du vezou 
(guarapo)^ le sucre cristallisé qu'on retire et 
celui que l'on détruit, le combustible, le temps 
et les dépenses pécuniaires. 

Dans les discussions sur la possibilité de rem- 



238 ESSAI POLITIQOC 

placer^ en Eorope, le sucre des colonies par 
le sacre de betterave , on a arancé sur le >prix 
du sucre de canne plusieurs assettîons qui ne 
sont pas exactes* Yoici des donnëes qai pour- 
ront servir à des comparaisons plus précises. 
Le prix qu'ont les sucres des colonies *^ en 
Europe, se compose, i<>du prix d'acbat pri- 
mitif; 2^ du fret et des assurances , eft 3^ des 
droits d'entrée. Le prix d^achat dans les An- 
tilles n'est aujourd'hui que le tiers du prix 
de vente en Europe. Lorsqu'à la Havane, 
un mélange égal de sucre blanc et blond 
{àlûnco y^juebrado) coûte 12 reaies de plata 

^ On ne sauroîi douter qu'aujourd'hui le profit des 
plamteiifr^ {hacendados) de la Havane ne soit beaucoup 
uKHndre qu'on le croit généralement en Enrape"; ce- 
pendant un calcul très^ancien de Don José Ignacio 
Echegojen sur les frais de fabrication du sucre me 
paroi t un peu exagéré. Cet homme ^ d'une grande expé- 
rience dans la partie technique y comptoit que la £abri- 
cationde 10,000 arr. de sucre causoit au propriétaire 
une dépense annuelle de 12^767 piastres et engageoit 
un capital de 60,000 piastres. La dépense seroit par 
conséquent de 55 francs les 100 kîlogranunes; et, en 
supposant leur Taleur de 65 francs (à peu près de s4 
piastres la caad) , le capital de 60,000 {oasires ne pcr- 
teroit y d'après des suppositions si défiaiTorables, qu'on 
intérêt de 5 f pour cent. Ce calcul, qui m'a été ana-: 



SDR l'île db cuba. ^59 

Farroba, une caxa^ à i84kilog., vaut isSfr. 
48 cent; par conséquent le piix de loo kilog. 
de sucre terré est de 68 francs 69 centimes » 
en évaluant, dans ce calcul^ la piastre à 5 fr. 
27 cent. Dans les colonies françoises, le prix 
d'achat primitif est de 5o francs les 100 kilo- 
granunes de sucre brut , ou de 5o cent, le kilo- 
gramme. Le fret et les assurances s'élèvent 
aussi à 5o cent. Les droits sont de 49 francs 
5o cent, les 100 kilog., ou de 49 > cent, le kilo- 
gramme ; d'où résulte le prix total du sucre 
brut dans le$ ports (par exemple au Havre) 
êe I fr. 5o cent. Le suc des betteraves , cul- 
tivées dans des climats tempérés, ne contient 

mQAiquë à la Havane, jdate de 1798, d'ane époqae où 
les frais de fabrication , ceux d'achat de terres et de 
nègres étoient bien moindres qu'ils ne le sont aujour- 
d'hui. Mais il ne faut pas oublier, 1® que les mélasses et 
la production des eaux-de-vie dont la pipa vaut a5 
piastres et qui peuvent s'élever à ^ de la valeur du sucre 
fabriqué , ne sont pas portés en ligne de compte ; 2^ que 
M. Echegoyen composoit son mémoire pour prouver 
coinbien la dime sur la production du sucre étoit vexa- 
toire, et qu'il a cru devoir exagérer les frais des 'hacen-' 
ûUdo$. {Voyez plus haut, p. 389; Patriola, Tom. II , 
f .OS, elle mémoire déjà cité de Don Diego José de Sedano 
dohre la Decadencia del ramo deAzucar, 181a, p. 5.) 



2^0 ESSAI POLITIQUE 

que le tiers ou le quart du sucre cristallisé ■ 
que renferme |e vezou ou suc de la canne à 
sucre sous les tropiques ; mais les fabriques de 
'betteraves gagnent, en fret, en assurances et 
en droits, lo sols, ou ^ du prix total par 
livre de sucre brut sur les sucres des colonies. 
Si ces derniers étoient entièrement remplacés 
par des sucres indigènes, les douanes de France 
perdroient, dans l'état actuel des choses > 
annuellement près de 29 millions de francs. 

^ Le comte Ghaptalne suppose aussi, en sucre brut, 
que 210 kilog. par 10,000 kilog. de racines de bette- 
raves ou a -; pour cent du poids entier. {Chimie ap- 
pliquée à VAgr.y Tom. II, p. 4S2). Gomme les racines 
bien râpées donnent 70 pour cent de suc, on peut 
compter que Ton retire, année commune, 3 7 pour 
cent de sucre brut du suç de la betterave. Dans (Quel- 
ques localités , ce suc contient, en Touraine , jusqu'à 
5 pour cent de sucre cristallisable, de même qu'à Java, 
on compte quelquefois 25 à 3o poiur cent de sucre dans 
le loezouà.^ la canne à sucre! Le produit d'un hectare 
dans cette île ne diffère cependant, pour des terrains 
d'une fer^tilité moyenne , que très-peu de produit au- 
quel nous nous sommes arrêtés (p. 596 et 597) pour 
File de Cuba. M. Grawfurd évalue l'acre anglois, à 
Java, à 1285 livries avoir du poids de sucre terré, ce 
qui fait i44^ kilog. par hectare {Jîi^tn ofthe Ind. Arch,, 
Tom. I, p. 476.) 



SUR l'île de cuba. 241 

C'est par une erreur assez généralement 
répandue en Europe^ et qui influe sur la 
manière d'envisager les effets de la cessation 
de la traite j que, dans les Antilles appelées 
€oUmieê à sucre y on suppose la majeure partie 
'des esclaves employés dans les sucreries 
mêmes. La culture de la canne est sans doute 
un des motifs les plus puissans pour vivifier 
le commerce des noirs; mais un calcul très*- 
isimple prouve que la niasse totale des esclaves 
que renferment les Antilles est presque trois 
fois plus grande que le nombre attaché aux 
sucreries. J'ai fait voir, il y a déjà sept ans% 
que^ si les 200,000 caisses de sucre qu'ex- 
portoit Itle de Cuba, en 1812, étoient pro- 
duites dans de grands établissemens , moins 
de 3o,ooo esclaves auroienlsuffi pour ce genre 
d'industrie. C^est pour combattre des préjugés 
fondés sur de fausses évaluations numériques , 
. c'est dans des vues d'humanité qu'il faut rap- 
peler ici que les maux de l'esclavage pèsent 
sur un beaucoup plus grand nombre d'individus 
que les travaux agricoles ne l'exigent , même 
en admettant, ce que je suis bien loin d'ac- 
corder, que le sucre , le café , l'indigo ou le 

f Relata hi8t.,Tom.V^ p. a8i et a8a. 
I. 16 



2U2 ESSAI POUTIQUB 

coton ne peuvent être cultivés que par des 
esclaîes. A File de Cuba y on ccunpte généra- 
lement i5o noirs pour la fabrication de 1000 
caisses (i84>ooo kilog.) de sucre teiré; ou, en 
nombre rond, un peu plus de lâoo kilog. par 
tête d'esclave adulte >. Une production de 

^ ^ Saint-DominguiB^ on comptoit^ en de grandes 
et belles habitations, 1 1 esdaye cultivateur pour 1 car- 
reau y mais datis des cultures dispersées dans toute l'île, 
d'aprës les documens de M. le marquis de Galliffet, 
3 esclaves pour 1 carreau : or^ si le produit d'un car- 
reau (à 1 1;^ hect.) est de' aSoo kilog. de sucre brut, 
on trouve 833 kilog. par tête d'esclave. M* M<Hreaa de 
Jones a même fait voir que le eaicul pour la masse Iih 
taie des terrains cuUivés dans les C^olotdes firançiofiaes ne 
donne que 33 ^ quint. ^ ou 1640 kilog« par caxreatM* 
[Commerce au xix' siècle, Tom. II, p. 5o8, 3iu). A 
la Jamaïque, on n'évalue 1 nëgre qu'à un hogshead.de 
sucre (ou 711 kilog.), d'après M. Wîthmore. I)éjà le 
rédacteur de la Représentation du Consulado de laSê- 
Vûme aux Certes a paru frappé de la {4us grande quan- 
tité de sucre que produit Cuba avec mmnsiie nèjgrfs 
q&e la Jamaïque. {Ihcumenfos , p. 36.)DaB3l^ mé- 
moire manuscrit : Sucinta Noticia de la sâtuapiQtkde 
la Isla de Cuba, en Agosto 1800^ rédigé par un des 
riches propriétaires de la Havane, je trouve l'assertion 
suivante : « Telle est l'immense fertilité de nos terres, 
que chez nous on compte i6io a i8o.arr<d)as dan&des 
positions^ très-heureuses ; cent arrobas de sucre blanc 



SUE l'île de cuba. 243 

44^,000 caisses ft'^xigeroit par consjéquent que 
66,000 esclaves. Si Ton ajoute à ce nombre, 
pour les cukuresdu caflé et du tabac dans l'île de 
Cuba, 36,000, on trouve que des 260,000 esc\ar 
yesqui j existent aujourd'hui, près de loo^ooo 
suffiroient pour les trois grandes branches de 
l'industrie coloniale sur lesquelles repose l'ac- 
tivité du commerce. P'ailleurs , le tabac n'est 
presque cultivé que par des blaocs et des 

hommes libres. Nous avons exposé (Tom. XI, 
p. 3oo) , et je me suis fondé, dans cette asser- 
tion, sur Fautorité la plus respectable, celle 
du Consuladode la Havane , qu'un tiers {32 p. c.) 
des esclaves habite les villes et reste par con- 
séquent étranger à toute espèce de culture. 
Or, si nous prenons en considération, i^ le 
nombre d'enfans répandus dans les haciendas 
et incapables de travail; 2** la nécessité d'em- 
plojer, dans de petites plantations ou cultures 
dispersées , un nombre de nègres beaucoup pjus 
considérable pour produire une même quan- 

et Uond dans la totalité de l'ile, par tête de nègre. A 
Saint-Domingue, on en compte 60; à la Jamaïque, 
70 arrobas de sucre brut. » En réduisant ces évaluations 
en kilogrammes , elles donnent, pour Cuba, 1194 ki- 
logrammes de sucre terré; pour la Jamaïque, 8o4kilog. 
dé sucre brut. 

16* 



^ 



244 ESSAI POtlTIQÛÏ 

tité de sucre que dans des cultures réunies ou 
grands ateliers, on trouve que, sur 187,000 
esclaves répandus dans les champs , il y en a 
pour le moins un quart ou 46 9 000 qui ne pro- 
duisent ni sucre, ni café, ni tabac. La traite 
n'est pas seulement barbare, elle est aussi 
déraisonnable^, parce qu'elle manque le but 
qu'elle veut atteindre. C'est comme un cou- 
rant d'eau qu'on a amené de très-loin, et dont 
plus de la moitié dans les colonies mêmes est 
détournée des terrains auxquels il étoit des- 
tiné. Ceux qui répètent sans cesse que le sucre 
ne peut être cultivé que par des noirs esclaves, 
semblent ignorer que l'Archipel des Antilles 
renferme 1,148,000 esclaves, et que toute la 
masse de denrées coloniales que produisent 
les Antilles n'est due qu'au travail de cinq à 
six cent mille . Examinez l'état actuel de l'in- 

^ Pour prouver combien ce calcul est loin d'être 
exagéré^ nous rappellerons que l'exportation de VAt- 
chipel des Antilles est de 287 millions kilog. de sucre 
et 38 millions~kilog. de café, et qu'en comptant, dans 
de grands établissemens et pour une fertilité moyenne 
seulement^ 800 kilog. de sucre et 5oo kilog. de café 
(produit de aooo arbrisseaux) par tête de nègre ^ on 
trouve^ pour la production du sucre et du café exportéSf 



SUR 1,'lLE DE CUBA. ^45 

dustrie du Brésil^ calculez ce. qu'il faut de bras 
pour verser dans le commerce d'Europe le 
sucre , le café et le tabac qui sortent de ses 
ports ; parcourez ses mines d'or si foiblement 
travaillées de nos jours, et répondez : si Fin- 
dtatrie du Brésil exige qu'on tienne en escla- 
vage 1 ,960,000 noirs et mulâtres. Plu& des trois 
quarts de ces esclaves brésiliens ■ ne sont oc- 
cupés ni de lavages d'or ni de la production 
de denrées coloniales, de ces denrées qui, 
conmie on l'assure gravement, rendent la 
traite un mal nécessaire^ un crime politique iné^ 
vitable '. 

435,000 cultivateurs : que l'on augmente ce nombrer à 
cause des individus non adultes ^ et à cause de la moin- 
dre production des petites cultures d'un tiers , même 
de la moitié , si l'on veut , et l'on n'arrivera pas à plus 
de 652,000 esclaves sur 1,143,000 qu'on compte de tout 
âge et de tout sexe dans les Antilles. {F'oyez Tom. XI , 
p. 160 et 161.) Le Gonsulado admettoit^ en 1811 , à 
Cuba , dans les villes , 6g,ooo; dans les champs, i43|OOo 
esclaves. 

* Un voyageur trës-édairé, M. Calddeugh {Travels 
in South America y Tom. I,p. 79), évalue les esclaves 
brésiliens aussi à 1,800,000, quoiqu'il suppose que la 
population entière n'est que de 3 millions. {f^Cff^ T. IX, 
p. 177 et 178.) 



2 46 ESSAI POLITIQUE 

' CAFE. — La culture du cafier date, comme 
le perfectiounement de la construction des 
ichaudières dans les sucreries , de l'arrivée des 
éïnigres de Saint-Domingue , surtout des an- 
nées 1796 et 1798. Un hectare donne 860 kil. 
comme produit de 35oo arbrisseaux. On comp- 
toit , dans la province de la Havane : 

en 1800 60 cqfbtaleB 

en 1817 779 , 

Gomme le cafier est un arbuste qui ne donne 
de bonnes récoltes que dans la quatrième 
année, l'exportation du café du port de la Ha- 
vane n'étoit encore , en i8o4> que de 5o,ooo 
arrobas. Elle s'est élevée 

en 1809 à 320^000 arrobas 

i8i5 918,263 

1816 370^229 

1817 709,551 

1818 779,618 

1819 642,^16 

1820. 686,046 

1822. 501,4^9 

i8a5 895^924 

♦ 1824. 661,674 

Ces chiffres prouvent de grandes variations 
dans la fraude des douanes et l'abondance des 



SUR l'île ds cuba. 247 

récoltes^ car les résultats des années 181 5, 
1816 et i8â3, que l'on pourroit croire moins 
précis, ont été réc^ment vérifiés sur les re« 
gistres des douanes. En 181 5^ où le prix du 
café étoit de i5 piastres le quintal, la valeur 
de l'exportation de la Havane a excédé la 
somme de 3,44^^000 piastres. En i823,rexpor- 
tation du port de Matanzas a été de 84)44o ^^- 
robas; de sorte qu'il ne paroît pas douteux 
que, dans des années d'une fertilité moyenne, 
l'exportation totale de l'ile, par des voies li- 
cites et illicites , est de plus de i4 millions de 
kilogrammes. 
( 

I. Exportation enregistrée, année 

moyenne, de 1818 à 1824 '• s 

a) alsk Havane 6c^,ooo arrobas, 

b) h. Matanzas, Triuidad, San- 
tiago de Cuba, etc , . 220^000 

I I. Fraude ^ des douanes 3o4,ooo 



^ 



Total 1,218,000 

Il résulte de ce calcul que l'exportation du 
café de l'ile de Cuba est supériem^e à celle de 

^ D'après des renseignemens pris sur les lieux, la 
fraude des douanes est beaucoup plus considérable sur 
l'exportation du càfé que sur celle du sucre : )'ai évalué 



sis ESSAI POiniQCR 

Java 9 qu'en 1820^ M. Grawfurd ■ estimoit 
de 190,000 piculs, ou 11 f millions de kilo^ 
grammes, et à celle de là Jamaïque, qui ne 
s'ëlevoit ?j en 1823, d'après les registres des. 

k première à ^, la seconde à ^ des quantités enregii^ 
tr&ss. Les sacs de café qui doivent contenir 5 arrobas^ 
ea renferment souvent 7 à g : aussi ^ dans ces derniers 
temps 9 a-t-on préféré de demander aux propriétaires 
une déclaràdon fnrada, 

^ Ce n^est que par une réduction erronée des ton*, 
neaux en livres avoir du poids (en supposant S4;a6o 

tons ^:=: 4^1 i^^}9^1î^>^^) 9^6 c^t estimable auteur a 
été porté à considérer l'exportation de Java (2159840,00e 
livres ou l 1^628^000 kilogrammes), comme j de l'expor- 
tation du café des Antilles anglobes , et comme -^ de la 
consommation de l'Europe. [Hist oftkelndianArch,^ 
Tom. III 9 p. 5740 Les 54^260 tonneaux (à 20 cwt^ ou 
1016 kilog.) que M. Crawfiird regarde comme la con- 
sommation du café en Europe n'équivalent pas à 218 
millions de kilog. ^ mais à 55^128,000 kilog. ^ évalua- 
tion même inférieure à ^elle à laquelle je me suis ar- 
rêté en 1818. [Reîat hist., T. V, p. 87, 88 et 296.) On 
eroit que toute l'Arabie ne verse^ dans le commerce de 
la Perse , de l'Inde et de l'Europe, que 7 à 8 millions de 
kilog. de café. {Page, Tom. I, p. 3o.) 

^ M. Colquhoun évaluoit^ en l8i2^ l'exportation de 
la Jamaïque, aiix ports des trois Royaumes-Unis, à 
a8,385|395 liv. angl., ou 12,775,427 kilc^.; l'impor^ 



suK l'île de cuba. 2^9 

douanes, qu'à 169,734 cwt, ou 8,622,478 ki- 
logrammes. Dans la même année, la Grande- 
Bretagne a reçu S de toutes les Antilles 
angloises^ 1949820 cwt, ou 9/896,866 kilo* 
grammes; ce qui prouve que la Jamaïque 
seule en a produit f • La Guadeloupe a livré , 
en 1810, à la métropole, 1^017,190 kilog.; la 
Martinique^ 671,336 kilog. À Haïti, où la 
production du café avant la révolution fran- 
çoise a été de 37,240,000 kilogrammes, le 
Port-au-Prince n'a exporté, en 1824, que 
9t,54490oo kilogrammes. Il paroît que Vex-- 
partation totale du café dans C Archipel des 
Antilles^ par les seules voies licites , s^ élève au- 
jourcChui à plus de 38 millions de kilogrammes. 
C'est presque cinq fois la consommation de 
la France qui , de 1820 à 1823, a été, année 
moyenne, de 8^198,000 kilogrammes^. La 

tatîon de toutes les Antilles angloises (sans y com- 
prendre les iles passagèrement conquises), à 3 1,87 1^61 2 
livres angl., ou i4542>2a5 kilog. {JFeaUh oftIieBrit. 
Emp.f p. 578 'y Relat. hisL , Tom. Y, p. 81 et suiv. 

^ Stat. Illustr. , p. 54* L'exportation de la Guyane 
anglolse, en 1825, étoit de 72,644 cwt, ou 3,6go,3i5 
kilogrammes. 

? Bodety sur le Commerce extérieur, p. i53. De ces 



25o ESSAI POLITIQUE 

consommation de la Grande-Bretagne n'est 
encore ' que de 3 7 millions de kilogi^ammes y 
mais le commerce et la production de cette 
denrée ont tellement augmenté dans les deux 
hémisphères que la Grande-Bretagne en a 
exporté, dans les différentes phases de son 
commerce : 

eu 1788 30,862 cwt ( à 5o f kilog.) 

1793 96^167 

i8o3 268,39a 

1812 64i>i3i 

1814 i,ig3^36i 

1818.../. 456,6i5 

1821 573,251 

1822 321,140 

1823 296,94^ 

8 millions de kilogrammes de café, Paris seul paroît 
consommer plus de 2 7 millions. Chateauneuf, Rech, 
sur les consommations de Paris ^ 1821, p. 107. 

^ Avant Tannée 1807 où les droits sur le café fu- 
rent réduits , la consommation , dans la Grande-Bre- 
tagne , n^étoit pas de 8000 cwt (moins de \ million de 
kîlog.): en 1809, ®1'^ s'élevoit à 48,07 1 cwt; en 1810, 
à 49>i47 cwt; en 1825, à 71,000 cwt; en 1824^ ^ 
66,000 cwt (ou 5,552,800 kilog.). Report of the Com. 
of the Liverp, East-India Assoc, 1822, p. 58, et 
Nichols, Lond. PriceCurr», i825, p. 65. 



SUR l'île DË r<UBA. 25 1 

L'exportation de i8i4 etoit de 60 t millions 
de kilogrammes , ce que Ton peut croire avoir 
étéj à cette époque , presque la consommation 
de l'Europe entière. La Grande-Bretagne (en 
prenant toujours cette dénomination dans 
son véritable sens où elle ne désigne que 
l'Angleterre et rËcosse)consoi!nme aujourd'hui 
presque deux fois et demie moins de café , et 
trois fois plus de sucre que la France. 

De même que le prix du sucre, à la Havane, 
est compté par arroba de 2 5 livres espagnoles 
(ou 1 1^",49)> 1^ prix du café est toujours in- 
diqué par quintal (ou 45 ''^ , 97). On a vu os- 
ciller ce dernier de 4 à 3o piastres : en 1 808 , 
il est même descendu au-dessous de 24 reaies. 
Les prix de i8i5 et 1819 ont été entre i3 
et 17 piastres le quintal; aujourd'hui, le café 
est à 1 2; piastres. II est probable que la culture 
du café n'occupe , dans toute l'île de Cuba , à 
peine 28^000 esclaves qui produisent , année 
moyenne, 5o5,ooo quintaux espagnols (i4 mil- 
lions de kilogrammes), ou , d'après la valeur 
actuelle , 3,66o,ooo piasti*es; tandis que 66,000 
nègres produisent 44^^000 caisses (81 miUions 
de kilogrammes) de sucre, qui; au prix de 
24 piastres, valent io,56o,ooo piastres. W 



25% ES6AI POUnQUK 

résulte de ce câlcul'qu'un esclave produit ac- 
tuellement du cafë pour la valeur de i39 
piastres ; du sucre , pour 1 60 piastres. Il est 
presque inutile de faire observer ici que c^ 
rapports changent avec les prix des deux 
denrées j dont les variations sont souvent 
opposées, et que, dans ces calculs qui' peuvent 
jeter quelque jour sur l'agriculture dans la 
région tropicale ^ j'embrasse, sous un même 
point de vue , la consommation intérieure et 
l'exportation par les voies licites et illicites. 

TÂBA&— Le tabac de File de Cuba est 
célèbre dans toutes les paities de l'Europe où 
l'usage de fumer, emprunté aux indigènes 
d'Haïti, a été introduit vei*s la fin du 16^ et 
le commencement du 17" siècle. On esypéroit 
généralement que la culture du tabac, délivrée 
de toutes les entraves d'un monopole odieux, 
devoit fournir à la Havane un objet de com- 
merce très-considérable. Les intentions bien- 
veillantes que le gouvernement a montrées 
depuis 6 ans, en abolissant la Factoria de 
tabacos , n'ont pas produit dans cette branche 
de l'industrie les améliorations auxquelles on 
ci'ojoit pouvoir s'attendre. Les cultivateurs 



SUR l'île de cuba. 253 

manquent de capitaux ; le fermage des terres 
est devenu excessivement cher^ et la prédi- 
lection pour la culture du cafier nuit à celle 
du tabac. 

Les plus anciennes données que nous pos^ 
sédons sur la quantité de tabac que l'île ^e 
Cuba a versé dans les magasins de la métro*- 
pole, remontent à 1748. D'après Raynal , 
écrivain beaucoup plus exact qu'on ne le 
croit généralement^ cette quantité étoit^ 
de 1748 à 1755, année moyenne, de 75^000 
arrobas. De 1789-1794, le produit de 111e 
s'étoit élevé annuellement à â 5 0,000 arrobas; 
mais j depuis cette époque jusqu'en 1 8o3 , le 
renchérissement des tenues, l'attention portée 
exclusivement sur les caféières et les sucreries, 
les petites vexations dans l'exercice du mono- 
pole royal (estancù) et les entraves du com - 
merce extérieur diminuèrent progressivement 
la production de plus de la moitié. On croit 
. cependant que ,'de 1822 à i8â5 , la production 
• totale du tabac de l'Oe a été de nouveau de 
. trois à quatre cent mille arrobas. 

La consommation intérieure du tabac est , 
dans toute l'île, de plus de 200^000 arrobas. 
Jusqu'en 1 76 1 ^ la Compagnie de commerce de la 



1 



254 l&SSM POLITIQUE 

Havane livra le tabac de Cuba aux mamifac* 
turcs royales de la Péninsule, li'après des con- 
trats qui furent renouvelés de temps ea iènvp 
avec la Trésorerie ou Real Hacienda, LaBé^ 
{Factoria de tabacos) remplaça cettp -comr 
pagnie , et ej;ploita elle-même le monopole. 
On réfluisit les prix payés aux cultivstemrs à 
tprois classes (suprema, v^edianoi^^ y infifàaj: 
ces prix étoient, eq i8o4y de 6, de 3'èt 
de ^ ^ pi9;stres Yarroba. En comparant \a 
diversité jdes prix aujx quantités^ prodùiltçs, on 
trouve que la Factorerie royale paya les 
feuille^ de tabac au prix moyen de 1 6 piastres 
le quintal. À cause ded fraisr de âthridaticnr^fia 
]iYrede cigaKrçs i:evenoit, à l'admmbtrktion, 
à la Havane mêniey à 6réiaJe$ (ourf {liastres); 
la JUiyre de tabac exi poudre , en polros delgados 
cm col&r, ^ ^ireale^y en poiva9 ^suaves oucei- 
(^roi^A^^â de, Séyille , à i ireate. . • 

Dans de bppnes années , lorsque la récolte 
(produit de$ a.^atieeë -tcfiste la Factorerie fai^oit 
44e8 çMtivateurs peu îâsés) s'^voità 35o,ooo 
arrobas de feuilles^ on- fabriquoit 128,000 
arro^jû^tf pour la Péninsule, 80,000 pour la 
HaVj^qe ,, ,92<9K>. pour le Pérou, 6000 pour 
l^ar)am0:,J»QQo ponrJ3uenos-Ayres,^2â4o pour 



SDR l'île de cuba. 255 

le Mexique et i ooo ppur Caracas el Campêche* . 

Pour compléter la somme de 3i5,ooo,ooo 

(car la récolte perd i o pour cent de son poids, 

en mermay aberias, pendant la fabrication et 

les traBspQrts)^ il faut supposer que 80,000 

mrobas étoient consommés dans l'intérieur de 

Viie {en .lû$ canipos)y où le monopole oji la 

régie d'^toil point exercé. L'entretien de 1 20 

esda^es et les frais tté &brication ne s'élé^ 

voient annuellement qu'à 1 2,000 piastres ; mais 

lès employés de hiFactoria coûtoient 54 1 ,000 

piastres 9. La valeur des 1 28,000 arrobas qu'en 

de hofiii es années on envoyoit en Espagne, 

soit en cigarres, soit en tabac en pôudivs 

(fama y pbfco«V exoédoit, d'après les ptk 

• ' ' ' w 

^ De la SUnœkm àctual de laReal Vactoria de 7^- 
baeof de la Hm)ana en Ahril 1 8o4 (document manus- 
^t pQci^}^ AiSéTÎUe, on tenoit accumolés quelquefois 
]L0,Jl.|2 li^^lj/QUs.de livres de tabac) et le reyenti^^ la 
Renia dfil Tçfiaco de la.PéQÎnsule. en boi^nes ai^i^ée^, 
de 6 miljiops de piastres* . ^ 

• ■ ; ■ . ■ . . ■ ■ . ■ ■. . ■ 

* On voit dans les états de la Trésorerie royale, jij- 
bliés en i8aa^ qu'après la suppression de hiFactoria de 
tàbacoa à la Havane, l'entretien de l'édifice et les ap- 
poî^tenlens des employés en retraite coûtoient encore 
r8/6oo et 249^00 piastres par an. 



1 j 



256 £SSAI POLltlQUE 

communs d'Espagne, sourent 5 millions de 
piastres. On est surpris de voir que les étato 
d'exportation de la Havane (documens publiés 
par le Consutado) ne portent, parmi les ex* 
portations pour 1816, que 34oo arrobas; pour 
1823, que i3,goo arrobas de tabac en rama 
et 71,000 livres de tabac torcido, évalués 
ensemble j à la douane, à 281,000 piastres; 
pour 1825, que 70,302 livres de cigarres et 
167,100 livres de tabac en feuilles et tôtes; 
mais il faut se rappeler que nulle branche de 
la contrebande est plus active que celle des 
cigarres. Quoique le tabac de la Vuelta de 
abajo soit le plus, renommé ^ une exportation 
considérable se fait aussi dans la région orîen*- 
tale de l'île. Je doute un peu de l'exportation 
totale de 200,000 boites de cigarres (valeur 
â millions de piastres) que plusieurs voyageurs 
admettent pour ces dernières années. Si les 
récoltes étoient abondantes à ce point ^pour- 
quoi l'île de Cuba recevroit-elle du tabac des 
Etats-Unis pour la consommation de la basse 
classe du peuple ? 

Après le sucre , le café, le tabac , trois pro- 
ductions d'une haute importance,^ je ne par- 
lerai ni du coton ^ ni de Y indigo y ni du froment 



SUR l'île de cuba. 257 

de l'îlô de Cuba. Ces deux branches de Tin- 
dustrie coloniale sont de très-peu de rapport, 
et la proximité des Etats-Unis et de Guatimala 
rend la concurrence presque impossible. 
L'état du Salvador, appartenant à la Confédé- 
ration de Centro-Americo , verse aujourd'hui ^ 
annuellement^ 12,000 tercios, ou 1^800^000 
livres d'indigo dans le commerce; exportation 
dont la valeur s'élève à plus de deux millions 
de piastres. La culture du froment réussit, au 
plus grand étonnement des voyageui's qui ont 
parcouru le Mexique^ près des Quatro Villas, 
à de petites élévations au-dessus du niveau de, 
l'Océan , quoiqu^en général elle ait encore pris 
très-près de développement. Les farines sont 
belles; mais les productions coloniales offrent 
plus d'appâts aux laboureurs, et les champs 
des Etats-Unis, cette Crimée du Nouveau- 
Monde, donnent des récoltes trop abondantes 
pour que le commerce des céréales indigènes 
puisse être efficacement protégé par le système 
prohibitif des douanes, dans une île voisine 
des bouches du Mississipi et du Delaware. Des 
difficultés analogues s'opposent à la culture 
du lin , du chanvre et de la vigne. Les habitans 
de Cuba ignorent peut-être eux-mêmes que , 
I. 17 



258 BSSAI POLITIQUE 

dans les premières années de la conquête par les 
Espagnols , on a commencé à faire du vin dans 
leur île avec le suc de grappes sauvages ^ Ces 
espèces de vignes propres à l'Amérique ont 
donné lieu à Terreur très-répandue que le vrai 
Yitis vinifera soit commun aux deux continens. 
Les parras monteses qui donnoient ce le vin un 
peu aigre de l'île de Cuba , » étoient probable- 
ment recueillis sur le Yitis tiliaefolia que 

^ (( De muchas parras monteses con ubas se ha co- 
gîdo vino aunque algo agrio. » {Herera, Dec. I, p. 253.) 
Gabriel de Cabrera recueillît à Cuba une tradition trës- 
semblable à celle que les peuples de race sémitique 
ont. de Noé, éprouvant pour la première fob les effets 
d'une liqueur fermentée. Il ajoute que l'idée de deux 
races d'hommes , l'une nue y l'antre vêtue, se lioit à 
celte tradition américaine. Cabrera , préoccupé des 
mythes des Hébreux, a-t-il mal interprété les paroles 
des indigènes, ou (ce qui paroit plus probable) n'a-t-il 
pas ajouté un trait de plus à ces analogies de la. Jbmme 
au serpent, de la lutte de deuû^/réres, du cataclisme 
de Veau, du radeau de Coofcoa?, de Voiaeau ea^lora-^ 
teur, et de tant d'autres mythes qui nous apprennent 
iDcontestablement qu'il existoit une communauté d'an- 
tiques traditions entre les peuples des deux mondes ? 
F'oj/. mes Fues des Cordillères etMonumens de VAmè* 
rique, PI. xiir etxxvijTom. I, p. 114, 235, 237, 376; 
Tom. II, p. 14, 128, 175, 177, 199, 392 (éd, in-8«). 



SUR l'île de cuba. âSg 

M. WilWenow a décrit d'après nos herbiers. 
Nulle part jusqu'ici, dans riiémisphère borëale, 
la vigne n^est cultivée ' dans le but de pro- 
duire du vin y au sud de 2'j^ 48' ou de la lati- 
tude de llle de Ferro, une des Canaries, et 
de J9^ a ^ ou de la latitude d'Abnshcer en 
Perse. 

CIRE. — Ce n'est pas le produit d'abeilles 
indigènes. (Melipones de M. Latreille), mais 
d'abeilles introduites d'Europe par la Floride. 
Ce commerce n'est devenu très-important que 
depuis 177a. L'exportation de toute File, qui 
n'étoit, de 1774 à 1779, année moyenne, que 
de 2700 arrobas^, a été évaluée, en i8o3 
(en j comprenant la fraudé des douanes), 
à 4^9700 arrobasy dont 25, 000 étoient des- 
tinés pour laVera-Cruz. Les églises du Mexique 
font une grande consonmiation de cire de 
Cuba. Les prix varient de 16 à 20 piastres 
l'arroba. Les seules exportations de la Havane 
ont été , d'après les registres de la douane : 

* Leepold vtm Buch, Phps, Besckr. der Canar. 
Ifiêchn, 1835 y p. 124* 

^ Raynal,Toin. III, p. 357. 

17* 



a6o E^SAI POLITIQUE 

en i8i5. • . • . é . . . > 2!5,'5qS arrobas. 

1816. ....^ 22^565 

1817 «•• 20,076 

1818 2^,ih6 

' 1819 19,375 

1820 é.é 16^9^9 

l822...., «.•.... 14)4^ 

1823. • . . • • 15^692 

1824 i6^o58 

1825. i6^5o5 

La Trinidad et le petit port de Baracoa font 
aussi un commerc/s considérable de la cire 
que fournissent les régions assez incultes de 
l'est de l'île. Dans la proximité des sucreries, 
beaucoup, d'abeilles périssent en s^ enivrant par 
lès mélasses dont elles sont extrêmement 
friandes. En général , la production de la cire 
diminue à mesure que la culture des terres 
augmente. D'après les prix actuels de la cire , 
l'exportation de cette matière^ par des voies 
licites et frauduleuses > est un objet d'un demi-» 
million de piastres. 

CoMMBRCE. — Nous avons déjà rappelé dans 
un autre endroit que l'importance du com- 
merce de rile de Cuba ae se fonde pas seule^ 



SUR L*ILE DE CUBA. 26} 

ment sur la richesse de ses productions et les 
besoins de sa population en denrées et en 
marchandises d'Europe^ mais que cette ri«r 
chesse repose en grande partie aussi sur la 
position heureuse du port de la Havane, à 
l'entrée du Golfe du Mexique, là où se croisent 
les grandes routes des peuples commerçans 
des deux mondes. L'abbé Raynal < a dit, à 
une époque où l'agriculture et l'industrie 
étoient dans l'enfance et versoient à peine dans 
le commerce, en sucre et en tabac, pour la 
valeur de 2 millions de piastres, que Vîle de 
Cuba seule pouvait valoir un royaume à CEs~ 
pagne. » Ces paroles mémorables ont eu quel- 
que chose de prophétique : depuis que la 
métropole a perdu le Mexique, le Pérou et 
tant d'autres états,, déclarés indépendans, 
elles devroient être sérieusement méditées 
par les hommes d'état qui sont appelés à dis- 
cuter les intérêts poUtiques de la Péninsule. 

Lîle de Cuba, à laquelle, depuis long-temps, 
la cour de Madrid a sagement accordé une 
grande liberté de commerce , exporte , par 
des voies Ucites et illicites, de ses seules pror 

** Hiat. phil , Tom. 111 , p. 257. 



a62 E6SAI POLITIQUE 

ductioDs indigènes en sucre , café , tabac ^ cire 
et peaux , pour la yaleur de plus de t4 millions 
de piastres'. C'est, à un tiers près» ce que 
le Mexique a fourni de métaux précieux à 
l'époque ^ de la plus grande prospérité de ses 
mines. On peut dire que la Havane et la Yera** 
Cruz 3 sont, pour le reste de rAmékique » ce 
que New*- York est pour les Etats-Unis. Le 

'Aux bas- prix des dernières années » an penl 
compter^ parmi ces productiaas : SSo^ooa caisses de 
sucre (à 24 piastres)=g, 1 2tO>ooo piastres; 3o5yOOO quin- 
taux de café ( à 1 a piastres ) = 3^660)000 piastres. 
(T. XI, p. 569, 570, 384, 385 ; plus haut, p. 7.) D'après, 
les prix des denrées, de 1810 & t8i5, la yaleur des ex- 
portations de File de Cuba s'élëyera actuellement à une 
Taleur de 18 à 19 millions de piastres. Heureuseoient la 
production ou la quantité de sucres fabriqués a augmen- 
té à mesure que les prix ont baissé : ces prix, en i8a6| 
sont à peine de 22 piastres la caisse, tandis qu'en 1801 
îls s'éloîent élevés à 40 piastres. 

^ En 1 8o5 , on a frappé , à Mexico , en monnoies d'or 
et d'argent, pour la yaleur de 27,165^888 piastres; maïs, 
en prenant une moyenne de dix années de tranquillité 
politique, on trouve, de 1800 à 181a, à peine 24 7 mil- 
lions de piastres. 

^ En i8o3 : importation de la Vera-Cruz, i5 mil- 
lions de piastres ^ exportation (non compris les mv* 



SUR l'ilb de cuba. ^63 

tonnage des looo à i^oo nairires marchands 
qui entrent annuellement dans le port de la 
Havane s'élève (en excluant les petites em- 
barcations de cabotage) à i5o,ooo ou 170,000 
tonneaux <• On voit en outre , même au sein 
de la paix, souvent 120 à i5o bâtimens de 
guerre relâcher à la Havane. De i8i5 à 181g, 
les produits enregistrés à la seule douane de 
ce port (le sucre, Teau-de-vie, les mélasses, 
le café , la cire et les cuirs) ont atteint , année 
moyenne, la valeur de 11,245,000 piastres. 
En 1823, les exportations enregistrées à 
moins de deux tiers de leurs prix effectifs ont 

taux précieux) , 5 millions de piastres. A la Havane, 
les réexportations augmenteront par rétablissement du 
dépôt. 

* En 1816, le tomiage du commerce de New- York 
étoit de 299,617 tonneaux-, celui deBoston^ de 143^4^0 
tonneaux* La capacité des navires n'est pas d'ailleurs 
une mesure exacte de la richesse du commerce. Des 
pays qui exportent du riz, des farines ^ des bois ouvrés 
et du coton ont besoin de plus de tonnage que les ré- 
gions tropicales^ dont les productions (cochenille, in- 
digo 9 sucre et café) occupent peu de volume^ quoi- 
qu'elles aient une valeur très-considérable. 



Si6U ESSAI POLITIQUE 

été (en décomptant 1,179,000 piastres en 
espèces) plus de 12 i millions de piastres. U 
est très-probable que les importations de toute 
Tile y faites par desYoies licites et frauduleuses, 
et évaluées , d'après le prix réel des denrées , 
des marchandises et des esclaves, 'sont au- 
jourd'hui de 1 5 à 1 6 millions ^e piastres , dont 
à peine 3 ou 4 milhons sont réexportés. La 
Havane achète de l'étranger bien au-delà de 
ses propres besoins : elle échange ses denrées 
cploniales contre les produits des manufac- 
tures d'Europe pour revendre une partie de 
celles-ci à la Yera-Cruz, à TruxiUo, à la 
Guayra et à Carthagène. 

J'ai discuté, il y a i5î ans, dans un autre 
ouvrage % les élémens de ces tableaux quç 
l'on publie a sous la dénomination trompeuse 
de balances de commerce; y> j'ai rappelé le peu 
de confiance que méritent ces prétendus 
comptes ouverts entre les peuples qui font des 
échanges mutuels, et dont, par de ùlux piîn- 
cipes d'économie politique, on croit ne devoir 
apprécier les avantages que d'après le montant 

^ Essai polit., Tom. II, p. 746; et lîelat. hi9t*.% 
Tom. IX, p, 3o7 et 3o8. 



SUR.L*ILE DE CUBA. â65 

de soldes en espèces. Les ëclaircissemens qLii 
suiyeDt ofTiiront deiix années (i8i6..et i8â5) 
de Balanzas y J^stadas de ComerciOj rédigés 
par ordre du gouvernement. Je n'en ai altéré 
aucun chiffre , parce qu'ils ofirent (et cet avan- 
tage est déjà très-grand dans l'appréciation 
des quantités difficiles à connoître) des nombre» 
limites au minimum. Les prix indiqués dans 
ces états ne sont ni ceux des productions aux 
lieux d'origine , ni ceux que règle le cours des 
ports d'arrivage. Ce sont dés évaluations 
fictives, des valeurs officieltesy conune on dit 
dans le système des douanes ' de la Grande- 
Bretagne ; ils sont (on né sauroit assez le ré- 
péter) pour le moins du tiers au-dessous des 
prix-courans. Pour déduire de l'état du com-» 
merce de la Havane^ tel que le donnent les 
registres des douanes espagnoles, l'état du 
commerce de l'île entière, il faudroit connoître 
les exportations et les ïmf oriàtions enregistrées 
de tous les autres ports, et augmenter leur 
somme totale par le produit du commerce 
frauduleux qui diflere selon les lieux, la naturç 

^ On dbtîngue dans ce système entre le prix réel^ 
Variai value et le declarçd ou honafide value* 



266 M8AI rOUTlQOE 

des marchandises et leur prix variable d'année 
en année. Des calcub de ce genre ne peurent 
être tentés que par les autorités locales^ et ce 
que ces autorités ont publié dans la lutte qu'ils 
ont soutenue avec beaucoup de talent contre 
les Cortes d'Espagne, prouve qu'eux^ménoies 
ne se croient pas suffisamment préparés pour 
un travail qui embrasse tant d'objets à la 
fois* 

La Junta del Gobiemo et le Real Comulada 
font rédiger, tous les ans , pour le seul poi*t de 
la Havane, sous le nom de Balanza del Co- 
mercio > , un état des exportations et impor- 
tations enregistrées dans les douanes. On 
distingue , dans ces états, les importations par 
des navires nationaux (espagnols) et étrangers ; 

^ Ces Balanzas del Camercio de la Havane, dont 
quelques-uns sont imprimés avec tout le détail minu- 
tieux des valeurs partielles, forment généralement a 5 
il 3o pages in-folio, et renferment plus de 1800 articles. 
J'en possède un trës-^and nombre ; mais je ne publie , 
dans cet Essai politique sur File de Cuba, que les 
chiffres qui peuvent condnire à des résultats généraux. 
La même marche a été suivie dans mon Essai poli' 
tique sur la Nauvelle^Espagne. 



SUR l/lLE DE CUBA. 267 

les exportations pour la Péninsule , pour les 
ports espagnols de l'Amérique et les ports 
situés hors du domaine de la couronne d'Es- 
pagne. Le poids des marchandises, leurs 
valeurs {yalor por aforos) et les droits munici- 
paux et royaux y sont ajoutés; mais les éva- 
luations officielles du prix des miarchandises 
sont j comme nous l'ayons déjà rappelé , beau- 
coup au-dessous du prix-courant ^ de la place. 

Année 1816. 

A. Lupoicr ATioN i5jai9,986p« 

parSSg navires espagnols 5, 980^44^ P- 

denrées et march. 
1,032,155 p. 

esclaves africains. 
2,659,950 p. 

en or et argent 
2,288,558 p. 

par 672 navires étrangers; 7,259,545 
1008 navires 15,219,^86 

^ Far exemple, les nègres introduits sont évalués à 
i5o piastres par tête*, les barils de farine, à 10 piastres. 
Après avoir donné la valeur totale de la prétendue ba~ 
lancé du commerce, j'ai indiç[aé les quantités d'or et 
d'argent qui n'ont fait que traverser l'île de Cuba. Pour 
donner une idée approximative de la consommation 



268 ESSAI POLITIQUB 

S, Exportation. ^ i,^&5^iZ5 p« 

p^r 497 nayires. espagnols. 5, x6jf^P6 p,, 

poui: la Péninsule 
2,419,224 p. 
pour les ports esp. 
d'Am. 2,1047890 
pour les côtes d'A- 
frique 645^,852 

5,167,966 

pr 493 nayires étrangers. . 3,195,169 
989 8,365,155, 

De 2,4391 951 Ipiâstres importés, Texporr 
tation enregistrée , en or et ei;i argent , n'a été 
que de 480,840 p. 

Parmi les articles ii importation y on dis- 
tingue les valeurs suivantes ; farines 71,807 
barils, ou 718,921 p.; vins et liqueurs d'Eu- 
rope, 463,067 p.; viandes salées , comestibles 
et épiceries, 1,096,791 p.; divers vêtemens, 
127,681 p.; soieries, 282,382 p.; toiles, 
3,226,859 p.j; draps et ccutres tissus de laine, 
iq3,224 P-; meubles, cristaux, quinoaillerie, 

• 

intérieure de l'île et de ses besoins en objets manufac- 
turés d'Europe, j'ai désigné les mêmes articles parmi 
1^5 ej^portations et les importations. 



SUR l'île de cuba. â6g 

267,312 p.; papier,* 61,486 p.; fer ouvré, 
33o,368 p.; cuirs et peaux, 1 35, 1 o3 p.j planches 
et autres bois (de charpente) déjà ouvré, 
285,217 p. 

Parmi les articles A^ exportation , on trouve : 
farines > 10^965 bar., ou 1 45,254 p.; vins et 
liqueurs ,111 ,4^^ P? viandes salées et comes- 
tibles, 227^274 p.; divers vêtemens , 48^5 p.j 
soieries, 47>872 p.; toiles, 1,529,610 pi; 
meubles, cristaux, quincaillerie, 29,000 p^; 
papier, 20,497 P'> ^^^ ouvré, 99,58i p.; sucre, 
3,207,792 arrobâs, ou 3,962,709 p.; café, 
370,229 arrobas, ou 8475729 p.^ cire> 22,365 
arrobas^ ou 1 69,683 p.; cuirs préparés,i9;978 p. 

ANNÉE 1823. 

A. Importation 13,690,735 p. 

par des navires espagn. 3,562,227 p. 

par des navires étrang. 1 o, 1 36,5o8 

B. Exportation 12,3129,169 p^ 

par des nafvires espagn. 3,55o,3 1 2 p* 

par des navires étrang. 8,778,857 

Nombre des navires entrés à la Havane > 
1125, du port de 167,578 tonneaux; sortis, 
1000, du port de 1 5 1,1 61 tonneaux. 



270 KSSAl H)LITIQim 

Les productions indigènes exportées et en- 
registrées ont été éyaluées- dans cet état du 
commerce à 

95,884 caisses de sucre blanc. 
30^9327 blond. 

672^007 arrobas de café 5 {nremièré qualité» 
aa5 ,91 7 seconde quaKté» 

15,69a arrobas de cire. 

3O5I45 bocob de mélasse. 

13,879 arrobas de tabac en tama. 

71,108 livres de tabac torcido. 

26,610 pièces de cuirs de l'ile de (iuba. 
5,368 garafoDcs de iniel d^abeille^ 

Or et argent importés^ en espèces, 1,179,034 
piastres; exportés > i,4o4,584 piastres. 

Parmi les marchandises et denrées impars 
iées : vêtemens faits, 21 3,236 p.; toiles et fil 
de lin, 2,071,085 p*; soieries, J^SQySSg p.; 
toiles de coton, mousselines, etc., 1,021,827 p.; 
draps, 165,962 p.; viandes salées, riz, autres 
comestibles et épiceries, 3,269,901 piastres 
(parmi lesquels, 43i,464arr.; de tasajo, valeur 
701,129 p.; 309,601 arrobas de riz, val. 
348,301 p.; et 89,947 barils de graisse, 
val. 259,941 p.); farines, 74? 1*9 barils, ou 
889,4^8 p.; vioset liqueurs, 1,1 19,457 p.; fer 



SUR L^ILE Dft CUBA* 2-]! 

ouvré, iî88,697, p.; quincaillerie, meubles, 
criistaux et porcelaine, 4^42^^^ P-î papier, 
35,x86 rames, ou 1 58,337 P-î savon de Gastille, 
53,44i arrobas, ou 213,764 p.; suif (sebo 
labrado), /^2y5i2 arrobas, ou 170,060 p.; 
planches et autres bois (de charpente) déjà 
ouvré, 353,765 p. 

Parmi les objets exportés , nous distingue- 
rons , outre les productions du pays déjà indi- 
quées plus haut : toiles et fil de Un, 29,626 p.; 
cotonnades, 69,049 p.; soieries, ii,3i6 p.; 
étoffes de laine, 9633 p.; meubles, cristaux, 
quincaillerie, 8o46 p.; fer ouvré, 63, 149 p.j 
planches etbois (de charpente) ouvré, 23,453p.; 
papier, 6672 rames, ou 22,288 p.; vins et 
liqueurs, 49?^^^ P*> viandes salées, cornes* 
tibles, épiceries, 86,882 p.; papier, 1 5,322 
rames ou 2^,772 p. 

Voici les notions les plus exactes que j'aie 
pu réunir sur Tentrée et la sortie des bâtimens 
dans le port de la Havane. De 1799 à i8o3, le 
nombre des navires entrés a été, année 
moyenne , de 906 , en y comprenant les bâti- 
mens de guerre. 

1799 883 

1 800, 784 



i 



^J2 ESSAI POLITIQUE 

1801 é k • loiS 

iÇoa 845 

i8o3. ,...;• i i. lo'ao 

On évaluoit alors l'exportation des sucres 
à une charge de 4^,000 tonneaux. De i8i5 
à 1819, le total des bâtimens entrés a étë, 
année moyenne, de 1 ^92, dont 226 espagnols 
et 966 étrangers. En i8âO : entrés, i3o5, dont 
288 espagnols ; sortis , iâ3o,dont 919 éti^- 
gers. Dans les années qui suivent, on n'a tenu 
compte que des bâtimens marchands : 

entrés, torthé 

1 8a 1 . 1 268 1 168. Parmi ces 1 268 seulement a58 es- 
pagnols* U est entré ^ en outre, 
95 bâtimens de guerre, dtNit 
53 espagnols. 

i8ai. 1182 1118. Dès 118a, il y avoit 84^ éti'an* 

gers; il est entré, en outre;; i4i 
bâtimens de guerre ^ dont 7a es- 
pagnols. 

1825. 1168 ,1144. Dès 1168 (à i67,5;8 tonneaux), 

il y avoît 274 espagnols, et 
708 des États-Unis : en outré 
i49 bâtimens de guerre, dont 
61 espagnols, 54 des États-Unis 
et 34 anglois et fran^ois. 

1824. 1086 1088. Parmi ces"" 1086, on Comptoit 

890 étrangers: en outre, îl est 
entré à la Havane 129 b&timens 
de guerre , dont 59 espagnols. 



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SUR L IIîE DE cuba; 



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} Dans ce tableau des productions enregietrées pen- 
I. 18 



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:2'jU IB^AI POUTIQUB^ 

En comparant^ dans les tableaux du com- 
merce de la Harane^ la grande yaleur des 
marchandises importées avec le peu de valeur 
des marchandises réexportées^ on est surpris 
de voir éombien est déjà considérable la con- 
sommation intérieure d'un pajs qui ne compte 
que 3â5,ooo blancs et iSo^oOO libres de cou- 
leur »- On y trouve , en évaluant les différons 
articles d'après les véritables prilL-courans : 
en toiles et fil de lin {bretanasy platillas, lien^ 
zo$ y hilo)y 21 k 5 millions de piastres ; en tis- 
sus de coton (zarazas masulinas)^ i million de 
piastres j en soieries {rasôê y generoê de ieda) , 
400^000 piastres; en draps et tissifô de laine, 

dant 5 années , on a évalué la caisse de sucre succès* 
sîyement à 16 et la reales, & 2a et 18 reaies ^ à ao et 
16 reaLf à aa et 18 feaL^ à ao et 16 reah; la pipa 
d'eau'de~v£e y k 35 piastres; le bocoyo de mélasse^ k 
7 reaies; le quintel de ccifé y à iS^ i5, la, 16 et 
16 piastres-, l'arroba de cire^ à 16 piastres. 

^ C'est sans doute par une erreur de chiffres que f 
dans un ouvrage qui vient de paroître {Aperçu stai. 
sur Vile de Cuba, 1826, p. a3i), on donne à cette 
île 257,000 libres et 395^000 esclaves. On a jeté les 
i30;00o libres de couleur dans une ménke classe avec 
les 26o;Ooo esclaves, et on a diminué les blancs 
de 68;Ooo. 



SUR Ii'lLE DE CUBA. «s^S 

U 51 0,000 p. Les besoins de Pîle, en tissus d'Eu- 
rope, enregistrés à l'exportation dans le seul 
port de la Havane , ont par conséquent excédé, 
dans ces dernières années , 4 millions à 4 t mil- 
lions de piastres '. A ces importations de la 
Havane (par des voies licites), il faut ajouter: 
quincaillerie et meubles , plus de t million de 
piastres; fer et acier, *38o,ooo p. ; planches 
et gros bois de charpente (ouvré), 4oo,ooo p. ; / 
savon de Castitle, 3oo,ooo p. Quant à l'im- 
portation des comestibles et des boissons pour 
la Havane seule, elle me paroît bien digne de 
l'attention de ceux qui veulent connoître le 
véritable état de ces sociétés qu'on appelle 
des colonies à sucre ou à esclaves. Telle est la 
composition de ces sociétés établies sur le sol 
le plus fécond que la nature puisse offrir à la 
nourriture de l'homme , telle la direction des 

^ L'importation de la Yera-Croz , en tissus {gêneras 
y ropas) , étoit , au commencement de ce siècle, ayant 
la révolution du Mexique, de 9,200,000 piastres. Il ne 
faut pas oublier que le Mexique a des manufactures 
indigènes dont les produits suffisent aux classes peu 
aisées de la population. Voyez plus haut, sur la con- 
sommation comparée du Mexique et de Venezuela y 
Tom. X, p. 5i5 et suiv. 

i8* 



^76 SSSAI POIITIQCE 

travaux agricoles et Je l'industrie dans les An-^ 
tilles, que, sous le climat heureux de la région 
équinoxiale , la population manqueroit de 
subsistances sans la liberté et l'activité du com- 
merce extérieur. Je ne parle ni de l'introduc- 
tion des vins par le port de la Havane , qui 
s'élevoit (toujours d'après les registres de la 
douane), en i8o3, à 4o,ooo barils; en i8a3, 
à ibyOOO pipas et 17,000 barils, ou à la valeur 
de -1,200,000 p.; ni de l'introduction de 6000 
barils d'eaux-de-vie d^Espagne et de Hollande, 
et de 1 1 3,000 barils (1,864,000 p.) de farines. 
Ces vins , ces liqueurs, ces farines , d'une va- 
leur de plus de 3,3oo,ooo piastres, appartien- 
nent à la consommation des classes aisées de 
la nation. Les céréales des Etats-Unis sont de- 
venues un véritable besoin sous une zone où 
long-temps le maïs, le manioc et les bananes 
étoient préférés à toute autre nourriture amy- 
lacée. On ne sauroit se plaindre du dévelop- 
pement d'un luxe tout européen au milieu de 
la prospérité et de la civilisation croissantes 
de la Havane : mais , à côté de l'introduction 
des farines , des vins et des liqueurs d'Europe , 
on trouve placés. Tannée 1816, pour 1 t mil- 
lions de piastres; l'année i823, pour 3 Tmil- 



SUR tlLE DE CUBA. 277 

lions (le viandes salées , fle riz et de légumes 
secs. Dans la dernière de ces deux années, 
rimportation du riz a été (toujours à la Ha- 
vane, et d'après les registres, sans compter la 
contrebande) de 323,ooo arrobas; l'importa- 
tion de la viande sèche et salée (tasajo) , si 
nécessaire à la nourriture des esclaves , de 
465,000 arrobas '. 

Ce manque de subsistances caractérisé une 
partie des régions tropicales, où l'imprudente 
activité des Européens a interverti l'ordre de 
la nature : il diminuera à mesure que, plus 
éclairés sur leurs vrais intérêts , et découragés 
par le bas prix des denrées coloniales , les ha- 
bitans varieront leurs cultures et donneront 
un libre essor à toutes les branches de l'éco- 
nomie rurale. Les principes d'une politique 
étroite et mesquine , qui président à l'admi- 
nistration d'îles très-petites , véritables atehers 
dépendans de l'Europe et habités par des 

^ Dans la halanza del comercio de la Havana (1 825)^ 
même les valeurs officielles^ sont^ pour le tasajo^ 
755,700 piastres; pour le rîz, 565^6oo piastres; pour 
la yiande de porc, 225,ooo p. ; pour le lard, le beurre, 
le fromage, 373,000 p.; pour la morue salée qu'on 
donne aux nègres avec le tasajo, 100,000 piastres. 



a^8 ESSAI POLITIQUE 

hommes qui désertent le sol dès qu'il les a 
suffisamment enrichis , ne peuvent convenir à 
un pays d'une étendue presque égale à celle 
de l'Angleterre , couvert de villes populeuses y 
et dont les habitans étabUs.de père en fils, 
depuis des siècles, loin de se regarder comme 
étrangers au sol américain , le chérissent conune 
leur véritable patrie. La population de l'île de 
Cuba, qui, en cinquante ans, excédera peut- 
être un million , peut ouvrir, par ses consom- 
mations mêmes, un champ immense à l'in-* 
dustrie indigène. Si la traite des noirs cesse 
entièrement , les esclaves vont passer peu à 
peu dans la classe des hommes libres , et la so- 
ciété recomposée d'elle-même, sans être 
exposée aux secousses violentes des dissen- 
tions civiles y rentrera dans les voies que la na*> 
ture a tracées à toutes les sociétés devenues 
nombreuses et éclairées. La culture de la 
canne à sucre et du cafier ne sera pas aban- 
donnée ; mais elle ne restera pas plus la base 
principale de l'existence nationale que ne le 
sont la culture de la cochenille pour le Mexi- 
que, celle de l'indigo pour le Guatimala, celle 
du cacao pour le Venezuela. Une population 
agricole, libre et intelligente, succédera pro- 



$1}R LUE I>E CUBA. 279 

gressivement à une populalioa esclave, dé- 
pourvue de prévoj^ance dt dludustrie. Déjà 
les capitaux que le commerce de la Havane a 
versés depuis vingt-cinq ans entre les mains dès 
cultivateurs* ont commencé à changer la i^ce 
du pays : à cetle puissance, dont l'action est 
toujours croissante 9^ a'en joindra iiécessaire*- 
ment une autre qui est inséparable des progrès 
de l'industrie et de la richesse nationale, le 
développement de l'inteUigence hulnaine. C'est 
de ces deux puissances réunies que dépendent 
les destinées futures de la métropole des An- 
tilles. 

Nous avonà vu que, d'après les tabl^VHe ^u 
commerce de la Havane, les exportations 
enregistrées se sont élevées^, en j^roduetions 
de l'île, par une moyenne de i8i5-i8i9, à 
12,245,000 piastres, et, dans ces dernières 
années, à 1 3 millions de piastres \. Si les expor- 
tations enregistrées de la Havane et de QJE^ 
tanzas ont été ensemble , en productions indL- 

^ Je coasigne ici des évaloatioiis qui ne sont pas 
celles de la douane, mais des éraloalibns faites d'après 
les pria^caurans dans le port de la Havane. 



\ 

a80 ESSAI POllTIQUE 

gènes et en marchandises étrangères réexpor- 
tées en 1 8a3 , de 1 5, 1 69^200 piastres ' , on peut 
supposer^ sans exagération, que l'île entière 
doit avoir exporté, par des voies licites et illi- 
cites, dans cette même année i&â5 , où le com- 
merce a été très-actif, pour plus de 20 à 22 
millions de piastres ^. Ces évaluations en es^ 
fècet varient naturellement avec le prix des 
marchandises et des denrées. Avant que la Ja- 
maïque jouit d'un coomierce Ubre, en 1820, 
les exportations y étoient de 5,4oo,ooo livres 
sterL On croit assez généralement que l'Es- 
pagne tire annuellement quarante à cinquante 

^ Dans l'oUvrage estimable qui a paru sous le titre 
du Commerce du diâf-neuvîème aiéelcy Tom. i , p. arSg^ 
cette exportation de la Havane , en 1825, est éyaluée 
à moins de a millions de piastres ; mais cette évalua- 
tion se fonde sur une erreur de chiffres. Le sucre 
enregistré étoit de Soo^ai 1 caa?as, ou i20^o84«4op liy. 
espagnoles, et non de 6 millions de .livres; Texporta- 
tion du café étoIt de 22,5i98^ioo lîyres espl , et non de 
5 millions delîy. (Tom/Xl, p. 566, 567; et plus haut, p. 7. 

' Les exportations de la partie Françoise de Saint- 
Domingue étoient, en 1788, de 67 millions de francs 
en sucre, de y 5 millions de francs en oafé, et de 
i5 millions de frsmcs en coton, ensemble . 5i.,4oO)Ooa 
de piastres. ' 



SUR l'île de cuba. aSi 

ixaUe caisses de sucre de la Havane. (En 1823^ 
les étafe portèrent 100,766 caxas; en 1825, 
seulement 47,547> Les Etals-Unis * font, d'a- 
près le tonnage, plus de la moitié; d'après la 
valeur des exportations, plus du tiers de tout 
le commerce de l'île de Cuba. Nous avons 
évalué l'importation totale de l'île au-delà de 
22 k 2^ millions de piastres, y compris la con- 
trebande. La valeur des seules marchandises 
et productions venant dès Etats-Unis par des 
navires de 106,000 tonneaux^ a été, en 1822, 

^ D'après des documens offîciek , les importations 
totales des Etats-Unis ont été, eni 820^de 62,586,724 <lol- 
lars, dont la Grande-Bretagne et l'Inde ont fourni 
29 millions ; Vile de Cuba, 6,584^000 ; Haïti, 2,246,000; 
la France, 5,909,000 doUars. 

^ •aperçu statistique de Vile de Ctiba, 1826 (Ta* 
bleau B.). M. Huber a ajouté à la tradnetion des Letters 
from de Havanna beaucoup de renseignemens impor-' 
tans sur le commerce et le système des douanes de 
l'île de Cuba. L'importation de 4> 270,600 dollars peut 
être regardée comme très-considérable ; car, en 1824 9 
celle de la Grande-Bretagne an Mexique , à Colombia, 
à Buenos- Ayres, au GUli et au Pérou ne s^élefoit 
encore ensemble qu'à 2^377,110 lirres sterl. {AnAo^ 
caunt of the United Prov. 0/ Rio de la Plata/iSfà5 , 
p. »72.) . .^ ; . . 



>282 ESSAI POIITIQITE 

de 4>270,6oo dollars. Les importations de l» 
Jamaïque se sont élevées, d'après M. Stewart, 
ea 1 820, en valeur de manufactures angloises y 
à d millions de livres sterl. 

L'importation enregistrée des&rines ^ a été, 
au port de la Havane : 

1797 62^737 barils {ky \ arr., ou 84 kll.) 

1798 58^474 

1799 *• %9^5 

1800 54^44^ 

1801 64^703 

i8oa 8a;045 

i8o3 69,254 

En 1823, l'introduction enregistrée au port 
seul de la Havane a été , par les navires espa* 
gnols, 33,987 bar.; par les navires étrangers, 
74» 1 1 9 ^^^ 9 total 1 1 3,5o6 bar. , au prix moyen 
de lôrpiastres (y compris les droits), i,864,5oa 
piastres. C'est à la sage administration du gou- 

^ Les ÉUt5-Uni5 ont exporté en général , Tan 18205 
pour 9^0755000 dollars de Burines -■ de froment et de 
mcùis. L'exportation des farines éprouve des fluctua- 
tions extraordinaires. En i8o5>elle étoitde 1,5 11, 855 
barils; en 1817, de i9479;i98îen i825; de 756;702 bar. 



SUR l'île de cuba. 285' 

"verneur Don Luis de las Casas * que Ton doit 
la première introduction directe des farines 
des États-Unis dans File de Cuba. Jusqu'à cette 
époque y ces farines ne pouvoient êtr^ intro-^ 
duites qiC après avoir passé par les ports (f Eu- 
rope ! M. Robinson ^ évalue l'introduction to- 
tale de cette denrée , dans les diverses parties 
de Fîle^ par des voies licites et illicites, à 
120)000 barils. Il ajoute, ce qui me paroit 
moins certain , « que File de Cuba , à cause de 
la mauvaise distribution du travail des noirs , 
manque tellement de subsistances , qu'elle ne 
pourroitpas soutenir un blocus de cinq mois.» 
En 1 822, les Etats-Unis ont importé, dans File 
de Cuba, 144998^ barils (plus de 12 millions 
de kilogrammes), dont la valeur, à la Havane, 
s'élevoit (avec les droits) à 2,391 ,000 piaistres. 
Malgré l'impôt de 7 piastres dont est chargé 
chaque baril de farine des États-Unis introduit 
dans 111e de Cuba , les farine^ de la Péninsule 
(celle de Santander) ne peuvent soutenir la 
concurrence. Cette concurrence avoit com- 
mencé pour le Mexique sous les auspices les 

^ Fbyez plus haut; p. 5oa. 

? 3fem. on the JUemcan BevoluHon, Vol. 11^ p. 55o. 



284 K^^^ï POLlTIQtlF 

plus heureux.: pendant mon séjour à la Yera- 
Gniz, on exportoit déjà de ce port, en ârines 
mexicaines , pour la valeur de 3oo,ooo piastres. 
D'après M. Pitkins , cette quantité a augmenté^ 
en 1809, jusqu'à ^79000 barils y ou 2,268^000 
kilog. Les troubles politiques du Mexique ont 
interrompu entièrement ce commerce de cé- 
réales entre deux pays placés tous deux sous 
la zone torride , mais à des élévations au-des- 
sus du niveau de la mer dont la différence 
influe puissamment sur les climats' et les cul- 
tures. 

L'importation enre^strée desboissons aété^ 
à la Havane : 

1 797 • 1 2,547 bariis de vin. a5oo bar, d'eau-de-^vie. 

1798. 1 2,1 18 2412 

1799. 52,073 2780 

1800. 2O9899 6 . 5592 

1801. 25,921 5210 

1802. 45,676 56i5 

i8o3. 59,i3o... 5553 

Pour compléter ce qui a été exposé sur le 

commerce extérieur, écoutons Fauteur d'un 

mémoire que nous avons cité plusieurs fois et 

qui expose la véritable situation de l'île. «A la 



S{JR l'île de CUBA. 285 

Havane^ on commence à sentir tous les effets 
de l'accumulation des richesses. Les vivres ont 
doublé de prix dans un petit nombre d'années. 
La main d'œuvre est si chère qu'un nègre -éo- 
zaly récemment importé des côtes d'Afirique', 
gagne , par le seul travail de ses mains (sans 
avoir appris aucun métier), 4 ^ ^ réaux {2 fr. 
i3 sols à 5 &• à sols) par jour. Les nègres qui 
exercent un métier mécanique , quelque gros- 
sier qu'il soit^ gagnent 5 à 6 fr. Les f^miilles 
patriciennes restent fixées au sol : l'honune qui 
s'est enrichi ne retourne pas en Europe pour 
y porter ses capitaux. Quelques familles sont 
si puissantes que Don Matheo de Pedroso , 
mort il y a peu de temps , a laissé , en fonds 
de terre , au-delà de deux millions de piastres. 
Plusieurs maisons de commerce de la Havane 
achètent, par an , dix à douze mille caisses de 
sucre qu'ils paient à raison de 35o,ooo ou 
420^000 piastres. Les affaires qui se font an- 
nuellement dans cette place s'élèvent à plus 
de vingt millions de piastres. y> (De la Situacion 
présente de Cuba , manuscrit). Telle étoit l'état 
de la fortune publique à la fin de 1 8oo. Vingt* 
cinq années d'une prospérité croissante se sont 
écoulées depuis cette époque. La population 



U66 ESSAI POLITIQUE 

de File a presque doublé. Avant Pannée 1 8oo, 
l'exportation des sucres enregistrés n'ayoit at- 
teint y dans aucune année , la somme de 
170,000 caisses (3 1,280,000 kilogrammes); 
dans ces derniers temjps ^ elle a toujours dé- 

^ Depuis que la cour de Madrid a pris la résolution 
d'ouTrir au commerce espagnol et étranger plusieurs 
ports dans la partie occidentale de l'ile^ Texportation 
des sucres enregistrés à la douane de la Hayane ne 
doit plus être considérée comme une mesure exacte 
de la prospérité agricole. Le port du Mariel^ si utile 
aux planteurs du district de Guanajaj, avoit déjà reçu 
son habilitacUm (c'est le terme technique de la légis- 
lation commerciale espagnole) par la cédule royale du 
20 octobre tSiy, mais ce n'est que depuis cinq i 
six ans que l'exportation du Mariel a influé sensible-* 
ment sur celle de la Hayane. Le gouvernement a 
égalemeni; étendu les franchises des autres ports, par 
exemple de Baracoa (i5 décembre 1816), de SanFer- 
nando de Nuevitas dans l'Estero de Bagà et des Gniros 
(5 avril 1819), de laBahia de G uantanamo ( 1 3 aôdt 1619) 
et de San Juan de los Remedios , qu'on peut considéra 
comme le port du district de Villa Clara (aS septembre 
1 8 1 9] . La Bahia de Jagua, oii Don Luis de Clouet a com« 
mencé un établissement agricole et commercial, 
en y fixant d'anciens colons de la Louisiane et d'autres 
hommes blancs et libres y n'a point encore été habitée. 
(Memorias de la Soc. econ. de la Habana, n^ 54 > 
p. 287, 293 ; 297; 3oô et 3o3.) 



/ 



SUR l'île du CUBA. 287 

passé âoo^oOo caisses , et même atteint âSo^ooo 
et 3oo,ooo caisses (46 à 55 millions de kilog.). 
Une nouvelle branche d'industrie , celle des 
plantations de cafier quiofire une exportation 
de la valeur de 3 1 millions de piastres , a pris 
naissance; l'industrie, guidée par une plus 
grande masse de lumières , a été mieux diri- 
gée ; le système des impôts qui pesoit sur l'in- 
dustrie nationale et sur le commerce exteneur 
a été ébranlé depuis 1791, et s'est perfectionné 
par des changemens successif. Chaque fois 
que la métropole , méconnoissant ses propres 
intérêts , a voulu faire un pas rétrograde , des 
voix courageuses se sont élevées, non seule- 
ment parmi les Havaneros , mais souvent même 
parmi les administrateurs espagnols, pour dé- 
fendre la cause de la liberté du commerce 
américain. Récemment par le zèle éclairé et 
les vues patriotiques de l'intendant Don Clau- 
dio Martinez Pinillos, une nouvelle voie a été 
ouverte à l'emploi des capitaux. Le conunerce 
d'entrepôt a été accordé à la Havane , sous les 
conditions les plus avantageuses ^ 

^ AcuerdoB sobre arreglo de derechos y eatàbleci^ 
miento de Almacenea de Deposito. (Voyez Suplemento 
al Diario del Gobiemo constîtucional de la Habana dcl 



2^8 ESSAI POLITIQUE f 

Les communications intérieures de VUey 
difficiles et coûteuses , renchérissent les pro- 
ductions dans les ports , malgré le peu de dis- 
tance entre les côtes du nord et du sud. Un 
projet de canalisation, quiréunit le double avan- 
tage de lier la Havane et le Batabano par une 
ligne navigable et de diminuer la cherté du 
transport des productions indigènes, mérite ici 
une mention spéciale. L'idée du canal des Gui- 
nes ' a voit été conçue depuis plus d'un demi- 
siècle 3 dans le simple but de fournir, à des prix 
plus modiques, des bois de construction aux 
charpentiers de l'arsenal de la Havane. En 
1796, le Comte de Jaruco y Mopox , homme 
aimable et enti^eprenant, auquel ses liaisons 
avec le prince de la Paix avoient donné beaur 
coup d'influence, se chargea de faire revivre ce 

i5 de octùbre 1822.) Sans l'heureuse ^ancAt^e du 
port de la Havane y la Jamaïque seroit devenue le 
centre de toutes les opérations mercantiles avec le 
continent voisin. 

^ Le nivellement a donné, en pjeds de Biirgos : du 
Cerro prës du pont de la Zanja, 106^2; Taverna del 
Rey, ^29,5; Pueblo del Rincon^ 29^;^; Laguna de 
Zaldivar, quand elle est pleine, 257,3; Quibican, 
i66;i; Batabano, village, 21^3. 



SUR L riE DE CUBA. 26^ 

projet. Le nivellement fut exécuté, en 1798, 
par deux ingénieurs d'une très-grande habi- 
leté, Don Francisco et Don Félix Lemaur. 
Ces officiers reconnurent que le canal auroit , 
dans son développement entier, 1 9 lieues (de 
5ooo varas ou 4i3o mètres) de long, que le 
point de partage seroit à la Taverna del Rey^ 
et qu'il faudrdit 1 9 écluses vers le nord , et 2 1 
écluses vers le sud. En ligne droite , il n'y a de 
la Havane au Batabano que 6 j lieues marines '•' 
Le canal des Qxxine^ sevoïl^même comme canai 
de petite navigation , d'une grande utilité pour 
le transport des produits agricoles par des ba-** 
teaux * à vapeur, parce qu'il se trouveroit rap^- 
proche des terrains les mieux cultivés. Nulle 
pai*t les routes ne «ont plus mauvaises penr 
dant la saison des pluies que dans cette partie 
de l'île où le sol n'offre qu'un calcaire friable 
peu propre à la construction de chemins ferrés: 
Aujourd'hui, le ti'aqsport du sucre coî(ite, des 

* Voyez Tom. XI, p. aai. 

^\Déjà le long de la côte j des bateaux à vapeur sont 
établis de la Havane à Matanzas, et moins régulière- 
ment de la Havane au Mariel. Le gouvernement 9 
accordé 9 àJDon Juan de O-Farrill (a4 mars 1819), u^ 
privilège sur les bareos de vapor, 

h IQ 



2f)0 ESSAI POLITIQUE 

Guiaes à la Havane, pour une distance de 12 
lieues y une piastre par quintai Outre Fayan-* 
tage de faciliter les communications inté* 
rieures , le canal donneroit aussi une grande 
importance au $urgidero du Batabano dans le* 
quel , sans avoir besoin de doubler le cap Saint*- 
Ântoine, entreroient de petits bâtimens char- 
gés de viandes salées {ta$aJo) de Venezuela. 
Dansla loiauvaise saison et en temps de guerre, 
quand les corsaires sont en croisière entre lô 
cap Catoche, les Tortugas et le Mariel, on est 
heureux de pouvoir abroger la tniTersée de 
la Terre-Ferme à l'île de Guba^ en entrant, 
non à la Havane, mais dans quelque port de la 
côte méridionale. On avoit évalué , en 1 'jg&, 
la construction du canal des Guines à 1 mil- 
lion ou 1,200^000 piastres : on pense que les 
frais s'élèveroient aujourd'hui à plus d'un mil- 
lion et demi. Les productions qui , annuelle- 
ment, pourroient passer par le canal, ont été 
évaluées à 75,000 caisses de sucre, 25,ooo ar- 
robas de café, 8,000 bocoyes de mélasse et de 
rum. D'après le premier projet, celui de 1796, 
on vouloit lier le canal à la petite rivière des 
Guines qu'on amèneroit de l'Ingenio delaHo- 
landa vers Quibican , 3 lieues au sud du Beju- 



SUR L*1L£ DE CUBA. 29 1 

cal el de Santa Rosa^ Aujourd'hui on a aban- 
donné cette idée , le Rio de los Guines per- 
dant ses eaux vers l'est dans l'ii^rigation des 
savanes du Hato de Guanamon. Au lieu de 
conduire le canal à Test du Barrio del Gerro 
et au sud du fort d'Âtarès , dans la baie de la 
Havane même, ou voudroitse servir d'abord 
du lit de la Chorrera ou Rio Ârmendaris , de- 
puis Galabazal jusqu'à l'Husillo, puis de la 
Zanja Real, non seulement pour faire arriver 
les bateaux au centre des arrabales et de la 
cité de la Havane , mais aussi pour fournir de 
l'eau aux fontaines qui en manquent pendant 
trois mois de Tannée. J'ai eu l'avantage de visi- 
ter plusieurs fois y conjointement avec MM. Le- 
màur, les plaines par lesquelles doit passer 
cette ligne de navigation. L'utilité du projet 
est incontestable, si l'on peut amener, dans le 
temps des grandes sécheresses, une quantité 
d'eau suffisante au point de partage. 

 la Havane comme partout où le com- 
merce et la richesse qu'il produit prennent 

^ Pièces officielles de la Cammiaian para el/bmenio 
de ht lala de Cuba, i799> et Notes manuscrites de 
Jlf. Bauduy, 

19. 



âga ESSAI POLITIQUX 

un accroissement rapide , on se plaint de l'in- 
fluence nuisible qu'exerce cet accroissement 
sur les vieilles mœurs. Ce n'est pas ici le lieu de 
comparer le premier état de l'île de Cuba cou- 
verte de pâturages avant la prise de la capi- 
tale par les Ânglois, "et son ëtat actuel de- 
puis qu'elle est devenue la métropole des An- 
tilles ; ce n'est pas le lieu de mettre en balance 
la candeur et la simplicité deâ moeurs d^une 
société naissante avec les moeiu^s qui appar- 
tiennent au développement d'une civilisation 
avancée. L'esprit du commerce, amenant le 
culte des richesses, porte sans doute les peu- 
ples à déprécier ce qu'on ne peut obtenir pour 
de l'argent. Or l'état des choses humaines est 
heureusement tel, que ce qu'il y a de plus 
désirable, de plus noble, de plus hbre dans 
l'homme , n'est dû qu'aux seides inspirations 
de l'ame , à l'étendue et à l'améhoration des 
facultés intellectuelles. Le culte des richesses, 
s'il pouToit s'emparer d'une manière absolue 
de toutes les classes de la société , produirok 
infailliblement le mal dont se plaignent ceux 
qui voient avec chagrin ce qu'ils appellent la 
prépondérance du, système industriel; mais 
l'accroissement même duconuuerce, enmul* 



Sun L ILE DE CUBA. 2^5 

tipliant les rapports entre les peuples , en ou- 
vrant une sphère immense à l'activité des es- 
prits, en versant des< capitaux dans Tagriciil- 
ture, en créant, par les raffinemens du luxe, 
de nouveaux besoins , offrent le remède contre 
les dangers dont on se croit menacé. Dans 
cette complication extrême de causes et d'e^ 
fets , il faut du temps pour que l'équilibre s'é- 
tablisse entre les diverses classes de la société. 
On ne peut admettre sans doute qu'à chaque 
époque donnée , la civilisation , le progrès des 
lumières , le développement de la raison pu- 
blique puissent se mesurer fàrletonnage^ipsirlaL 
valeui' des exportations, ou par le perfection- 
nement des arts industriels? Mais les peuples 
comme les individus ne doivent pas être jugés 
d'après un seul stade de leur vie. Ils n'accom- 
plissent leurs destinées qu'en parcourant 
l'échelle entière d'une civilisation appropriée 
à leur caractère national et à leur situatioa 
physique. 

Finances. — L'accroissement de la prospé* 
rite agricole de l'île de Cuba et l'accumulation 
des richesses qui influe sur la valeur des ini- 
portations ont élevé le revenu public, dans 



294 ESSM POUTIQIB 

des dernières années, à quatre millions et 
demi j peut-être même à cinq millions de 
piastres. La douane de la Havane qui donnoit, 
avant 17949 moins de 600,000 piastres, et 
de 1^197 à 1800, année moyenne, 1,900,000 
piastres ,* Verse , depuis la déclaration du coin- 
merce libre, dans la Trésorerie générale, un 
retenu nét(imp&rte tiqUidù) de plus de 5,ibQ,ooo 

* — • 

pia^frleà K Comixie le gouvernement colonial 
permet la plus grande publicité dans tout ce 
qui regisfrde les finances de l'île de Cuba, 'on 
peut teconnoître, • par les budjets des Cajàt 
matrices de la Administrdciôn gâterai de Renias 
de là ville et juridiction de la Havane, que, 
dans les années 1820-1825, le revenu public, 
autant qu'il dépend de cette administration , a 
oscillé entre 3,2oo,ooo et 3, 400,000 p. Si Ton 
ajoute à celte somme, d'un côté 800^000 de 
diffërentes branches dé revenus ^ Çdirecta 

^ La douane de Port-au-Prince, à Haïti, a produit, 
en 1825, la somme de 1,655,764 piastres; celle de 
Buenos-Ayres, de 1819 à 1821, année moyenne, 
1,655,000 piastres. Voyez Centinela de La Plata 
(septembre 1822), n® 8. Argos de Buenos-Ayres ^ 
n» 85. 

r 

? Loterie ; renia décimal, etc. 



SUll L* ILE DE CUBA. Iig5 

entrada) que perçoit immédiatement la Teso- 
reria gênerai^ d'un autre çàt^ le'p^ôduit des 
douanes de Trïnidad, de Mafatis^às,' dg Baracôa 
et de Santiago de'GùKa qui; dé\kj avant iBl-g^ 
s'élevoit à plus de 600,000 piastres, ton conçoit 
que l'évaluation de cinq millkntô de piastres, 
x>u â5 millions de francs pour nie> entière *, 
n'est rien moins qu'èxagërëe. Des compa- 
raisons très-simples prouveroîit combien ce 
produit est considârable > relativement a l'état 
actuel de la colonie. L'Ile de Cuba qe renferme 
encore que tt delà popidation d^e 'la France s 
et la moitié de ses h^bitans^ vivant dans une 
affreuse indigence , consomme très-peu. Son 
revenu égale presque icelui de la république 

de Golombia^j il est supérieur au revenu de 

■■ ■ . . ^ • 

^ Les députés de File de Cuba déclarèrent eux- 
mêmes aux Gortès d'Espagne (en mai 1821 ), que la 
somme totale des contributions u dans la seule pro- 
yince de la Hayane » s'élevoit à cinq millions de piastres 
ifertes. {Beclamacion eatitra laléydearanceltfé:^ p. 7; 
n'^ 6.) Déjà/ en X 81 8 et 1S19 j la récite totale de k 
Trésorerie générale étoit de 4>367,ooo et 4,io5,ooo p. 5 
la dépense , de 3,687,000 et 5,848,000 p. 

* Foyez Tom. IX, p. 4o3 et 4o4« « En i55o, esta 
Isla rentô 6000 pesos de oro. » Herera, Tom. JX^ 
p. 567. 



^96 BSSAl VOL\tlQt% 

toutes le» douanes des Etats-Unis % aydnÀ 
l'année 1795, époque où cette confédération 
avoit déjà i^SoOyOOd habitans, tandis que l'île 
de Cuba n'en a que 715^000. La source prin- 
cipale du revenu public de cette belle colonie 
est la douane : elle seule produit au-delà de |, 
et suffit largement à tous les besoins d'admi-^ 
nistration intérieure et de défense militaire. 
Si , dans ces dernières années , les dépenses 
de la Trésorerie générale de la Havane se sont 
élevées à plus de quatre millions de piastres, 
ce surcroit de dépenses n'est dû qu'à la lutte 
opiniâtre que la métropole a voulu soutenir 
contrtL les colonies affranchies* Deux millions 
de piastres ont élé employés à la solde des 
troupes de terre et de mer qui « par la Havane, 
ont reflué du continent américain vers la Pé- 
ninsule. Aussi long- temps que ^Espagne, né- 
gligeant ses véritables intérêts, ne reconnoîtra 
pas l'indépendance des nouvelles républiques, 
l'île de Cuba , menacée par la Colombie et la 
Confédération mexicaine, doit entretenir, 

^ £n 181 5^ les douanes des États-Unis qui avoient 
donné, de 1801 à 1808^ jusqu'à 16 millions de dollars^ 
ne produisoîent que 7,282,000 dollars. Morse, M(h> 
dem ûèogr., p# 6^8, 



9UR l'île de cuba. zg-j 

pour sa défense extérieure , un appareil mili- 
taire qui ruine les finances coloniales. La 
marine espagnole , stationnée dans le port de 
la Havane , coûte généralement au-delà de 
650;000 piastres. Là troupe de terre exige i 
par an , près de 1 7 million de piastres. Un tel 
état de choses ne sauroit durer indéfiniment 5 
si la Péninsule ne soulage pas le fardeau qui 
pèse sur la colonie. 

De 1789 à 1797, le produit de la douane 
ne s'est jamais élevé, à la Havane, année 
moyenne, au-*delà de 700,000 piastres; car 
les droits royaux, {renias reaies) versés dans la 
Trésorerie étoient : 

17^9 de. .... 4 479;^^^ piastres. 

1790 — 642,720 

1791 520,202 

1792 — 849?9o4 

1793 — 635,098 

1794 — • 642,520 

1795 — .., 643,583 

1796— 784,689 

■ 

Dé 1797 à 1800, les droits royaux et muni- 
cipaux, perçus à la Havane, ont été de 
7,634,126 piastres,, ou, abnée m03^euûe, 
de 1,908,000 piastres : 



29S ESSAI rOLITlQUE 

1797 • • • i^aS[7^oi7 piastres^ 

1798 i,aaà,548; 

1799 s: :^,3o5,oBo 

1800 2,a49i68o 

1801 ^9^7^)970 

180a • a^4oO;93a 

i8d5 1,657,465^ 



i 



La douane de la Havane a produit : 



t 



1 808 • • ifi 78>974 piastres. 

1809 1^915^665 

1810 1^292^619 

i8îi...^ î,469;i57 

1814.....^ ..:..... i>«55,ri>' 

La diminution des revenus de la douane , 
en 1808, a été attribuée à V embargo mis sur 
les navires américains '; mais^ en 1869, ^^ cour 
permit la libre entrée des navires étrangers 
neutres ^. 

De 181 5 à 1819, les droits- royaiux ont été, 
dans le port de la Havane, de 11,675,460 
piastres j les droits niunicipaux, de 6,709,347 : 
total, 18,284,807 pia8ti»6, ou, année 

* Patr. amer, y Tom. Il, p. 5o5. 
^ Reclam, cantra ha aranc* , p.:8. • 



SUR LILE DE CUBA. 2Qg 

moyenne, 3,657,000 p., dont les droits muni- 
cipaux formoient rh. 



AKN1^.F..S. 


nOMBRB 
DBS BATIUBIT8 

entrés 
et sortis. 


OBRBGBOS 

reaies. 


OBEBCBOS 

municipales. 


l8i5 


240a 


1,85 1,607 p. 


8049693 p. 


1816 


235a 


2,233,ao5 


97>»o56 


1817 


2438 


2,291,243 


1,429,052 


1818 


2322 


2,38 1,658 


1,723^008 


1819 


2365 


a»8i7,749 


j, 781,530 



Le revenu public de VAdministracion gênerai 
de Renias de la juridiction de la Havane s'est 
élevé en 

1820 à 3,651^273 piastres. 

1821 5,277,639 

1822 5,578,228 

En 1823, les droits royaux et municipaux 
d'importation ont été, à la doiiane de la 
Havane, de 2,734,563 piastres. L'état du 
revenu public de VAdministracion gênerai de 



Soc ESSAI POLITIQUE 

Renias de la juridiction de laHaYane, eniSâ^ 
a été comme il suit : 

I. Droits d'importation. •...•• i,8i8,8g6 piastres. 

Aknojarifazgo. 1^8 17,960 p. 

Alcàbala 802 

Jirmada i44 

II. Droits d'exportation 3a6,8i6 

III. Cabotage et différentes autres 
branches (sel, 27,781 p.; 
droit de dépât, i54;9a4 p; 
média y anata^ armadilla, 

etc.); total i88,4i5 

IV. Renias de t terra (droits sur 
les esdayes, 73, 109 p.*, ventes 
de terres,ou/nca«^ 2 1 5,09a p.; 
administrations subalternes , 
1 54,840 p.; boutiques ou pu/- 
perias y 19^714 P* > etc.); 

total 473,68ff 

y. Branches auxiliaires de la Te» 
ëoreria del Ejercito [Aimi^ 
rantazgo 9 Registros estran- 
geroa , etc.. i36^923 

> 

yi. Consuiado, Cuartilloadicio- • 
nal del mueUe^ Vestuario 
de milicias , etc. 8o,564 

^ ^ Revenu total en 1824. ... 3,oa5,3oo piastres. 



suK l'île de cuba, 3oi 



Dans l'année 1826, ce revenu de la ville et 
juridiction de la Havane a été de 3,35o,3oo p. 

Ces données partielles font voir que, dei 789 
^ 1824, le revenu public a été septuplé : cet 
accroissement devient plus sensible encore 
lorsqu'on fixe les yeux sur le produit de dix 
administrations, ou Tesorerias subalternas inte' 
riores (Matanzas, Villa Clara, Remedios, Tri- 
nidad , Santo Espiritu , Puerto Principe , 
Holguin, Bajàmo, Santiago de Cuba et Bara- 
coa). M. Barrutia ' a publié un tableau inté- 
ressant sur ces administrations provinciales, 
renfermant une époque de 83 années , de 1 735 
à 1618. Le produit total de 10 caisses s'est 
élevé progressivement de goo piastres à 
600,000 piastres. 

1755 « • . • 898 piastres^ 

1736 860 

1737.. ^ 902 

17^8 1,794 

«759 ^ 4,747 

Année moyenne 1^840 

^ Mem.de la Real Soc. economica de la Habana, 
jx** 3i, p. 2ao. 



302 ESSAI POLITIQUE 

1775 ia3|a46pastres. 

1776 114,566 

1777 .•.••••• laSjSoS 

1778.. • •• 1589624 

1779 146,007 

Année moyenne 133^51 5 

1814 317,69g piastres. 

i8i5 398,676 

1816 5ii,5io 

1817 ..•»... 5a4,442 

1818 6i8,o36 

> .1 ■■■ 

Année moyenne 474^072 

Le total des 83 années a été de 1 3,098^000 
piastres, dont Santiago de Cuba a donné 
4,390,000 piastres; Puerto Principe, 2,224,000 
piastres, et Matanzas, 1,460,788 piastres. 

D'après l'état des Cajas matrices , le revenu 
public , en 1822^ a été , dans la seule province 
de la Havane , de 4?^ 1 ^ 9862 piastres qui pro- 
venoient de la douane (3,127,918 p.) de lo$ 
ramos de directa entrada^ comme loterie, 
dîmes, etc. (601,898 p.), et d'anticipations 
Sur les caisses du Consutado et du Deposito 
(581,978 p.). La dépense a été, dans la même 
année, pour l'île de Gufba : 2,732,738 p., et, 



SUR l'île de CVhJi, 3o3 

pour dqs secours destinés à soutenir la lutte 
avec les colonies continentales déclarées in- 
dépendantes, 1^36^^022 p. Dans la première 
classe de dépenses y on trouve : i,355,7g8 p. 
pour l'entretien de la troupe de terre chargée 
de la défense de la Havane et des places voi- 
sines; 648^908 p. pour la marine royale sta- 
tionnée dans le port de la Havane. Dans la 
seconde classe des dépenses étrangères à l'ad- 
ministration locale y on trouve : 1,1 15,672 p., 
comme solde de 4^34 militaires qui^ après 
avoir évacué le Mexique , Golombia et d'autres 
parties du continent ci-devant espagnol 9 ont 
passé par la Havane pour retourner en Es- 
pagne; 164,000 p., comme frais de la défense 
du château de Saint- Jean d'Ulua, L^inten- 
dant de l'île de Cuba, Don Claudio Martinez 
de Pinillos, fait, dans une des notes qui accom- 
pagnent YEstado de las Caja$ matrices de 1^22, 
la considération suivante : ce Si , aux frais e:^;- 
traordinaires de 1,362,022 piastres relatifs aux 
intérêts généraux de la monarchie espagnole, 
l'on ajoute, d'un côté^ la majeure partie des 
648,908 piastres destinées à l'entretien de la 
marine royale dont le service n'est pas circons- 
crit aux besoins de la défense de la Havane , et , 



5o4 SSSAI POLITIQUE 

de l'autre^ les frais causés par le passage des 
courriers maritimes et des bâtimens de guerre, 
on trouvera que 2,010,930 piastres (presque 
la moitié du revenu public) sont absorbées 
par des dépenses qui n'ont pas un rapport di*- 
rect avec Tadministration intérieure de File. » 
Combien la culture et la prospérité de ce pays 
ne gagneront-elles pas un jour, lorsque, dans' 
un état de tranquillité intérieure^ plus d'un 
million et demi de piastres pourront être emr- 
ployés annuellement à des ouvrages d'utilité 
publique , et surtout au rachat d'esclaves la- 
borieux, tel que cela se pratique déjà, d'après 
la sage et humaine législation de la république 
de Golombia I 

J'ai vu , par les documens que j'ai recueillis 
dans les archives de la Vice-Royauté à Mexico, 
que les secours pécuniaires , qu'au commen-" 
cernent du 1 g* siècle, la Trésorerie de la Nou-^ 
velle-Espagne envoyoit annuellement à la Ha«> 
vane, étoient : 

à) pour l'-escadre , les chan- 
tiers et tous les besoins 



de la marine royale ^ d'à* 

du 11 
79^ 700,ooopr 



jj, ) près la cédule du 16 jan- 
^^^^^ \ vier 17Q0 



|ft) pour l'établissement ma- 
ritime de jia Ciôte 4^ 
Mos<juito$ ^OfOoq 



s€R l'île de cuba. 3o5 

'd) pour le service de terre k 
la Havane^ d'après les cé- 
dilles du 18 mai 1784^ 

ÂHMiE { du 4 février 1788 et 

I 1" novembre 1790.... 290^000 
h) pour le service de terre 
à Santiago de Cuba. . . . 146^000 

FORTIFICATIONS; d'aprës la cédule royale 

du 4 février 1788 iSo^ooo 

Tabac • ^ c'est-à-dîreachatdes feuilles 

et fabrication du tabac des- 
thié pour Séville^ d'après 
les cédules des a août 1 744 
et 22 décembre 1767.. . . Soo^ooo 



Total. ........ i;826^ooo pJ 

On peut ajouter à cette somme de neufmil^ 
lions de francs / qui tombent aujourd'hui à la 
charge des caisses de la Havane, 567,000 
piastres que le Mexique payoit pour secourir 
la Trésorerie de la Louisiane; 1 5 1^000 p. 
pour la Floride, et 677,000 p. pour File de 
Portorico. 

Je termine ici V Essai politique sur Ctle de 
Cuba , dans lequel j'ai retracé l'état de cette 
importante possession de TEspagne , tel qu'il 
est de nos jours. Historien de l'Amérique, j'ai 
voulu éclaircir les Èûts et préciser les idées, 

I. 20 



3o6 ESSAI POLITIQUE 

à l'aide de comparaisons et de tableaux sta- 
tistiques. Çettp investigation , presque minu-* 
tieuse des £iits, semble nécessaire dans un 
moment où| d*ua côté, l'enthousiasme qui 
conduite une bienveillante crédulité; de l'autre^ 
des passions haineuses qu'importune la sécurité 
dés nouvelles républiques, ont donné lieu aux 
aperçus les plus vagues et les plus erronée. 
D'après le pIa^ de mon ouvrage , je me suis 
abstenu de tout raisonnement sur les chances 
futures j sur la probabilité des changemens 
que la politique extérieure peut amener dans 
la situation des Antilles j j'ai examiné seulement 
ce qui regarde Torganisatioa des sociétéi hu- 
maines ; l'inégale répartition des dnMts et des 
jouissances de la vie ; les dangers menaçans que 
lai sagesse du légidateur et la modération des 
hommes libres peuvent éloigner, quelles que 
soient les fornies àa gpuvernem^it. U appaiv- 
"tient au voyageur qui a vu de près ce qui 
tourmente ou dégrade la nature humaine, de 
faire parvenir les plaintes de l'infortune à 
ceux qui peuvent la soulager. J'ai observé 
l'état des noirs dans des pays où les lois, la 
religion et les habitudes nationales tendent à 
adoucir leur sort; et cependant j'ai conservé, 



SL& l'ils de gdia. 007 

ea quittant FAinérique , cette même horreur 
de l'esclavage que j'en avoi3 conçue en Eu- 
rope* C'est en vain que des écriyains sptx^ 
tuels , pour voiler la barbarie des institutions 
par les ingénieuses fictions du langage, ont 
inventé les mots de paysans^nègres des An-»- 
tilles^ de vasselage noir et de protection pa-^ 
triarcale : c'est pro&ner les nobles arts de l'«s^ 
prit et de l'imagination , que de disculper, par 
des rapproehemens illusoires, ou des sopbis- 
mes captieux, les excès qui affligent l'huma* 
nité et lui préparent dq viplentes commotions. 
Groit-on acquérir le droit de se dispensa de 
la coauniséralioB y si l'on compare < Tétat des 

^ Ces rapproehemens ne tranquillisent qne ceux qnS, 
partisans secrets de la traite des noirs^ cherchent à 
s'étourdîr ^jt les malheurs de la race noire ^ et se ré- 
Toltcnt; pour ainsi dire^ contre toute émotion qui 
pourroît les surprendre. Souvent on confond l'état per- 
manent d'une caste ^ fondé sur la barbarie des lois et 
des institutions, avec les excès d'un pouToir exercé 
motnentanément sur quelques individus. C'est ainsi 
qne M. Bolingbroke , qui a yécu sept ans à Demerary 
et qui a visité les Antilles, n'hésite par de répéter 
« qu'à bord d'un vaisseau de guerre anglois on donne le 
fouet plus souvent que dans les plantations des colonies 
angloiscs. » Il ajoute « qu'en général on fouette très- 

20* 



Du8 EASAI POLITIQUE 

noirs avec celui des serfs moyen âge, avec l'é- 
tat d'oppression dans lequel gémissent encore 
quelques classes dans le nord et dans l'est de 
l'Europe ? Ces comparaisons , ces artifices de 
langage, cette impatience dédaigneuse avec 
laquelle on repousse , comme chimérique , jus- 
qu'à Fespoir d'un abolissement graduel de l'es- 
clavage f sont des armes inutiles dans les temps 
où nous vivons. Les grandes révolutions qu'ont 
subies le continent de l'Amérique et l'Archi- 

peu les nëgres^ mais qu'on a imaginé des moyens de 
correction trës-raîsonnables^ comme de faire manger 
de la soupe bouillante et fortement poivrée^ ou de 
boire y avec une cuiller très-petite ^ une solution de 
sel de Glauber. » La traite lui paroit un untversal 
henefitf et il est persuadé que si Ton laissoit retourner 
aux côtes d'Afrique les nègres qui, pendant vingt ans^ 
ont joui , à Demerary, « de toutes les commodités de la 
▼ie des esclaves ^ » ils y feroient une belle recrue et 
amèneroient des nations entières aux possessions an- 
gloises. )) {Voyage io Demarary^ 1807, F* *^7> 108, 
116, i56. ] Voilà sans doute une foi de colon bien 
ferme et bien naïve; cependant M. Bollngbroke» 
comme le prouvent plusieurs autres passages de son 
livre ; est unbomme modéré^ rempli d'intentions bien* 
veillantes pour les esclaves. 



SUR L*ILE DE CUBA. 30Q 

pel des Antilles, depuis le commencemeut du 
dix-neuvième siècle, ont agi sur les idées et 
sur la raison publique dans les pays mênae où 
l'esclavage existe et commence à se modifier. 
Beaucoup d'hommes sages et vivement inté- 
ressés à la tranquillité des îles à sucre et à es -^ 
claves sentent qu'on peut, par un libre accord 
entre les propriétaires, par des mesm:*es éma- 
nées de ceux qui connoissent les localités, 
sortir d'un état de crise et. de malaise dont 
l'indolence et l'obstination augmenteront les 
dangers. Je tâcherai de donner à la fin de ce 
chapitre quelques indications sur la possibi- 
lité de ces mesures, et je prouverai, par des 
citations tirées de pièces officielles, qu'à la 
Havane ; long-temps avant que la politique ex- 
térieure eût pu influer en rien sur les opi- 
nions, les autorités locales les plus attachées 
à la métropole ont montré de temps en temps 
des dispositions favorables à l'amélioration de 
l'état des noirs. 

L'esclavage est sans doute le plus grand de 
tous les maux qui ont affligé l'humanité, soit 
qu'on considère l'esclave arraché à sa famille 
dans le pays natal et jeté dans les entrepôts 



3lO ESSAI rOLlTIQUE 

ê 

d'uD bâtiment négrier '^ sôit qu'on le consi- 
dère comme Ëtisant partie du troupeau d'hom- 
mes noirs parqués sur le sol des Antilles ; mais 
il y a pour les individus des degrés dans les souf- 
frances et les privations. Quelle distance entre 
un esclave qui sert dans la maison d'un honmte 
riche, à laHavane et à Kingston , ou qui travaille 
pour son compte ^ en ne donnant à son maître 
qu'une rétribution journalière, et l'esclave at- 
tachée unesucrerie ! Les menaces par lesquelles 
on cherche à corriger un nègre récalcitrant , 
font connoître cette échelle des privations hu- 
maines. On menace le calessero dxicafetal; l'es- 
clave qui travaille au cafetal est menacé de la 

^ fc Si l'on fouette les esclaves, disoitun des témoins 
à V enquête parlementaire de 1 789 , pour les faire dan- 
ser sur le pont d'un bâtiment négrier, si on les force à 
chanter en chœur : messe y messe y mackerida { qjiie 
l'on vit gaiement parmi les blancs), cela ne prouve 
que les soins que nous prenons pour la santé des 
hommes. « Des soins si délicats me rappellent que^ 
dans la description d'un auto-da-fé que je possède, 
on yante la prodigalité avec laquelle on distribuoit des 
rafraichissemens aux condamnés et « cet escalier que 
les familiers de l'inquisition ont fait pratiquer dans 
l'intérieur du bûcher pourla commodité clés reloûcados» » 



SUR LIL£ D£ GIBA/ Oît 

sucrerie. Dans ceUe-^ci y le noir qtii a une femme ^ 
qui habite une case séparée > qnij affectueux 
comme le sont la plupart des Africains^ trouTe , 
après le travail , des soins au milieu d'une, fa- 
mille in<£gentey a un sort qu'on ne peut com* 
parer à celui de l'esclave isole et perdu dans ' 
la masse. Cette diversité de position échappe 
à ceux qui n'ont pas eu devant leurs jeux le 
spectacle des Antilles. L'amélioration progrès- 
sÏYe d'état, dans la caste ser vile même, fait 
concevoir comment , dansl'île de Cuba, le luxe 
des maîtres et la possibiUté du gain par le trà*^, 
vail ont pu attirer ', dans les villes,, plus de 
80,000 esclaves} comment raffrancbissement,. 
favorisé par la sagesse des lois , a pu devenir It^- 
lement actif qu'il a produit , en nous arrêtant à 
l'époque actuelle, plus de i3o,ooo libres de cou- 
leur. C'est en discutant la position individuelle 
de chaque classe, en récompensant d'après 
l'échelle décroissante des privations , l'intelli- 
ge nce , l'amour du travail et les vertus domes- 
tiques , que l'administration coloniale trouvera 
les moyens d'améUorer le sort des noirs. La 
philanthropie ne consiste pas à donner a un 
peu de morue de plus et quelques coups de 

* Foye» plus haut, p. 3oo. 



Si 3 ESSAI POUTiQLf 

fouet de moins; » une vëritable amélioration 
de la classe servile doit s^ëtendre sur la posi- 
tion entière 9 morale et physique de l'homme. 
L'impulsion peut être donnée, par ceux des 
gouveinemens européens , qui ont Je senti- 
ment de la dignité humaine , qui savent que 
tout ce qui est injuste porte un germe de des~ 
truction ; mais cette impulsion (il est affligeant 
de le dii^e) sera impuissante 9 si la réunion des 
propriétaires, si les assemblées ou tégUlatares 
coloniales, n'adoptent pas les mêmes vues^ 
n'agissent pas d'après un plan bien concerté, 
et dont le dernier but est la cessation de l'es- 
clavage dans les Antilles. Jusque-là on a beau 
Êdre enregistrer les coups de fouet , diminuer 
le nombre de ceux que l'on peut infliger à la 
fois, exiger la présence de témoins, nommer 
des protecteurs des esclaves ; tous ces régle- 
mens , dictés par les intentions les plus bien- 
veillantes, sont faciles à éluder. L'isolement 
des plantations rend leur exécution impossi- 
ble. Ils supposent un système d'inquisition do- 
mestique incompatible avec ce que l'on appelle 
dans les colonies ce des droits acquis. » L'état 
d'esclavage ne peut être paisiblement amélioré 
en son entier que par l'action simultanée des 



r SUR l'île de cuba. 01 3 

hommes libres (blancs et de couleuF) qui ha- 
bitent les Antilles j par les assemblées et légis- 
latures coloniales; par l'influence de ceux qui, 
jouissant d'une grande considération morale 
parmi leurs compatriotes et connoissant les lo* 
caUtés , savent varier les moyens d'améliora- 
tion d'après les moeurs , les habitudes et la po- 
sition de chaque île. C'est en préparant ce tra- 
vail qui devroit embrasser à la fois une grande 
partie de l'Archipel des Antilles , qu'il est utile 
de jeter les yeux en arrière et de peser les 
événemens par lesquels FafFranchissement 
d'une partie considérable du genre humain a 
été obtenu en Europe dans le moyen âge. 
Lorsqu'on veut améhorer sans commotion , il 
faut faire sortir les nouvelles institutions de 
celles même que la barbaiie des siècles a con- 
sacrées. On aura de la peine à croire un jour 
qu'il n'existoit, avant 1826, dans aucune des 
Grandes Antilles, une loi qui empêdiât qu'on 
ne pût vendre les enfans en bas âge et les sé- 
parer de leurs parens, qui défendit la méthode 
aviUssante de marquer les nègres avec un fer 
chaud, simplement pour reconnoître plus fa- 
cilement le bétail humain. Décréter ces lois 
pour ôter jusqu'à la possibilité d'un outrage 



3l4 J^Sî^AI POLITIQUE 

barbare ; fixer, dans chaque sucrerie , le rap* 
port entre le plus petit nombre de négresses 
et celui des nègres cultivateurs; accorder la 
liberté à chaque esclave qui a servi i5 ans, 
à chaque négresse qui a élevé 4 ou 5 enfans; 
affranchir les uns et les autres y sous la con-* 
dition de travailler un certain nombre de jours 
au profit de la plantation ; donner aux esclaves 
une part dans le produit net, pour les intéresser 
à l'accroissement de la richesse agricole '; 
fixer sur le budjet des dépenses publiques une 

^ Le général La fa jette , dont le nom se lie à tout 
ce qui promet de contribuer à la liberté des hommes 
et d'améliorer leur sort par des institutions, ayoit 
conçu ^ dès l'année 1785, le projet d'acheter ^ à 
Cayenne, une habitation pour la partager entre les 
noirs qui la cul tiy croient 9 et dont le propriétaire re- 
nonceroit , pour lui et ses descendans , à toute espèce 
de gain. Il avoit intéressé à cette noble entreprise les 
prêtres de la Mission du $aint*£sprit^ qui possédoient 
eux-mêmes des terres dans la Guyane françoise. Une 
lettre du maréchal de Gastries, en date du 6 juin 1785; 
prouve que l'infortuné Roi Louis XY I ^ étendant ie& 
intentions bienfaisantes jusque sur les noirs et les libres^ 
de couleur^ avoît ordonné de faire des essais semblables 
aux frais du gouvernement. M. de Richeprey, chargé 
par M. de Lafayette du partage des terres entre Ic^ 
noirs , mourut des suites du climat de Cayenne. 



/ SUR L*1LE DE CUBA. 3l5 

somme destinée pour le rachat des esclaves ' 
et pour l'amëlioration de leur soit , voilà les 
objets les plus urgensde là législation coloniale. 
Sur le continent de FÂmérique espagnole, 
la conquête^ aux Antilles ^ au Brésil et dans les 
parties méridionales des Etats-Unis , la traite 
des noirs ont réuni les élémens de popula- 
tion les plus hétérogènes. Or ce mélange 
bizarre d'Indiens, de blancs, de nègres, de 
métis ^ de mulâtres et de zambos se montre 
accompagoé de tous les périls que peuvent en- 
gendrer l'ardem^ et le dérèglement des pas- 
sions^ à ces époques hasardeuses où la société, 
ébranlée dans ses fondemens, commence une 
ère nouvelle. Ce que le principe odieux du 
système colonial^ celui d'une sécurité, fondée 
sur l'inimitié des Castes , a préparé depuis des 
siècles, éclate alors avec violence. Heureuse- 
ment le nombre de noirs étoit si peu considé- 
rable dans les nouveaux états du continent es- 
pagnol , qu'à l'exception des cruautés exercées 
dans le Venezuela, où le parti royaliste avoit 
armé les esclaves, la lutte entre les indépen- 
dans et les soldats de la métropole n'a pas 
été ensanglantée par les vengeances de la po- 
pulation servile. Les hommes de couleur hbres 



3l6 ESSAI POLITIQUE 

(noirs, mulâtres, etmestizos) onteinbrassé arec 
chaleur la cause nationale ; et la race cuivrée, 
dans sa méfiance timide et sa mystérieuse im- 
passibilité, est restée étrangèœ à des mouve- 
mens dont elle profitera malgré elle» Les In- 
diens, long- temps avant la révolution, étoient 
des agriculteurs pauvres et libres; isolés parla 
langue et les mœurs , ils vivoient séparés des 
blancs. Si , au mépris des lois espagnoles , la 
cupidité des corregidores et le régime tracas- 
sier des missionnaires entravoient souvent leur 
liberté, il y avoit loin de cet état d'oppression 
et de gêne à un esclavage personnel comme 
celui des noirs, à un servage coimne celui 
des paysans dans la partie slave de l'Eiirope. 
C'est le petit nombre de noirs, c'est là liberté 
de la race aborigène dont l'Amérique a con- 
servé plus de huit millons et demi sans mé- 
lange de^ang étranger, qui carectérisent les 
anciennes possessions continentales de l'Es- 
pagne, et rendent leur situation morale et po- 
litique entièrement différente de celle des 
Antilles, où, par la disproportion entre les 
homihes libres et les esclaves , les principes da 
système colonial ont pu se développer avec le 
plus d'énergie. Dans cet Archipel , coname 



SLR l'iLE de cuba. ôi'J 

au Brésil (deux portions del' Amérique qui ren- 
fermeot près de trois millions deux cent mille 
jesclaves), la crainte d'une réaction de la part 
des noirs, et celle des périls qui entourent les 
blancs, ont été jusqu'à ce jour la cause la plus 
puissante de la sécurité des métropoles et dû 
maintien de la dynastie portugaise. Cette sé- 
curité, par sa nature même, peut-elle être de 
longue durée? Justifîe-t-elle l'inaction des gou- 
vememens qui négligent de remédier au mal 
quand il en est encore temps ? J'en doute. Lors- 
que, sous l'influence de circonstances extraor- 
dinaires, les craintes seront affoiblies , et que 
des pays où l'accumulation des esclaves a donné 
à la société le mélange funeste d'elémens hé- 
térogènes, seront entraînés peut-être malgré 
eux dans une lutte extérieure, les dissentions 
civiles se manifesteront dans toute leur vio- 
lence ; et les familles européennes, innocentes 
d'un ordre de choses qu'elles n'ont point 
créé, seront exposées aux dangers les plus 
imminens. 

On ne sauroit assez louer la sagesse de la 
législation dans les nouvelles républiques de 
l'Amérique espagnole qui, dès leur naissance, 
ont été sérieusement occupées de l'extincton 



3l8 ESSAI POLITIQUE 

totale de Tesclavage. Cette vaste portion \de la 
( terre a , sous ce rapport , un avantage immense 

sur la partie méridionale des Etats-Unis , où 
les blancs, pendant la lutte contre l'Angle- 
terre, ont établi la liberté à leur profit, et où 
la population esclave, déjà au nombre d'un 
million six cent mille , augmente plus rapide- 
ment encore que la population blanche '. Si 
la civilisation se déplaçoitau lieu de s'étendre; 
si, à la suite de grands et déplorables boule- 
versemens en Europe, rÂmérique, entre le 
Gap Hatteras et le Missoury , devenoit le si^ 
principal des lumières de la chrétienté, quel 
spectacle ofFriroit ce centre de la civilisation 
où, dans le sanctuaire de la liberté, on pour- 
roit assister à une vente de nègres après dicè$^ 
entendre les sanglots des parens qu'on sé- 
pare de leurs enfans ! Espérons que les piîn- 
cipes généreuse qui animant depuis long-temps^ 

^ Voyez plus haut, p. 35i« \ 

■ 

* Déjà, en 1 7B9 ( quarante-six ans ayant la. décla- 
ration du congrès de Vienne 9 et tcenjte-huit aps ayant 
l'abolition de la traite, décrétée à Londres et à Wa- 
shington), la chambre des représentans de Massa- 
chusetts ayoit séyi contre tke unnatnral and untoat" 
rantahle cnsiom ofenslaving mankind, (Voyez Wakhj 



SUR l'île D15 CUBA. OÎQ 

le^ législatures dans les parties septentrionales 
des Etats-Unis , s'étendront peu à peu vers le 
sud et vers ces répons occidentales où » par 
suite d'une loi imprudente et funeste ', Tes- 
clavage et ses iniquités ont passé la chaîne des 
ÂUeghanys et les rives du Mississipi; espérons 
que la force de l'opinion publique , le progrès 
des luqpiiëres , l'adoucissement des mœurs , la 
législation des nouvelles républiques conti- 
nentales, et le grand et heureux événement 
de la reconnoissance d'Haïti par le gouverne- 
ment françois , exerceront y soit par des motifs 
de prévoyance et de crainte , soit par des sen- 
timens plus nobles et plus désintére$sés, une 
influence heureuse surl'amérioration de l'état 

Appeal to the United Statea y 1619, p. 5ia.}L'éciio 
Tain espagnol, AvendanOy est peut-être le premier 
qui s'est éleyé avQC forc^, noi^ seulement contre .le 
oan^nerce des esclaves , aUiorré même des Afgai^s 
[Elpbimtone ^ Joum, to the Cafiuly p. 245], mais 
contre l'esclavage en général , et contre « toutes les 
sources iniques de la ricliesse coloniale. » Thésaurus 
ind, , Tom. I , tit. g 9 cap. a. 

^ Rufua King, Speeches on the Missouri Bill 
(Ncw-Toi4l, 1819). North'American Review, n® 26, 
p. 157-168. 



Ô20 ESSAI POLITIQUE 

des noirs dans le reste des Antilles, dans Des 
Garolines, les Guy an es et le Brésil. 

Pour parvenir à relâcher progressiTcment les 
liens de l'esclavage, ilfautle plus strict maintien 
des lois contre la traite, des peines inÊunantes 
prononcées contre ceux qui l'enfreignent , la 
formation de tribunaux mixtes et le droit de 
visite exercé avec une équitable réciprocité. 
Il est triste sans doute d'apprendre que, par la 
dédaigneuse et coupable insouciance de quel- 
ques gouvememens de l'Europe , la traite , de- 
venue plus ciiielle , parce qu'elle est plus oc- 
culte, enlève de nouveau à l'Afrique, depuis 
dix ans, presque le même nombre de noirs 
qu'avant 1807 y Q^^on ne sauroit conclure de 
ce fait l'inutilité, ou, comme disent les partisans 
secrets de l'esclavage, l'impossibilité pratique 
des mesures bienfaisantes adoptées d'abord 
par le Danemarck^ les Etats-Unis, la Grande- 
Bretagne , et successivement par tout le reste 
de l'Europe. Ce qui s'est passé depuis 1807 j"^ 
qu'au moment ou la France est rentrée dans 
la possession d'une partie de ses anciennes co- 
lonies, ce qui se passe^de nos jours chez les 
nations dont les gouvememens veulent sincè- 
rement l'abolition de la traite et de ses abo- 



SUR l'île de cuba. 521 

minables pratiques , prouvent la fausseté de 
celte conclusion* D'ailleurs, est-il raisonnable 
de comparer numériquement les importations 
d'esclaves de iSaS et de 1806? Avec l'activité 
qui règne dans toutes les entreprises indus- 
trielles , quel accroissement n'auroit pas pris 
l'importation des nègres dans les Âdtilles an- 
gloises j et les parties méridioùales des Etats- 
Unis, si la traite, entièrement libre, avoit 
continue à y déposer de nouveaux esclaves et 
avoit rendu superflus les soins pour la conser- 
vation et l'augmentation de la population an- 
cienne? Croit^on que le commerce anglois se 
seroit borné, comme en 1806^ à la vente de 
53,000; les Etals-Unis, à la vente de i5,ooo 
esclaves ? On sait, avec assez de certitude , que 
les Antilles angloises seules ont reçu, dans les 
106 années qui ont précédé celle de 1786, 
plus de 2,i3o,ooo nègres an^achés des côtes 
d'Afrique. Au moment de la révolution fran- 
çoise, la traite fournissoit (d'après M. Norris) 
74)000 esclaves par an , dont les colonies an- 
gloises absorboient 38, 000 ; les colonies fran- 
çoises, 20,000. îl seroit facile de prouver que 
toul l'Archipel des Antilles, dans lequel il existe 
aujourd'hui à peine 2,400^000 nègres et mûlâ- 
I. 21 



,022 ESSAI POLITIQUE 

I 

. ires (libres et esclaves), a reçu , de 1670 à 182&, 
près de cinq millions d'Africains (negroi bo- 
zales). Dans ces calculs révoltans sur la coo- 
$oi)iina]Lion de l'espèce humaine , on n'a pas 

. tenu compte du nombre des mallieureux. es- 
claves qui ont péri pendant la traversée, ou 
qui ont été (étés à la mer comme des marchan- 
dises avariées ^ Or, de combien de milliers ne 
faudroit'il pas augmenter les pertes, si les deux 
peuples qui ont le plus d'ardeur et le plus d^in- 
telligence dans le dé veloppement de leur com- 
merce et de leur industrie, les Ânglois et les 

' habitans des Etats- Unis, av oient continué, de- 
puis 1807, à prendre aussi librement part à la 
traite que le font d'autres peuples de l'Europe? 
Une triste expérience a prouvé combien les 
traités du 1 5 juillet i8i4etdui22 janvier 181 5, 
d*après lesquels l'Espagne et le Portugal se ré- 
servoient^ encore ce la jouissance du commerce 

* F'oyex fli\shsL\ii, p. b5i. Voyez aussi l'éloquent 
discoures de M. le duc de Broglie (28 mars 1822)^ p*4o; 
43,96. 

' « Dîccn nuestros Indios del B^io Gaura cuando se 
confiesan que ya entlenden que es pecado corner 
carne humana; pero pidcn que se les permita desa- 
costumhrarse pdct) à poco : quieren corner la carne 



SUR l'île de CUBA. 3^3 

des noirs » pendant un certain nombre d'an- 
nées, ont e'té funestes pour l'iiumanité. 

Les autorite's locales, ou, pour mieux dire, 
les riches propriétaires, formant VAyunta- 
miento de la Havane, le Consudado et la So- 
ciété patriotique y ont montré, en plusieurs oc- 
casions ', des dispositions favorables pour 
l'amélioration du sort des enclaves. Si le gou- 
vernement de la métropole , au lieu de re- 
douter jusqu'à l'apparence des innovations, 
avoit su tirer parti de ces circonstances heu- 
reuses et de Tascendant de quelques hommes 
de talent sur leurs compatriotes, l'état de la 
société auroit éprouvé des changemens pro- 
gressifs, et , de nos jours, les habitans de l'île 
de Cuba jouiroient déjà des améliorations qui 
ont été discutées il y a trente ans. Les mou- 
vemens de Saint-Domingue, en 1790, et ceux 
de la Jamaïque , en 1 794? causèrent de si vives 
alarmes parmi les hacendados de l'Ile de Cuba, 

humana una vcz al mes, despues cada très incse>, 
liasta que sîq sentirlo pierdan la costurahre. » Carias 
de I08 Rev. Padres Observantes, n" 7. (manuscrit.) 

^ Representacion al Bey do 10 de Julio de 1799 
(manuscrit). 

21 * 



3â4 ESSAI POLITIQUE 

qu'on débattit avec ardeur, dans une Junta 
economîcay ce que Ton pourroit tenter pour 
consenrer la tranquillité du pajs. On fit des 
réglemens sur la poursuite des fugitifs ^ qui, 

^ Reglamento sobrô los Negroa Cimmarmnes de 
aode Dec. de 1796. Ayant Tannée 1788^ il 7 aroit 
beaucoup de nègres fugitifs (cimmarroneB^ dans les 
montagnes de Jaruco, où ils étoient quelquefois apa^ 
lancadaSf c'est-à-dire où plusieurs de ces malheureux 
formoient; pour leur commune défense 9 de petits re- 
trancbemens arec des troncs d^arbres amoncelés. Les 
nègres marrons 9 nés en Afrique ^ ou dozales, sont 
faciles a prendre; car la plupart 9 dans le Tain espoir 
de trouyer la terre natale , marchent jour et nuit yers 
l'est. Ils sont 9 lorsqu'on les prend, si exténués de 
Êitigues et de faim, qu*on ne les sauve qu'en leur 
donnant, pendant plusieurs jours, de trës-petîtes 
quantités de bouillon. Les nègres marrons-créoles se 
cachent le jour dans les bois et volent des vivres pen- 
dant la nuit. Jusqu'en 1790, le droit de prendre les 
nègres fugitifs n'appartenoit qu'à V Alcade mat/or pro- 
vincial, dont la charge étoit héréditaire dans la famille 
du comte de Bareto. Aujourd'hui , tous les habitans 
peuvent saisir les marrons , et le propriétaire de Fes- 
clave paie, outre la nourriture , 4 piastres par tête. Si 
l'on ignore le nom du maître , le Çonsulado emploie 
le ncgre marron dans les travaux publics. Cette chasse 
aux hommes, qui a donné, tant à Haïti qu'à la Ja* 



SUR l'île de cuba. 02S 

jus(£u'alors/ âvoit donné lieu aux plus coupa- 
bles excès ^ on proposa d'augmenter le nom- 
bre des négresses dans les sucreries , de mieux 
soigner l'éducation des enfans, de diminuer 
l'introduction des nègres d'Afrique, de faire 
venir des colons blancs des Canaries et des 
colonsindiens duM exique> d'établir des écoles 
dans les campagnes pour adoucir les moeurs 
du bas peuple, et pour mitiger l'esclavage 
d'une manière indirecte. Ces propositions n'eu- 
rent pas l'effet désiré. La cour s'opposa à tout 
système de transmigration ; et la majorité des 
propriétaires, livrée à d'anciennes illusions de 
sécurité, ne voulut pins restreindre la traite 
des nègres , dès que le haut prix des denrées 
fît naître l'espoir d^un gain extraordinaire. Il 
seroit injuste cependant de ne pas signaler, dans 
celte lutte entre des intérêts privés et des vues 
d'une sage politique , les vœux et les principes 
énoncés par quelques habitans de l'île de Cuba, 
soit en leur nom , soit au nom de quelques cor- 
porations riches et puissantes. ((L'humanité de 

maïque, aux clûeas de Cuba, utie funeste célébrité , 
se faîsoit de la raauicrc la plus cruelle avaul le règle- 
ment que j'ai cité plus haut. 



3:^ ESSAI POLITIQUE 

notre législation, dit noblement M. d'Arango ', 
clans un mémoire rédigé en 1796, accorde à 
Fesclave quatre droits (quatro consuelos), qui 
sont autant d'adoucrssemens à ses peines , et 
que la politique étrangère lui a constamment 
refusés. Ces droits sont, le choix d'un maître 
moins sérère " j la faculté de se marier d'après 
son penchant; la possibiUté de racheter sa li- 
berté ^ par le travail , ou de Tobtenir comme 



i 



Informe sobre negrosfugitivos {de 9 de Jnnio 1 796), 
^fOT Don Francisco de ^rango y Pûrefio , Otdor Jurnih- 
rario y syndico del ConsulaSo. 

^ C'est le droit de buscar amo. Dès qae PesclaTe a 
trouvé un nouveau maitrc qui veut Fs^cbetery il pept 
quitter le premier dont il croît avoir k se pUindre : 
tel est le sens et l'esprit d'une loi bienfaisante » mais 
souvent éludée^ comme le sont toutes les lois qui pro- 
tègent les esclaves. C'est dans l'espoir de jouir c!u pri- 
vilège de buscar amo que les noîrs adressent souvent, 
aux voyageurs qu'ils rencontrent, une question qui, 
dans l'Europe civilisée , oii l'on vend parfois son vot^ 
ou son opinion , ne se fait jamais à baute voisL i^uiere 
Ftn, comprartne (voulez- vous m'acbeter) ? 

^ L'esclave dans les colonies espagnoles doit être 
évalué , selon la loi , au prix le plus bas : cette évalua- 
tion étoit, à l'époque de inon voyage, selon les 
localités , de 200 à 38o piastres. Nous avons vu plus 



SUR l'île de cuba. 3^7 

rémunération de ses bons services 5 le droit 
de posséder quelque chose, et de payer, par ' 
une propriété acquise, la liberté de sa femine 
et de ses enfans '. Malgré la sagesse et la dbu- 

haut (p. 55 1 et 589), qu'en i8a5, le prix d'uÀ ucgre 
adulte étoît, à l'ile de Cuba, de45o piastres. £a 17S8, 
le commerce françois foumissoit le nègre pour a8o à 
3oo piastres. '^Page, Traité d^ économie politique des 
colonies, Tom. "VI, p. 4^ et 43.) Un esclave coûlort, 
chez les Grecs, 3oo a 600 drachmes (54 à 108 piastres), 
lorsque la journée d'un manœuvre se payoît 77 de 
piastre. Tandis que les lois et les institutions espa- 
gnoles favorisent de toutes les manières la mannmis^ 
sion, lé maître, dans les Antilies non espagnoles, paie 
au fisc , pour chaque esclave affranchi ^ cinq à sept 
cents piastres! 

^ Quel contraste entre l'humanité des plus anciennes 

lois espagnoles concernant l'esclavage et les traces de 

barbarie qu'on trouve à chaque page dans le Code noir, 

et dans quelques lois provinciales des Antilles an* 

gloises ! Les lois de Barbados , données en 1688 , celles 

des Bermudes, données en i^So, ordonnent que le 

maître qui tue son nègre , en le châtiant, ne peut être 

poursuivi , tandis que le maître qui tue l'esclave par 

malice paiera 1 o livres sterling au trésor royal. Une 

loi dé saint Christophe, du 11 mars 17849 commence 

par ces mots : a Whereas some persons hâve 0/ late 

been guilty of cutting of and depriving slaves of their 



328 ÏSSAI POIIKQUE 

ceur de la législation espagnole, à combien 
d'excès l'esclave ne reste-t-il pas exposé dans 
la solitude d'une plantation ou d'une ferme, là 
ou un capate:?^ grossier, armé d'nn coutelas. 
{machète) et d'un fouet, exerce impunément 
son autorité absolue! La loi ne limite ni le 
châtiment de l'esclave ni la durée du travail ; 
elle ne prescrit pas non plus la qualité et la 
quantité des alimens ^ Elle permet à l'esclave , 
il est vrai, d'avoir recours au magistrat, pour 
que celui ci enjoigne au maîti'e d'être plus 
équitable : mais ce recours est à peu près illu- 
soire j car il existe vme autre loi d'après laquelle 

e^s', » nous ordoqnons que quiconque aura extirpé un 
œil 9 arraché la langue de l'esclave , ou coupé son nez, 
paiera $00 liyres sterling, et sera.condamné à six mob 
de prison. » Jp n'ai pas besoin d'ajouter que ces lois 
ançloîsçs, qui ont été en vigueur il y a 3o à 4p ans^ 
sont abolies çt remplacées par des lois plus tuipaines. 
Que n'en puls-je dire autant de la législation des An- 
tilles françoises, où six jeunes esclaves, soupçonnés 
d'avoir voulu s'enfuir, ont eu, d'après un arrêt pro- 
noncé en i8.;5 , les jarrets coupes! [Voyez aussi plus 
haut, p. 524 etsuiv. 

. * X^necéduleroyiaîeyàii'ii mai 178g, avoit tenté 
<Je régler la nourriture et le vêtement, mais celtç 
çc'(fu(e n'a jamais été exéputéç. 



Sun l'ile^de cuba. 329 

on doit arrêter et renvoyer au maître chaque 
esclave qu'on trouve non muni d'une permis- 
sion, à une lieue et demie.de distance de la 
plantation à laquelle il appartient. 'Comment 
peut parvenir, devant le magistrat, l'esclave 
fustigé, ex tenue par la faim et par Içs excès 
du travail? S'il y parvient, comment sera-t-^ 
il défendu contre un maître puissant qui cite 
pour témoins les complices salariés de ses 
rigueurs?» 

Je terminerai en citant un autre morceau 
très-remarquable extrait de la Representacion 
4et jéyuntamientQ , Consulado y Sociedad pa^ 
triotica, en date du 20 juillet 181 1. Dans tout 
ce qui ^ rapport aux changemens à introduire 
dans l'état de la classe servile^ il s'agit beau-^. 
cpup moins de nos craintes sur la diminution 

^ a Hasta abandono hemos de species muy favorable 
que pasan por inconcusas en esas nacionaa çultas. Tal 
es la de que sin negros esclavos no pudîera haber 
colouias. Nosotros contra este dictamen decîmos que 
sin esclavitud, y aun sin negros^ pudo haber lo que 
por colonîas se cntiende , 7 que la diferencia habria 
estado en las majores ganancias 6 en los mayores pro- 
gresos. » (^Documentas sobre el trajico y esclavitud de 
f^grosy \^it\, p. 78-80.) 



/ 



33o ESSAI POLITIQUE 

des richesses agiîcoles que tle la sécurité des 
blancs si facile à compromettre par des me- 
sures imprudentes. D'ailleurs, ceux qui accu- 
sent le consulat et la municipalité de la Havane 
d'une résistance opiniâtre oublient que, dès ' 
l'année 1 799, ces mêmes autorités ont proposé 
inutilement qu'on s'occupât de l'état des noirs 
dans l'île de Cuba {del arregb de este delicado 
asunto). Il y a pins encore : nous sommes loin 
d'adopter des maximes que les nations de FEu- 
rope, qui se vantent de leur civilisation ^ ont 
regardé comme irrécusables; par exemple, 
celle que , sans esclaves, il ne peut j avoir de 
colonies. Nous déclarons, au contraire, que, 
sans esclaves et même sans noirs , il auroit pu 
exister des colonies ^ et que toute la différence 
avroit été dans le plus ou le moins de gain, 
dans l'accroissement des produits plus ou 
moins rapide. Mais, si telle est notre ferme 
persuasion , nous devons rappeler aussi à y© tfè 
Majesté qu'une organisation sociale, dans 
laquelle l'esclavage s'est une fois introduit 
comme élément^ ne peut être changée avec 
une précipitation irréfléchie. Nous sommes 
loin de nier que. ce fût un mal contraire- aux 
principes moraux de traîner des esclaves d'un 



SUR l'île de cuba. 35 1 

contiiïent à l'autre; que ce fût une erreur en 
politique de ne pas écouter les plaintes qu'Ô-' 
tando , le gouverneur d'Hispaniola , porta 
contre l'introduction et l'accumulation detant 
d'esclaves à côté d'un petit nombre d'hommes 
libres ; mais, lorsque ces maux et ces abus sont 
déjà invétérés, nous devons éviter d'empirer 
notre position et celles de nos esclaves par 
l'emploi de moyens violens. Ce que nous vous 
demandons. Sire , est conforme au vœu énoncé 
par un des plus arderis protecteurs des droits 
de l'humanité, par l'ennemi le plur* acharné 
de l'esclavage ; nous voulons , comme lui , que 
les lois civiles nous délivrent à la fois des abus 
cft des dangers. » . 

' Ç*est de la solution de ce problême que dé* 
pendent j dans les seules Antilles, en excluant 
la république d'Haïti, la sécurité de 875,000 
libres (blancs et hommes de couleur *) et l'a- 
douci ssemént du sort de 'i,i5o,ooo esclaves. 
Nous avons démontré qu'elle ne pourra être 
obtenue par des moyens paisibles , sans la par- 

*. Savoir : 4^2,000 blancs, dont 54^2,000 dans les 
deux seules 'Antilles cspaf;noles (Cuba et Portorîco), 
et 4d^^ooo libres de couleur/muldtres et neîrs. 



33a ESSAI rouTiQiE 

tipation des autorités locales , soit assemblées 
coloniales j soit réunions de propriétaires dé- 
signés sous des noms moins redoutés par les 
vieilles métropoles. L'influence directe des au- 
torités est indispensable , et c'est uue funeste 
erreur de croire a qu'on peut laisser agir le 
temps. )) Oui, le temps agira simultanément 
sur les esclaves I sur les rapports entre les îles 
et les habitans du continent, sur des événe- 
mens qu'on ne pourra point maîtriser, lors- 
qu'on les aura attendus dans une apathique 
inaction. Partout oii l'esclavage est très«*an- 
cienncment établi^ le seul accroissement de 
la civilisation influe beaucoup moins sur le 
traitement des esclaves qu'on ne désireroit 
pouvoir l'admettre. La civilisation d\iùe na- 
tion s'étend rarement sur un grand nombre 
d'individus; elle n'atteint pas ceux qui, dans 
les ateliers , sont en contact immédiat avec les 
noirs. Les propriétaires, et j'en ai connu de 
très-humains, reculent devant les difficultés 
qui se présentent dans de grandes plantations; 
ils hésitent de troubler l'ordre établi, de faire 
des innovations qui, non simultanées, non sou- 
tenues par la législation, ou, ce qui seroit un 
moyen plus puissant , par la volonté générale^ 



SÛR l/ltE DE C13ÈA. 553 

manqueroient leur but et empireroient peut^v 
être le sort de ceux qu'on voudroit soulager. 
Ces considérations timides arrêtent le bien 
chez des hommes dont les intentions sont les 
plus bienveillantes et qui gémissent des insti- 
tutions barbares dont ils ont reçu le triste hé- 
ritage. Connoissant les circonstances locales, 
ils savent que, pour produire un changement 
essentiel dans l'état des esclaves, pour les con- 
duire progessivement à la jouissance de la li- 
berté, il faut une volonté forte dans les au- 
torités locales, le concours de citoyens riches 
et éclairés ; un plan général dans lequel se trou- 
vent calculés toutes les chances du désordre 
et les moyens de répression. Sans cette com- 
munauté d'actions et d'efforts, l'esclavage, 
avec ses douleurs et ses excès, se maintiendra, 
comme dans l'ancienne Rome S à côté de l'élé- 

^ L'argument tiré de la civilisation de Rome et de 
la Grèce , en faveur de Fesclavage, est très à la 
mode dans les Antilles , oii quelquefois on se plaît à 
l'orner de tout le luxe de l'érudition philologique. C'est 
ainsi qu'en 1795, dans des discours prononcés au sein 
de VasaemhUe législative de la Jamaïque, on a prouvé, 
par Texemple des éléphans employés dans les guerres de 
Pyrrhus et d'Hannibal, qu'il ne pouvoit être blâmable 



534 ESSAI POUTIQUE 

gance des mœurs, du progrès si vanté des lu- 
mières , de tous les prestiges d'une civilisation 
que sa présence accuse , et qu'il menace d'en- 
gloutir , lorsque le temps de la vengeance sera 
arrivé. La civilisation ou un lent abrutisse- 
ment des peuples ne font que préparer les 
esprits à des événemens futurs; mais» pour 
produire de grands changemens dans l'état 
social, il faut la coïncidence de certains événe- 
mens dont l'époque ne peut être calculée d'a- 
vance. Telle est la complication des destinées 
humaines, que ces mêmes cruautés, qui ont 
ensanglanté la conquête des deux Amériques, se 
sont renouvelées sous nos yeux, dans des temps 
que nous croyions caractérisés par un progrès 
prodigieux de lumières, par un adoucissemèut 
général dans les mœurs. La vie d'un seul 
homme a sujffi pour voir la terreur en France, 
l'expédition de Saint-Domingue ^, les réac- 

cVavoir fait venir de Tîle de Cuba cent chiens et qua- 
rante chasseurs pour faire la chasse aux nègres mar- 
rons. Bryan Edwards^ Tom. 1, p. 57Ô. 

* North jl?nerican Revicw y 1821, n° 3o, p. 116. 
Les luttes avec des esclaves qui comhatteat pour leur 
liberté ne sont pas seulement funestes à cause des atro- 
cités qu'elles font naître dos deux c6tés ; elles cou- 



SUR ïL iLE DE COTA- . 335 

lions politiques de Nazies et d^J^spagné: fepour- 
rois ajouter les paasacres de Chio, d'Ipsara, 
et de Missolonghi, œuvres des barbares de 

• 

l'Europe orientale , que les peuples civilisés du 
l'ouest et du nord n'ont pas cru devoir em- 
pêcher. Dans les pays à esclaves, où une lon- 
gue habitude tend à légitimer les institutions 
les plus contraires à la justice, il ne faut 
compter sur l'influence des lumières, de la 
culture intellectuelle, de l'adoucissement des 
mœurs, qu'autant que tous ces biens accélè- 
rent l'impuhion donnée parles gouvernemens , 
autant qu'ils facilitent l'exécution de mesures 
une fois adoptées. Sans cette action directrice 
des gouvernemens et des législatures ^ un clian- 
gement paisible n'est point à espérer. Le danger 
devient surtout imminent lorsqu'une inquié- 

trîbuent aussi à confondre, lorsque l'alPranchissement 
est consommé; tous lessentîmens du juste et de l'injuste. 
« Quelques colons condamnent à la mort toute la 
population mâle jusqu'à Tâge de six ans. Ils affirment 
que l'exemple qu'ont sous les yeux ceux qui n'ont pas 
porté les armes ^ peut devenir contagieux. Ce manque 
de modération est la suite des longues infortunes des 
colons. » Charaultj Refleaions sur Saint-Domingue , 
1806^ p. 16. 



336 ESSAI POXITIQfUE 

tude générale s'est emparée des esprits, loiV 
qu'au milieu de dissentions politiques dont se 
trouvent agités des peuples voisins, les fautes 
et les devoirs des gouvernemens ont été révé- 
lés : alors le calme ne peut renaître que par une 
autorité qui , dans le noble sentiment de sa 
force et de son droit , sait maîtriser les évé- 
nemens en ouvrant elle-même la carrière des 
améliorations. 



<WV%«A/t/%4/«/V% VVV%'%«/«t 



A la fin du mois d'avril , après avoir terminé 
les observations que nous nous étions proposé 
de faire , M. Bonpland et moi , à Textrémité 
boréale de la zone torride , nous fûmes sur le 
jpoint de partir pour la Vera-Cruz avec Fes- 
cadre de l'amiral Ariztizabal ; mais de faussés 
nouvelles, répandues dans les feuilles publi- 
ques, sur l'expédition du capitaine Baudin, 
nous firent renoncer au dessein de traverser 
le Mexique pour nous rendre aux lies Philip- 
pines. Plusieurs journaux, et particulièrement 
ceux des Etats-Unis, annonçoient que deux 
corvettes françoises , le Géographe et le Natu- 
raliste^ avoient fait voile pour le cap de Horn; 
qu'ils dévoient longer les côtes du Chili et du 



SUR l'île de cuba. 337 

Pérou 9 et se rendre de là à la Nouvelle^ 
Hollande. Â cette nouvelle , je me sentis dans 
une vive agitation. Tous les projets que j'avois 
formes pendant mon séjour à Paris, lorsque 
î'obsédois le ministère du Directoire pour 
hâter le départ du capitaine Baudin , se pré- 
sentoient de nouveau à mon imagination. Au 
mojnent de quitter l'Espagne , j'avois fait la 
promesse de rejoindre l'expédition partout où 
je pourrois l'atteindre. Quand où désire avi- 
dement une chose dont l'issue peut être fu- 
neste, on se persuade aisément qu'un senti- 
ment de devoir a seul motivé la résolution 
que l'on prend. M- Bonpiand, toujours entre- 
prenant et confiant en notre bonne fortune, 
se détermina de suite à diviser nos herbiers 
en trois portions. Pour ne pas exposer aux 
chances d'une longue navigation ce que nous 
avions recueilli avec tant de peine sur les rives 
de l'Orénoque , de l'Alabapo et du Rio Negro, 
nous envoyâmes une collection, parla voie 
de l'Angleterre , en Allemagne ; une autre , par 
la voie de Cadix , en France. La troisième col- 
lection resta déposée à laHavane. Nous n'avons 
eu qu'à nous féhciter de ces arrapgemens que 
la prudence rendoit nécessaires. Chaque en- 
I. 22 



338 ESSAI POLITIQUE 

Toi renfermoit à peu près les mêmes espèces, 
* et aucune précaution n'a voit été négligée pour 
que les caisses qui seroient prises par des bà- 
timens anglois ou françois fussent remises à sir 
Joseph Banks ou aux professeurs du Muséum 
d'histoire naturelle à Paris. Heureusement les 
manuscrits que j*avois d'abord voulu joindre 
à l'envoi de Cadix ne furent point confiés à 
notre ami et compagnon de voyage, Fray 
Juan Gonzales, de Tordre de l'Observance de 
Saint- François. ' Cet estimable jeune homme , 
que j'ai eu occassion de nommer plusieurs 
fois, nous a voit suivis à la Havane pour re« 
tourner en Espagne. Il quitta File de Cuba peu 
de temps après nous; mais le navire sur le- 
quel il s'étoit embarqué périt, corps et biens, 
dans une tempête sur les côtes d'Afrique. Nous 
perdîmes , par ce naufrage^ une portion des 
doubles de nos herbiers , et ,/ ce qui fut une 
perte plus sensible pour les sciences , tous les 
insectes que M. Bonpland avoit réunis, dans 
les circonstances les plus difficiles, pendant 
notre voyage à TOrénoque et au Rio Negro. 
Par une fatalité très-extraordinaire , nous res- 

1 Tom. IV, p. 58 «l 59; IX , p. 97. 98, 99, 114, 
ii5 et 116. 



\ 

/ 



SUR l'île de cuba. 359 

I 

tàmes dans les colonies espagnoles deux ans 
sans avoir une seule lettre d'Europe : celles 
qui nous arrivèrent dans les trois années sni-- 
vantes ne nous apprirent rien sur les envois 
que nous avions faits. On conçoit combien 
)e devois être inquiet du sort d^un Journal 
qui tenfermoit les observations astronomi- 
ques et toutes les mesures de hauteur à Taide 
du baromètre dont je n'avois pas eu la pa« 
tience de faire une copie détaillée. C'est 
après avoir parcouru la Nouvelle-Grenade, le 
Pérou et le Mexique, au moment même de 
quitter le Nouveau-Continent , que mes yeux 
tombèrent, comme pai* hasard > dans la biblio- 
. thèque pubUque de Philadelphie , sur la table 
des matières d'une Revue scientifique. J'y trou- 
vai ces mots : a Arrivée des manuscrits de 
M. de Humboldt chez son frèçe à Paris, par 
voie d'Espagne.» J'eus delapeine àcacher l'ex* 
pression de ma joie : jamais table des matières 
ne m'a voit paru mieux faite. 

Tandis que M. Bonpland travailloit jour et 
nuit pour partager et mettre en ordre nos col- 
lections, j'avois le chagrin de trouver mille 
obstacles à un départ si imprévu. Il n'y avoit 
dans le port de la Havane aucun navire qui 



22 * 



34 ESSAI POLITIQCS 

voulut se charger de nous conduire à Porto-^ 
belo ou àCartbagène : les personnes que je côn- 
sultois se plaisoient à exagék*er lés incommo- 
dités du passage de l'Isthme et la lenteur d'une 
navigation du nord au sud, de Panama à 
Goajaquil et de Guajaquil à Lima ou à Val- 
paraiso. Us me reprobhoient , et peut-être 
avec raison , de ne pas continuer à explorer 
les vastes et riches possessions de FÂmérique 
espagnole qui, depuis un demi- siècle^ n'a- 
voient été ouvertes à aucun voyageur étran- 
ger. Leschancesd'un voyage autour dumonde^ 
dans lequel on ne touche généralement qu'à 
quelques îles ou aux côtes arides d'un con- 
tinefnt, ne leur paroissoient pas préférables à 
l'avantage d'étudier, dans ses rapports géolo- 
giques , Tintérieur de la Nouvelle Espagne j ré- 
gions qui fourait à elle seule 1 de la masse d'ar- 
gent qu'on retire annuellement de toutes les 
mines du globe connu. J'opposois à ces consi- 
dérations l'intérêt de déterminer, sur une plus 
grande échelle, l'inflexion des courbes d'égale 
inclinaison , le décroissemerit de l'intensité des 
forces magnétiques du pôle vers l'équateur, la 
température de l'Océan , variable selon les la- 
titudes, selon la direction des courans et la 



\ 



SUR l'île de cuba. ' 541 

proximité des bas-fonds. Plus je me voyois 
contrarié dans mes desseins, et plus j'en hâtois 
l'exécution. Ne pouvant trouver passage sur 
aucun bâtiment neutre, je frétai une goélette 
catalane qui se trouvoit en rade au Batabano, 
et qui devoit rester à ma disposition pour me 
conduire, soit à Portobelo, soit àCarthagène 
des Indes, selon que la mer et les brises de 
Sainte-Marthe, qui souffloient encore dans 
cette saison av^ec violence au-dessous des 12"^ 
de latitude , pourroieut le permettre. L'état 
prospère du commerce delà Havane et les rap- 
ports multipliés qu'a cette ville, même avec 
les ports de la Mer du Sud, me facilitoient les 
moyens de me procurer des fonds pour plu- 
sieurs années. Le général Don Gonzalo O- 
Farrill, également distingué par son talent 
et par rélévation de son caractère, résidoit 
alors dans ma patrie, comme ministre de la 
cour d'Espagne. Je pouvois éclianger mes re« 
venus en Prusse contre une partie des siens à 
l'île de Cuba ; et la famille du respectable Don 
Ygnacio -Farrill y Herera , frère du général , 
voulut bien concourir , lors de' mon départ 
inopiné de la Havane , à tout ce qui pouvoit 
favoriser mes nouveaux projets. Nous ap- 



?4a tSSAI l^OLITlQUB 

prîmes, le 6 mars, que la goélette que j'avois 
frétée éloit prête à nous recevoir. Le chemin 
dû Batabano nous conduisoit encore une fois, 
parles Guines, à la plantation de Rio Blanco, 
dont le propriétaire (le comte Jaruco y Mo- 
pox) embellisoit le séjour par tous les moyens 
que peuvent offrir le goût des plaisirs et une 
gî^ande fortune. L'hospitalité , qui diminue go- 
ttëralement avec les progrès de la civilisation , 
est encore exercée à l'île de Cuba avec au- 
tant d'empressement que dans les parties les 
plus reculées de l'Amérique espagnole. De sim- 
ples voyageurs naturalistes aiment à rendre ici 
9uxhabitans de la (lavanele même témoignage 
de reconnoissance que leur ont rendu ces 
étrangers illustres ' qui, partout où j'ai pu 
suivre leurs traces , ont laissé , dans le Nou- 
veau-Monde, le souvenir de leur noble sim- 
plicité , de leur ardeur pour l'instruction et de 
leur amour du bien public. 

De Rio Blanco au Batabano, le chemin 

. ^ Les jeunes princes de la maison d'Orléans (le duc 
d'Orléans , le duc de Montpensier et le comte de 
Beaujolois)j| qui sont venus des États-Unis à la Havane, 
en descendant TOhio et le Mississipi , et ont séjourné 
dans l'ile de Cuba pendant un an. 



/ 



Sun l'île de cuba. 543 

passe à travers «un pays inculte^ à moitié .^çou- 
vert^de forts. Daas les éclair cies , Tind^o et 
le cotonnier sont devenus sauvages. Gomme 
la capsule du Gossypium s'ouvre à l'époque où 
les tempêtes du nord sont les plus fréquentes, 
le duvet qui enveloppe les graines est entraîné 
d'un côte à l'autre; et la récolte du cotop, 
qui est d'ailleurs de la plus belle qualité , souf- 
fre beaucoup de la coïncidence des tempêtes 
avec la maturité des fruits. Plusieurs de no$ 
amis, parmi lesquels se trouvoit M. de Men- 
doza, capitaine du port de Yalparaiso et frère 
du célèbre astronome qui a résidé long-temps 
à Londres, nous accompagnèrent jusqu^au 
Potrero de Mopox. En herborisant plus loin, 
yers le sud, nous trouvâmes un nouveau pair 
mier ' à feuilles en éventail (Coripha maritima\ 
ayant un fil libre entre les interstices des fo- 
lioles. Ce Coiipha couvre une partie de la côte 
méridionale , et remplace la majestueuse Pal- 
ma Real^ et le Cocos crispa de la côte septen- 
trionale. De temps en temps le calcaire po- 
reux (de la foimation jurassique) paroissoit au 
jour dans la plaine. 

* Vove£ nos Nova Gen. et Spec. y Toni. I, p. 399. 

* Oreodoxa rcgia. 



344 USAI POtniQUE 

Le Batabano étoit > alors un pauvre village 
dont l'église n'avoit été terminée que depuis 
quelques aunées. A une demi-lieue de dis- 
tance commence la Sienega , terrain maréca- 
geux qui s'étend depuis la Laguna de Cortès jus- 
qu'à l'embouchure du Rio Xagua , sur 60 lieues 
de longueur, de l'ouest à l'est. On croit , au 
Batabano , que la mer continue , dans ces ré- 
gions, à gagner sur la- terre , et que l'irruption 
océanique a surtout été sensible à l'époque du 
grand éboulement ^ qui eut lieu à la fin du 
1 8* siècle 9 lorsque les moulins à tabac dispa- 
rurent, et que le Rio de la Chorrera changea 
son cours. Rien de plus triste que l'aspect de 
ces marécages autour du Batabano. Aucun ar- 
brisseau n'interrompt la monotonie du paysage: 
quelques troncs rabougris de palmiers s'élèvent 

^ Sur la véritable position astronomique du Bata-^ 
bano, voyez Tom, XI, p. 221. On plaçoît autrefois 5 
sur les cartes marines les plus recberebées de Bellin , 
de San Martia Suares, etc. , le Batabano de f o^ plus 
au sud 9 par lat. 22'' 55^ Arrowsmitb le fait même 
Q2^ 2Ù^, au lieu de 22^ 4^' 24^'* Les premières bonnes 
obserrations faites sur la côte méridionale de l'ile 
de Cuba sont dues au capitaine de frégate Don Yentursi 
Baroaiztegui et à Don Francisco Lemaur. 

* Voyez Tom. XI , p. 229 et 23o, 



SUR l'île dc cuba. 345 

seuls, comme des mâts brises, au milieu de 
grandes touffes de Joncacées et d'Iridées* 
Gomme nous ne séjournâmes qu'une nuit au 
Batabano, je regrettois vivement de ne pas 
pouvoir prendre des renseignemens bien pré- 
cis sur les deux espèces de crocodiles qui in- 
festent la Sienega. Les habitans désignent l'uno 
par le nom de cayman , l'autre par le nom de 
crocodile y ou, comme on dit communément 
en espagnol y de cocodrilo. Ils nous assurèrent 
que le dernier est plus agile et plus haut sur 
jambes; qu'il a le museau beaucoup plus pointu 
que les caymansy et qu'il ne se mêle jamais 
avec eux. Il est très-courageux, et l'on pré- 
tend même qu'il grimpe dans les bateaux, 
lorsqu'il peut appuyer la queue. L'extrême har- 
diesse de cet animal avoit déjà été signalée 
dans les premières expéditions du gouverneur 
Diego Velasquez *. Le crocodile s'éloigne jusqu'à 
une lieue de distance duRio Cauto et de la côte 
marécageuse de Xagua, pour dévorer les porcs 
dans l'intérieur des terres. On en voit de i5 
pieds de long, et les plus mécbans poursui- 
vent (dit-on) un homme à cheval , comme font 

* Herera, Hiat de Ind. occid.y Dec. /, lib, 9, 
cap* 4i F 3^2. 



346 ESSAI POLITIQUE 

les loups en Europe, tandis que les animaux 
qu'on appelle exclusÎTement caymans au Bâta-- 
bano sont si timides^ qu^on ne craint pas de 
se baigner dans les endroits où ils vivent par 
bandes. Ces mœurs et le nom de cocodrilo 
donné, à l'ile de Cuba, au plus dangereux des 
Sauriens carnassiers, me paroissoient indiquer 
une espèce différente des grands animaux de 
rOrénoque, du Rio Magdalena et de Saint- 
Domingue. Partout ailleurs , sur le continent 
de l'Amérique espagnole, les colons, trompés 
par des récits exagères sur la férocité des 
crocodiles d'Egypte, répètent qu'ils n'y a de 
vrais crocodiles que dans le Nil, tandis que les 
zoologistes ont reconnu qu'il y a en Améri- 
que à la fois des caymans ou alligators à mu- 
seau obtus et à jambes sans dentelures, et 
des crocodiles à museau pointu et à jambes 
dentelées; dans l'ancien continent, à la fois 
des crocodiles et des gavials. Le Crocodilus 
acutus de Saint-Domingue, dont je ne sau- 
rois distinguer jusqu'ici spécifiquement le 
crocodile des grandes rivières de l'Orénoque 
et du Magdalena, a même, pour me servir 
de l'expression de M. Guvier % une ressem- 

* Cuvier, Rech. sur les ossemens fossiks , Tom. V, 



SUR L.*ILE DE CUBA. 34-7 

bldnce si étonnante avec le crocodile du Nil^ 
qu'il a fallu un examen minutieux de chaque 
partie pour prouver que la loi de BufFon , t'e- 
lative à la distributiou des espèces entre les 
régions tropicales des deux continens, n'étoit 
pas en défaut. 

Gomme , à mon second passage par la Ha-* 
vane, en ;8o4, je ne pouvois retourner à la 
Sienega du Batabano , je fis venir à grands frais 
les deux espèces que les habitans appellent 
caymans et crocodiles. Il m'arri va de ces derniers 
deux individus vivans dont le plus âgé avoit 
4 pieds 3 pouces de long. On avoit eu beau- 
coup de peine aies prendre. On les transporta, 

PL 11^ p. aj. Cette analogie frappante n'a pu être 
reconnue par M. Geoffroy de Saint-Hilaire qu'en 
|8o3y lorsque le général Rochambeau envoya un 
crocodile de Saint-Domingue au Muséum d'histoire 
naturelle à Paris. {^Annales du Muséum, Tom. II , 
p. 57^ 53.) Des dessins et les descriptions détaillées 
de la même espèce qui habite les grandes rivières de 
l'Amérique méridionale , avoient été faits par M. Bon- 
pland et par moi 9 en 1800 et iSoi, pendant notre 
navigation sur l'Apure^ TOréncque et le Magdalena. 
Nous avons eu le tort si commun aux voyageurs de ne 
pas les faire passer dès-lors en Europe; accompagnés 
de quelques jeunes individus. 



348 ESSAI POLinQUE 

muselés et lies, sur un mulet. Ils étoient vigou- 
reux et assez féroces. Pour observer leurs habi- 
tudes et leurs mouvemens ', nous les plaçâmes 
dans une grande salle, où , grimpés sur un meu- 
ble très-élevé , nous pouvions les voir attaquer 
de gros chiens. Ayant vécu à l'Orénoque^ au 
Rio Apure et au Magdalena , pendant six mois, 
au milieu des crocodiles ^ nous nous plaisions 
à observer encore une fois , avant de retourner 
en Europe , ces animaux singuliers qui passent, 
avec une rapidité étonnante , de l'immobilité 
aux mouvemens les plus impétueux. Les indi- 
vidus qu'on nous envoya du fiatabano , comme 
crocodiles , avoient le museau aussi pointu que 
les crocodiles de l'Oréncque et du Magda- 
lena {Crocodilus acutus , Çuv.) ; leur couleur 
étoit un peu plus foncée , vert-noirâtre sur le 
dos et blanche sous le ventre. Les flancs 
étoient tachetés de jaune. J'ai compté^ comme 
dans tous les vrais crocodiles , 58 dents dans 
la mâchoire supérieure , 5o dans la mâchoire 

^ M. Descourtilz^ qui connoit les habitudes des cro- 
codiles plus que tous les auteurs qui ont écrit sur ce 
reptile , a vu , comme Dampier et comme moi , le (7ro- 
codilm acufua approcher souvent le museau de sa 
queue. Foyage d'un Naturaliste ^ Tom. IIIjp. 87. 



SUR L*ILK DE CUBA. 3^9 

inférieure. Parmi les premières , la i o* et la 
9*; parmi les dernières, la i" et la 4* ètoient 
les plus grandes. La description que nous avons 
faite sur les lieux, M. Bonpland et moi, porte 
expressément que la 4* ^^^^ inférieure ^m*- 
brasse librement la mâchoire supérieure. Les 
extrémités postérieures étoient palmées. Ces 
crocodiles du Batabano nous paroissoient spé- 
cifiquement identiques avec le Crocodilus acu* 
tus : il est vrai que tout ce qu'on nous rap- 
portoit de leurs mœurs ne s'accordoit pas trop 
avec ce que nous avions observé nous-mêmes 
à rOrénoque ; mais les Sauriens carnassiers , 
d'une même espèce y sont plus doux et plus 
timides , ou plus féroces et plus courageux , 
dans une même rivière , selon la nature des 
localités '. L'animal qu^on appela cayman au 
Batabano , mourut en chemin , et on avoit eu 
l'imprévojance de ne pas nous l'apporter, de 
sorte que nous ne pûmes faire la comparaison 
des deux espèces. Y auroit-il^ dans le sud de 
l'île de Cuba , de véritables caymans à museau 
obtus, dont la 4* dent inférieure entre dans 
la mâchoh:*e supérieure; des alligators sem- 

^ Tom. VIII, p. 35; et 558 j IX, p. gget suiy. . 



35o ESSAI i^otrriQUB 

blables à ceux de la Floride? Ce que les co- 
lons disent de la tête beaucoup plus alongée 
de leur cocodrilo del Satabano rend ce fait pres- 
que certain ' ; et , dans ce cas , par ua heureux 

^ J'ai cru trouver une légère différence dans la 
{KMition des grosses plaques {clouê) de la nuque. Le 
grand individu de Batabano offroit, près de U tétçi 
d'abord quatre tubercules placés de file^ et pais 
trois rang'ées de deux. Dans l'individu plus jeune^ 
je comptois d'abord une première rangée de 4 clous, 
puis une seule rangée de a , suivie d'un grand espace 
vide : après cet espace commencent les plaques du 
dos. Cette dernière disposition est la plus commune 
dans le crocodile de l'Orénoque. Celui du Magdar 
lena offre trois rangées de clous à la nuque « dont les 
deux premières de 4> 1^ dernière de a clous. Dans 
les individus du Crocodilua acutus que le Muséum 
d'histoire naturelle de Paris a reçu de SaintTDomingue^ 
il j a d'abord a rangées de 4 ? ^t puis une de a clous. 
Je traiterai de la constance de ce caractère dans le 
second Yolume de mon Recueil de Zoologie. Les quatre 
poches qui portent le musc (bolzas del almiscle) sont 
placées , dans le crocodile du Batabano^ exactement 
comme je les ai dessinées sur celui du Rio Magdalena ^ 
sous la mâchoire inférieure et près de l'anus : mais j'ai 
été singulièrement frappé de ne sentir cette odeui', 
à la Havane , trois jours après la mort de l'animal , par 
une température de 5o^^ tandis qu'à Mompox , sur les 



$UK l'île de cuba. 351 

instinct, le peuple auroit distingue, dans cette 
île, avec la même justesse, entre crocodile et 
caymarij que le font aujourd'hui de savans 
zoologistes en rétablissant des sous -genres 
qui portent les mêmes noms. Je ne doute 
pas que le crocodile à museau aigu et l'alli- 
gator ou cajman à museau de brochet ' n'ha- 
bitent à la fois, mais par bandes distinctes, 
les côtes marécageuses entre Xagua, le Sur» 
gidero du Batabano et l'île des Pinos. C'est 
dans cette dernière île que Dampier, aussi 
digne d'éloges comme physicien observateur 
que comme marin intrépide, a été frappé de 
la grande différence qu'offrent les caymans et 
les crocodiles américains. Ce qu'il rapporte sur 
cet objet, dans son Voyage à la baie de Cam- 
pêche, auroit pu, il y a plus d'un siècle, 
exciter la curiosité des savans, si les zoolo- 
gistes ne rejetoient pas le plus souvent avec 
dédain tout ce que les navigateurs ou d'autres 

rives du Magdalena , des crocodiles vlvans empestoient 
notre appartement. J'ai vu depuis que Dampier a aussi 
remarqué <( une absence d'odeur dans le crocodile de 
Cuba^ là ou les caymans répandoient une odeur de 
musc très-forte. » 

^ Crocodilus acutus de Saint-Domingue, •alligator 
lucius de la Floride et du M ississipi. 



i!}2 ES8AI POUTIQUB 

voyageurs, dépourvus de connoissances scien- 
tifiques, ont observé sur les animaux. Âpres 
avoir doûné plusieurs caractères , qui ne sont 
pas égalenoient exacts, pour distinguer les cro- 
codiles des caymans, Dampier insiste sur la 
distribution géographique de ces énormes Sau- 
riens, ce Dans la baie de Campêche, dit-il^ je 
n'ai vu que des caymans ou alligators f à Kle 
du Grcind-Gajman , il j a des crocodiles et pas 
d! alligators; à l'île des Pin os et dans les in- 
nombrables creeks etestèresde la côte de Cuba, 
il y a des crocodiles et des caymans à la fois '.» 
J^ajouterai à ces observations précieuses de 
Dampier, que le véritable crocodile (C.acutus) 
se retrouve dans les Antilies sous le vent qui 
sont les plus rapprochées de la Terre-Ferme, 
par exemple à la Trinité, à la Marguerite, et 
vraisemblablement aussi, malgré le manque 
d'eau douce, à Curaçao ^. Plus au sud, on 
l'observe (et sans que j'aie rencontré avec lui 
aucune de ces espèces d'alligators qui abon- 
dent sur les côtes de la Guyane 3), dans le 

* Dampier^ s Voyages and Descriptions ( iSqq) y 
Tom. II, P. I, p. 5o et 75. 

* Sehaj p. civ, fîg. i-g. 

^ Alligator sclerops et Alligator palpeLrosus. 



SUR L*ILE DE CUBA. 35S 

Neveri , le Rio Magdalena , l'Apure el l'Oréno- 
que jusqu'au confluent du Gassiquiare avec 
le Rio Negro (lat. 2^ a'), par conséquent à 
plus de 400 lieues de distance du Batabanœ 
Il seroit intéressant de constater ou se trouve, 
sur la côte orientale du Mexique et du Gua- 
timala, entre le Mississipi et le Rio Chagre 
(dans l'isthme de Panama), la limite des di- 
verses espèces dé Sauriens carnassiers. 

Nous étions sous voiles le 9 mars, avant le 
lever du soleil, un peu efFrajés de l'extrême 
petitesse de notre goélette^ dont les aména- 
gemens ne nouspermettoient guère découcher 
autrement que sur le tillac. La chambre {caméra 
de pozo) ne recevoil l'air et la lumière que d'en 
liaut. G'étoit une véritable calle aux vivres, 
dans laquelle nous avions de la peine à placer 
nos instrulnens. Le thermomètre s y soutenoit 
constamment à 32® et 33<> centésimaux; heu- 
reusement ces incommodités ne durèrent que 
20 jours. La navigation dans les canots de 
l'Orénoque el dans un bâtiment américain 
chargé de plusieurs milliers à^arrobas de viande 
séchée au soleil, nous avoit rendus moins dif- 
ficiles. 

Le golfe du Batabano, bordé de côtes basses 
I. a3 



354 ^^^^' POLlTtQL^C 

et marécageuses, se présentoit comme un 
vaste désert. Les oiseaux pêcheurs , qui géné- 
ralement sont à leur poste avant que les petits 
oiseaux de terre et les paresseux zamuros ^ se 
réveillent» ne paroissent qu*en petit nombre. 
L'eau de la mer étoit d'un brun*verdâtre ^ 
comme dans quelques lacs de la Suisse ; tan- 
dis que l'air, à cause de son extrême pureté, 
avoit, au moment où le soleil paroissoit sur 
l'horizon , cette teinte un peu froide , de bleu- 
pàle, qui frappe nos peintres de paysages à la 
même heure dans le midi de l'Italie , et sur la- 
quelle les objets lointains se détachent avec 
une vigueur remarquable. Notre goélette étoit 
le seul bâtiment dans le golfe; car la rade du Ba- 
tabano n'est presque visitée que par des contre- 
bandiers, ou, comme on dit plus poliment ici , 
par los tratantes. ^ous avons rappelé plus haut, 
en parlant du canal projeté des Guines^, com- 
bien le Batabano pourroit devenir important 
pour les communications de File de Cuba avec 
les côtes du Venezuela. Dans son état actuel, 

* Le Percnoptcre de fAmôriqiic équînoxinlc , Fw/- 
iur aura, 

* Voyez plus halit, p. 49 et suiv. 



Sun l'île de cuba. 355 

sans qu^aucuu curage ait été tenté, on y trouve 
à peine 9 pieds d'eau ^. Le port est placé 
dans le fond d'une baie qui est terminée à 
l'est par la Punta Gorda, à Touest par la 
Punta de Satinas : mais cette baie même ne 
forme que le fond (le sommet concave) d'un 
grand golfe qui a près de 1 4 lieues de profon- 
deur du sud et du nord , et qui, dans une éten- 
due de 5o lieues, entre la Laguna de Cortès et 
le Cayo de Piedras^ est fermé par une innom- 
brable quantité de bas-fonds et de cayes. Une 
seule grande île, dontl'â^r^a excède quatre fois 
celle de la Martinique, et dont les montagnes 
arides sont couronnées de majestueuses Coni- 
fères , s'élève au milieu de ce labyrinthe. C'est 
Ylsla de Pinos , appelée par Colomb El Evan^ 
gelista, et puis, par d'autres pilotes du i6*sie- 
icle^ Isla de Santa Maria. Elle est célèbre par 

^ Les plus grandes embarcations qui entrent dans le 
Surgidero du Batabano calent 1 5 palmas ( à 9 pouces 
esp.). Les bonnes passes sont, vers l'ouest, le Canal del 
Puerto Francea , entre le cap occidental de l'île de 
Pînos et la Laguna de Cortès, et, à l'est de l'île de 
Pinos ^ les quatre passes du RosariOy des Gardas y de la 
Savana de Juan Luis et Don Crintovalf entre Ivi 

cajes et la cote de Cuba. 

'^ * 



356 ISSAI POLITIQUE 

l'excçlleol acajou (SwietenU Mahagoni) qu'elle 
fournit au cpipmerçe.' Nous cinglâmes à TËSE.^ 
en prenant lapasse de Dan Cristoval^ pour at- 
teindre l'Ilot rodieul de Cayo de Piedrusy et 
$Of*tir.de cet â^^clûpel que les piloter espagnols 
désignent,' diepuisles premiers temps de la 
cçnquêu, p2tr les tiomSi de Jardins et de J3os- 
quels {JardifVBS y Jardmillos). Les véritables 
Jardins, de la Reine >, plus rapproches du Gap 

^ Il exbte à la Havane même beaucoup 'de con-v 
fasion géog^pbique sur les anciennes dénominations 
ile Jardinas del Rey et Jardines de la Reyna, Dans la 
description de Tile de Cuba | que renferme le Jtferctirif^ 
americano (T091. II ^ p. 388)5 et dans la Historia na-^ 
tural de, la Islû de Cuba (Gap. 1 , §. 1)^ rédigé^ à la 
Hayane par Don Antonio liOpez Gomez^ les deux 
groupée sont placés sur la côte méridionale de File. 
M. Lopez dit même que les Jardines del Rey s'éten- 
dent de la Lagtina de Certes à Bahia de Xagua ; mais 
il ne reste aucun doute historique que le gouverneur 
Diego Yclasquez a donné ce nom à la partie occidentale 
des cayes du Vieuv-Canal, entre Cajo Frances et 
le Monillo , sur la côte septentrionale de File de Cuba. 
(Herera^Tom. I, p. 8, 81 , 55 et 232; Tom. II, p. 181.) 
Les Jardines de la Be^na^ situés entre CalK> Crus et 
le port de la Trinité, ne sont aucunement liés aux Jar* 
dinca et Jardinillos de la Isla de Pinas. Entre çe& 



StJR L^LK DE CUBA. oSj 

Gruz, sont séparés de l'arcliipei que je vai$ 
décrire par une mer libre de 35 lieues de large. 
Colomb même les appela ainsi au mois de mai 
t494> lorsque, dans son second voyage, it 
lutta pendant 58 jours contre les courans et 
les vents , entre l'île de Pinos et le Cap orien- 
tal de Cuba. Ï! décrit les îlots de cet archipel 
comme verdes , llenùs de arboledaty graciosos ». 
En effet, une partie de ces prétendus jar- 
dins est très-agréable ; le navigateur voit chan- 
ger la scène à chaque instant, et la verdure de 
quelques îlots paroît d'autant plus belle qu'elle 
conti^aste avec d'autres cayesqui n'offrent que 
des sables blancs et arides. La surface de ces 
sables , échauffée par les rayons du soleil , sem- 
ble ondoyante comme la surface d'un liquide. 
Par te contact de couches d'air d'inégale tem- 
pérature, elle produit, de )0^ dti matm jus-' 
qu'à 4^ du soir, les phénomènes les plus variés' 
de la Suspension et du mirage ^ Dans ces lieux' 

deux groupes de cayes se trouvent les bas-fonds {phi- 
cereà) de la Paz et de Xagua. 

* ChurcJUlVa Colleotj p. 56o. Pedro Munoz , Hi9i, 
del Nuevo Mundo, p. 2149 216. 

* Vofez le» mesures de réfraction extraordinaire 
que i'ai faites à Cumana^ Tom. IV, p. 290-306. 



558 ESSAI POLITIQUI: 

déserts, c'est encore l'astre du jour qui anime 
le pasayge, qui donne delà mobilité aux objets 
que frappent ses ray ops, à la plaine poudreuse, 
aux troncs des arbres , aux rochers qui avan- 
cent dans la mer sous la forme de caps. Dès 
que le soleil se montre , ces masses inertes pa-» 
roissent comme suspendues en l'air; et, sur ia 
plage voisine 9 les sables offrent le spectacle 
tronopeur d'une nappe d'eau mollement agitée 
parles vents. Une traînée de nuages suffit pour 
rasseoir sur le sol et les troncs d'arbres et les 
rochers suspendus , pour rendre immobile la 
surface ondoyante des plaines et dissiper ces 
|>restiges que les poètes arabes, persans et in- 
clous ont chantés ce conime les douces trom- 
peries de la solitude du désert, y^ 

Nous doublâmes le Cap Matahanibre avec 
uneextrême lenteur. Coname le chronomètre 
de Louis Berthoud avoit conservé une ti'ès- 
bonne marche à la Havs^ne, je profitai de Toc- 
casion qui se présenloitpourdétenniner, dans 
ce jour et les jours suivans, les positions de 
Cayo de Don Cristoval^ Cayo Flamenco ^ Cayo 
de Diego Ferez et Cayo de Piedras ^ Je m'oc- 

* Voyez mon Rccudl (Tohë, astr.^Tonu II, p. 109. 



SUR L ILE DE CUBA. SjQ 

cupai aussi à examiner l'influence qu'exerce le 
changement de fond sur la température de la 
mer à sa surface'. A l'abri de tant d'ilôts, 
cette surface est calme comme un lac d'eau 
douce, les couches de différentes profondeurs 
ne se trouvant pas mêlées ; les moindres chau'- 
gemens qu'indique la sonde agissent sur le tlier* 
momètre. Je fu3 surpris de voir qu'à l'est du 
petit Cayo de Don Cristoval les hauts-fonds 
ne se distinguoient pas par la couleur laiteuse 
de l'eau , comme sur le banc de la Yibora» au 
$ud de la Jâimaïque^ et sur tant d'autres bancs 



M. Bauza a rattaché mes observations à celles de 
M. del Rio y dans le croquis des Jardines y Jardi" 
niV/o^^ qu'il a bieq voulu me communiquer^ et qui 
rectifie la partie sud de ma carte de File de Cuba. 
( Voyez le second tirage de cette carte ^ celui de 1826), 

^ J'ai trouvé, en degi*és du thermomètre deRéaumur ; 

8 milles aa nord de Panta Gorda*. 
entre les cayes de Las Gordas et de 

Don Cristoval. 
autour de Cayo Flamenco, 
goafre entre Cayo Flamenco et Cayo. 

de Piedras. 
|>ord oriental da goufre; tout près 

de Cayo de Piedras. 
un peu plus à l'est, 
pas de l'oudj au sud de Xagua. 



Mer, 

ï9»7 
ao,7 

i3,a 

31,5 



Air. 


Profond» 


aa«,5 
a3,o 


10 picfds. 


aa,a 
aa,o 


10 
«0 


a4,a 


9 


a4,3 
a5,o 


8 
t . • • 



36o B5SAI POLITIQUE 

que j'avois reconnu» au^moy en du theimomè^ 
tre. Le fond de l'anse du Batabano est un sable 
composé de coraux détruits; il nourrit desTu-* 
eus qui ne viennent presque pas à la surface. 
L'eau est verdÂtre , comme je l'ai déjà fait re- 
marquer; et Tabsence de la teinte laiteuse est 
due, sans doute, au calme parfait qui règne 
danscesconti'ées. Partout oùl'agitation se pro^ 
page à une certaine profondeur, un sable très-' 
fin, ou des particules calcaires suspendues dans 
l'eau la rendent trouble et laiteuse. H y a ce^ 
pendant des bas-fonds qui ne se distinguent tïi 
par la couleur ni par la basse température des 
eaus , et je pense que ces phénomènes dépens' 
dent de la nature d'un fond dur et. rocheux^ 
dépourvu de sables et de coraux , de la forme^ 
et à la déclivité des accores^ âe la vitesse des 
courans, du manque de propagation de mou- 
vement vers les couches inférieures de l'eau. 
Le froid qu'indique le plus souvent le thermo- 
mètre, à la surface des hauts-fonds:, est dû à 
la fois aux molécules d'eau que le rayonne- 
ment et le refroidissement nocturnes font tom* 
ber de la surface à la profondeur où elles sont 
arrêtées dans leur chute par les hauts-fonds^ 
et au mélange de couches d'eau très-profondes 



$VK l'île de cuba. 56 1 

qui remontent sur les acçores du banc comme, 
sur un plan incliné pour se mêler avec les cou<« 
ches de la ^rface. 

]V(algré la petitesse de notre embarcation 
et la sagesse vantée de notre pilote, nous 
toucliames souvent. Le fond étant mou y il 
Vkj. a pas de danger à échouer ; cependant, air 
coucher du soleil, près de ta pmse de Don Cris-' 
toval , on préféra de jeter l'ancre. La première 
partie de la nuit fut d'une sérénité admirable. 
Nous vîmes une innombrable quantité d'étoiles 
plantes du côté de la terre, suivant toutes une 
même direction opposée à celle dû vent est 
qui régnoit dans les basses régions de l'atmos-* 
phère. Rien ne ressemble aujourd'hui à la so- 
Utude de ces Ueux qui ^ dU temps de Colomb , 
étoient habités et fréquentés par un grandnom- 
bre de pécheurs. Les indigènes de Cuba se sei>- 
voient alprs d'un petit poisson pour pr^endre: 
de grosses tortues de mer ; ib attachoieAt une 
corde très-longue à la queue du revès (c'est le 
nom que les^Espaignols donhôïferit à cette es- 
pèce du genre Echepeis'). J^e poisson pêcheur^ 

; ■ ■ ■ . ■ ■ .• . '• ■ 

^ 1^ sucet OM (^uicoMiàfiS indigëncs de Cuba. Les: 
Espagnols Tappeloieut d'uae mauiëre Irès-caractcrîs- 



o(i2 ESSAI POLITIQUE 

au moyen du disque aplati, garni de suçoirs 
qu'il porte sur sa tête, se fîxoit sur la carapace 
des tortues de mer qui sont si fréquentes dans 
les canaux éti*oits et tortueux des Jardinillos. 
«Le revès^ dit Christophe Colomb, se laisse- 
roit plutôt mettre en pièces que de lâcher in- 
volontairement le corps auquel il adhère. » 
Par la même corde, IesIndiensretiroientlej9(?ts- 
son pécheur et la tortue. Lorsque Gomara et le 
savant secrétaire de l'empereur Charles-Quint, 

tique le revêa, comme pour dire : poisson placé imr le 
dos, place à contresens. En effet, au premier aliord, 
OQ confond la position du dos et de l'abdomen. An- 
ghîera dît : Nostrates Reversum appellant, quia versus 
venatur. J'ai examiné un remota de la Mer du Sud 
pendant la traversée de Lima à Acapulco. Comme il 
YÎyoit long-temps hors de Teau^ je tentai des expé- 
riences sur le poids qu'il pouyoit porter avant que les 
lames du disque lâchassent la planche à laquelle l'ani- 
mal s'étoit fixé; mais j'ai perdu cette partie de mon 
journal. C'est sans doute la crainte du danger qui 
engage le reniera k ne pas lâcher prise lorsqu'il se sent 
tiré par une corde ou par la main de l'homme. Le 
sucet dont parlent Colomb et Martin d'Anghiera ctoit 
vraisemblablcnienl TEcheneis Naucrates et non TEchc- 
neif Rémora. ( Voyez mon Recueilfohsi de Zoologie ^ 
TovsX' il, p. 19^. ) 



SUR l'île de cuba. 5G5 

Pierre Martyr d'Ângliiera , firent connoître 
à l'Europe ce fait qu'ils avoient recueilli de la 
bouche des compagnons de Colomb , le public 
le prit sans doute pour nn conte de voyageur. 
Il y a en effet quelque apparence de merveil- 
leux dans le récit d'Ângliiera qui commence 
par ces mots : « Non aliter ac nos canibus gai- 
licis per œquora campi lepores insectamur^ 
incolae (Gubae insulae) venatorio pisce pisces 
alios capiebant K )> Nous savons aujourd'hui, 
par les témoignages réunis du capitaine Ro- 
gers, de Dampier et de Gommerson ^, que ce 
même ai^tifice de la chasse aux tortues 9 ob- 
servé dans les Jardinillos , est employé par les 
habitans de la côte orientale d'Afrique, près 
du Gap Natal , à Mozambique et à Madagascar. 
Des hommes , dont la tête étoit couverte de 
grandes calebasses percées de trous , prenoient 
des canards en Egypte, à Saint-Domingue et 
dans les lacs de la vallée de Mexico, eu se ca- 

* Femand Colomb, clans Curchill CoU.y Vol. II, 
Cap. LVi, p. 56o. Petr. MarLy Oceanica, i55a, 
Dec.ï,^, 9. Gomaray Hist. de las Indtas^ i553, 
fol. XIV. HererUy Tom. I , p. 55. 

* Dampier 8 F'oyages , Vol. 11, PI. m, p. 110. La^ 
cépifde, Hist.nat. des poissons ^ Toin. III, p. 164. 



36 ( ESSAI POLITIQUE SUR l'iLE DE CUBA. 

chant sous Teau et en saisissant les oiseaux par 
les pieds. Les Chinois, depuis la plus haute anti- 
quité, se servent de Cormorans^ oiseau de la 
famille des Pélicans , qu'ils envoient pêcher su r 
les côtes , et auxquels ils placent des anneaux 
au col pour qu'ils ne puissent avaler leur proie 
et chasser pour leur propre compte. Au pins 
bas degré de la civilisation , toute la sagacité 
de Fhomme se déploie dans les ruses de la 
chasse et de la pêche. Des peuples qui, vrai- 
semblahlement , n'ont jamais eu de commu- 
nications les uns avec les autres, offrent les 
analogies les plus frappantes dans les moyens 
propres à exercer leur empire sur les ani- 
maux. 



FIN DU PREMIEU VOLUME. 



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